"> J'ai lu pour vous - L'athéisme est une forme - Musulman et fier de l\'être
 

L'athéisme est une forme d'orgueil

Added 4/9/2010

L'athéisme est une forme d'orgueil

Un article de Caverne des 1001 nuits.

Derrière ce titre provocant, nous voudrions, dans cet article, mettre l'accent sur une réalité plus gênante et plus tabou présente au sein des grands discours autour de l'athéisme, religion dominante aujourd'hui dans la société française. En effet, l'« athéisme » est porteur de faux discours, d'une illusion de liberté et d'une dangereuse façon de détourner la logique élémentaire sur l'homme, à l'instar de ce que peuvent faire les instances extrémistes de toute religion.

 La différence entre religion et institution religieuse

Précision de vocabulaire

Nous commencerons par faire une mise au point de vocabulaire afin de mettre en exergue la différence entre une « religion » et une « institution religieuse ». Nous définirons une religion comme :

  • un sentiment intérieur, partagé par un ensemble de personnes différentes, de rattachement à un certain nombre de textes religieux, de pratiques religieuses et une certaine représentation du monde de type religieux.

Une institution religieuse sera définie comme :

  • une association structurée d'hommes, défendant un dogme dérivé de textes religieux et associé à des pratiques et souvent à une morale.

La définition nous éclaire d'emblée sur la nature du débat faussé que pose l'athéisme dans notre société. Car religion et institution religieuse sont deux choses bien distinctes.

Une réalité complexe

Nous nommerons orthodoxie le fait de suivre la vraie nature du message religieux en lequel on croit, et hétérodoxie le fait de ne pas comprendre ce message religieux. Nous appliquerons ce qualificatif à la fois à la religion et à la structure religieuse qui est censée représenter cette religion.

Puis nous envisagerons le cas d'une personne présente dans l'une des neuf situations exposées dans le tableau ci-dessous.


Religion >

Institution religieuse

Orthodoxie Hétérodoxie Aucune
Orthodoxie

Cette personne suit une voie religieuse orthodoxe dans une structure qui l'est aussi. Elle peut ainsi vivre complètement sa religion. La structure la guidera vers une meilleure compréhension de sa religion.

Cette personne n'a pas de réelle compréhension du sens de sa religion. Elle ne comprendra pas, non plus, le sens du dogme mais pourra se satisfaire d'éléments disparates prodigués par sa structure religieuse.

Cette personne se soumet à un rite orthodoxe sans avoir réellement de religion. On parlera de coutume. Elle aura tendance à voir la religion comme une contrainte vide de sens, et comme une obligation sociale. Elle pratiquera si cette pratique lui apporte quelque chose de matériel comme une certaine conformité sociale.

Hétérodoxie

Cette personne vivant sa religion orthodoxe dans une structure hétérodoxe sera naturellement frustrée de ne pas reconnaître dans l'institution le sens des textes religieux qui l'attachent à sa religion. Elle sera fortement tenté de quitter la structure en considérant que des hommes ont perverti le message de sa religion.

Cette personne ne comprenant pas le sens de sa religion, et la pratiquant dans une structure qui ne la comprend pas plus, pourra se sentir à l'aise. Cependant, les personnes de l'institution religieuse que fréquentera cette personne ne pourront lui apporter une vrai connaissance de sa religion.

Cette personne se soumet à un rite non-orthodoxe sans avoir réellement de religion. On parlera de coutume. Elle aura tendance à voir la religion comme une contrainte vide de sens, et comme une obligation sociale. Elle est, de plus, parfaitement incapable de juger de l'orthodoxie ou non de la tradition dans laquelle elle s'inscrit.

Aucune

Cette personne vit seule sa religion orthodoxe, loin des structures religieuses qui prétendent l'incarner. Elle peut être soit en stade de découverte et trouver dogme trop lourd, soit avoir refusé les dogmes qu'elle a vu appliqués, les jugeant non-orthodoxes.

Cette personne pratiquera une forme non orthodoxe de religion de manière personnelle, en se rattachant plus ou moins à une ou plusieurs traditions de type religieux. Elle ne voudra pas des structures mais se composera sa petite « religion personnelle ».

Cette personne est athée.


Ce tableau montre la différence fondamentale entre religion et institution religieuse, notamment du point de vue de la personne qui est liée à une religion et/ou liée à une institution religieuse. Ces distinctions sont fondamentales dans la mesure où elles proposent une première approche, plus complexe, du fait religieux, vu du point de vue personnel et social.

Tous les lecteurs peuvent donc se « placer » dans ce tableau à neuf cases.

Nous laisserons, de plus, le soin à chaque lecteur de placer les religions qu'il connaît en abcisse et les structures religieuses qu'il connaît en ordonnée.

Bien entendu, ce tableau pourrait être complexifié par de nombreuses autres dimensions, mais tel n'est pas l'objet de cet article.

Les structures religieuses sont faites par des hommes

Les structures religieuses sont faites par des hommes, et les hommes se trompent ou sont de qualité inégale. Leur compréhension du message religieux est donc dépendante de leur nature apte ou non à le comprendre. Car le message religieux n'est jamais d'un abord facile, et les représentations sociales archétypales de ce message sont le plus souvent erronées.

Une même structure peut ainsi, suivant les hommes et les époques, se bonifier ou devenir malade. Il va de soi que lorsqu'une structure religieuse fait montre de luttes de pouvoir entre hommes, il est difficile d'y voir autre chose qu'une institution humaine dans le sens classique du terme.

 L'athéisme : une simplification de la pensée

Les prophètes actuels de l'athéisme proclamé[1] ou les tenants d'une laïcité qui est athéiste sans le savoir, simplifient à outrance le tableau des relations de l'homme à la religion ou à la structure religieuse. Parlant de ce qu'il ne connaissent pas, calqués sur un modèle logique qui est celui de la démocratie (un tableau à une seule case nommée « citoyen »), les tenants de l'athéisme font de la confusion et de l'assimilation la base de leur raisonnement.

Car en effet, l'islam n'est pas le chiisme, le Christianisme n'est pas le Protestantisme calviniste, etc., même si un rattachement inverse est vrai au niveau des similarités de traditions. Cependant, même du point de vue intellectuel théologique, de grandes différences existent entre les différentes sortes de christianisme ainsi qu'entre les différentes sortes d'islam.

Relever, par conséquent, les dérives sectaires de certaines institutions religieuses ou de certains courants des dites institutions est louable. On pourrait d'ailleurs faire de même avec les dérives sectaires et doctrinaires de certaines partis politiques, de syndicats, d'ONG, de philosophes «indépendants», de gourous quelconques ou d'associations lois 1901 diverses et variées. Il n'est ni nécessaire, ni suffisant, d'être une institution religieuse pour endoctriner son monde.

Le raisonnement fallacieux se cachant derrière l'athéisme, et c'est ce en quoi ce mouvement ressemble comme deux gouttes d'eau à une structure de mouvement religieux aliénant, est le suivant :

Dieu est un concept qui a été longtemps utilisé pour asservir les êtres humains sous une morale et des pratiques religieuses aliénantes. Ce mot vide de sens fut utilisé dans l'histoire pour cautionner des massacres. Se libérer de Dieu est donc la libération ultime que l'homme moderne et intellectuel peut viser, celui qui n'accepte plus la domination, la morale et l'endoctrinement d'une religion. Etre athée est la condition pour jouir de soi et du monde en toute liberté.

Se libérer d'une institution n'est bien entendu pas forcément se libérer de Dieu, ni même se libérer d'une religion. Si les athées considèrent ces raisonnements comme licites, on ne pourra que s'inquiéter du support étonnant à des confusions aussi grossières, prétextes à une méfiance envers ou une haine des religions a priori. L'héritage philosophique occidental n'est pas innocent à cette tendance et Nietzsche, par exemple, fut le premier à jouer sur cette regrettable confusion entre religion et organisation religieuse, pour des raisons personnelles bien entendu.

De la foi

 La foi est un sentiment

La seconde mise au point en terme de vocabulaire est relative à la nature de la foi. Qui connaît des croyants[2] ou est croyant lui-même peut constater que cette foi n'est pas seulement de nature intellectuelle, qu'elle ne s'alimente pas uniquement de soi-disant preuves de l'existence de Dieu, mais qu'elle réside (entre autres) dans la certitude perceptible de ce qui est. En ce sens, la foi appartient à la sphère du ressenti (faute de pouvoir le décrire avec des mots plus appropriés). Critiquer la foi selon des critères purement intellectuels est donc un exercice absurde logiquement dans la mesure où une partie de la nature de cette foi est insaisissable par l'intellect[3].

Il en va de même de la plupart des sentiments, comme l'amour. Si une soudaine envie de pleurer nous vient alors qu'on tente de dire à quelqu'un de proche qu'on l'aime, on ne peut que raisonner sur des concepts flous (sentiment, émotion) pour « expliquer » un tel comportement. Manifestement, il ne s'agit que de parler, et logiquement, il est étrange de se livrer à des épanchements de ce type.

Les affects ne sont pas régis par les lois de l'intellect et de la logique. La foi est un affect d'un genre tout à fait spécial mais, comme tous les affects, elle peut être intellectualisée, donc représentée, donc mise sur une perspective réductrice du fait même de cette mise en représentation. La représentation de la foi, comme celle de l'amour, est toujours incomplète, imparfaite, instable et souvent inappropriée.

 Petite comparaison avec l'amour

Que l'on use de son intellect pour philosopher et critiquer les dérives extrêmes de pratiques religieuses de groupe est parfaitement licite. Que l'on use de son intellect pour philosopher sur le sens des textes sacrés et sur leur interprétation est licite pourvu qu'on les envisage aussi (et peut-être surtout) dans leur dimension spirituelle (et non intellectuelle uniquement), donc par rapport à la foi.

En effet, si une personne A aime une autre personne B et possède un ami C qui n'aime pas B. A ne pourra faire aimer B à C. Il aura beau tenter de lui expliquer les qualités de B, de lui exposer son amour pour B, de lui faire lire les lettres d'amour que B lui a envoyées, C restera sourd aux mots de B car il n'aime pas B et ne comprend pas qu'on puisse l'aimer. C aura son propre raisonnement sur B, un raisonnement intellectuel fait des preuves que B n'est pas une personne aimable.

Il en va de même avec la foi. L'expliquer à ceux qui ne l'ont pas ne sert à rien, tout comme il ne sert à rien de leur faire lire des textes saints. Car, ils sont comme C, ils ont leur raisonnement, leur opinion, sur une chose qui n'est ni vue, ni ressentie de la même façon par ceux qui tenteraient de leur expliquer.

 Une différence fondamentale entre les personnes

En tant qu'archétype d'homme moderne hyper intellectuel, l'athée a souvent peur de la partie affective de soi, une peur profonde de lui-même qui, projetée sur le monde, le rend méfiant vis-à-vis des groupes qui parlent de cet affect refoulé, sujet tabou.

Ce même archétype très occidental fut pourtant la victime de véritables religions politiques et meurtrières au sein du XXème siècle, cela pour combler son besoin de spiritualité. Lorsque Hitler vantait l'«aryen supérieur aux autres races», il était dans une logique de stimulation spirituelle des masses ; lorsque Staline sublimait l'«ouvrier communiste comme archétype de l'homme nouveau», il jouait aussi sur cette propension de l'homme à rechercher un sens spirituel à sa vie. Les athées convaincus sont donc comme les autres hommes : soit en train de refouler leur besoin spirituel, soit en train d'adopter des causes non religieuses afin d'assouvir ce besoin de sens.

Il est d'ailleurs étonnant de voir comment des intellectuels parviennent à se lancer dans de véritables « guerres de religion » sur des sujets ineptes pour tous (et souvent même pour eux-mêmes) : ils ont troqué le besoin de sens par un orgueil démesuré, celui d'être « le plus fort » dans le domaine qui les occupe, d'avoir toujours raison, de « posséder » la meilleure argumentation. Construire cette force de l'ego peut être vu comme un remplacement à une force spirituelle défaillante. Le problème est qu'on ne remplace pas la foi et que cette surenchère est vouée à l'échec : on a la foi ou on ne l'a pas, et il convient à ceux qui ne l'ont pas de respecter les autres, tout comme il convient à ceux qui l'ont de respecter ceux qui ne l'ont pas.

