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Actions en priant

Added 30/8/2010

41 hadith dans «Actions en priant«de Sahih Bukhari. 289 Abbas rapporté Kuraib Maula Ibn Abbas: «bin Abdullah a dit qu'il avait passé une nuit dans la maison de la mère Maimuna des croyants, qui était sa tante. Il a dit: «J'ai dormi dans le lit, et l'apôtre d'Allah avec sa femme dormait la longueur. Apôtre d'Allah dormit jusqu'à la mi-nuit, ou peu avant ou après. Alors l'apôtre d'Allah s'est réveillé, assis, et effacé les traces de sommeil en frottant ses mains sur son visage. Puis il récita les dix derniers versets de la sourate Al Imran, (2). Puis il se dirigea vers l'eau en cuir suspendu-conteneurs et de réaliser une ablution parfait et puis il se leva pour la prière. " 'Abbas bin Abdullah a ajouté: «Je me levai et fit de même que l'apôtre d'Allah avait fait et alla se tenaient à ses côtés. Apôtre d'Allah a ensuite mis sa main droite sur ma tête et a attiré mon oreille droite et tordue. Il a offert deux Rakat, puis deux Rakat, puis deux Rakat, puis deux Rakat, puis deux Rakat, puis deux, puis Rakat offert un Raka witr. Puis il se coucha jusqu'à la Muadh-dhin venu et puis il a prié deux Rakat la lumière et sortit et offrit Tôt le matin (Fajr) prière. " 290 Abdullah rapporté: Nous avons utilisé pour saluer le Prophète alors qu'il était en prière et il avait l'habitude de répondre à nos salutations. Quand nous sommes revenus à partir AnNajashi (la règle de l'Ethiopie), nous lui avons accueilli, mais il ne répondait pas nous (pendant la prière) et (après avoir terminé la prière) at-il dit, "Dans la seule prière est occupé (avec une question plus grave ). " 291 Rapporté Abdullah le même que n ° 290. d'après le Prophète 292 Rapporté Zaid bin Arqam: Dans la durée de vie du Prophète, nous avons utilisé pour parler tout en priant, et l'un de nous dire ses besoins à ses compagnons, jusqu'à ce que le verset: «Garde strictement vos prières (2.238) a été révélé. Après cela on nous a ordonné de garder le silence tout en priant. 293 Sahl bin Sad rapporté: «Le Prophète sortit d'affecter une réconciliation entre les tribus des Bani bin 'Amr' Auf et l'heure de la prière est devenue exigible; Bilal est allés à Abu Bakr et lui dit:« Le Prophète est détenu. Vous mènera de la les gens dans la prière? " Abou Bakr répondit: «Oui, si vous le souhaitez." Ainsi, Bilal a prononcé le Iqama et Abou Bakr a conduit la prière. Dans l'intervalle, le prophète, vint traverser les lignes (du peuple en prière), jusqu'à ce qu'il se tenait dans la première ligne et les gens ont commencé à applaudir. Abu Bakr jamais regardé ça et là au cours de la prière, mais quand le peuple applaudit trop, il se retourna et vit le Prophète dans la ligne (le premier). Le Prophète lui fit signe de rester à sa place, mais Abou Bakr leva ses deux mains et a envoyé des louanges à Allah, puis se retira et le Prophète est allé de l'avant et a conduit la prière. (Voir les Hadith n ° 295 & 296) 294 Masud rapporté 'Abdullah bin: Nous avons utilisé-à-dire le salut, le nom et se saluent dans la prière. Apôtre d'Allah a entendu et dit: - «Dis:« At-tahiyyatu lil-Lahi est-salawatu wat-taiyibatu. Assalamu 'Alaika aiyuha-n-wa-wa Nabiyu rahmatu-l-Lahi-barakatuhu. _ Assalamu Alaina wa- 'Ala' Ibadi-l-Lahi as-Salihin Ashhadu .. une ashhadu la ilaha illa wa-l-lah Anna muhammadienne »Abdu Hu Rasuluh wa. (Tous les compliments sont pour Allah et toutes les prières et toutes les bonnes choses (sont pour Allah). Que la paix soit sur toi, ô Prophète, et la miséricorde d'Allah et la bénédiction (sont sur vous). Et que la paix soit sur nous et sur les bons (pieux) adorateurs d'Allah. Je témoigne que nul n'a le droit d'être adoré, mais qu'Allah et que Muhammad est Son serviteur et apôtre.) Donc, quand vous avez dit cela, alors vous avez sûrement envoyé des salutations à toutes les bonnes (pieux) par le culte d'Allah, qu'il soit dans le ciel ou sur la terre. " 295 Rapporté Abu Huraira: Le Prophète a dit: «L'adage« Sous Han 'Allah est pour les hommes et les applaudissements pour les femmes. " (Si quelque chose se passe dans la prière, les hommes peuvent attirer l'attention de l'imam en disant: «Sous Han Allah". Et les femmes, en battant des mains). 296 Rapporté Sahl bin Sad, Le Prophète a dit: "Le dicton« Sous Han 'Allah est frappant pour les hommes et pour les femmes. 297 Rapporté Malik bin Anas: Bien que Abou Bakr a été conduit le peuple à la prière du matin le lundi, le prophète, vint vers eux tout à coup avoir levé le rideau de la maison de Aisha, et regardait comme ils se tenaient en rangs et sourit. Abu Bakr a essayé de revenir en pensant que l'apôtre d'Allah a voulu sortir pour la prière. L'attention des musulmans a été détourné de la prière, car ils étaient ravis de voir le Prophète. Le Prophète salua de la main à terminer leurs prières, puis il rentra dans la chambre et laisser tomber le rideau. Le Prophète a expiré le jour même. 297m Rapporté Abu Huraira: l'apôtre d'Allah a dit: «Une femme a appelé son fils alors qu'il était dans son ermitage et dit:« O Juraij »Il dit:« Ô Allah, ma mère (qui m'appelle) et (je propose) ma prière ( que ferai-je)? Elle dit encore: «O Juraij! Il dit encore: «O Allah! Ma mère (m'appelle) et (je propose) ma prière (ce que je vais faire)? Elle dit encore: «O Juraij» Il dit encore: «Ô Allah! Ma mère (m'appelle) et (je propose) ma prière. (Que ferai-je?)« Elle dit: «Ô Allah! Ne laissez pas Juraij mourir jusqu'à ce qu'il voit les visages des prostituées. Une bergère l'habitude de venir par son ermitage pour le pâturage ses moutons et elle a donné naissance à un enfant. Elle a été invitée dont l'enfant qui a été, et elle a répondu que c'était de Juraij et qu'il était sorti de son ermitage. Juraij dit: « Où est cette femme qui prétend que son enfant est de moi? (Quand elle lui apporta avec l'enfant), Juraij demanda l'enfant, «O Babus, qui est votre père? L'enfant répondit: «Le berger». »(Voir Hadith n ° 662. Vol 3).
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L’Islam et l’Occident « Choc des civilisations »? - Avenir des relations?

Added 27/8/2010

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L’Islam et l’Occident
« Choc des civilisations »? - Avenir des relations?

(1ère partie)

Mohammed Abed al-JABRI
Les événements historiques qu’ont connus les années 1989 -1990, à savoir la chute
du Mur de Berlin et l’effondrement du Bloc Communiste, ont ouvert devant la pensée
et les imaginaires, des perspectives radicalement nouvelles. La fameuse déclaration de
l’ex-président américain Georges Bush annonçant la « fin de la guerre froide » et la
naissance d’un « nouvel ordre international » a donné à ces perspectives un caractère
officiel.
On s’attendait, partout dans le monde, à un changement radical dans les relations
internationales. On exprimait des souhaits; on s’adonnait à des prévisions heureuses;
on annonçait même « la fin de l’histoire »: le triomphe définitif du libéralisme et de
la démocratie.
Dans les pays du Tiers-monde on espérait à ce que l’Occident renoncerait à la
« logique de guerre» qui a dominé ses rapports avec le reste du monde et appliquerait
une autre logique s’inspirant, cette fois, des valeurs des Lumières, ceux de « liberté
égalité et fraternité »... Nombreux sont ceux, parmi les élites modernes de ces pays,
qui s’attendaient à ce que l’Occident, sortant glorieux de la guerre froide,
encouragerait les changements démocratiques dans le Tiers-monde. Certains allaient
jusqu’à affirmer que l’Occident ne manquerait certainement pas d’exiger, comme
préalable à toute coopération avec les gouvernements du Tiers-monde, une véritable
démocratisation de la vie politique et sociale, un respect sincère et réel des droits de
l’homme etc.
Du point de vue des peuples du Tiers-monde, donc, l’avenir des relations de
l’Occident avec leurs pays dépendrait essentiellement de ce que celui-là va choisir
comme « nouvelle politique extérieure »: Continuera-t-il à manoeuvrer dans le cadre de
la même logique de guerre, ou procédera-t-il, par contre, à une « reconstruction » de sa
politique et de sa stratégie de façon à permettre à ses rapports avec le Sud de s’inscrire
effectivement dans ce qu’on baptisait l’«après guerre froide ».
Que sont devenues ces aspirations? Comment l’Occident conçoit-il l’avenir de ses
relations avec le Tiers-monde en générale et le monde arabo-islamique en particulier?
Il faut dire que, dans l’Occident d’aujourd’hui, les aspirations ont laissé place, du
moins dans le domaine du politique, aux scénarios que construisent les professeurs
des «études stratégiques ». L’observateur qui préfère ne pas s’empoisonner par les
préjugés et réactions non contrôlées des milieux fanatiques et xénophobes de la 2
droite, européenne et américaine, peut puiser à satiété dans le discours, qui se veut
savant, des ces professeurs.
La persistance de la logique de guerre
En effet, depuis l’effondrement de l’ex-Union Soviétique, des analystes
occidentaux n’ont pas cessé de se demander: «après le communisme, qui serait
l’ennemi de l’Occident? » Comme si la « fin d’une guerre », la guerre froide en
l’occurrence, n’était que l’occasion pour déclencher une autre ou, en termes
philosophiques, comme si le « moi » de l’Occident ne pouvait s’affirmer qu’à travers la
négation de l’« autre ».
Avant d’analyser les fondements épistémologiques d’une telle attitude essayons
tout d’abord d’exposer, sommairement, les principales thèses des auteurs qui pensent
l’avenir des relations entre l’Occident et l’Islam dans cette logique.
1- « la guerre sociale froide »
Dans son article publié en juillet 1991, M. Barry Buzan1 se propose de « tracer les
lignes générales du nouveau type de rapports sécuritaires, qui ont commencé à se
former à l’échelle mondiale après les grands changements de 1989 et 1990 ».
Pour M. Buzan les changements survenus dans le Centre (pays industrialisés) et
qui constituent selon lui les caractéristiques fondamentales du nouveau type de
relations entre les états, sont au nombre de quatre: l’apparition de centres de force
multiples à la place du centre bipolaire qui régnait pendant la guerre froide; un degré
inférieur de division et de rivalité idéologique; la tendance à l’hégémonie, sur l’échelle
internationale, par un groupe d’états capitalistes concernés par le problème de la
sécurité. Le quatrième aspect qui est, selon l’auteur, moins sûr mais s’impose comme
conséquence logique, est la consolidation du pouvoir de la société civile.
Ces changements que connaît le Centre auront des conséquences, directes et
indirectes, sur la sécurité politique, militaire, économique et sociale dans les
Périphéries (les pays non industrialisés). Parmi ces conséquences, celle qui intéresse
directement notre sujet, est ce que l’auteur dénomme « la collision des
identités culturelles » qui se manifeste clairement, d’après lui, dans les rapports entre
l’Occident et l’Islam à cause de plusieurs facteurs: « L’opposition entre les valeurs
laïques et les valeurs religieuses; la rivalité historique entre la chrétienté et l’Islam; la
jalousie envers la puissance de l’Occident; le mécontentement provoqué par la
prédominance occidentale sur les structures politiques implantées dans le Moyen
Orient après la période coloniale; le sentiment d’infériorité et l’amertume causé par
l’effrayante comparaison entre les acquis de la civilisation islamique et ceux de la
civilisation occidentale, réalisés pendant les deux derniers siècles. Ce dernier facteur,
précise notre auteur, est ressenti d’une manière plus pesante en terres d’Islam à cause
du voisinage géographique, de l’inimitié historique et du rôle que joue l’Islam dans la
vie de ses disciples. Le sentiment de rivalité est intensifié plus encore par le fait que
l’Islam constitue une puissante identité collective toujours en extension ».