 La spiritualité au cœur du tabou

 La peur de la spiritualité

Le mot à bannir est posé : spiritualité. Mais que veut donc dire ce mot dans une société moderne et hyper matérialiste ? Ce mot prend souvent le sens de « magique », « n'importe quoi », de « délire non scientifiquement prouvé » ou pire, dans la bouche des philosophes, d'un sentiment qui, mal « compris » par « la religion », pourrait être de l'humanisme, de l'altruisme, voire de l'éthique.

Il va de soi que ces deux derniers termes ne couvrent pas le champ immense de la spiritualité humaine, tout comme la « tolérance » ne recouvre pas l'immense champ de l'« amour ».

Les philosophes des lumières, trop souvent cités en exemple par les athées, ne sont d'ailleurs pas critiques sur « Dieu » ou sur la foi, mais sur l'instrumentalisation par l'Eglise catholique de ces deux « notions ».

 La « morale » des athées

Derrière la religion, le commun des athées entend morale et est soudainement pris de nausées. Mais ces mêmes nausées surgissent aussi lorsque le commun des athées constate l'absence absolue de morale d'une personne proche. La réflexion morale reste souvent, chez l'athée, à la surface des choses, soit emprunte aux règles morales de l'inconscient collectif et à celles qui supportent son individualisme. La morale de l'inconscient collectif étant une déclinaison sociale de la morale de la religion dominante du pays (ou de son passé), les athées sont souvent, en France, très catholiques dans leurs principes.

En un sens, les athées extrémistes sont souvent plus moralistes que les croyants eux-mêmes, persuadés justement de vanter une liberté absolue et obligatoire dans un monde « libéré du joug de la religion ». Ils sont, au travers de ce prosélytisme, d'une suffisance absolue, persuadés de leur supériorité sur les personnes emplies de doutes (agnostiques notamment) ou déclarées croyantes.

 Du blasphème

Les grandes religions apprennent progressivement à supporter cet athéisme extrême qui peut s'illustrer dans la plus pure provocation du blasphème envers les symboles saints d'une religion. Cette provocation n'est d'ailleurs prisée que dans la mesure où « elle sent le soufre » et le blasphème.

Car blasphémer volontairement les sentiments religieux d'une personne est à placer sur le même plan que l'insulte de C envers B, la personne aimée de A, en face de A. Qui garderait un ami qui insulte ouvertement l'être aimé ? Quel athée supporterait que l'on insulte celui ou celle qu'il aime ? Nous voyons que, dès lors que le vocabulaire est clarifié et que l'on sait de quoi on parle, les blasphèmes envers les croyants portent atteinte à leurs sentiments les plus intimes.

Le plus souvent, l'agresseur profite de ces moments « socialement acceptables » pour projeter ses haines et mesquineries sous couvert d'athéisme. Le fait que le blasphème fasse si plaisir à ses défenseurs indique que ces derniers y éprouvent du plaisir, et se placent donc dans le même référentiel que celui que l'attaque vise. Pour être blasphémateur, il faut, quelque part, être imbibé de religion.

Le débat du soufi Ibn Arabi

Pour parler de la spiritualité, plongeons-nous dans un court débat datant du XIIème siècle. Laissons parler Ibn Arabi, soufi andalou qui fut confronté au théologien et philosophe Abul Walid Ibnou Rouchdi (plus connu en Occident sous le nom d'Averroës) pour disserter de l'usage de la philosophie, donc de l'usage de l'intellect, pour aborder la vérité de Dieu, donc d'une certaine façon, la spiritualité.

L'histoire de la fameuse rencontre nous a été d'ailleurs relatée par Ibn Arabi lui-même dans son grand ouvrage les Révélations mecquoises.

"Un jour mon père m'envoya à Cordoue auprès de son ami, le Cadi Abul Walid Ibnou Rouchdi dans le dessein de provoquer entre nous deux un débat sur la science (religieuse).
Lorsqu'on se rencontra, il m'adressa avec empressement un Oui interrogatif (faisant ainsi allusion à la viabilité de la philosophie comme voie d'accès à la Vérité (Allah)).
Alors tout jeune, imberbe et sans moustache que j'étais je répondis par un oui confirmatif (car je lui concédais par là que la philosophie était susceptible d'aider le croyant en sollicitant son registre rationnel, son simple entendement, etc.).
A ma réponse, son visage sembla trahir une grande satisfaction ; devinant alors sa présomption, j'ajoutai cette fois-ci un Non de restriction car sa présomption consistait à assimiler la certitude simplement conceptuelle à laquelle aboutissait la philosophie, à la certitude testimoniale absolue résultant de l'expérience mystique.
Il m'apparut après que son enthousiasme eût fait place à un bouleversement, car il devint embarrassé ; et commença à réfléchir sur l'efficacité de la méthode spéculative.
Il m'interrogea de nouveau.
Comment avez-vous trouvé la Réalité selon L'illumination et le dévoilement? Est-il conforme au résultat de la spéculation?
Je lui répondis de cette manière :
Oui et Non, c'est entre ces deux que beaucoup d'âmes ont été anéanties. Oui, parce que la philosophie prépare en effet d'une certaine manière, la vocation religieuse. Non pourtant, parce que tout aussi utile qu'elle soit, elle n'est pas décisive, car elle ne rend pas compte de la Réalité de façon parfaite."[4]

Le dilemme est là : la spiritualité n'est pas objet saisissable par la raison. Elle évolue dans d'autres sphères et ceux qui tentent de réduire le phénomène spirituel au moyen de représentations intellectuelles se trompent de nature d'objet.

Quid de ce débat mené au XIIème siècle de notre ère ? Les questions ne semblent pas même se poser à l'homme moderne de cette façon très ouverte qui laisse libre court à l'interprétation et l'affect personnel, au choix et aux destinées individuelles. Combien de penseurs actuels ont tiré les leçons de cette dualité ? Dans l'athéisme, il ne reste rien de ces débats. L'homme est condamné à être matérialiste et seule la philosophie œuvre pour son salut, sous-entendu salut intellectuel. L'apaisement de sa soif de « comprendre » n'est, elle, jamais atteinte. On comprend dès lors chez l'homme occidental, cette propension à course effrénée sans but ni véritable sens.

 Une négation d'une part de l'humain

Nier la spiritualité, alors que les diverses religions de la planète montrent des façons communes de l'aborder mais aussi une reconnaissance de l'existence de ce sentiment, paraît être une tentative d'amputation de l'homme de l'une de ses composantes essentielles. « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » disait Rabelais, mais quelle conscience, et quelle âme ? Et la Science de quoi ?

L'athéisme, en niant la spiritualité, trouve les ressources de ses arguments dans l'utilisation de raisonnements applicables à beaucoup de « choses » mais justement pas aux sentiments, dont l'aspiration spirituelle. L'athéisme se gargarise de cette certitude que n'a pas l'agnosticisme, ni même le scepticisme. L'athéisme garde ce côté cynique qui vise à déprécier les croyants, en niant l'« objet de leur foi ».

Pour l'athée, ce n'est pas une attaque à l'homme mais à un concept froid ; pour le croyant, c'est une attaque à une partie intime de sa personne ; d'où l'incompréhension d'intellectuels athées se voyant accuser de mépriser les croyants alors qu'ils ne pensent qu'au mépris du concept religieux.

 Conclusion

L'athéisme peut donc apparaître comme l'orgueil de l'homme fait dogme, la certitude de l'homme intellectuel, « libre sans dieu », et supérieur aux croyants, « rendus niais par des superstitions ». L'athéisme ne laisse pas la place au doute et vante le mépris intellectuel des croyants, relégués à l'état de bêtes crédules, inférieures intellectuellement. Il est intolérant et s'affronte, sans finesse, à des concepts qu'il confond les uns avec les autres dans une même marmite intellectuelle, aveugle et sourde.

Par certains côtés, l'athéisme est aussi dangereux que les extrémismes religieux qui lui répondent, ou plus précisément, qui répondent de manière violente à ce mépris affiché des croyants considérés comme « sots ».

Les pays occidentaux sont ivres d'athéisme, forme d'individualisme forcené et irrespectueux, orgueil extrême. Le capitalisme induit cette fuite vers la jouissance personnelle des biens matériels et vers l'abandon de toute recherche de la vérité sur soi et sur les autres.

De manière collective, nos pays occidentaux, s'ils portent l'image de pays dans lesquels il fait bon vivre, portent une responsabilité évidente dans le mépris ressenti par certains pays dont les régimes sont religieux (ces derniers étant le plus souvent, des régimes à connotation dictatoriale). L'homme occidental a perdu ses racines et l'athéisme est la forme la plus violente de cette perte volontaire et cynique d'identité spirituelle. Sans athéisme, il n'y aurait probablement pas autant de psychanalystes.


Tags : spiritualite
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L’Islam et l’Occident « Choc des civilisations »? - Avenir des relations?

Added 27/8/2010

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L’Islam et l’Occident
« Choc des civilisations »? - Avenir des relations?

(1ère partie)

Mohammed Abed al-JABRI
Les événements historiques qu’ont connus les années 1989 -1990, à savoir la chute
du Mur de Berlin et l’effondrement du Bloc Communiste, ont ouvert devant la pensée
et les imaginaires, des perspectives radicalement nouvelles. La fameuse déclaration de
l’ex-président américain Georges Bush annonçant la « fin de la guerre froide » et la
naissance d’un « nouvel ordre international » a donné à ces perspectives un caractère
officiel.
On s’attendait, partout dans le monde, à un changement radical dans les relations
internationales. On exprimait des souhaits; on s’adonnait à des prévisions heureuses;
on annonçait même « la fin de l’histoire »: le triomphe définitif du libéralisme et de
la démocratie.
Dans les pays du Tiers-monde on espérait à ce que l’Occident renoncerait à la
« logique de guerre» qui a dominé ses rapports avec le reste du monde et appliquerait
une autre logique s’inspirant, cette fois, des valeurs des Lumières, ceux de « liberté
égalité et fraternité »... Nombreux sont ceux, parmi les élites modernes de ces pays,
qui s’attendaient à ce que l’Occident, sortant glorieux de la guerre froide,
encouragerait les changements démocratiques dans le Tiers-monde. Certains allaient
jusqu’à affirmer que l’Occident ne manquerait certainement pas d’exiger, comme
préalable à toute coopération avec les gouvernements du Tiers-monde, une véritable
démocratisation de la vie politique et sociale, un respect sincère et réel des droits de
l’homme etc.
Du point de vue des peuples du Tiers-monde, donc, l’avenir des relations de
l’Occident avec leurs pays dépendrait essentiellement de ce que celui-là va choisir
comme « nouvelle politique extérieure »: Continuera-t-il à manoeuvrer dans le cadre de
la même logique de guerre, ou procédera-t-il, par contre, à une « reconstruction » de sa
politique et de sa stratégie de façon à permettre à ses rapports avec le Sud de s’inscrire
effectivement dans ce qu’on baptisait l’«après guerre froide ».
Que sont devenues ces aspirations? Comment l’Occident conçoit-il l’avenir de ses
relations avec le Tiers-monde en générale et le monde arabo-islamique en particulier?
Il faut dire que, dans l’Occident d’aujourd’hui, les aspirations ont laissé place, du
moins dans le domaine du politique, aux scénarios que construisent les professeurs
des «études stratégiques ». L’observateur qui préfère ne pas s’empoisonner par les
préjugés et réactions non contrôlées des milieux fanatiques et xénophobes de la 2
droite, européenne et américaine, peut puiser à satiété dans le discours, qui se veut
savant, des ces professeurs.
La persistance de la logique de guerre
En effet, depuis l’effondrement de l’ex-Union Soviétique, des analystes
occidentaux n’ont pas cessé de se demander: «après le communisme, qui serait
l’ennemi de l’Occident? » Comme si la « fin d’une guerre », la guerre froide en
l’occurrence, n’était que l’occasion pour déclencher une autre ou, en termes
philosophiques, comme si le « moi » de l’Occident ne pouvait s’affirmer qu’à travers la
négation de l’« autre ».
Avant d’analyser les fondements épistémologiques d’une telle attitude essayons
tout d’abord d’exposer, sommairement, les principales thèses des auteurs qui pensent
l’avenir des relations entre l’Occident et l’Islam dans cette logique.
1- « la guerre sociale froide »
Dans son article publié en juillet 1991, M. Barry Buzan1 se propose de « tracer les
lignes générales du nouveau type de rapports sécuritaires, qui ont commencé à se
former à l’échelle mondiale après les grands changements de 1989 et 1990 ».
Pour M. Buzan les changements survenus dans le Centre (pays industrialisés) et
qui constituent selon lui les caractéristiques fondamentales du nouveau type de
relations entre les états, sont au nombre de quatre: l’apparition de centres de force
multiples à la place du centre bipolaire qui régnait pendant la guerre froide; un degré
inférieur de division et de rivalité idéologique; la tendance à l’hégémonie, sur l’échelle
internationale, par un groupe d’états capitalistes concernés par le problème de la
sécurité. Le quatrième aspect qui est, selon l’auteur, moins sûr mais s’impose comme
conséquence logique, est la consolidation du pouvoir de la société civile.
Ces changements que connaît le Centre auront des conséquences, directes et
indirectes, sur la sécurité politique, militaire, économique et sociale dans les
Périphéries (les pays non industrialisés). Parmi ces conséquences, celle qui intéresse
directement notre sujet, est ce que l’auteur dénomme « la collision des
identités culturelles » qui se manifeste clairement, d’après lui, dans les rapports entre
l’Occident et l’Islam à cause de plusieurs facteurs: « L’opposition entre les valeurs
laïques et les valeurs religieuses; la rivalité historique entre la chrétienté et l’Islam; la
jalousie envers la puissance de l’Occident; le mécontentement provoqué par la
prédominance occidentale sur les structures politiques implantées dans le Moyen
Orient après la période coloniale; le sentiment d’infériorité et l’amertume causé par
l’effrayante comparaison entre les acquis de la civilisation islamique et ceux de la
civilisation occidentale, réalisés pendant les deux derniers siècles. Ce dernier facteur,
précise notre auteur, est ressenti d’une manière plus pesante en terres d’Islam à cause
du voisinage géographique, de l’inimitié historique et du rôle que joue l’Islam dans la
vie de ses disciples. Le sentiment de rivalité est intensifié plus encore par le fait que
l’Islam constitue une puissante identité collective toujours en extension ».