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Ainsi, dit-il, si l’on ajoute le « danger » que constitue l’émigration à celui relatif au
« conflit des civilisations », il serait facile de concevoir le genre de « guerre sociale
froide » entre le Centre et une partie de la Périphérie et plus particulièrement entre
l’Islam et l’Occident. L’Europe, dit-il, occupera le premier rang dans cette guerre qui
lui sera bénéfique car elle aidera, toujours selon M. Buzan, à faire avancer le processus
de complémentarité politique entre ses pays en présentant à leur politique extérieure
un problème commun autour duquel il serait facile de réaliser un consensus. En un
mot, « une guerre sociale froide ne peut que consolider l’identité européenne dans
tous ses aspects en ce moment crucial de l’histoire de l’unité de l’Europe. »
Et l’auteur de conclure: « Vu tous ces facteurs, et d’autres encore, on peut croire
qu’il existe en Occident une opinion très large prête, non seulement à soutenir une
guerre sociale froide contre l’Islam, mais aussi à cautionner des politiques qui
encouragent un tel choix ».
Devant cette manière de voir les rapports entre l’Islam et l’Occident on ne peut
s’empêcher de se demander : S’agit-il d’une analyse des faits et de leur évolution
possible ou, par contre, sommes-nous en face d’une incitation directe à l’hostilité?
2- « Choc des civilisations »
Deux ans après l’article de M. Buzan qui a passé presque inaperçu, peut-être à
cause de son titre « classique » et de son style « froid », M. Samuel Huntington 2
reprend les mêmes thèses mais sous un titre spectaculaire, « choc des civilisations », et
dans un langage provocant, riche d’exemples minutieusement choisis, ce qui a donné
à son article un grand retentissement dans les quatre coins du monde.
M. Huntington présente sa thèse en ces termes qui ne dissimulent rien: «Mon
hypothèse, dit-il, est que, dans le monde nouveau, les conflits n’auront pas
essentiellement pour origine l’idéologie ou l’économie. Les grandes causes de division
de l’humanité et les principales sources de conflit seront culturelles. Les Etats-nation
continueront à jouer le premier rôle dans les affaires internationales, mais les
principaux conflits politiques mondiaux mettront aux prises des nations et des
groupes appartenant à des civilisations différentes. Le choc des civilisations dominera
la politique mondiale ». Ainsi, «le sentiment d’appartenance à une civilisation va
prendre de plus en plus d’importance dans l’avenir et le monde sera, dans une large
mesure, façonné par les interactions de sept ou huit civilisations majeures: à savoir, les
civilisations occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindouiste, slavoorthodoxe,
latino-américaine, et, peut-être, africaine. Les plus importants conflits à
venir auront lieu le long des lignes de fractures culturelles qui séparent ces
civilisations ».
Car, précise notre auteur, si la civilisation occidentale apparaît aujourd’hui
comme « la civilisation mondiale qui convient à tous les humains » elle ne l’est en effet
que superficiellement. En profondeur, les choses sont tout à fait autrement: les
concepts qui règnent dans la civilisation occidentale sont différents de ceux qui
prédominent dans les autres civilisations. L’individualisme, le libéralisme, la

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constitution, les droits de l’homme, l’égalité, la liberté, la démocratie, la sécularisation
etc. sont des concepts qui n’ont, en général, que peu de validité et d’intelligibilité dans
les civilisations islamique, confucéenne, japonaise, hindouiste, bouddhiste et autres
non occidentales.
Devant cet état de choses les pays qui appartiennent à ces civilisations se
trouveront, affirme notre auteur, dans l’obligation de choisir entre trois alternatives:
- Des pays, comme la Birmanie et la Corée du nord, peuvent choisir l’isolement
afin de « protéger » leur pays contre la « corruption » occidentale. Le prix est très cher,
remarque notre auteur. Par conséquent, un petit nombre d’Etats prendront le risque
d’un tel choix.
- D’autres pays préféreront, par contre, de se rattacher à l’Occident et suivre ses
pas dans tous les domaines optant ainsi pour l’occidentalisation totale. L’auteur
compte parmi ces pays le Japon, la Russie, les pays de l’Europe de l’Est et les pays de
l’Amérique latine.
-Mais il y a un grand nombre de pays qui souhaiteront réaliser un certain
équilibre avec l’Occident. Ils chercheront à développer leur capacité économique et
militaire, à collaborer avec d’autres pays non occidentaux contre l’Occident et à
préserver leurs valeurs et leurs institutions locales. En d’autres termes, ils acceptent la
modernisation mais refusent l’occidentalisation. Il s’agit surtout des pays qui forment,
d'après M Huntington, l’« alliance confucéeno-islamique qui défie les intérêts de
l’Occident, rejette ses valeurs et conteste son hégémonie ».
Pour faire face à ce "défi" islamico-confucéen M. Huntington invite l’Occident,
et c’est là le but de son article, à «consolider la coopération entre ses constituants
européens et nord-américains (...), tracer des limites au développement militaire des
pays appartenant à la civilisation islamico-confucéenne ( ...); ralentir le processus de
réduction du potentiel militaire de l’Occident et maintenir la suprématie militaire
occidentale dans le Sud-Ouest de l’Asie(...) renforcer les instances internationales qui
préservent les valeurs et intérêts légitimes de l’Occident et encourager l’adhésion des
pays non-occidentaux à ces instances».3
Est-il nécessaire de souligner ici le caractère franchement politique de la thèse du
« choc des civilisations »?
Les milieux bien-informés, aux Etats-Unies, n’hésitent pas à affirmer qu’un tel
discours, militant pour prouver l’existence d’un nouveau danger, d’un nouvel
« ennemi », est nécessaire pour convaincre le peuple américain et ses représentants de
la nécessité de maintenir le budget de la « Défense » dans son niveau actuel.
3) Le « conflit idéologique »
« Le choc de civilisations n’est pas un conflit sur Jésus christ ou Confucius ou le
prophète Muhammad autant qu’il est sur la distribution inégale de la puissance, de la
richesse et de l’influence à l’échelle mondiale, et sur le manque de respect et d’estimes
de la part des grandes peuples envers les petits. La culture est le véhicule de
l’expression des conflits. Elle n’en est pas la cause ». C’est ce qu’affirme M. Graham
Fuller4 dans un article publié deux ans après celui de M Huntington. Mais il ne faut

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pas se faire des illusions; il ne s’agit pas d’un renoncement pur et simple à la « logique
de guerre » qui régi les thèses que nous venons d’exposer. Au contraire, il s’agit
seulement de donner un autre non au même « ennemi ».
Pour M. Fuller le conflit prochain sera idéologique. Car ce qui marque l’état du
monde après la chute du communisme c’est la domination de la vision de l’Occident
dans les domaines politiques et économiques. Celle-ci repose sur trois principes
fondamentaux: 1) le capitalisme et l’économie du marché; 2) les droits de l’homme et
la démocratie libérale et laïque; 3) l’Etat/nation comme cadre des relations
internationales. Ces principes qui ont favorisé le progrès et l’émancipation des
sociétés occidentales provoquent des tensions et des troubles déstabilisants dans les
pays du Tiers-monde, ce qui poussera ces pays à adopter d’autres principes et à
construire d’autres visions qui ne concordent pas avec celle de l’Occident.
On doit s’attendre, donc, affirme l’auteur, à l’émergence dans le Tiers-monde
d’une idéologie qui s’opposera aux valeurs occidentales. La manière dans laquelle cette
«prochaine idéologie » affrontera l’Occident dépendra du genre des dirigeants qui se
présenteront comme défenseurs des intérêts de ces pays. Les pays candidats à jouer ce
rôle sont ceux qui possèdent les qualités nécessaires, à savoir: « des racines dans une
civilisation historique, un sentiment de suprématie culturelle et de continuité au niveau
du rôle joué historiquement, un rôle régional non contesté, une expérience dans le
domaine de la mise en application des idéologies du changement et un sentiment
particulier de frustration faute de pouvoir accomplir sa vocation historico-culturelle à
cause du colonialisme occidentale ».
L’auteur place La Chine, l’Inde, l’Iran, l’Egypte et la Russie à la tête des pays
appelés à jouer le rôle de « pilote » dans la lutte idéologique contre l’Occident. Il cite
d’autres pays comme le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, qu’il considère
susceptibles de jouer un rôle non négligeable dans ce conflit idéologique, tout en
précisant qu’il n’avait pas l’intention de faire « la liste des ennemis » de l’Occident. Le
but de son article est, dit-il, limité à « nous sensibiliser » de la nature du problème afin
de chercher les moyens permettant d’empêcher la constitution d’un bloc hostile à
l’Occident.