3
Ainsi, dit-il, si l’on ajoute le « danger » que constitue l’émigration à celui relatif au
« conflit des civilisations », il serait facile de concevoir le genre de « guerre sociale
froide » entre le Centre et une partie de la Périphérie et plus particulièrement entre
l’Islam et l’Occident. L’Europe, dit-il, occupera le premier rang dans cette guerre qui
lui sera bénéfique car elle aidera, toujours selon M. Buzan, à faire avancer le processus
de complémentarité politique entre ses pays en présentant à leur politique extérieure
un problème commun autour duquel il serait facile de réaliser un consensus. En un
mot, « une guerre sociale froide ne peut que consolider l’identité européenne dans
tous ses aspects en ce moment crucial de l’histoire de l’unité de l’Europe. »
Et l’auteur de conclure: « Vu tous ces facteurs, et d’autres encore, on peut croire
qu’il existe en Occident une opinion très large prête, non seulement à soutenir une
guerre sociale froide contre l’Islam, mais aussi à cautionner des politiques qui
encouragent un tel choix ».
Devant cette manière de voir les rapports entre l’Islam et l’Occident on ne peut
s’empêcher de se demander : S’agit-il d’une analyse des faits et de leur évolution
possible ou, par contre, sommes-nous en face d’une incitation directe à l’hostilité?
2- « Choc des civilisations »
Deux ans après l’article de M. Buzan qui a passé presque inaperçu, peut-être à
cause de son titre « classique » et de son style « froid », M. Samuel Huntington 2
reprend les mêmes thèses mais sous un titre spectaculaire, « choc des civilisations », et
dans un langage provocant, riche d’exemples minutieusement choisis, ce qui a donné
à son article un grand retentissement dans les quatre coins du monde.
M. Huntington présente sa thèse en ces termes qui ne dissimulent rien: «Mon
hypothèse, dit-il, est que, dans le monde nouveau, les conflits n’auront pas
essentiellement pour origine l’idéologie ou l’économie. Les grandes causes de division
de l’humanité et les principales sources de conflit seront culturelles. Les Etats-nation
continueront à jouer le premier rôle dans les affaires internationales, mais les
principaux conflits politiques mondiaux mettront aux prises des nations et des
groupes appartenant à des civilisations différentes. Le choc des civilisations dominera
la politique mondiale ». Ainsi, «le sentiment d’appartenance à une civilisation va
prendre de plus en plus d’importance dans l’avenir et le monde sera, dans une large
mesure, façonné par les interactions de sept ou huit civilisations majeures: à savoir, les
civilisations occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindouiste, slavoorthodoxe,
latino-américaine, et, peut-être, africaine. Les plus importants conflits à
venir auront lieu le long des lignes de fractures culturelles qui séparent ces
civilisations ».
Car, précise notre auteur, si la civilisation occidentale apparaît aujourd’hui
comme « la civilisation mondiale qui convient à tous les humains » elle ne l’est en effet
que superficiellement. En profondeur, les choses sont tout à fait autrement: les
concepts qui règnent dans la civilisation occidentale sont différents de ceux qui
prédominent dans les autres civilisations. L’individualisme, le libéralisme, la

4
constitution, les droits de l’homme, l’égalité, la liberté, la démocratie, la sécularisation
etc. sont des concepts qui n’ont, en général, que peu de validité et d’intelligibilité dans
les civilisations islamique, confucéenne, japonaise, hindouiste, bouddhiste et autres
non occidentales.
Devant cet état de choses les pays qui appartiennent à ces civilisations se
trouveront, affirme notre auteur, dans l’obligation de choisir entre trois alternatives:
- Des pays, comme la Birmanie et la Corée du nord, peuvent choisir l’isolement
afin de « protéger » leur pays contre la « corruption » occidentale. Le prix est très cher,
remarque notre auteur. Par conséquent, un petit nombre d’Etats prendront le risque
d’un tel choix.
- D’autres pays préféreront, par contre, de se rattacher à l’Occident et suivre ses
pas dans tous les domaines optant ainsi pour l’occidentalisation totale. L’auteur
compte parmi ces pays le Japon, la Russie, les pays de l’Europe de l’Est et les pays de
l’Amérique latine.
-Mais il y a un grand nombre de pays qui souhaiteront réaliser un certain
équilibre avec l’Occident. Ils chercheront à développer leur capacité économique et
militaire, à collaborer avec d’autres pays non occidentaux contre l’Occident et à
préserver leurs valeurs et leurs institutions locales. En d’autres termes, ils acceptent la
modernisation mais refusent l’occidentalisation. Il s’agit surtout des pays qui forment,
d'après M Huntington, l’« alliance confucéeno-islamique qui défie les intérêts de
l’Occident, rejette ses valeurs et conteste son hégémonie ».
Pour faire face à ce "défi" islamico-confucéen M. Huntington invite l’Occident,
et c’est là le but de son article, à «consolider la coopération entre ses constituants
européens et nord-américains (...), tracer des limites au développement militaire des
pays appartenant à la civilisation islamico-confucéenne ( ...); ralentir le processus de
réduction du potentiel militaire de l’Occident et maintenir la suprématie militaire
occidentale dans le Sud-Ouest de l’Asie(...) renforcer les instances internationales qui
préservent les valeurs et intérêts légitimes de l’Occident et encourager l’adhésion des
pays non-occidentaux à ces instances».3
Est-il nécessaire de souligner ici le caractère franchement politique de la thèse du
« choc des civilisations »?
Les milieux bien-informés, aux Etats-Unies, n’hésitent pas à affirmer qu’un tel
discours, militant pour prouver l’existence d’un nouveau danger, d’un nouvel
« ennemi », est nécessaire pour convaincre le peuple américain et ses représentants de
la nécessité de maintenir le budget de la « Défense » dans son niveau actuel.
3) Le « conflit idéologique »
« Le choc de civilisations n’est pas un conflit sur Jésus christ ou Confucius ou le
prophète Muhammad autant qu’il est sur la distribution inégale de la puissance, de la
richesse et de l’influence à l’échelle mondiale, et sur le manque de respect et d’estimes
de la part des grandes peuples envers les petits. La culture est le véhicule de
l’expression des conflits. Elle n’en est pas la cause ». C’est ce qu’affirme M. Graham
Fuller4 dans un article publié deux ans après celui de M Huntington. Mais il ne faut

5
pas se faire des illusions; il ne s’agit pas d’un renoncement pur et simple à la « logique
de guerre » qui régi les thèses que nous venons d’exposer. Au contraire, il s’agit
seulement de donner un autre non au même « ennemi ».
Pour M. Fuller le conflit prochain sera idéologique. Car ce qui marque l’état du
monde après la chute du communisme c’est la domination de la vision de l’Occident
dans les domaines politiques et économiques. Celle-ci repose sur trois principes
fondamentaux: 1) le capitalisme et l’économie du marché; 2) les droits de l’homme et
la démocratie libérale et laïque; 3) l’Etat/nation comme cadre des relations
internationales. Ces principes qui ont favorisé le progrès et l’émancipation des
sociétés occidentales provoquent des tensions et des troubles déstabilisants dans les
pays du Tiers-monde, ce qui poussera ces pays à adopter d’autres principes et à
construire d’autres visions qui ne concordent pas avec celle de l’Occident.
On doit s’attendre, donc, affirme l’auteur, à l’émergence dans le Tiers-monde
d’une idéologie qui s’opposera aux valeurs occidentales. La manière dans laquelle cette
«prochaine idéologie » affrontera l’Occident dépendra du genre des dirigeants qui se
présenteront comme défenseurs des intérêts de ces pays. Les pays candidats à jouer ce
rôle sont ceux qui possèdent les qualités nécessaires, à savoir: « des racines dans une
civilisation historique, un sentiment de suprématie culturelle et de continuité au niveau
du rôle joué historiquement, un rôle régional non contesté, une expérience dans le
domaine de la mise en application des idéologies du changement et un sentiment
particulier de frustration faute de pouvoir accomplir sa vocation historico-culturelle à
cause du colonialisme occidentale ».
L’auteur place La Chine, l’Inde, l’Iran, l’Egypte et la Russie à la tête des pays
appelés à jouer le rôle de « pilote » dans la lutte idéologique contre l’Occident. Il cite
d’autres pays comme le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, qu’il considère
susceptibles de jouer un rôle non négligeable dans ce conflit idéologique, tout en
précisant qu’il n’avait pas l’intention de faire « la liste des ennemis » de l’Occident. Le
but de son article est, dit-il, limité à « nous sensibiliser » de la nature du problème afin
de chercher les moyens permettant d’empêcher la constitution d’un bloc hostile à
l’Occident.


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Dialogue des Civilisations

Added 19/8/2010

 
 

Abstract : À l’aube du nouveau siècle, le futur de notre monde ainsi que les corrélations de ses cultures sont devenus sujets à de nouvelles idées parfois subversives. Certains croient au « Clash des civilisations », et d’autre à « la fin de l’histoire » telle que nous la connaissons. Je crois que l’état actuel de désordre du monde est davantage le résultat des forces politiques et économiques régentant la globalisation et une ignorance des civilisations. La clé du progrès réside dans l’équité des affaires internationales, le développement d’une nouvelle vision mondiale à propos des plus défavorisés et l’amélioration de la connaissance des différentes cultures et religions.

L’intitulé « Science et Quête de Sens » met l’accent sur une dimension spirituelle, un monde qui existe par-delà la science. De la même façon, ce texte a trait aux dimensions existant par-delà la science – notre existence humaine au sein de civilisations et de cultures qui peuvent, ou non, être en conflit. En tant que scientifique, je trouve ces questions complexes, mais c’est précisément cette complexité qui, dans notre recherche continue pour comprendre l’homme, nécessite une nouvelle approche non dogmatique et raisonnable. Il y a, certes, d’une part, notre recherche de la vérité et de nouvelles connaissances par l’intermède de la science, mais il y a également, d’autre part, notre compréhension de la signification et de la valeur de la vie à travers la foi. De fait, mes pensées et réflexions sont à ce jour guidées par l’expérience que j’aie d’au moins trois civilisations : égyptienne, arabe musulmane et américaine.