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L'Islam et la sexualité

Added 24/8/2010

Sans nul doute que le désir sexuel figure parmi les sentiments les plus forts et les plus profonds de l'homme. Si celui-ci n'est pas satisfait, la personne rencontrera plusieurs troubles et sa vie se transformera en un véritable cauchemar. Ainsi, le mariage est la voie naturelle unique permettant d'apaiser le désir et l'envie. Cela calme l'âme, apaise le corps et ôte toute frustration pour connaître l'équilibre.

Personne n'est apte à dompter et calmer ce désir de manière complète, que ce soit un homme ou une femme, si ce n'est en y donnant suite par le seul moyen légal, qui n'est autre que le mariage. Pour bien montrer l'importance de la sexualité dans la vie de l'homme, nous allons citer l'histoire de ce noble Compagnon Uthmân Ibn Mazûn .

Uthmân était un homme entièrement consacré à l'adoration, il jeûnait le jour et passait la nuit en prière, à tel point qu'il en arriva à se détacher de l'appel du désir sexuel. Le Prophète entra un jour chez son épouse Aïsha (qu'Allah l'agrée) et trouva avec elle quelques femmes dont l'une d'entre elles avait le visage pâle, on voyait sur elle les traits de la tristesse, à cause de ce qu'elle endurait.

Le Prophète questionna Aisha à son sujet et elle dit :

« C'est l'épouse d'Ibn Mazûn et il est (trop) occupé par l'adoration (que pour se préoccuper) d'elle».
C'est-à-dire qu'il négligeait le droit sexuel de son épouse.
Le Messager d'Allah rencontra Uthmân Ibn Mazûn et lui dit :
« N'as-tu pas en nous un exemple ? ».
Et lui de répliquer :
« Que père et mère soient sacrifiés pour toi, mais quoi ? ».
Et le Prophète de dire :
« Jeûnes-tu le jour et veilles-tu la nuit ? ».
« Certes, je (le) fais », répondit-il.
« Ne (le) fais plus... Certes, ton corps a sur toi un droit et ton épouse a sur toi un droit » dit le Prophète . [Rapporté par Ahmad en ce sens (6/106). al-Haythamî dit dans « Majma al-Zawâ'id » (4/302) : « Les transmetteurs sont sûrs ».]

Ainsi, Uthmân écouta le conseil et suivi l'ordre du Prophète , il donna le droit de son épouse.

La sexualité, en réalité, est une partie et une base de la vie dont on ne peut se passer, vu que c'est l'unique moyen d'apaiser le désir. D'ailleurs, certains ont dit :

« Quand le **** de l'homme se réveille, ce sont les deux tiers de sa raison qui dorment ».

Le **** est en plus l'une des principales causes de disputes et de mésententes entre les époux, du moins pendant les premières années de mariage, car le **** veut dire beaucoup pour eux.

Pour le mari :

Cela apaise son désir, car le mâle, chez la plupart des êtres vivants, dont les humains, a un désir sexuel plus fort car celui-ci est en éveil quasi permanent, contrairement à la femme dont le désir est moins grand. Mais ceci ne veut en aucun cas dire que son désir sexuel est faible.

Pour prouver cela, il est à savoir que chaque centimètre cube de liquide spermatique chez l'homme contient 60 millions de spermatozoïdes, sans oublier que l'homme éjacule entre 3 et 5cm de sperme lors de chaque relation sexuelle. De plus, il est capable de réitérer cela de deux à cinq fois par jour, en fonction bien sûr de son âge. Cette quantité de spermatozoïdes produite par l'appareil génital de l'homme, si elle n'est pas utilisée, cause un stress moral et physique insupportable. S'il n'assouvit pas son désir et l'apaise, cela laissera de graves effets sur son comportement sexuel, de même que sur sa personnalité et ses actes dans la plupart des aspects de sa vie.

L'incompréhension de l'épouse face à cette demande s'oppose aux besoins du mari. Quant à la femme qui conserve tout son charme pour son époux, elle lui donne un grand aperçu de jouissance et de satisfaction lorsque celui-ci réalise qu'il a été apte à rendre heureuse son épouse. Cela renforce et soude les liens sincères entre eux.

L'épouse amoureuse et, favorable au **** avec son mari, peut s'avérer être d'une grande aide pour lui dans la satisfaction de son désir et la domination de toutes les tentations. Car elle pense aux besoins de son mari plus qu'à ses propres peines et lui offre son amour sans restriction. Sa récompense est un retour d'acceptation vis-à-vis de ses besoins, et ensemble ils s'associent dans la prodigieuse expérience qui n’est autre que l'amour.

Cette satisfaction sexuelle rajoute plus d'amour entre le mari et la femme, un amour qui ne peut grandir entre eux aussi longtemps que leur relation sexuelle ne sera pas satisfaisante. Dès lors que l'époux trouvera que sa relation conjugale est satisfaisante, son âme ne le poussera plus à aller voir ailleurs.

Il est, en outre, à souligner que la femme ne doit pas considérer le **** comme une obligation envers son époux, même si cela est vrai, c'est en plus un don envers elle de la part d'Allah pour enrichir sa relation avec son mari. L'expérience nous prouve qu'un mari pleinement satisfait sexuellement sera sujet à moins de disputes, et sera plus abordable et plus souple au sein du couple.

Pour ce qui est de la femme :

Cela satisfait sa féminité et l'apaise par l'amour de son mari envers elle. C'est un besoin vital plus profond chez la femme que l'homme. La femme dispose d'une immense capacité à prendre et donner de l'amour.

Si les maris se rendaient compte de ce besoin vis-à-vis de leur épouse, ils jouiraient pleinement de la présence de celle-ci. Il est des plus difficiles pour la femme d'offrir son amour et sa féminité à un homme qui ne satisfait pas ses besoins féminins et sentimentaux. De nombreux hommes ignorent ce côté de la sexualité et sont incapables de comprendre la nature et le besoin sentimental et charnel de la femme. D'où il n'est pas étonnant de voir plusieurs épouses prendre en ridicule le rapport sexuel. C'est pourquoi, l'homme doit constamment se mettre à l'esprit, lorsqu'il accomplit un quelconque acte sexuel, le besoin d'amour et de satisfaction de sa femme. Il doit comprendre cela et l'accepter.

La femme ressent de manière totale sa féminité lorsqu'elle voit qu'elle s'associe à son époux dans la sexualité, n'étant plus uniquement une mère ou responsable de la maison. Chaque fois que l'homme comprendra ce que signifie le rapport intime pour elle, cela l'aidera à soumettre son amour et son désir aux besoins sentimentaux et sexuels de son épouse. Ils pourront jouir ensemble de leur union, pas uniquement sexuellement mais bien dans tous les aspects de leur vie. Il est aussi indispensable de ne pas oublier qu'il y a quelque chose de profond dans le coeur de toute femme, excitant son amour. La caresse douce et l'étreinte calme sont des choses ne diminuant nullement la jouissance sexuelle.

Un homme raconte son histoire en témoignant de tout cela... Son épouse tomba malade, elle ne pouvait plus bouger et elle prit le lit. En raison de cela, le mari se refusa à toute pratique sexuelle par amour envers elle et compassion.

Une nuit, alors qu'ils étaient au lit, il entendit son épouse pleurer discrètement et lui demanda :
« Mon amour, qu'as-tu à pleurer ? ». Et elle de répondre :
« Je crois que tu ne m'aimes plus ».
Il répliqua aussitôt avec étonnement : « Aies-je fait quelque chose qui t'ai offensée ? ».
« C'est ce que tu n'as pas fait, tu ne fais plus l'amour avec moi », dit-elle. « Ô mon Dieu ! N'y a-t-il de meilleure preuve de mon amour que le fait de m'être interdit ce qui excite tous les membres de mon corps ? ». Il avait compris à ce moment que son épouse avait grand besoin qu'il lui prouve son amour envers elle à travers la copulation.

Nous résumerons tout ceci en soulignant l'importance de la sexualité dans la vie de l'homme. Il a, comme la femme, des besoins sexuels qu'il faut assouvir à travers le mariage. Mais il est aussi interdit aux deux partenaires de refuser d'assouvir les besoins sexuels de l'autre. En se mariant, la personne offre à son partenaire "le droit de disposer" de son corps et d'en jouir.

{ Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Allah est Puissant et Sage.} [Sourate 2 – Verset 228 ]

« Certes, ton corps a un droit sur toi, ton Seigneur a un droit sur toi, [ton hôte a un droit sur toi]
et ton épouse a un droit sur toi...».[Rapporté par al-Bukhârî, al-Tirmidhî et al-Bayhaqî.]

Et un poète dit :

Le choix judicieux implique de ne pas l'en priver pour dans son droit ne pas la léser;
Mais l'inverse aussi doit être considéré,
Écoute bien ce qui a été dit et attentif tu dois l’avoir été.

Ainsi, l'homme doit répondre favorablement à l'appel de son épouse quand elle désire apaiser son appétit sexuel. A ce sujet, les Savants des quatre écoles ont émis plusieurs avis quant à l'obligation ou non pour le mari de répondre à la demande de son épouse.

Ainsi, les Hanafites ont dit que la femme a le droit de demander à son mari de lui faire l'amour car cela est de son droit, tout comme c'est le droit du mari. Et quand elle l'appel, il doit obligatoirement répondre.

Les Malékites ont dit que le rapport sexuel incombe à l'homme vis-à-vis de la femme s'il n'y a aucune excuse valable.