En observant le monde tel qu’il leur apparaissait à l’aube de ce nouveau siècle, certains intellectuels ont élaboré des concepts défaitistes et attristants : ainsi « Le choc des civilisations » (Samuel Huntington) et « la fin de l’histoire », (Francis Fukuyama) ont fait leur apparition sur le devant de la scène géopolitique. Néanmoins, si les deux auteurs défendent leur cause avec conviction, ces idées n’en sont pas moins couramment controversées et discutables. En tant que scientifique, je ne trouve aucune « physique fondamentale » à ces concepts. Autrement dit, ce n’est pas un principe fondamental de civilisations qui aura pour conséquence ni de les faire rentrer en conflit les unes avec les autres ni de mettre un terme à l’histoire, en permettant à un système d’écraser toutes les autres idéologies.

En effet, je soutiens que le désordre actuel du monde résulte en partie de l’ignorance des civilisations – l’inconscience ou la mémoire sélective du passé et le manque de perspective pour l’avenir – et en partie de la misère économique et des injustices politiques vécues par les pauvres, qui représentent environ 80 % de la population mondiale, disséminés tout autour de la planète et vivant au cœur de différentes civilisations. Ces deux points représentent les barrières principales à l’évolution de l’ordre mondial, et si un jour nous parvenions à les dépasser, nous atteindrions le degré optimum : un dialogue entre civilisations.

Dialogue ou Clash ?

D’après le dictionnaire, le mot « civilisation » signifie un état avancé de la société humaine, dans laquelle a été atteint un haut niveau culturel, scientifique, industriel et gouvernemental. Individuellement, nous sommes civilisé lorsque nous atteignons l’état avancé de capacité à communiquer avec les autres et de les respecter, avec leurs coutumes, cultures et religions propres. Collectivement, nous parlons de globalisation en tant que moyen d’apporter la prospérité dans le monde. Pourtant, la globalisation ne peut pas être un concept pratique s’il existe des désaccords entre civilisations. Historiquement, il y a beaucoup d’exemples de civilisations qui ont coexistées sans connaître de conflit significatif.

L’argument central de la thèse de Huntington est que, en cette ère de post-Guerre Froide, les plus importantes distinctions observées entre les peuples ne sont pas d’ordre idéologique, politique ou économique, mais culturel. Il met l’accent sur le fait que les gens se définissent en terme d’ascendance, de religion, de langue, d’histoire, de valeurs, de coutumes et d’institutions ; il scinde le monde en 8 civilisations principales : civilisation occidentale, orthodoxe, chinoise, japonaise, musulmane, indoue, latino-américaine et africaine.Cette analyse me pose problème à divers égards et peut-être que les questions et commentaires suivants vont pouvoir clarifier ma position. Premièrement, Quelle est la base de ces divisions entre civilisations ? Les peuples appartiennent à différentes cultures, les nations ont pratiqué et appréhendé (et continuent de le faire) différentes cultures, et des nations du même continent peuvent être influencées par des civilisations différentes. En ce qui me concerne, depuis ma naissance jusqu’à aujourd’hui, je peux m’identifier tout à la fois en tant qu’Égyptien, Arabe, Musulman, Africain, Asiatique, Oriental, Méditerranéen et Américain. En regardant de plus près ne serait-ce qu’une de ces civilisations, je constate également que rien que les Égyptiens eux-mêmes appartiennent déjà à une civilisation dynamique auréolée d’un héritage multiculturel : pharaonique, copte, arabe, islamique, sans mentionner les influences perse, hellénique, romaine et ottomane.

On peut dire la même chose des civilisations européenne et américaine et d’autres civilisations prévalant sur des continents différents. Les cultures de l’Ouest de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Australie sont loin d’être uniformes et homogènes. Étant donné le nombre de cultures existant en Europe et aux Etats-Unis, nous devrions alors nous attendre à un conflit de civilisations au sein d’une seule d’entre elles, sans même avoir besoin d’observer les sept autres. Mais force est de constater que les énergies unissant les cultures et civilisations ne sont pas le résultat de simple divisions.

Une seconde question est : Est-il fondamental que des différences de cultures produisent nécessairement des conflits ? Huntington soutient que si les Etats-Unis perdaient leur héritage européen (langue anglaise, religion Chrétienne et une éthique Protestante) et son credo politique (par exemple, liberté, égalité), son futur serait mis en danger. Pour ma part, j’arrive à la conclusion opposée. D’un point de vue personnel, je ne parlais pas l’anglais en arrivant aux Etats-Unis ; je ne suis pas Chrétien ; et l’on ne m’a pas enseigné l’éthique Protestante. Pourtant, je me suis intégré dans ma nouvelle culture américaine tout en préservant ma (mes) culture(s) originelle(s) et je suis persuadé que mes cultures « orientale » et « occidentale » ont toutes deux bénéficié de ce mariage, sans que cela occasionne le moindre clash. Dans une perspective plus large, la force de l’Amérique a traditionnellement résidée dans son « melting pot » ; le pays a été enrichi – et continue de l’être – par la multiethnicité et les différentes cultures de ses habitants. En conséquence, la tolérance vis-à-vis de religions et cultures différentes est devenue partie intégrante de la civilisation américaine. Tant que le peuple pourra vivre dans un système constitutionnellement sain de liberté et d’égalité, les heurts intra-nationaux ne seront pas fondamentaux – contrairement à d’autres problèmes qui le sont.

Concernant les relations internationales, par exemple, je ne comprends pas bien la raison pour laquelle les civilisations doivent acquérir leur puissance à travers l’impérialisme aux dépens des autres. Les cultures et civilisations peuvent être à l’apogée de leur accomplissement tout en coexistant harmonieusement les unes avec les autres et même en se complétant. Les Etats-Unis, le Japon, et les nations européennes sont des exemples de cette coexistence salutaire, établie en construisant des ponts économiques et culturels. La clé pour atteindre cet état est d’instituer un « système de gouvernance mondial » qui représente et observe la liberté humaine et la justice, et dont les résolutions soient imposées et mises en application de façon opportune. Ce système est certes difficile à instaurer, néanmoins je crois qu’un leadership visionnaire pourrait y parvenir dans la durée.

Une dernière question est : Qu’en est-il de la dynamique des Cultures ? Les cultures ne sont pas statiques ; elles changent toutes avec le temps et le degré de changement est régi en grande partie par les forces de la politique et des sciences économiques. Considérons mon pays natal. La civilisation égyptienne s’est développée très tôt dans l’histoire humaine et a dominé le monde durant des millénaires. Cependant, récemment, la nation est devenue un pays en voie de développement. Cela ne signifie pas que l’Égypte ait perdu sa civilisation, mais cela veut dire que, comme d’autres, elle a changé avec le temps, en raison de nombreuses forces internes et externes – son état actuel n’est pas dû à un facteur génétique ou des valeurs culturelles fondamentales.

Si d’autres exemples de changement culturel en Europe et dans d’autres parties du monde sont également identifiables, la dynamique de modification peut être différente : différente dans l’échelle de temps et dans les forces qui provoquent le changement. Mais dans tous les cas, la dynamique de changement ne peut pas être uniquement attribuée aux valeurs intrinsèques d’une culture isolée : nous devons tenir compte des interactions politiques et économiques qui ont lieu à l’intérieur d’une culture et entre les diverses cultures du monde. Les habitants de la Corée du Nord et de la Corée du Sud sont, au départ, issus de la même culture. La disparité notable en terme de progrès qui existe aujourd’hui entre les deux pays est pourtant essentiellement due à des facteurs économiques et politiques ; de même peut-on évoquer le cas de l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest avant leur réunification. L’exposé ci-dessus n’évoque cependant pas un problème fondamental et commun à toutes les cultures et civilisations : les populations de défavorisés ont en effet une dynamique qui leur est propre. Durant le Moyen Âge européen – période de l’apogée de la civilisation Islamique –, la majorité des Européens était pauvre. À l’inverse, aujourd’hui, la plupart des nations du monde musulman se développent ou sont encore sous-développées et doivent gérer de vastes populations de pauvres. Certains peuvent croire que cela est dû à une faille dans les valeurs intrinsèques de la religion de l’Islam. Il peut être utile pour moi, qui ai été éduqué dans la tradition musulmane bien que je ne sois pas un disciple de l’Islam, de mettre en évidence certains des principes méconnus de l’Islam et de sa civilisation dynamique. Il est également opportun de le faire, étant donné les tragiques événements du 11 septembre 2001 qui ont eut lieu à New York et Washington et les conséquences, aujourd’hui, de l’amalgame fait par de nombreuses personnes dans le monde, entre ces événements et l’Islam.

L’Islam et ses Fondations

Qu’est-ce que l’Islam ? L’Islam est la religion et la façon de vivre d’environ 1/5 de la population mondiale. Il y a 1,3 milliards de Musulmans dans le monde aujourd’hui, dont 20 % sont des Arabes ; 5 % des Arabes ne sont pas des Musulmans. En 1970, il y avait 500 000 Musulmans aux Etats-Unis ; maintenant ils sont de 6 à 7 millions, dont 23 % sont nés aux Etats-Unis. L’Islam est un mot Arabe qui a une double connotation : « paix » et « soumission à la volonté de Dieu ». L’Islam se considère comme la continuation et le point culminant des religions initialement « envoyées par Dieu » : le Judaïsme et la Chrétienté ; les trois religions sont couramment nommées les « religions monothéistes Abrahamique ». Dieu ordonne aux Musulmans de respecter toute l’humanité, et les Juifs et Chrétiens sont mentionnés avec distinction en tant que peuple du Livre, puisqu’ils sont les compagnons fidèles du Dieu unique et les destinataires de Ses Écritures Saintes (La Torah à travers Moïse et l’Évangile à travers Jésus). Le prophète de l’Islam est Mohammed, qui est également le descendant d’Abraham, via son premier fils, Ismael.

Pour l’Islam, deux concepts sont fondamentaux : le concept de l’Unité de Dieu, d’un Dieu des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans, et de l’humanité entière ; et le concept de l’Islam en tant que façon de vivre, ce qui inclut les systèmes civil et légal. Ces deux concepts sont le noyau de la foi. Les codes islamiques de moralité et de comportement sont les mêmes que ceux rencontrés dans le Christianisme et le Judaïsme.

Les Musulmans acceptent cinq obligations primaires, communément appelées les « cinq piliers » (arkan) de l’Islam. En pratique, bien entendu, les Musulmans les observent parfois inégalement, étant donné que la responsabilité de remplir les obligations repose sur les épaules de chaque individu. Les piliers sont : la profession de foi (shahadah) ; la prière (salah) ; donner l’aumône (zakah) ; le jeûne (sawm) pendant le mois Saint du Ramadan ; et l’exécution du pèlerinage (hajj), le voyage jusqu’à la Mecque, pour ceux qui peuvent se le permettre physiquement et matériellement, au moins une fois dans leur vie. Les Musulmans acceptent également la shariah (le corps des lois sacrées Islamiques dérivé de la sunnah : coutume et pratiques religieuses du Prophète), les hadiths (énonciations et enseignements du Prophète) et le Coran.Le Coran est l’écriture Sainte de l’Islam, et les Musulmans le considèrent comme ayant été rédigé par Dieu Lui-même et révélé à Mohammed par l’intermède de l’ange Gabriel. En Arabe, le mot pour Dieu est « Allah » et est utilisé par tous les Arabes, même les Arabes Chrétiens et Juifs. Le Coran a été révélé en segments de différentes longueurs, abordant des questions et des circonstances diverses, sur un laps de temps de 23 années, temps qu’a duré la Prophétie de Mohammed. Puisqu’il s’agit des mots directement choisis par Dieu, le Coran reste dans sa langue originale, mot pour mot et lettre pour lettre. Une fois traduit dans n’importe quelle autre langue (même en Arabe), il n’est plus appelé Coran car les mots directs divins sont remplacés par des mots humains, considérés comme des interprétations ou traductions de la signification du texte. Le style littéraire du Coran est tellement puissant que pour les premiers Arabes, il fut perçu comme un miracle inimitable. Le style semble partager certaines caractéristiques avec la poésie – une fois encore, le Coran défie la description, n’étant considéré ni comme de la poésie, ni comme de la prose, mais selon une classification qui lui est propre – et cela pose difficulté pour certains lecteurs non Musulmans qui aiment les histoires de la Bible contées dans un ordre chronologique. Il y a bien une histoire, dans le Coran (Joseph), qui se déroule de façon totalement chronologique mais aux yeux de ces lecteurs, elle pourrait encore paraître poétique.

Le Coran fait des déclarations fondamentales au sujet de l’existence et de l’intégrité humaines dans tout ce qui va de la science au savoir, de la naissance à la mort. « Lis ! », est le premier mot du premier verset de la révélation directe au Prophète [Sourate al-‘Alaq, 96:1] et un grand nombre de versets traite de l’importance de la connaissance, de la science, et de l’apprentissage ; Les Musulmans positionnent les scientifiques au même niveau que les prophètes dans le respect qui leur est du. Le Coran lance un appel général à l’humanité : « coopérez les uns avec les autres dans la droiture et la piété, et ne coopérez pas dans le péché et la transgression » [Sourate al-Ma‘ida, 5:2].

Malheureusement, certains fanatiques et autres journalistes injurient l’Islam et déforment le sens de ses principes via des termes tels que jihad et terrorisme. Le mot jihad, par exemple, est maintenant traduit de façon routinière sous la dénomination de « guerre sainte », et plus spécifiquement en tant que « guerre sainte » pratiquée par les Musulmans contre des non croyants. Cette phraséologie est à des années lumières du vrai concept du jihad dans l’Islam. Selon le Lisan al-‘Arab, le dictionnaire Arabe qui fait autorité en la matière, le mot jihad, qui dérive de la racine du verbe jahada, signifie simplement faire un effort maximal ou lutter. La connotation théologique de cet « effort maximal » est qu’il est exercé en vue d’une amélioration – dans la lutte interne qu’un être peut mener pour s’améliorer, s’élever, se purifier et s’éclairer. Par exemple, en Égypte, le mot mujtahid en tant qu’appliqué à un étudiant, signifie qu’il « accomplit grandement. » Il y a d’autres formes de jihad, dont l’utilisation du pouvoir économique pour améliorer la conditions des nécessiteux, ou le jihad physique dans la lutte contre l’oppression et l’injustice. Le terme est également utilisé pour dénoter une guerre faite au service de la religion.Le jihad physique est limité par les concepts Coraniques suivants :

« Combattez ceux qui vous combattent, mais ne transgressez pas » (2:190). Ce qui veut dire que la guerre est justifiée seulement si elle est de nature défensive. « Mais s’ils s’inclinent vers la paix, inclinez-vous vers elle également, et placez votre confiance en Dieu »(8:61). La guerre n’est pas réalisée dans le but de vaincre ou d’écraser l’ennemi ; l’occasion de la paix doit être saisie dès qu’elle se présente. Ce point est tellement important aux yeux des Musulmans que leur salutation traditionnelle se traduit en ces termes : « que la paix soit sur vous. » La paix de l’Islam ne laisse aucune place au terrorisme, qui est l’antithèse du jihad. Le terrorisme est absolument condamné.

Une Civilisation Frustrée

En général, l’Occident se souvient peu du rôle essentiel joué par la civilisation islamique, dont l’un des centres se trouvait en Espagne, à l’époque où l’Europe était elle-même plongée dans des âges sombres. Je doute que les gens dans les rues de New York, Los Angeles, Londres et Paris, aujourd’hui, sachent combien la civilisation islamique était alors avancée. Elle a fourni au monde de nouvelles connaissances en matière de science, philosophie, littérature, droit, médecine et dans d’autres disciplines. Des exemples de ses contributions profondes, au tournant du premier millénaire, incluent celles de Ibn Sina, renommé pour sont travail en médecine et connu dans l’Ouest en tant que Avicenne ; celles de Ibn Rushd (Averroës) en philosophie et droit ; celles de Ibn Hayyan (Geber) en chimie ; celles de Ibn al-Haytham (Alhazen) en système optique ; celles de Omar Khayyam, un poète et mathématicien de renom ; et celles de al-Khwarizmi, connu pour sa profonde contribution à l’Algèbre (un mot Arabe) et dont le nom est commémoré dans le mot algorithme.Le savant Bernard Lexis a remarquablement décrit cette civilisation lorsqu’il a eu l’occasion de retracer l’histoire de la région : « Durant de nombreux siècles, le monde de l’Islam fut au premier plan de la civilisation humaine et de ses accomplissements… » Il ajoute : « L’Islam a créé une civilisation polyethnique, multiraciale, internationale et, pourrait-on même avancer, intercontinentale… C’était la plus grande puissance économique dans le monde… Elle avait atteint le plus haut degré de civilisation artistique et scientifique que l’histoire humaine avait jamais connu. »Je doute également que les gens se souviennent du fait que la tolérance ait été une caractéristique prédominante de cette civilisation prétendument Orientale. C’est durant l’apogée de la civilisation islamique que des Musulmans, Juifs et Chrétiens ont vécu ensemble en paix en Espagne et dans d’autres pays du monde musulman, et c’est dans les pays de l’Ouest que les juifs ont le plus souffert de discrimination et de torture. Le Caire est la ville qui vit le philosophe Juif Maimonide étudier les idées de Avicenne et lire Aristote, qui furent traduits en Arabe par, entre autres, des savants Arabes Chrétiens. Utiliser les événements qui ont lieu dans le monde aujourd’hui pour ignorer les contributions de la civilisation islamique et discréditer l’Islam en tant qu’institution intolérante, n’est pas dans le plus grand intérêt de la paix et du progrès dans le monde.

Malheureusement, certains des problèmes auxquels le monde Musulman est confronté sont le fait des Musulmans eux-mêmes. Nombreux sont, dans le monde musulman, les personnes qui n’ont pas connaissance du vrai message de l’Islam, et certains leaders et fanatiques l’utilisent pour augmenter et promouvoir leur propre pouvoir et ambition politique. Plus encore, certains créent de nouvelles idéologies au nom de l’Islam et utilisent leurs interprétations du Coran dans des débats voués à drainer le pouvoir humain et intellectuel de la société. Je doute que ces gens comprennent réellement le sens de l’instruction et le rôle critique qu’elle a joué dans la diffusion de la civilisation islamique, non seulement parmi les Musulmans mais également à travers le monde entier depuis environ un millénaire. Ils doivent également avoir oublié que le Coran met l’accent sur la responsabilité des individus à s’améliorer ainsi que leurs sociétés, affirmant : « En effet ! Dieu ne changera pas la condition du peuple aussi longtemps qu’il ne changera pas son état de bonté lui-même » [al Ra’d, 13:11].

Il y a aujourd’hui un état de mécontentement et de frustration dans le monde musulman et arabe. Ces sentiments sont occasionnés par des problèmes domestiques et par des problèmes politiques et économiques internationaux ou régionaux. En observant leur glorieux passé, les Musulmans s’interrogent : « Qu’est-ce qui a mal tourné ? Comme le prouvent ses accomplissements passés, l’Islam n’est pas en soi une source de passéisme et de violence. Cependant, on ne peut pas ignorer l’influence de la colonisation et de l’occupation moderne de leurs territoires par des pouvoirs occidentaux, la déception ressentie face à leur alignement avec le bloc de l’Est comme avec celui de l’Ouest (communisme Vs. Capitalisme), qui a échoué à apporter la prospérité, ni ne peut-on ignorer les problèmes domestiques qui résultent, pour la plupart, du manque d’instauration d’institutions démocratiques (également défendues par l’Occident).

De plus, ils voient, grâce aux médias internationaux, la domination et prospérité de l’Occident, l’humiliation en Palestine, en Bosnie et en Tchétchénie et leur statut économique défavorable en comparaison de celui du reste du monde.

Je ne suis pas d’accord avec la théorie selon laquelle l’Ouest conspirerait contre l’Est. Je ne crois pas non plus que tous les problèmes soient causés par l’Occident. Je crois cependant que les pays de l’Ouest devrait apporter davantage leur aide aux pays défavorisés, de la façon que je vais détailler ci-dessous. La civilisation islamique a, par le passé, aidé la civilisation occidentale et il est légitime de demander la réciproque aujourd’hui. En outre, instaurer de nouvelles méthodes pour une meilleure communication est primordial au progrès continu et à la coexistence. Tant que le mécontentement et les frustrations augmenteront au sein du monde des défavorisés, qui sont aujourd’hui plus d’un milliard, le monde sera confronté à des risques accrus de conflit et d’instabilité, et de tels troubles seront occasionnés par des pays autres que ceux des mondes arabe et musulman.

Le Monde des Pauvres

Dans notre monde, la distribution des richesses est biaisée, créant des classes disparates entre et parmi les populations et les régions du globe. Seuls 20 % de la population bénéficient des conditions de vie du « monde développé », et le fossé entre ceux qui « ont » et ceux qui « n’ont pas » continue à se creuser, menaçant la stabilité et la sérénité de notre coexistence. D’après les données de la Banque Mondiale, sur les 6 milliards d’habitants sur terre, 4,8 milliards vivent dans des pays en voie de développement ; 3 milliards vivent avec moins de 2 $ par jour, et 1,2 milliard vit avec moins d’1 $ par jour, ce qui représente le seuil de pauvreté absolu ; 1,5 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à de l’eau propre, ce qui les expose au risque de contracter des maladies mortelles, et environ 2 milliards de personnes attendent toujours de pouvoir bénéficier de la révolution industrielle.

Le Produit Intérieur Brut (PIB) de certains pays développés de l’Ouest atteint les 35 000 $ par habitant, en comparaison des 1 000 $ par habitant qu’atteignent de nombreux pays en voie de développement, et encore significativement moins parmi les populations sous-développées. La différence des niveaux de vie – qui est de l’ordre d’une multiplication par cent – augmente le mécontentement, la violence, et les conflits raciaux et ethniques. Des preuves de ce mécontentement existent déjà et nous n’avons qu’à regarder aux frontières entre les pays développés et les pays en voie de développement ou sous-développés (par exemple en Amérique et en Europe) ou à la frontière existant entre riches et pauvres au sein d’une même nation.

Certains croient qu’un nouvel ordre du monde peut émerger grâce à la « globalisation » et qu’elle peut solutionner des problèmes tels que l’explosion démographique ou le désordre social et remplir le fossé économique existant entre certaines nations. Cette conclusion est douteuse. La mondialisation, en principe, est une idée optimiste selon laquelle toutes les nations peuvent prospérer et évoluer en participant à un marché mondial unique. Malheureusement, dans sa forme présente, la globalisation est plus à même de bénéficier aux plus capables et aux plus forts et, bien qu’elle représente une valeur ajoutée pour la concurrence et le progrès humain, elle ne sert que la fraction de la population mondiale qui est capable d’exploiter le marché et les ressources disponibles. De plus, pour être prêtes à entrer dans la mondialisation, les nations doivent pouvoir dépasser les entraves économiques et politiques auxquelles sont confronté leurs pays.

Les Entraves au progrès

De quoi avons-nous besoin pour surmonter les entraves au progrès ? La réponse à cette question est loin d’être triviale tant de nombreuses considérations d’ordre culturel et politique sont prises en compte dans le tableau d’ensemble. Quoi qu’il en soit, il me semble qu’elles sont essentielles pour le progrès et que les pays développés autant que ceux en voie de développement devraient sérieusement les considérer. Pour les pays en voie de développement, il existe trois objectifs essentiels : (1) Créer les ressources humaines nationales, prendre en compte la nécessaire élimination de l’analphabétisme, le besoin de la participation active des femmes à la société, et la nécessité d’une réforme de l’éducation ; (2) Restructurer la constitution nationale, qui doit permettre la liberté de penser, instaurer une minimisation de la bureaucratie, le développement d’un système de mérite, et un code légal crédible (exécutoire) ; enfin, (3) Créer la base scientifique locale.