Les Chaféites ont émis plutôt l'avis que cela n'était obligatoire qu'une seule fois car la jouissance est un droit et non une obligation. De plus, c'est le désir ou l'amour qui pousse vers cette jouissance et ce sont deux choses que l'on ne sait imposer ou rendre obligatoires.

Quant aux Hanbalites, ils pensent que le mari doit faire l'amour à la femme au moins tous les 4 mois s'il n'y a pas d'excuse car le but du mariage est de veiller aux intérêts des époux et de les protéger de tout mal.

Ainsi, le rapport charnel est un devoir et une chose obligatoire pour les époux que personne ne conteste. Chacun des époux doit satisfaire l'autre et lui permettre d'assouvir son désir sexuel. C'est un devoir commun et réciproque car le mariage est légiféré pour veiller aux intérêts des époux et éloigner d'eux tout mal. Tout comme le danger du désir doit être écarté de la femme, il doit l'être de l'homme. C'est un droit qu'ils partagent.

« Par Celui qui détient l'âme de Muhammad entre Ses Mains, la femme ne remplira le droit de son Seigneur jusqu'à ce qu'elle remplisse le droit de son mari, et s'il lui demande sa personne et qu'elle se trouve sur une monture, elle ne lui refusera pas [sa personne]». [hadîth authentique rapporté par Ibn Mâjah (1/570) et Ahmad (4/381) d'après Abd Allah Ibn Abu Awfâ, Ibn Hibbân dans son Sahîh et al-Hâkim.]

La femme doit répondre à son mari quand il l'invite à faire l'amour même si elle est occupée à cuisiner ou faire du pain ou qu'elle est sur une monture. Si elle refuse l'invitation de son époux, elle sera maudite, si ce n'est durant la période des menstrues ou des lochies. Mais en dehors de ces deux cas, il lui est interdit de se refuser à son mari sans excuse valable. De même, le mari doit satisfaire son épouse et apaiser son appétit sexuel car s'il ne le fait pas, il sera pécheur et dans la transgression.

{ Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand ! } [ Sourate 4 – Verset 34 ]

En outre, les Savants ont quelque peu divergé sur la nature de l'obligation quant à satisfaire sexuellement la femme. Certains ont dit que si l'homme a des rapports sexuels avec son épouse une fois par mois, l'obligation est ainsi remplie et aucun péché ne pourra lui être imputé. D'autres ont dit une fois tous les quatre mois, et d'autres encore après chaque cycle de menstruation.

En réalité, cela varie en fonction de la situation de chacun, de la vigueur et du désir sexuel, tant qu'aucun mal n'atteint ni l'un ni l'autre. Car la religion n'a précisé aucune limite dans le fait d'avoir des rapports sexuels avec son épouse.

Au contraire, Allah dit :

{ Vos épouses sont pour vous un champ de labour }[ Sourate 2 - Verser 223 ]

Rappelons cependant qu'en cas d'incapacité de la part de l'un ou l'autre des époux l'empêchant de satisfaire les besoins sexuels de son conjoint, il y a tout de même autre chose dans la vie de couple : il s'agit de l'amour, la tendresse et la bienveillance. De plus, la grande récompense attend les patients et les endurants.

Ibn al-Qayyim ,qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde, dit :

« Et il est bon d'user avant la copulation d'attouchements envers la femme, de l'embrasser [...].
De plus, le Prophète usait de caresses envers son épouse et l'embrassait ».
[Zâd al-Maâd, page 204.]

1/ La parure et le parfum

Le mariage est une entité vivante qui ne peut durer sans renouvellement jour après jour. Si les époux n'y accordent pas l'attention que cela requiert, cela se changera en sorte de dérision.

Cela contribue au bonheur et apporte beaucoup tant qu'ils y prêteront attention. Cependant, ce bonheur et cet acquis ne viennent qu'en rétribution du travail que nous accomplissons. Il faut alors que la relation conjugale connaisse très souvent un renouvellement. La vie est un développement et le développement est un renouveau. Vivre cette expérience d'une seule manière est lassante. De plus, l'homme par sa nature penche au renouvellement. Enfin, le mariage étant une partie de la vie connaît aussi cette règle. Toute nature normale aime la beauté en toute chose. Et Allah aime la beauté :

« Certes, Allah est beau, aime la beauté et aime à voir les effets de Son bienfait sur Son adorateur, et II déteste la misère et qu'on fasse le miséreux ».[Authentique. Rapporté par al-Bayhaqî dans « Shuab al-îmân » (6201) d'après Abu Sald. Voir Sahîh al-Jâmi (1722).]

Et le poète dit :

Parfume ta bouche avec un produit déodorant en permanence et tu obtiendras ainsi les faveurs.

L'épouse qui renouvelle son apparence pour que son mari la regarde, belle et parfumée pour lui, pour attirer son mari et l'empêcher de voir l'illicite, sera plus apte à vivre dans un terrain d'amour et de bonheur à la maison, car la joie du mari est due à l'apparence de son épouse et son intérêt pour elle-même.

La femme doit de ce fait porter son attention sur la propreté, l'hygiène et la beauté pour son mari. Cela permet d'attiser le désir de l'homme, de faire baisser son regard, de faire ressortir la beauté de la femme et de préserver l'amour et la tendresse.

La beauté est une jouissance pour la vue et l'odorat, ce qui rend la personne heureuse. La femme doit faire attention à ne pas paraître d'une manière qui pourrait le faire fuir d'elle, que ce soit dû à un vêtement ou à une odeur.

D'ailleurs, le Prophète de l'Islam a incité les femmes à la beauté. Il vit une fois une femme ayant négligé la beauté de ses mains et lui dit : « Je ne sais guère s'il s'agit de la main d'un homme ou de la main d'une femme ». « D'une femme », répliqua-t-elle. « Si C'est-à-dire avec du henné. [Fiable. Rapporté par Abu Dâwûd (4166) et d'autres selon Aïsha, qu'Allah l'agrée. Voir Sahîh Abu Dâwûd (3510).]

En d'autres termes, il les aurait changés avec du henné ou toute autre chose avec laquelle les femmes embellissent leurs mains. Si la femme connaissait l'ampleur de la crainte, l'émotion et la fermeture de l'esprit et du coeur face aux odeurs nauséabondes, elle excuserait son mari dans ce cas de l'éviter, même juste pour parler, et surtout pour l'embrasser ou l'étreindre…

Ainsi, rien ne nuit davantage à une relation sexuelle que l'haleine de la bouche ou la mauvaise odeur d'une dent, que ce soit pour le mari ou la femme. Pour cette raison, l'Islam ne voit aucun mal dans le fait que l'épouse se fasse belle pour son mari. Au contraire, il ordonne à la femme d'être belle et troublante lors du retour de son époux à la maison, le rendant joyeux en la voyant et préservant son honneur pendant son absence.

La femme se doit d'être belle, attirante, séduisante et gracieuse car sans cela, la jouissance du mari diminue. C'est pour cela que les femmes du Paradis sont décrites comme étant gracieuses :

C'est Nous qui les avons créées à la perfection, et Nous les avons faites vierges, gracieuses,
toutes de même âge, pour les gens de la droite …} [ Sourate 56 – Versets 35 à 38 ]

La jouissance totale est le fait de combler tous les sens et toutes les perceptions durant la pratique sexuelle avec son épouse, en sorte de faciliter l'éjaculation de sécrétions vaginales. Ainsi, les yeux sont comblés par le regard, le nez par l'expression des sons de plaisir et de jouissance et par la senteur du parfum, les lèvres par le baiser, la langue par la succion, les dents par la morsure, le pénis par la pénétration, les mains par le toucher, les cuisses et le reste des membres inférieurs par le contact, le haut du corps par l'étreinte,... Il ne reste plus que l'ouïe qui peut être comblée par les avances excitantes et les mots d'amour.

La femme doit faire tout ce qu'elle peut pour conquérir le coeur de son mari et conserver la chaleur de leur union. Elle doit choisir les meilleurs vêtements par rapport à son âge, sa couleur et son teint. Elle doit choisir ceux qu'aimé son mari et non ses amies et les porter pour lui. II faut également qu'elle prenne soin de ses cheveux en les peignant et les embellissant tout comme elle doit veiller à l'hygiène de son corps et sa taille, en combattant l'obésité.

Car le Messager d'Allah dit :

« La meilleure des femmes est celle qui te réjouis quand tu la regardes, et qui t'obéis quand tu lui ordonnes et qui préserve en ton absence sa personne et tes biens ». [Authentique, rapporté par al-Tabarânî d'après Abd Allah Ibn Salâm. Voir Sahîh al-Jâmi, n° 3299.]

La femme aussi aime voir son mari comme lui aime voir sa femme. Elle aime de lui ce que lui aime d'elle. De nombreux hommes ont tort en croyant que la femme aime l'homme en toute circonstance, même si ses vêtements sont sales, qu'il a une mauvaise odeur et une mauvaise haleine ou qu'il soit propre et bien parfumé. La femme est un être vivant doté de raison et de goût, peut-être même plus fin que celui de l'homme. Comment donc faire bon marché de ses sentiments et de ses goûts au profit de cette image héritée de l'Ignorance ?

Elle a des émotions comme l'homme et même plus dans ce domaine, mais la pudeur l'empêche de montrer à l'homme ces défauts qui l’éloignent de son coeur et l'empêchent de jouir d'une relation harmonieuse.

C'est pour cela que disait Ibn Abbâs:

«Je me fais certes beau pour mon épouse comme j'aime qu'elle se fasse belle pour moi ».

Ce n'est que mettre en pratique le verset suivant :

{ Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance } [ Sourate 2 – Verset 228 ]

L'embellissement de chaque conjoint pour l'autre est l'une des choses les plus importantes pour le bonheur du couple, car ils voient toujours l'autre sous une forme nouvelle et sous une apparence nouvelle, ce qui contribue à apporter vie et mouvement au sein du couple.

La satisfaction réciproque étant le but visé dans la pratique sexuelle, il n'est pas indiqué en Islam de copuler en délaissant les prémices : les caresses et attouchements sexuels. Car il faut que la femme connaisse aussi ce que connaît l'homme comme excitation et désir. Ce n'est que quand l'homme verra que son épouse est suffisamment excitée qu'il pourra se mettre sur elle ou derrière elle ou sur le côté ou encore assis, couché, ou plié... pour pénétrer le pénis dans le vagin et satisfaire leur besoin commun.

Cependant, si l'époux a assouvit son désir sans avoir satisfait son épouse, il ne devra la laisser que quand elle aura aussi apaisé sa libido. Cette satisfaction ne peut être obtenue qu'avec les caresses et les attouchements sexuels avant la copulation. En outre, nombreux sont les docteurs ayant affirmé que la satisfaction du désir de l'homme avant celle de la femme lui porte grandement atteinte et mène à de nombreux maux dont l'un des plus graves est de détester son mari. Le remède consiste donc à avoir recours aux caresses avant la copulation. C'est dans cette optique que l'Islam incite à cela. [...]

C'est ainsi que l'Islam incite ses partisans à suivre une voie de renouvellement des sentiments et de la relation sexuelle pour que la femme reste la fleur du foyer apportant joie et bonne humeur, et attisant le désir de l'homme, se tenant chacun la main dans la joie et avec force.

2 / Les caresses

Dans un mariage exemplaire, il faut que le **** soit harmonieux dans les actes et le consentement. Et afin que les époux jouissent de cette relation harmonieuse, les caresses et les attouchements sont un début important, car négliger ce point lèse la femme et éveille en elle des crispations de dégoût. En réalité, cela porte atteinte à son corps.

Les attouchements constituent un art enflammé de désirs et de jouissances, pas moindres que ceux du rapport intime. Cela excite l'impatience et le désir de la relation amoureuse, dont un mariage exemplaire ne peut être privé, et ce de manière adéquate et au moment opportun.

Le Prophète dit :

« Toute chose qui ne fait pas partie du rappel d'Allah est futilité et jeu, si ce n'est quatre (choses) : l'homme qui caresse sa femme, l'homme qui dompte son cheval, l'homme qui marche entre deux buts * et l'homme qui apprend la natation ». [ C'est-à-dire l'homme qui s'entraîne à l'arc et allant là où sa flèche est parvenue... - Authentique. Rapporté par al-Nasâ'î (8938, 8939) selon Jâbir Ibn Abd Allah et Jâbir Ibn Umayr. Voir Sahîh al-Jâmi (4534).]

La préparation morale des époux est très importante dans la sexualité, et ce jusqu'à ce que les sentiments acceptent ces pulsions sans hésitation ni repoussement. De petites caresses et des mouvements simples pourront alors leur apporter jouissance. Il est obligatoire pour l'époux d'animer le désir de sa conjointe, de la séduire et de la captiver pour enflammer ses sentiments afin d'être finalement prête à faire l'amour. Il est très important de consacrer le temps adéquat aux caresses. De plus, il est préférable que l'homme retienne son éjaculation pour avoir plus de temps pour ces caresses. Lorsque l'homme sait comment attiser l'excitation de son épouse, il arrive, par la même occasion, à enflammer sa propre excitation, le poussant à un haut degré de jouissance.

Il n'y a pas de moyen précis pour exciter le désir sexuel de la femme. Cela varie d'une femme à l'autre, en fonction des différences morales et sentimentales de la personne. C'est pourquoi la femme doit se permettre d'orienter son mari, que ce soit avec la parole ou en posant sa main sur l'endroit qu'elle désire qu'il touche. En général, le cou, les épaules et la poitrine sont des endroits sensibles chez la femme, de même que les caresses douces et les baisers sur la partie supérieure de son corps. L'homme commet une erreur s'il ne recherche pas quel endroit est sensible ou non et comment procéder avec son épouse.

Le long baiser sur les lèvres en se serrant le corps l'un à l'autre, les regards exprimés, les respirations échangées, et les caresses faites sur les parties érectiles sont le premier acte utile, apaisant la femme moralement et sentimentalement, ce qui l'encourage au consentement et permet aux époux de satisfaire un sentiment profond.

Quand l'on questionna la mère des Croyants, Aïsha sur ce que faisait en premier lieu le Prophète en entrant chez lui. Elle répondit : « Le Siwâk ». Cela était sans doute pour nettoyer ses dents pour accueillir ou saluer ses épouses par de beaux baisers. Cela souligne l'importance de la bouche dans les caresses, car on peut sucer la lèvre ou goûter la salive de l'autre. Il est à noter qu'il est préférable que le mari fasse cela avant de sortir de chez lui et en rentrant, car cela a un effet considérable sur eux. Malheureusement, la plupart des maris aujourd'hui embrassent leur femme comme quiconque poserait ses lèvres sur un morceau de pain, un baiser froid et bref, sans aucune chaleur ni âme.

Il est totalement utile, pour renforcer l'union conjugale d'un point de vue sexuel, de passer le plus de temps avec la femme la nuit où ils décident d'avoir des rapports charnels. La femme a des sentiments tels qu'elle aime que son mari lui tienne compagnie avant de faire l'amour un long moment. Cela agit tel un sortilège sur sa personne et son coeur et lui donne une satisfaction morale pleine et entière.

Pour que cette union sexuelle soit naturelle, belle et satisfaisante, il faut que la femme joue aussi son rôle envers son mari en agissant à son tour de la sorte. Cela implique qu'elle ne doit pas rester passive. L'inertie de la femme détruit toute beauté et jouissance dans la relation sexuelle. Nous voulons aussi attirer l'attention sur le fait que les caresses et les attouchements sont tout aussi importants après la copulation qu'avant.

Ces caresses ont une grande importance dans la relation sexuelle, mais il est triste que cela soit négligé. Plusieurs époux ont l'habitude de s'éloigner directement après la copulation, dont la raison ne peut qu'être l'ignorance et la négligence. L'homme tourne son visage et s'endort, comme s'il avait porté quelque chose de lourd sur ses épaules, au moment où la femme sent que son désir sexuel diminue graduellement. Ainsi, l'homme se prive d'un moment sentimental des plus grands, comme il prive son épouse de jouissance, en participant à ce moment, de sa tendresse passionnée et de son besoin intense de caresses, de baisers et de paroles gentilles. C'est pourquoi l'homme doit continuer à donner jouissance à sa femme en la caressant après avoir apaisé son désir. Il suffit pour cela ne serait-ce qu'une parole d'amour, un baiser ou une caresse douce ou une étreinte.

Les femmes se plaindront aussi longtemps que les maris seront plus que davantage négligents en passant directement à l'acte sexuel. En vérité, la plupart des femmes ont grand besoin de diversité dans les jeux, les amusements et l'excitation charnelle avant d’atteindre un stade de jouissance suffisant, leur permettant de leur donner envie de copuler. La tendresse, la douceur, la gaieté et les mots d'amour ont tous une grande importance à cet instant. L'homme doit alors procéder de diverses manières pour exciter et animer le désir de son épouse, jusqu'à ce qu'elle atteigne un stade de préparation sexuelle complète.

Il ne fait aucun doute que la relation sexuelle soude le mariage comme les racines font tenir un arbre sur terre. Mais s'ils ne savent pas comment rendre heureux l'autre et le satisfaire pleinement, ils peuvent dire adieu à leur union. C'est pour cette raison que la relation sexuelle n'est pas la raison principale d'un mariage réussi, mais c'est leur isolement pour connaître un moment de jouissance réciproque qui peut en être la cause. Seul le corps apaise la faim du corps, le sentiment apaise le sentiment, la féminité apaise la virilité et la virilité la féminité. C'est une faim perpétuelle, avant l'acte, après et à tout moment, que seul calme l'union de l'un à l'autre.

Si les époux respectent ces points : embellissement, parfum et caresses, échange de paroles pleines de désir vis-à-vis de l'autre, d'amour et de besoin, ils auront dès lors tout fait pour contribuer à leur bonheur.

3/ Se déshabiller pour être nu

Le fait de se débarrasser de tout vêtement et de se mettre tout nu avant l'acte sexuel est une chose demandée et voulue, dont il est mention dans le verset :

{ Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles }
[ Sourate 2 – Verset 187 ]

Ibn Jarîr al-Tabarî dit :

« Que chacun d'eux devienne pour son compagnon un vêtement pour leur nudité quand ils vont dormir et se regroupent sous un seul tissu, et l'adhésion du corps de chacun d'eux pour son compagnon est comparable au vêtement qu'il porte sur son corps. On a alors dit de chacun d'eux qu'il est « un vêtement » pour son compagnon ».

 

 

 

 

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Dialogue des Civilisations

Added 19/8/2010

 
 

Abstract : À l’aube du nouveau siècle, le futur de notre monde ainsi que les corrélations de ses cultures sont devenus sujets à de nouvelles idées parfois subversives. Certains croient au « Clash des civilisations », et d’autre à « la fin de l’histoire » telle que nous la connaissons. Je crois que l’état actuel de désordre du monde est davantage le résultat des forces politiques et économiques régentant la globalisation et une ignorance des civilisations. La clé du progrès réside dans l’équité des affaires internationales, le développement d’une nouvelle vision mondiale à propos des plus défavorisés et l’amélioration de la connaissance des différentes cultures et religions.

L’intitulé « Science et Quête de Sens » met l’accent sur une dimension spirituelle, un monde qui existe par-delà la science. De la même façon, ce texte a trait aux dimensions existant par-delà la science – notre existence humaine au sein de civilisations et de cultures qui peuvent, ou non, être en conflit. En tant que scientifique, je trouve ces questions complexes, mais c’est précisément cette complexité qui, dans notre recherche continue pour comprendre l’homme, nécessite une nouvelle approche non dogmatique et raisonnable. Il y a, certes, d’une part, notre recherche de la vérité et de nouvelles connaissances par l’intermède de la science, mais il y a également, d’autre part, notre compréhension de la signification et de la valeur de la vie à travers la foi. De fait, mes pensées et réflexions sont à ce jour guidées par l’expérience que j’aie d’au moins trois civilisations : égyptienne, arabe musulmane et américaine.