Ce dernier objectif est primordial pour une nation, tant pour son développement que pour sa participation mondiale. Avec une base scientifique solide soutenant tout à la fois une meilleure éducation et la recherche, il est possible d’augmenter le savoir scientifique, d’encourager une approche rationnelle, et d’éduquer le public quant aux développements et bénéfices potentiels. Les avantages que peuvent apporter la science et la technologie à la société sont évidents, cependant, tout aussi important est l’enseignement des sciences qui permet à une société d’acquérir un processus de pensée rationnel. S’il fait défaut, la faille dans la pensée analytique sera remplie par de l’ignorance et même de la violence. Au cours d’une conférence récente, j’ai affirmé : « La science est la colonne vertébrale du progrès, mais tout aussi important, son savoir nous garantit l’une des plus précieuses valeurs de l’humanité : l’instruction. »

L’idée selon laquelle une telle base scientifique serait uniquement dédiée aux pays déjà développés est un obstacle majeur à l’espoir des défavorisés d’y accéder un jour. Plus encore, certains croient en une théorie de conspiration selon laquelle non seulement le monde développé n’aidera aucun pays en voie de développement mais encore, essayera-t-il de contrôler le flux de connaissances qui y est rencontré. Ceci est l’argument de « l’œuf ou la poule » car les pays développés, avant d’atteindre leur stade actuel, sont également passés par une phase de développement. Le récent succès, sur le marché mondial, de certains pays en voie de développement, tels que la Chine et l’Inde, est le produit de leurs systèmes éducationnels développés et de leurs connaissances technologiques dans certains secteurs – l’Inde est très rapidement en train de devenir l’un des leaders mondiaux en matière de logiciels pendant que la Chine s’impose partout dans le monde avec des produits labellisés « Made in China. » Quant à la théorie d’une conspiration, je ne lui accorde pas beaucoup de crédit, préférant croire que les nations « interagissent » pour le meilleur de leurs intérêts mutuels.Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est de collaborer tous ensemble – pays industrialisés et en voie de développement – en acceptant nos responsabilités communes. Pour ce qui est des pays développés, 3 objectifs essentiels sont identifiés : (1) Se concentrer sur les programmes d’aide. Généralement, les pays industrialisés distribuent aux pays en voie de développement un « kit d’aide » qui leur est dédié en vue de la réalisation de multiples projets à développer sur place (dans de nombreux cas, la plus grande partie de l’aide va au soutien militaire). Bien que certains de ces projets soient absolument cruciaux aux pays en voie de développement, le petit nombres de projets effectivement engagés et le manque de suivi (sans mentionner la présence de la corruption) prouvent que l’aide n’aboutit pas à un grand succès. Une implication plus directe et ciblée est nécessaire, particulièrement pour aider les centres d’excellence à accomplir leurs missions, d’après des critères précédemment établis dans les pays industrialisés ; (2) Minimiser la dimension politique de l’aide. Utiliser un programme d’aide pour aider des régimes spécifiques ou des groupes du Tiers Monde est une grossière erreur, étant donné que l’histoire a montré que c’est dans le meilleur intérêt des pays industrialisés d’aider les peuples des pays en voie de développement plutôt qu’un régime. En conséquence, un programme d’aide visionnaire se doit de s’attaquer aux vrais problèmes et de fournir un investissement sur le long terme pour assurer un développement réel ; et (3) Association dans le succès. Il existe deux façons d’aider les pays en voie de développement. Les pays industrialisés peuvent soit donner de l’argent afin de maintenir simplement la stabilité économique et politique d’un pays soit devenir partenaires et fournir une expertise et un plan suivi. Cet engagement sérieux serait d’une grande aide pour atteindre le succès dans de nombreux secteurs différents. Je pense qu’un réel succès peut être atteint à partir du moment où il existe un désir sincère d’aider et que chacun s’engage sérieusement dans ce partenariat qui s’avèrera bénéfique à toutes les parties.

Retours sur investissement internationaux

Quel est le retour sur investissement des pays riches pour leur aide apportée aux pays pauvres ? Au niveau individuel, il existe des motivations d’ordre religieux et philosophique aux dons des riches aux pauvres – la moralité et la préservation nous motivent à aider l’humanité. Pour ce qui est des pays, l’aide mutuelle fournit – à part sa valeur altruiste et morale – l’assurance d’une coexistence pacifique et d’une coopération dans la préservation du globe. Si nous croyons que, du fait des technologies de l’information, le monde soit en train de devenir un village, alors, dans ce village, nous devons fournir la Sécurité sociale aux moins privilégiés, sinon cela pourrait provoquer une révolution.

Une vie humaine saine et durable nécessite la participation à égale mesure de tous les membres du globe. L’épuisement de la couche d’ozone, par exemple, est un problème que le monde développé ne peut gérer seul – l’utilisation de chlorofluorocarbones (CFC) n’est pas l’apanage des riches. La transmission de maladies, l’épuisement de ressources naturelles et l’effet de serre sont des questions d’ordre international et tous, riches comme pauvres, devons ensemble trouver des solutions. Enfin, il y a la croissance de l’économie mondiale. Les marchés et ressources des pays développés sont une source de richesse pour les pays riches et il est sage de cultiver des relations harmonieuses à la fois pour une aide mutuelle et pour une croissance économique partagée.

Un exemple puissant d’aide visionnaire est le Plan Marshall, proposé par les Etats-Unis à l’Europe après la seconde Guerre Mondiale. Reconnaissant l’erreur faite en Europe après la première Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont décidé, en 1947, d’aider à reconstruire les infrastructures endommagées dans la plupart des pays européens et de devenir un partenaire dans le développement économique (et politique) de l’Europe. L’Europe de l’Ouest est désormais stable et continue à prospérer – tout comme le fait son partenaire commercial principal, les Etats-Unis. Ces derniers n’ont dépensé que 2 % de leur PIB dans la mise en application du Plan Marshall entre 1948 et 1951. Un tel pourcentage de 6,6 trillions de dollars du PIB des Etats-Unis en 1994 aurait alors correspondu à 130 milliards de dollars, presque dix fois les 15 milliards de dollars dépensés annuellement pour l’aide étrangère non militaire et plus de 280 fois les 352 millions de dollars que les Etats-Unis ont donné pour tous les programmes de population outre-mer en 1991.

L’engagement et la générosité du Plan Marshall ont abouti à une spectaculaire réussite. Je vois ceci avoir de nouveau lieu pour la Palestine construisant un Moyen Orient pacifique et prospère et pour l’Afrique et l’Amérique Latine.

Il est dans le meilleur intérêt du monde développé d’aider les pays en voie de développement à maintenir un fort niveau de croissance, afin qu’ils deviennent aptes à leur tour à rejoindre un nouvel ordre mondial et le marché international. Certains des pays les plus riches reconnaissent l’importance de s’associer, et tout particulièrement avec des voisins, et certaines tentatives sont faites pour créer de nouvelles façons de soutenir et d’échanger leurs savoir-faire respectifs. Ainsi peut-on citer en exemple les Etats-Unis et Mexico ou l’Europe de l’Ouest et celle de l’Est. La croissance du statut économique de l’Espagne est en partie due au partenariat établi en Europe de l’Ouest. De la même manière, il est dans le plus grand intérêt des pays en voie de développement d’aborder sérieusement les questions relatives au progrès – pas uniquement à travers des slogans –, et avec un engagement tout à la fois de l’ordre de la volonté et des ressources afin d’accomplir de réels progrès et de se faire une place au soleil sur la carte du monde développé.

Créer des Ponts

Créer des ponts entre cultures et nations n’est pas chose aisée. Néanmoins, les circonstances du monde moderne ne permettent pas non plus à la moindre culture ou nation de rester isolée. En ce 21e siècle, nous avons la chance d’avoir les moyens de construire de tels ponts, la mobilité pour acquérir l’apprentissage d’autres cultures et le contact humain qui favorise la tolérance des autres cultures et religions. À cet égard, mon expérience personnelle peut être édifiante. Je suis « biculturel. » Lors de mon 50e anniversaire, j’avais passé environ le même laps de temps en Égype que celui passé aux Etats-Unis, dans l’enceinte de la culture de l’Est aussi bien que dans celle de la culture de l’Ouest.Je me considère chanceux d’être enrichi par ces deux cultures, et cela sans le moindre heurt – de gagner en éducation dans l’une et de contribuer au savoir humain dans l’autre, de favoriser une tradition de l’Est dans une société de l’Ouest, et d’aider à faciliter l’interaction entre l’Est et l’Ouest. Cela n’est pas nouveau dans l’histoire. La même chose eut lieu au moment où Alexandrie, où j’ai suivi mes études universitaires, était le berceau du savoir – sa fameuse bibliothèque, « Bibliotheca Alexandrina », attira l’Ouest vers l’Est, il y a de cela plus de 2 millénaires.

La science est une culture universelle et son universalité unit les scientifiques dans leur recherche de la vérité, sans se soucier de leurs origines, races, ou environnements sociaux respectifs. Lorsque je regarde en arrière et que je scrute les origines de la science, du temps et de la matière – thème qui est central à la recherche que nous menons à Caltech –, je trouve un « vrai dialogue. » La civilisation orientale égyptienne de laquelle je suis originaire était la première à introduire, aux environ de 4 240 ans avant J.-C, le calendrier astronomique mesurant avec précision la période d’un jour au sein d’une année et, vers 1 500 avant J.-C, la période d’une heure dans un journée. Ceci fut accompli, respectivement en observant l’augmentation hélicoïdale de l’étoile brillante Sothis Sirius et en introduisant la nouvelle technologie des cadrans solaires.

La civilisation occidentale américaine dans laquelle je vis a livré au monde la possibilité d’analyser des temps de l’ordre de la « femtoseconde », un millionième d’un milliard d’une seconde, la vitesse nécessaire pour enregistrer des atomes en mouvement. Le concept de l’atome, invisible jusqu’à récemment, fut donné au monde par Démocrite, issu de la civilisation Grecque, il y a 25 siècles. Qu’il est fabuleux et significatif que ces civilisations aient présenté au monde les notions de temps et de matière, avec les énormes bénéfices qu’elles ont eu pour l’humanité, sans que nous nous battions les uns les autres pour déterminer quelles contributions avaient été réalisées dans quels endroits et à quelles époques – dans ce cas précis de la science, c’est la tradition qui a facilité une telle construction de ponts sur un millénaire entier.

La complexité qui enrobe les relations internationales est réelle et personne ne peut affirmer que des solutions aux problèmes mondiaux soient évidentes. Que ce soit à cause de leur glorieux passé ou de leur richesse géographique et culturelle présente, toutes les nations ont un rôle important à jouer dans la résolution des problèmes internationaux. Si la seule superpuissance mondiale aujourd’hui, les Etats-Unis, a un rôle particulier à jouer à cause de ses pouvoirs économique, scientifique et militaire, toutes les nations sont investies de la responsabilité de tâcher de maintenir, ensemble, une coexistence pacifique dans ce monde.