En observant le monde tel qu’il leur apparaissait à l’aube de ce nouveau siècle, certains intellectuels ont élaboré des concepts défaitistes et attristants : ainsi « Le choc des civilisations » (Samuel Huntington) et « la fin de l’histoire », (Francis Fukuyama) ont fait leur apparition sur le devant de la scène géopolitique. Néanmoins, si les deux auteurs défendent leur cause avec conviction, ces idées n’en sont pas moins couramment controversées et discutables. En tant que scientifique, je ne trouve aucune « physique fondamentale » à ces concepts. Autrement dit, ce n’est pas un principe fondamental de civilisations qui aura pour conséquence ni de les faire rentrer en conflit les unes avec les autres ni de mettre un terme à l’histoire, en permettant à un système d’écraser toutes les autres idéologies.

En effet, je soutiens que le désordre actuel du monde résulte en partie de l’ignorance des civilisations – l’inconscience ou la mémoire sélective du passé et le manque de perspective pour l’avenir – et en partie de la misère économique et des injustices politiques vécues par les pauvres, qui représentent environ 80 % de la population mondiale, disséminés tout autour de la planète et vivant au cœur de différentes civilisations. Ces deux points représentent les barrières principales à l’évolution de l’ordre mondial, et si un jour nous parvenions à les dépasser, nous atteindrions le degré optimum : un dialogue entre civilisations.

Dialogue ou Clash ?

D’après le dictionnaire, le mot « civilisation » signifie un état avancé de la société humaine, dans laquelle a été atteint un haut niveau culturel, scientifique, industriel et gouvernemental. Individuellement, nous sommes civilisé lorsque nous atteignons l’état avancé de capacité à communiquer avec les autres et de les respecter, avec leurs coutumes, cultures et religions propres. Collectivement, nous parlons de globalisation en tant que moyen d’apporter la prospérité dans le monde. Pourtant, la globalisation ne peut pas être un concept pratique s’il existe des désaccords entre civilisations. Historiquement, il y a beaucoup d’exemples de civilisations qui ont coexistées sans connaître de conflit significatif.

L’argument central de la thèse de Huntington est que, en cette ère de post-Guerre Froide, les plus importantes distinctions observées entre les peuples ne sont pas d’ordre idéologique, politique ou économique, mais culturel. Il met l’accent sur le fait que les gens se définissent en terme d’ascendance, de religion, de langue, d’histoire, de valeurs, de coutumes et d’institutions ; il scinde le monde en 8 civilisations principales : civilisation occidentale, orthodoxe, chinoise, japonaise, musulmane, indoue, latino-américaine et africaine.Cette analyse me pose problème à divers égards et peut-être que les questions et commentaires suivants vont pouvoir clarifier ma position. Premièrement, Quelle est la base de ces divisions entre civilisations ? Les peuples appartiennent à différentes cultures, les nations ont pratiqué et appréhendé (et continuent de le faire) différentes cultures, et des nations du même continent peuvent être influencées par des civilisations différentes. En ce qui me concerne, depuis ma naissance jusqu’à aujourd’hui, je peux m’identifier tout à la fois en tant qu’Égyptien, Arabe, Musulman, Africain, Asiatique, Oriental, Méditerranéen et Américain. En regardant de plus près ne serait-ce qu’une de ces civilisations, je constate également que rien que les Égyptiens eux-mêmes appartiennent déjà à une civilisation dynamique auréolée d’un héritage multiculturel : pharaonique, copte, arabe, islamique, sans mentionner les influences perse, hellénique, romaine et ottomane.

On peut dire la même chose des civilisations européenne et américaine et d’autres civilisations prévalant sur des continents différents. Les cultures de l’Ouest de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Australie sont loin d’être uniformes et homogènes. Étant donné le nombre de cultures existant en Europe et aux Etats-Unis, nous devrions alors nous attendre à un conflit de civilisations au sein d’une seule d’entre elles, sans même avoir besoin d’observer les sept autres. Mais force est de constater que les énergies unissant les cultures et civilisations ne sont pas le résultat de simple divisions.

Une seconde question est : Est-il fondamental que des différences de cultures produisent nécessairement des conflits ? Huntington soutient que si les Etats-Unis perdaient leur héritage européen (langue anglaise, religion Chrétienne et une éthique Protestante) et son credo politique (par exemple, liberté, égalité), son futur serait mis en danger. Pour ma part, j’arrive à la conclusion opposée. D’un point de vue personnel, je ne parlais pas l’anglais en arrivant aux Etats-Unis ; je ne suis pas Chrétien ; et l’on ne m’a pas enseigné l’éthique Protestante. Pourtant, je me suis intégré dans ma nouvelle culture américaine tout en préservant ma (mes) culture(s) originelle(s) et je suis persuadé que mes cultures « orientale » et « occidentale » ont toutes deux bénéficié de ce mariage, sans que cela occasionne le moindre clash. Dans une perspective plus large, la force de l’Amérique a traditionnellement résidée dans son « melting pot » ; le pays a été enrichi – et continue de l’être – par la multiethnicité et les différentes cultures de ses habitants. En conséquence, la tolérance vis-à-vis de religions et cultures différentes est devenue partie intégrante de la civilisation américaine. Tant que le peuple pourra vivre dans un système constitutionnellement sain de liberté et d’égalité, les heurts intra-nationaux ne seront pas fondamentaux – contrairement à d’autres problèmes qui le sont.

Concernant les relations internationales, par exemple, je ne comprends pas bien la raison pour laquelle les civilisations doivent acquérir leur puissance à travers l’impérialisme aux dépens des autres. Les cultures et civilisations peuvent être à l’apogée de leur accomplissement tout en coexistant harmonieusement les unes avec les autres et même en se complétant. Les Etats-Unis, le Japon, et les nations européennes sont des exemples de cette coexistence salutaire, établie en construisant des ponts économiques et culturels. La clé pour atteindre cet état est d’instituer un « système de gouvernance mondial » qui représente et observe la liberté humaine et la justice, et dont les résolutions soient imposées et mises en application de façon opportune. Ce système est certes difficile à instaurer, néanmoins je crois qu’un leadership visionnaire pourrait y parvenir dans la durée.

Une dernière question est : Qu’en est-il de la dynamique des Cultures ? Les cultures ne sont pas statiques ; elles changent toutes avec le temps et le degré de changement est régi en grande partie par les forces de la politique et des sciences économiques. Considérons mon pays natal. La civilisation égyptienne s’est développée très tôt dans l’histoire humaine et a dominé le monde durant des millénaires. Cependant, récemment, la nation est devenue un pays en voie de développement. Cela ne signifie pas que l’Égypte ait perdu sa civilisation, mais cela veut dire que, comme d’autres, elle a changé avec le temps, en raison de nombreuses forces internes et externes – son état actuel n’est pas dû à un facteur génétique ou des valeurs culturelles fondamentales.

Si d’autres exemples de changement culturel en Europe et dans d’autres parties du monde sont également identifiables, la dynamique de modification peut être différente : différente dans l’échelle de temps et dans les forces qui provoquent le changement. Mais dans tous les cas, la dynamique de changement ne peut pas être uniquement attribuée aux valeurs intrinsèques d’une culture isolée : nous devons tenir compte des interactions politiques et économiques qui ont lieu à l’intérieur d’une culture et entre les diverses cultures du monde. Les habitants de la Corée du Nord et de la Corée du Sud sont, au départ, issus de la même culture. La disparité notable en terme de progrès qui existe aujourd’hui entre les deux pays est pourtant essentiellement due à des facteurs économiques et politiques ; de même peut-on évoquer le cas de l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest avant leur réunification. L’exposé ci-dessus n’évoque cependant pas un problème fondamental et commun à toutes les cultures et civilisations : les populations de défavorisés ont en effet une dynamique qui leur est propre. Durant le Moyen Âge européen – période de l’apogée de la civilisation Islamique –, la majorité des Européens était pauvre. À l’inverse, aujourd’hui, la plupart des nations du monde musulman se développent ou sont encore sous-développées et doivent gérer de vastes populations de pauvres. Certains peuvent croire que cela est dû à une faille dans les valeurs intrinsèques de la religion de l’Islam. Il peut être utile pour moi, qui ai été éduqué dans la tradition musulmane bien que je ne sois pas un disciple de l’Islam, de mettre en évidence certains des principes méconnus de l’Islam et de sa civilisation dynamique. Il est également opportun de le faire, étant donné les tragiques événements du 11 septembre 2001 qui ont eut lieu à New York et Washington et les conséquences, aujourd’hui, de l’amalgame fait par de nombreuses personnes dans le monde, entre ces événements et l’Islam.

L’Islam et ses Fondations

Qu’est-ce que l’Islam ? L’Islam est la religion et la façon de vivre d’environ 1/5 de la population mondiale. Il y a 1,3 milliards de Musulmans dans le monde aujourd’hui, dont 20 % sont des Arabes ; 5 % des Arabes ne sont pas des Musulmans. En 1970, il y avait 500 000 Musulmans aux Etats-Unis ; maintenant ils sont de 6 à 7 millions, dont 23 % sont nés aux Etats-Unis. L’Islam est un mot Arabe qui a une double connotation : « paix » et « soumission à la volonté de Dieu ». L’Islam se considère comme la continuation et le point culminant des religions initialement « envoyées par Dieu » : le Judaïsme et la Chrétienté ; les trois religions sont couramment nommées les « religions monothéistes Abrahamique ». Dieu ordonne aux Musulmans de respecter toute l’humanité, et les Juifs et Chrétiens sont mentionnés avec distinction en tant que peuple du Livre, puisqu’ils sont les compagnons fidèles du Dieu unique et les destinataires de Ses Écritures Saintes (La Torah à travers Moïse et l’Évangile à travers Jésus). Le prophète de l’Islam est Mohammed, qui est également le descendant d’Abraham, via son premier fils, Ismael.

Pour l’Islam, deux concepts sont fondamentaux : le concept de l’Unité de Dieu, d’un Dieu des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans, et de l’humanité entière ; et le concept de l’Islam en tant que façon de vivre, ce qui inclut les systèmes civil et légal. Ces deux concepts sont le noyau de la foi. Les codes islamiques de moralité et de comportement sont les mêmes que ceux rencontrés dans le Christianisme et le Judaïsme.

Les Musulmans acceptent cinq obligations primaires, communément appelées les « cinq piliers » (arkan) de l’Islam. En pratique, bien entendu, les Musulmans les observent parfois inégalement, étant donné que la responsabilité de remplir les obligations repose sur les épaules de chaque individu. Les piliers sont : la profession de foi (shahadah) ; la prière (salah) ; donner l’aumône (zakah) ; le jeûne (sawm) pendant le mois Saint du Ramadan ; et l’exécution du pèlerinage (hajj), le voyage jusqu’à la Mecque, pour ceux qui peuvent se le permettre physiquement et matériellement, au moins une fois dans leur vie. Les Musulmans acceptent également la shariah (le corps des lois sacrées Islamiques dérivé de la sunnah : coutume et pratiques religieuses du Prophète), les hadiths (énonciations et enseignements du Prophète) et le Coran.Le Coran est l’écriture Sainte de l’Islam, et les Musulmans le considèrent comme ayant été rédigé par Dieu Lui-même et révélé à Mohammed par l’intermède de l’ange Gabriel. En Arabe, le mot pour Dieu est « Allah » et est utilisé par tous les Arabes, même les Arabes Chrétiens et Juifs. Le Coran a été révélé en segments de différentes longueurs, abordant des questions et des circonstances diverses, sur un laps de temps de 23 années, temps qu’a duré la Prophétie de Mohammed. Puisqu’il s’agit des mots directement choisis par Dieu, le Coran reste dans sa langue originale, mot pour mot et lettre pour lettre. Une fois traduit dans n’importe quelle autre langue (même en Arabe), il n’est plus appelé Coran car les mots directs divins sont remplacés par des mots humains, considérés comme des interprétations ou traductions de la signification du texte. Le style littéraire du Coran est tellement puissant que pour les premiers Arabes, il fut perçu comme un miracle inimitable. Le style semble partager certaines caractéristiques avec la poésie – une fois encore, le Coran défie la description, n’étant considéré ni comme de la poésie, ni comme de la prose, mais selon une classification qui lui est propre – et cela pose difficulté pour certains lecteurs non Musulmans qui aiment les histoires de la Bible contées dans un ordre chronologique. Il y a bien une histoire, dans le Coran (Joseph), qui se déroule de façon totalement chronologique mais aux yeux de ces lecteurs, elle pourrait encore paraître poétique.

Le Coran fait des déclarations fondamentales au sujet de l’existence et de l’intégrité humaines dans tout ce qui va de la science au savoir, de la naissance à la mort. « Lis ! », est le premier mot du premier verset de la révélation directe au Prophète [Sourate al-‘Alaq, 96:1] et un grand nombre de versets traite de l’importance de la connaissance, de la science, et de l’apprentissage ; Les Musulmans positionnent les scientifiques au même niveau que les prophètes dans le respect qui leur est du. Le Coran lance un appel général à l’humanité : « coopérez les uns avec les autres dans la droiture et la piété, et ne coopérez pas dans le péché et la transgression » [Sourate al-Ma‘ida, 5:2].

Malheureusement, certains fanatiques et autres journalistes injurient l’Islam et déforment le sens de ses principes via des termes tels que jihad et terrorisme. Le mot jihad, par exemple, est maintenant traduit de façon routinière sous la dénomination de « guerre sainte », et plus spécifiquement en tant que « guerre sainte » pratiquée par les Musulmans contre des non croyants. Cette phraséologie est à des années lumières du vrai concept du jihad dans l’Islam. Selon le Lisan al-‘Arab, le dictionnaire Arabe qui fait autorité en la matière, le mot jihad, qui dérive de la racine du verbe jahada, signifie simplement faire un effort maximal ou lutter. La connotation théologique de cet « effort maximal » est qu’il est exercé en vue d’une amélioration – dans la lutte interne qu’un être peut mener pour s’améliorer, s’élever, se purifier et s’éclairer. Par exemple, en Égypte, le mot mujtahid en tant qu’appliqué à un étudiant, signifie qu’il « accomplit grandement. » Il y a d’autres formes de jihad, dont l’utilisation du pouvoir économique pour améliorer la conditions des nécessiteux, ou le jihad physique dans la lutte contre l’oppression et l’injustice. Le terme est également utilisé pour dénoter une guerre faite au service de la religion.Le jihad physique est limité par les concepts Coraniques suivants :

« Combattez ceux qui vous combattent, mais ne transgressez pas » (2:190). Ce qui veut dire que la guerre est justifiée seulement si elle est de nature défensive. « Mais s’ils s’inclinent vers la paix, inclinez-vous vers elle également, et placez votre confiance en Dieu »(8:61). La guerre n’est pas réalisée dans le but de vaincre ou d’écraser l’ennemi ; l’occasion de la paix doit être saisie dès qu’elle se présente. Ce point est tellement important aux yeux des Musulmans que leur salutation traditionnelle se traduit en ces termes : « que la paix soit sur vous. » La paix de l’Islam ne laisse aucune place au terrorisme, qui est l’antithèse du jihad. Le terrorisme est absolument condamné.

Une Civilisation Frustrée

En général, l’Occident se souvient peu du rôle essentiel joué par la civilisation islamique, dont l’un des centres se trouvait en Espagne, à l’époque où l’Europe était elle-même plongée dans des âges sombres. Je doute que les gens dans les rues de New York, Los Angeles, Londres et Paris, aujourd’hui, sachent combien la civilisation islamique était alors avancée. Elle a fourni au monde de nouvelles connaissances en matière de science, philosophie, littérature, droit, médecine et dans d’autres disciplines. Des exemples de ses contributions profondes, au tournant du premier millénaire, incluent celles de Ibn Sina, renommé pour sont travail en médecine et connu dans l’Ouest en tant que Avicenne ; celles de Ibn Rushd (Averroës) en philosophie et droit ; celles de Ibn Hayyan (Geber) en chimie ; celles de Ibn al-Haytham (Alhazen) en système optique ; celles de Omar Khayyam, un poète et mathématicien de renom ; et celles de al-Khwarizmi, connu pour sa profonde contribution à l’Algèbre (un mot Arabe) et dont le nom est commémoré dans le mot algorithme.Le savant Bernard Lexis a remarquablement décrit cette civilisation lorsqu’il a eu l’occasion de retracer l’histoire de la région : « Durant de nombreux siècles, le monde de l’Islam fut au premier plan de la civilisation humaine et de ses accomplissements… » Il ajoute : « L’Islam a créé une civilisation polyethnique, multiraciale, internationale et, pourrait-on même avancer, intercontinentale… C’était la plus grande puissance économique dans le monde… Elle avait atteint le plus haut degré de civilisation artistique et scientifique que l’histoire humaine avait jamais connu. »Je doute également que les gens se souviennent du fait que la tolérance ait été une caractéristique prédominante de cette civilisation prétendument Orientale. C’est durant l’apogée de la civilisation islamique que des Musulmans, Juifs et Chrétiens ont vécu ensemble en paix en Espagne et dans d’autres pays du monde musulman, et c’est dans les pays de l’Ouest que les juifs ont le plus souffert de discrimination et de torture. Le Caire est la ville qui vit le philosophe Juif Maimonide étudier les idées de Avicenne et lire Aristote, qui furent traduits en Arabe par, entre autres, des savants Arabes Chrétiens. Utiliser les événements qui ont lieu dans le monde aujourd’hui pour ignorer les contributions de la civilisation islamique et discréditer l’Islam en tant qu’institution intolérante, n’est pas dans le plus grand intérêt de la paix et du progrès dans le monde.

Malheureusement, certains des problèmes auxquels le monde Musulman est confronté sont le fait des Musulmans eux-mêmes. Nombreux sont, dans le monde musulman, les personnes qui n’ont pas connaissance du vrai message de l’Islam, et certains leaders et fanatiques l’utilisent pour augmenter et promouvoir leur propre pouvoir et ambition politique. Plus encore, certains créent de nouvelles idéologies au nom de l’Islam et utilisent leurs interprétations du Coran dans des débats voués à drainer le pouvoir humain et intellectuel de la société. Je doute que ces gens comprennent réellement le sens de l’instruction et le rôle critique qu’elle a joué dans la diffusion de la civilisation islamique, non seulement parmi les Musulmans mais également à travers le monde entier depuis environ un millénaire. Ils doivent également avoir oublié que le Coran met l’accent sur la responsabilité des individus à s’améliorer ainsi que leurs sociétés, affirmant : « En effet ! Dieu ne changera pas la condition du peuple aussi longtemps qu’il ne changera pas son état de bonté lui-même » [al Ra’d, 13:11].

Il y a aujourd’hui un état de mécontentement et de frustration dans le monde musulman et arabe. Ces sentiments sont occasionnés par des problèmes domestiques et par des problèmes politiques et économiques internationaux ou régionaux. En observant leur glorieux passé, les Musulmans s’interrogent : « Qu’est-ce qui a mal tourné ? Comme le prouvent ses accomplissements passés, l’Islam n’est pas en soi une source de passéisme et de violence. Cependant, on ne peut pas ignorer l’influence de la colonisation et de l’occupation moderne de leurs territoires par des pouvoirs occidentaux, la déception ressentie face à leur alignement avec le bloc de l’Est comme avec celui de l’Ouest (communisme Vs. Capitalisme), qui a échoué à apporter la prospérité, ni ne peut-on ignorer les problèmes domestiques qui résultent, pour la plupart, du manque d’instauration d’institutions démocratiques (également défendues par l’Occident).

De plus, ils voient, grâce aux médias internationaux, la domination et prospérité de l’Occident, l’humiliation en Palestine, en Bosnie et en Tchétchénie et leur statut économique défavorable en comparaison de celui du reste du monde.

Je ne suis pas d’accord avec la théorie selon laquelle l’Ouest conspirerait contre l’Est. Je ne crois pas non plus que tous les problèmes soient causés par l’Occident. Je crois cependant que les pays de l’Ouest devrait apporter davantage leur aide aux pays défavorisés, de la façon que je vais détailler ci-dessous. La civilisation islamique a, par le passé, aidé la civilisation occidentale et il est légitime de demander la réciproque aujourd’hui. En outre, instaurer de nouvelles méthodes pour une meilleure communication est primordial au progrès continu et à la coexistence. Tant que le mécontentement et les frustrations augmenteront au sein du monde des défavorisés, qui sont aujourd’hui plus d’un milliard, le monde sera confronté à des risques accrus de conflit et d’instabilité, et de tels troubles seront occasionnés par des pays autres que ceux des mondes arabe et musulman.