Tandis que le plus puissant pays du monde doit jouer un rôle fondamental de meneur dans le combat international contre le terrorisme, il ne doit pas non plus perdre de vue son rôle de meneur dans le combat pour les droits de l’homme et dans celui de la réduction du fossé entre riches et pauvres, entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Les Etats-Unis ont l’opportunité d’amener le monde à devenir plus uni, de faire en sorte que toutes les personnes vivant sur terre se considèrent les unes les autres comme des compagnons d’humanité. Je me souviens de l’image éclatante d’un homme, dans les années 60, allant sur la Lune pour la cause de l’humanité. Tout comme Neil Armstrong l’a dit dans les premiers mots qu’il a prononcés en atterrissant sur la Lune : « Un petit pas pour l’homme, un saut de géant pour l’humanité », le Plan Marshall et le Corps des volontaires pour la Paix (Peace Corps) sont deux exemples d’initiatives visionnaires représentatives de la vision américaine permettant de réaliser de grandes choses pour l’humanité. Il est vrai que les Etats-Unis ne peuvent résoudre tous les problèmes ayant cours dans le monde, mais en tant que nation la plus puissante, elle doit rester fièrement debout en tant que meneuse et incarner le rôle de modèle pour les autres. Partout autour de la planète, des gens lèvent les yeux vers l’Amérique et nombre d’entre eux souhaiteraient voir instauré dans leur pays un tel système de liberté et de valeur. L’Amérique peut être un vrai partenaire dans l’aide nécessaire pour résoudre de nombreux problèmes autour du monde. La réalité de la position américaine a été exprimée par Zbigniew Brzezinski dans les termes suivants : « L’Amérique se tient au centre d’un univers entrelacé, univers au sein duquel le pouvoir s’exerce à travers une négociation et un dialogue continus, la diffusion et la quête d’un consensus formel, même si ce pouvoir provient en fin de compte d’une source unique, c’est-à-dire de Washington D.C. »

Si l’histoire est un processus cohérent et évolutionnaire, tel que l’a avancé Francis Fukuyama, la démocratie libérale pourrait constituer le point final de l’évolution idéologique humaine et la forme finale de gouvernement humain, et ainsi, représenter la « fin de l’histoire. » L’argument est soutenu par le succès du système économique (libre marché) et par l’émergence – couronnée de succès – du système politique (démocratie), écrasant les idéologies rivales telles que la monarchie héréditaire, le fascisme et le communisme. Cette opinion est d’autant plus controversée que de nombreuses personnes ne croient pas que la démocratie occidentale soit le seul modèle viable de gouvernement pour le reste du monde ; d’autres formes ou combinaisons de systèmes peuvent s’avérer appropriées à des cultures différentes. Cependant, indépendamment de la nature du système, je crois que la liberté humaine et les valeurs l’accompagnant, qui sont les principes de base de la démocratie, sont essentiels pour effectuer des progrès et pour la meilleure utilisation des ressources humaines. Ces principes devraient être exportés aux pays en voie de développement, mais enrobés de la compréhension de leurs différences culturelles et religieuses.

Peut-être, un jour, allons-nous développer un « système de gouvernance mondial » afin de tâcher d’assurer pour tous des valeurs humaines libres (free human values). Et peut-être qu’un jour, grâce au pouvoir de la science et de la technologie, et avec de la foi, nous allons révéler la vraie nature de notre conscience unique en tant qu’Homo Sapiens, la signification de notre unité génétique malgré la race, la culture ou la religion, et notre besoin d’apprécier des valeurs humaines indispensables. Le grand ennemi à cette aspiration humaine est l’ignorance, qu’elle se manifeste à travers la perception erronée de la foi, par l’intermède d’opinions déformées par d’autres personnes, via l’impossibilité de reconnaître l’importance et l’utilisation de nouveaux savoirs et de nouvelles technologies, ou des malentendus à propos de la nutrition et des maladies.

Dans ce monde, nous devons construire des ponts entre les humains, entre les cultures et entre les nations pour faire reconnaître aux gens que nous vivons sur une planète unique avec des objectifs communs – même si nous ne sommes pas d’accord sur certaines questions. La clé n’est pas d’ignorer les démunis, de ne pas prêter d’attention aux parties les plus frustrées du monde. La pauvreté et le désespoir sont source de terrorisme et de perturbation de l’ordre du monde. De meilleures communications et des partenariats mettront fin à la division existant actuellement entre « nous » et « eux ». Nous ne devons pas permettre la création de barrières à travers des slogans tels que « le Clash des civilisations » ou le « conflit entre religions » – l’avenir se trouve dans le dialogue et non dans les conflits ou heurts. Nous avons besoin de meneurs visionnaires qui font l’histoire, pas de leaders qui envisagent la fin de l’histoire.

Traduit par Alessia Weil

Références

Karen Armstrong, Une Histoire de Dieu : les 4 000 années de quête du Judaïsme, de la Chrétienté et de l’Islam, (A History of God : The 4000-Year Quest of Judaism, Christianity and Islam, Ballantine Books, New York, 1993).

Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier – la Primauté Américaine et ses Impératifs Géostratégiques, (The Grand Chessboard — American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, Basic Books, New York , 1997).

Joel E. Cohen, Combien d’habitants la Terre peut-elle supporter ?, (How Many People Can the Earth Support ? Norton & Co., New York, 1995).

Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire et le Dernier Homme, (The End of History and the Last Man, Avon Books, New York, 1992).

Samuel Huntington, Le Clash des Civilisations et La Nouvelle Version de l’Ordre du Monde, (The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Simon & Schuster, New York, 1996).

Bernard Lewis, Qu’est-ce qui a Mal Tourné ? L’Impact Occidental et la réponse du Moyen Orient, (What Went Wrong ? Western Impact and Middle Eastern Response, Oxford University Press, 2002).

Ahmed Zewail, Voyage à travers le Temps – Chemin de Vie jusqu’au prix Nobel, (Voyage through Time – Walks of Life to the Nobel Prize, The American University in Cairo Press, 2002).

 

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L’apport spirituel et humaniste de l’islam à l’Europe

Added 19/8/2010


Eric Younès Geoffroy

1. Les fondements religieux de l’Europe.

L’apport de l’islam dans l’élaboration de l’identité religieuse et spirituelle de l’Europe a été de toute évidence estompé en Occident, comme l’a été celui de la civilisation arabo-islamique en général. L’Europe n’est pas seulement la fille de la culture gréco-latine et du judéo-christianisme, comme on voudrait parfois nous le faire croire. Il y a donc un travail de mémoire à effectuer sur « l’héritage oublié » de l’islam [1], notamment. En réalité, ce travail a été engagé depuis quelques décennies ; il doit être entrepris non dans un esprit de revendication religieuse, communautariste ou autre, mais d’ouverture scientifique et culturelle.Rappelons au préalable que la présence matérielle de l’islam sur notre continent est à la fois ancienne et profonde. S’il est bien connu que l’Espagne est restée en partie musulmane pendant près de huit siècles, on sait moins que ce fut également le cas en Sicile durant quatre siècles - Palerme comptait trois cents mosquées au Xe siècle - et dans une moindre mesure en Italie du Sud. Dans ces régions, les feux de la culture arabo-islamique ne se sont pas éteints après le départ des Arabes, mais ont continué à briller durant plusieurs siècles. Par ailleurs, l’Europe orientale a une grande expérience de l’islam puisque celui-ci, conduit par l’expansion ottomane, s’est implanté dans les Balkans depuis la fin du XIVe siècle. La Russie a connu l’islam dès le XIe siècle, mais cela nous entraînerait vers une Europe qui s’étendrait jusqu’à l’Oural...

L’apport religieux de l’islam à l’Europe médiévale porte d’abord sur la théologie et la philosophie. Des savants musulmans comme Avicenne, Ghazâlî et Averroès, mais aussi les mu‘tazilites, ont profondément marqué la pensée médiévale latine. La question de la compatibilité ou de l’opposition entre la pensée grecque et le dogme religieux a rapidement suscité un grand débat au sein de l’islam. Ces thèmes furent bientôt discutés par des théologiens "européens", juifs comme Maïmonide, et chrétiens comme Saint Thomas d’Aquin. L’influence de la pensée musulmane sur la scolastique chrétienne donna naissance à deux courants, l’avicennisme latin et l’averroïsme latin. C’est par les traductions en langue arabe, rappelons-le, que l’Occident découvrit la philosophie grecque, en particulier Aristote, Platon et Plotin. Les savants musulmans ne firent pas seulement oeuvre de médiation culturelle ; ils apportèrent également leur propre génie scientifique, spirituel et humaniste. Au XIIIe siècle, l’empereur Frédéric II, en proie à des inquiétudes métaphysiques, trouva réponse à ses Questions philosophiques auprès d’un soufi de Ceuta, Ibn Sab‘în. Les savants et hommes de lettres européens - latins, germaniques ou slaves - se mirent à l’école de la pensée de l’islam, en assimilant également certains modèles religieux. On sait maintenant que la Divine Comédie de Dante doit beaucoup au Livre de l’Échelle de Mahomet, qui a diffusé en Italie une version populaire du récit de l’Ascension du Prophète.

L’islam a aussi fécondé l’Europe médiévale dans les domaines de la spiritualité et de la mystique. Si Râbi‘a, sainte d’Irak, n’a sans doute laissé qu’une légende dorée à la cour de Saint Louis, le soufisme a nourri la doctrine spirituelle d’ordres croisés tels que les Templiers. Depuis les travaux du prêtre espagnol Asin Palacios, au début du XXe siècle, on admet également que le soufisme maghrébin a influencé, par l’intermédiaire de spirituels juifs, des mystiques espagnols comme Saint Jean de la Croix et Sainte Thérèse d’Avila. Des chercheurs occidentaux - et non musulmans - ont même avancé que les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola seraient redevables aux méthodes initiatiques des soufis. Le « Grand Maître » de la spiritualité islamique, Ibn ‘Arabî (m. 1240), n’est-il pas né en Espagne ? S’il s’est établi par la suite en Orient, à Damas, il revient dans l’Occident contemporain grâce au rayonnement qu’y trouve son enseignement universaliste. Au-delà des influences ou des emprunts, on peut constater que juifs, musulmans et chrétiens ont souvent vécu en symbiose dans les territoires lisières évoqués plus haut, et qui étaient passés sous domination musulmane. Si al-Andalus reste l’archétype - parfois idéalisé - de cette coexistence pacifique et fructueuse entre les trois religions, l’Asie mineure et les Balkans ont vu naître également des relations interreligieuses très étroites, en particulier entre moines et derviches.

2. L’humanisme spirituel de l’islam. La notion d’ "humanisme" s’est souvent construite, depuis la Renaissance, sur les bases d’un rationalisme teinté d’agnosticisme, voire d’athéisme. La spiritualité est depuis lors perçue comme irrationnelle et arbitraire. Or, la vraie spiritualité se construit sur la raison : elle a vocation à être supra-rationnelle, mais non irrationnelle. L’humanisme spirituel de l’islam est fondé sur la notion coranique de « l’homme représentant de Dieu sur terre », et sur la doctrine centrale de l’Unicité divine (tawhîd), c’est-à-dire sur la conscience de l’unité dans tous les aspects de la vie. Aux premiers siècles de l’islam régnait l’harmonie entre foi et raison, religion et science, entre la prise en compte des besoins humains et la tension vers l’Au-delà. Les dégénérescences politiques, sociales et culturelles que connaît actuellement le monde arabo-musulman - et dans lesquelles la religion est instrumentalisée - n’entament en rien les valeurs universelles que porte l’islam, lesquelles sont susceptibles de prendre greffe sur de nouveaux terroirs, comme cela s’est produit au cours des siècles. A cet égard, la doctrine islamique de l’Unicité pourra peut-être aider l’Europe à sortir du faux dilemme entre humanisme et spiritualité.

Cette Unicité, l’islam la perçoit comme diffractée dans la multiplicité de la création. Appliqué au domaine religieux, cela signifie que la source de la Révélation est unique dans le principe, mais plurielle dans le déroulement de l’Histoire. Le Coran évoque la « Religion primordiale », ou adamique, dont toutes les religions historiques seraient issues [2]. L’islam considère en effet la diversité des peuples et des religions comme une expression de la Sagesse divine [3]. « À chacun de vous, Nous avons donné une voie et une règle » (Coran 5 : 48) : ce verset justifie la diversité des traditions religieuses, lesquelles se trouvent unies, de façon sous-jacente, par l’axe de l’Unicité divine. Chaque croyant sera rétribué pour sa foi et son observance de sa propre religion : « Ceux qui croient, ceux qui pratiquent le judaïsme, ceux qui sont chrétiens ou sabéens, ceux qui croient en Dieu et au Jour dernier, ceux qui font le bien : voilà ceux qui trouveront une récompense auprès de leur Seigneur. Ils n’éprouveront alors plus aucune crainte, et ne seront pas affligés » (Cor. 2 : 62).

L’universalisme de la Révélation a été confirmé par le Prophète : « Nous autres, prophètes, sommes tous les fils d’une même famille ; notre religion est unique ». À une époque où l’intransigeance religieuse était de mise, la reconnaissance du pluralisme religieux devait se traduire par le respect foncier des autres croyants : « Quiconque fait du mal à un chrétien ou à un juif sera mon ennemi le jour du Jugement. » Puisqu’il y aurait eu, selon Muhammad, cent vingt-quatre mille prophètes dans l’humanité, et que vingt-sept seulement sont mentionnés dans le Coran, il faut bien explorer l’histoire : Bouddha, Zoroastre et Akhénaton, par exemple, ont été pressentis comme des prophètes par les savants musulmans. Cet universalisme a été vivifié par les soufis qui ont formulé, après l’avoir expérimentée, la doctrine de « l’unité transcendante des religions ». Ils ont des formules fameuses à ce sujet [4]. Que cette perspective large et généreuse ait été trahie par la plupart des clercs de l’islam, ou se soit rétrécie sous le coup de l’ignorance qui a accompagné la sclérose des sociétés musulmanes, c’est une évidence. Afin de garder le contrôle des masses, et/ou par peur de perdre leurs repères, les clercs ont délaissé de plus en plus la dimension universaliste et spirituelle de l’islam pour se rabattre sur la gestion du religieux, du rituel.Aujourd’hui, aucune église ne peut se satisfaire de cette seule gestion du religieux, sous peine d’être discréditée. Une partie de l’humanité a un réel besoin de spiritualité.

Je le constate par exemple dans le fait que les jeunes "beurs" et "beurettes" de France rejettent souvent l’islam formaliste de leurs parents ; je le vois encore dans l’attrait qu’exerce le soufisme sur beaucoup d’Européens de souche. Dans le "marché" du religieux ou du spirituel qui s’ouvre en Europe, les chercheurs de vérité critiquent de plus en plus les églises en général, qui auraient davantage pour souci de garder leurs ouailles que de contribuer à l’élévation de l’âme humaine.

Pour conclure sur le retour de l’islam en Europe, le problème qui se pose est qu’il revient sur ce continent dans un contexte mondial de tension géo-politique, et qu’il endosse le rôle de défenseur des opprimés face aux nantis et à la superpuissance américaine. En Europe, l’inculture religieuse frappe tout le monde, les musulmans y compris. Beaucoup ignorent l’universalisme et la richesse de leur religion. Si l’on entretient cet analphabétisme, on cultive l’intégrisme ; à priori, personne n’y a intérêt. C’est pourquoi il est urgent de former les fidèles musulmans dans le contexte culturel européen qui est le leur, et non pas seulement les "imams", que l’on assimile fâcheusement à des prêtres.

Depuis quelques décennies, oulémas et cheikhs soufis placent beaucoup d’espoir dans cet islam européen. S’il est assurément une chance pour l’islam, il peut l’être aussi pour l’Europe : celle-ci saura peut-être faire resurgir ses héritages oubliés, envisager avec plus de sérénité l’origine sémitique, orientale, des trois monothéismes qui l’habitent, et par suite son pluralisme ethnique et religieux.

[1] L’expression est de Alain de Libera.

[2] Voir par exemple Coran 30 : 30.

[3] Cor. 5 : 48 ; 30 : 22 ; 49 : 13.

[4] Voir notre Initiation au soufisme, chapitre cinq : « Le soufisme et l’ouverture inter-religieuse », Fayard, Paris, 2003.

 

 

Séminaire sur l’Europe et le fait religieux : sources, patrimoine, valeursRome, les 25 et 26 octobre 2002


 
 

 

     
 
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Quel amour au sein du couple musulman ?

Added 15/8/2010

   

 

Question: En sachant que le croyant et la croyante doivent aimer Allah et Son Messager (sallâllâhou alayhi wa sallam) plus que tout autre chose, quelle est donc la nature des sentiments qui existe au sein du couple musulman ? Amour passionnel, romantique… ?

 

Réponse: Afin de mieux comprendre le type d'amour qui unit les époux au sein du couple, tel qu'il est perçu en Islam, il convient d'abord de rappeler que le sentiment amoureux peut être de deux natures différentes.

  • S'il est d'origine naturelle et ne découle pas réellement d'une quelconque réflexion ou méditation, les savants musulmans l'appellent "Houbb Tab'iy" (littéralement, "amour inné"). C'est ce genre d'amour et d'affection qui unit par exemple les parents aux enfants, mais également les époux entre eux. Le Qour'aane lui-même nous apprend que les sentiments qui unissent l'époux et l'épouse proviennent d'Allah:

"Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l'affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent."

(Sourate 30 / Verset 21)

  • Il est important de noter que l'être humain ne peut maîtriser et contrôler réellement l'intensité du "Houbb Tab'iy". Comme Allah proclame Lui-même dans le Qour'aane qu'il n'impose à aucune âme ce qui est au-dessus de sa capacité, c'est la raison pour laquelle, tant que ce sentiment ne devient pas un obstacle dans la soumission envers Allah et Son messager (sallallâhou alayhi wa sallam), sa présence n'est en aucun cas répréhensible, même s'il est d'une grande intensité.

    A partit de là, on peut déjà arriver à deux conclusions:

  • L'amour qu'éprouvent le croyant et la croyant pour Allah et Son Messager étant de nature différente à celle qu'ils éprouvent pour leurs proches ou leur époux (se), c'est la raison pour laquelle, leur présence simultanée est tout à fait possible.

 

  • L'amour du croyant(e) pour son époux(se) étant un sentiment naturel et incontrôlable, il ne fait donc pas directement l'objet de prescriptions quelconques. Ce qui signifie que, quelque soit l'expression qu'il revêt (amour passionnel, romantique etc…), il ne se pose pas en contradiction avec la foi, à condition bien sûr qu'il ne constitue pas un obstacle par rapport à la pratique de l'Islam.

(Réf: "Fath oul Bâriy", "Irchâd oul Qâriy", "Mâ'rif oul Qour'aane", "Bawâdir oun Nawâdir" …)

 

Cependant, pour être complet, il convient de rappeler les propos du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam):

"Aucun d'entre vous ne peut être un véritable (et parfait) croyant, tant que je ne suis pas plus cher à ses yeux que son père, ses enfants et tous les gens en général."

En commentant ce Hadith, Allâmah Khattâbi r.a. évoque justement le fait qu'il n'est pas question ici de l'amour inné, qui est, rappelons-le à nouveau, incontrôlable. Ce Hadith porte sur le "Houbb 'Aqliy". A ce niveau, l'amour d'Allah et de Son Messager (sallallâhou alayhi wa sallam) doivent primer sur tout autre chose. Cependant, il est indéniable qu'à partir du moment où la foi atteint son paroxysme au sein du croyant, alors ce "Houbb 'Aqliy" envers Allah et le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) dépasse réellement (et de loin) toute autre forme d'amour et d'attachement et devient lui aussi incontrôlable. A ce stade, le "Houbb 'Aqliy" est, à l'instar du "Houbb Tab'iy", pratiquement instinctif. Nous avons des preuves vivantes de cette évolution en la personne des Compagons (radhia Allâhou anhoum).

A titre d'exemple, je vais citer quelques récits (parmi des dizaines d'autres) qui illustrent parfaitement combien l'amour de ces personnages (radhiallâhou anhoum) pour Allah, Son Messager et l'Islam en général était profond. Je demanderai à tous les lecteurs et lectrices de méditer sur les récits qui vont suivre, et d'essayer d'imaginer à partir de là combien les Compagnons (radhia Allâhou anhoum) étaient des gens exceptionnels et combien ils ont consenti à des sacrifices énorme pour la cause de cette religion.

Il est rapporté au sujet de Abdoullâh Ibné Zayd Ibné Abd Rabbih (radhia Allâhou anhou) (ce Compagnon (radhia Allâhou anhou) est celui qui avait vu en rêve l'adhân (l'appel à la prière)) qu'une fois, alors qu'il était en train de travailler dans un de ses jardins, son fils vint le trouver et lui annonça que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) avait quitté ce monde. Il fit alors l'invocation suivante: "Ô Allah ! Reprends ma vue afin que je ne voie plus personne après mon bien-aimé, Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam)." Il est rapporté que son invocation fut immédiatement acceptée et il perdit la vue. (Réf: "Mawâhib Ladounya" de Allâmah Al Qoustoulâni r.a.)

perdu tout espoir, il demanda que l'on fasse bouillir de l'eau (ou de l'huile, les versions divergent) dans un grand récipient. Il y jeta alors un des musulmans sous les yeux de Abdoullah (radhia Allâhou anhou), afin que celui-ci soit témoin de la mort et qu'il accepte enfin de se convertir. Mais celui-ci ne céda pas. Le gouverneur ordonna alors que l'on jette Abdoullah (radhia Allâhou anhou) dans l'eau (ou l'huile). Lorsqu'on était en train de l'y conduire, des larmes commencèrent à couler de ses yeux. Le gouverneur déclara alors: "Il semblerait que tu commence à avoir peur de la mort maintenant. Si tu acceptes de te convertir au christianisme, tu auras la vie sauve." Abdoullah (radhia Allâhou anhou) refusa une nouvelle fois. Le gouverneur lui demanda: "Pour quelle raison pleures-tu donc ?" Le Compagnon (radhia Allâhou anhou) répondit : "Ce qui me fait pleurer c'est l'idée que je vais être jeté dans ce récipient et je vais y perdre immédiatement la vie, alors que j'aurai désiré avoir autant de vie que de poils sur mon corps, afin que je les sacrifie toutes pour la cause d'Allah." Le gouverneur (exaspéré) lui dit: "Accepterais-tu d'embrasser mon front, en échange de quoi je te libérerai ?" Abdoullah (radhia Allâhou anhou) répliqua: "Libèreras-tu également tous les autres prisonniers ?" Il accepta. Abdoullah (radhia Allâhou anhou) raconte: Je me suis dit en moi-même: "Un ennemi d'Allah… Si j'embrasse son front, il me libère ainsi que tous les autres musulmans… je ne m'en soucie guère (tant pis, je le fais) …" Il s'approcha et embrassa son front. Tous les musulmans furent libérés. Abdoullah (radhia Allâhou anhou) les accompagna jusqu'à Oumar (radhia Allâhou anhou) et lui raconta ce qui s'était passé. Oumar (radhia Allâhou anhou) dit alors: "C'est un devoir pour chaque musulman que d'embrasser le front de Abdoullah Ibné Houdhâfa (radhia Allâhou anhou) et je commence à le faire moi-même." Oumar (radhia Allâhou anhou) se leva et embrassa son front. (Réf: "Hayât-ous-Sahâba" . La Tradition est reproduite à partir de "Kanz-oul-Oummâl", qui

lui même le cite de Bayhaqui et Ibné Asâkir. Dans l'ouvrage "Al Isâbah", il est rappelé que cette tradition est confirmée par une autre version rapportée toujours par Ibné Asâkir de Ibné Abbâs (radhia Allâhou anhou).)

 

On rapporte que durant la bataille de "Ouhoud", une femme musulmane (radhia Allâhou anha) perdit son époux, son père et son frère. Lorsqu'on vint lui annoncer ces tristes nouvelles, sa première réaction fut de demander si le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) allait bien. On lui répondit par l'affirmative, mais elle ne fut pas rassurée et voulut voir le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) de ses propres yeux. Dès qu'elle vit enfin le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) , elle s'exclama: "A partir du moment où vous êtes en vie, il m'est facile de supporter toutes les autres épreuves". (Réf: "Madhâhir Haqq" et "Fadhâïl 'Amâl")

 

Qu'Allah augmente notre amour pour Lui et pour Son Messager (sallallâhou alayhi wa sallam) et nous accorde à tous l'opportunité de manifester cet amour par une soumission totale envers eux.

Qu'Allah renforce chez chacun d'entre nous l'amour et le respect pour l'ensemble des Compagnons (radhia Allâhou anhoum).

Qu'Allah fasse de chacun d'entre nous des musulmans et des musulmanes dignes de ce nom, prêts à tous les sacrifices pour la cause de notre belle religion, qui est aussi le plus grand bienfait qui ait été accordé à l'Humanité entière, l'Islam.

Âmine

Wa Allâhou A'lam !

 

 

 
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