Le Monde des Pauvres

Dans notre monde, la distribution des richesses est biaisée, créant des classes disparates entre et parmi les populations et les régions du globe. Seuls 20 % de la population bénéficient des conditions de vie du « monde développé », et le fossé entre ceux qui « ont » et ceux qui « n’ont pas » continue à se creuser, menaçant la stabilité et la sérénité de notre coexistence. D’après les données de la Banque Mondiale, sur les 6 milliards d’habitants sur terre, 4,8 milliards vivent dans des pays en voie de développement ; 3 milliards vivent avec moins de 2 $ par jour, et 1,2 milliard vit avec moins d’1 $ par jour, ce qui représente le seuil de pauvreté absolu ; 1,5 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à de l’eau propre, ce qui les expose au risque de contracter des maladies mortelles, et environ 2 milliards de personnes attendent toujours de pouvoir bénéficier de la révolution industrielle.

Le Produit Intérieur Brut (PIB) de certains pays développés de l’Ouest atteint les 35 000 $ par habitant, en comparaison des 1 000 $ par habitant qu’atteignent de nombreux pays en voie de développement, et encore significativement moins parmi les populations sous-développées. La différence des niveaux de vie – qui est de l’ordre d’une multiplication par cent – augmente le mécontentement, la violence, et les conflits raciaux et ethniques. Des preuves de ce mécontentement existent déjà et nous n’avons qu’à regarder aux frontières entre les pays développés et les pays en voie de développement ou sous-développés (par exemple en Amérique et en Europe) ou à la frontière existant entre riches et pauvres au sein d’une même nation.

Certains croient qu’un nouvel ordre du monde peut émerger grâce à la « globalisation » et qu’elle peut solutionner des problèmes tels que l’explosion démographique ou le désordre social et remplir le fossé économique existant entre certaines nations. Cette conclusion est douteuse. La mondialisation, en principe, est une idée optimiste selon laquelle toutes les nations peuvent prospérer et évoluer en participant à un marché mondial unique. Malheureusement, dans sa forme présente, la globalisation est plus à même de bénéficier aux plus capables et aux plus forts et, bien qu’elle représente une valeur ajoutée pour la concurrence et le progrès humain, elle ne sert que la fraction de la population mondiale qui est capable d’exploiter le marché et les ressources disponibles. De plus, pour être prêtes à entrer dans la mondialisation, les nations doivent pouvoir dépasser les entraves économiques et politiques auxquelles sont confronté leurs pays.

Les Entraves au progrès

De quoi avons-nous besoin pour surmonter les entraves au progrès ? La réponse à cette question est loin d’être triviale tant de nombreuses considérations d’ordre culturel et politique sont prises en compte dans le tableau d’ensemble. Quoi qu’il en soit, il me semble qu’elles sont essentielles pour le progrès et que les pays développés autant que ceux en voie de développement devraient sérieusement les considérer. Pour les pays en voie de développement, il existe trois objectifs essentiels : (1) Créer les ressources humaines nationales, prendre en compte la nécessaire élimination de l’analphabétisme, le besoin de la participation active des femmes à la société, et la nécessité d’une réforme de l’éducation ; (2) Restructurer la constitution nationale, qui doit permettre la liberté de penser, instaurer une minimisation de la bureaucratie, le développement d’un système de mérite, et un code légal crédible (exécutoire) ; enfin, (3) Créer la base scientifique locale.

Ce dernier objectif est primordial pour une nation, tant pour son développement que pour sa participation mondiale. Avec une base scientifique solide soutenant tout à la fois une meilleure éducation et la recherche, il est possible d’augmenter le savoir scientifique, d’encourager une approche rationnelle, et d’éduquer le public quant aux développements et bénéfices potentiels. Les avantages que peuvent apporter la science et la technologie à la société sont évidents, cependant, tout aussi important est l’enseignement des sciences qui permet à une société d’acquérir un processus de pensée rationnel. S’il fait défaut, la faille dans la pensée analytique sera remplie par de l’ignorance et même de la violence. Au cours d’une conférence récente, j’ai affirmé : « La science est la colonne vertébrale du progrès, mais tout aussi important, son savoir nous garantit l’une des plus précieuses valeurs de l’humanité : l’instruction. »

L’idée selon laquelle une telle base scientifique serait uniquement dédiée aux pays déjà développés est un obstacle majeur à l’espoir des défavorisés d’y accéder un jour. Plus encore, certains croient en une théorie de conspiration selon laquelle non seulement le monde développé n’aidera aucun pays en voie de développement mais encore, essayera-t-il de contrôler le flux de connaissances qui y est rencontré. Ceci est l’argument de « l’œuf ou la poule » car les pays développés, avant d’atteindre leur stade actuel, sont également passés par une phase de développement. Le récent succès, sur le marché mondial, de certains pays en voie de développement, tels que la Chine et l’Inde, est le produit de leurs systèmes éducationnels développés et de leurs connaissances technologiques dans certains secteurs – l’Inde est très rapidement en train de devenir l’un des leaders mondiaux en matière de logiciels pendant que la Chine s’impose partout dans le monde avec des produits labellisés « Made in China. » Quant à la théorie d’une conspiration, je ne lui accorde pas beaucoup de crédit, préférant croire que les nations « interagissent » pour le meilleur de leurs intérêts mutuels.Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est de collaborer tous ensemble – pays industrialisés et en voie de développement – en acceptant nos responsabilités communes. Pour ce qui est des pays développés, 3 objectifs essentiels sont identifiés : (1) Se concentrer sur les programmes d’aide. Généralement, les pays industrialisés distribuent aux pays en voie de développement un « kit d’aide » qui leur est dédié en vue de la réalisation de multiples projets à développer sur place (dans de nombreux cas, la plus grande partie de l’aide va au soutien militaire). Bien que certains de ces projets soient absolument cruciaux aux pays en voie de développement, le petit nombres de projets effectivement engagés et le manque de suivi (sans mentionner la présence de la corruption) prouvent que l’aide n’aboutit pas à un grand succès. Une implication plus directe et ciblée est nécessaire, particulièrement pour aider les centres d’excellence à accomplir leurs missions, d’après des critères précédemment établis dans les pays industrialisés ; (2) Minimiser la dimension politique de l’aide. Utiliser un programme d’aide pour aider des régimes spécifiques ou des groupes du Tiers Monde est une grossière erreur, étant donné que l’histoire a montré que c’est dans le meilleur intérêt des pays industrialisés d’aider les peuples des pays en voie de développement plutôt qu’un régime. En conséquence, un programme d’aide visionnaire se doit de s’attaquer aux vrais problèmes et de fournir un investissement sur le long terme pour assurer un développement réel ; et (3) Association dans le succès. Il existe deux façons d’aider les pays en voie de développement. Les pays industrialisés peuvent soit donner de l’argent afin de maintenir simplement la stabilité économique et politique d’un pays soit devenir partenaires et fournir une expertise et un plan suivi. Cet engagement sérieux serait d’une grande aide pour atteindre le succès dans de nombreux secteurs différents. Je pense qu’un réel succès peut être atteint à partir du moment où il existe un désir sincère d’aider et que chacun s’engage sérieusement dans ce partenariat qui s’avèrera bénéfique à toutes les parties.

Retours sur investissement internationaux

Quel est le retour sur investissement des pays riches pour leur aide apportée aux pays pauvres ? Au niveau individuel, il existe des motivations d’ordre religieux et philosophique aux dons des riches aux pauvres – la moralité et la préservation nous motivent à aider l’humanité. Pour ce qui est des pays, l’aide mutuelle fournit – à part sa valeur altruiste et morale – l’assurance d’une coexistence pacifique et d’une coopération dans la préservation du globe. Si nous croyons que, du fait des technologies de l’information, le monde soit en train de devenir un village, alors, dans ce village, nous devons fournir la Sécurité sociale aux moins privilégiés, sinon cela pourrait provoquer une révolution.

Une vie humaine saine et durable nécessite la participation à égale mesure de tous les membres du globe. L’épuisement de la couche d’ozone, par exemple, est un problème que le monde développé ne peut gérer seul – l’utilisation de chlorofluorocarbones (CFC) n’est pas l’apanage des riches. La transmission de maladies, l’épuisement de ressources naturelles et l’effet de serre sont des questions d’ordre international et tous, riches comme pauvres, devons ensemble trouver des solutions. Enfin, il y a la croissance de l’économie mondiale. Les marchés et ressources des pays développés sont une source de richesse pour les pays riches et il est sage de cultiver des relations harmonieuses à la fois pour une aide mutuelle et pour une croissance économique partagée.

Un exemple puissant d’aide visionnaire est le Plan Marshall, proposé par les Etats-Unis à l’Europe après la seconde Guerre Mondiale. Reconnaissant l’erreur faite en Europe après la première Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont décidé, en 1947, d’aider à reconstruire les infrastructures endommagées dans la plupart des pays européens et de devenir un partenaire dans le développement économique (et politique) de l’Europe. L’Europe de l’Ouest est désormais stable et continue à prospérer – tout comme le fait son partenaire commercial principal, les Etats-Unis. Ces derniers n’ont dépensé que 2 % de leur PIB dans la mise en application du Plan Marshall entre 1948 et 1951. Un tel pourcentage de 6,6 trillions de dollars du PIB des Etats-Unis en 1994 aurait alors correspondu à 130 milliards de dollars, presque dix fois les 15 milliards de dollars dépensés annuellement pour l’aide étrangère non militaire et plus de 280 fois les 352 millions de dollars que les Etats-Unis ont donné pour tous les programmes de population outre-mer en 1991.

L’engagement et la générosité du Plan Marshall ont abouti à une spectaculaire réussite. Je vois ceci avoir de nouveau lieu pour la Palestine construisant un Moyen Orient pacifique et prospère et pour l’Afrique et l’Amérique Latine.

Il est dans le meilleur intérêt du monde développé d’aider les pays en voie de développement à maintenir un fort niveau de croissance, afin qu’ils deviennent aptes à leur tour à rejoindre un nouvel ordre mondial et le marché international. Certains des pays les plus riches reconnaissent l’importance de s’associer, et tout particulièrement avec des voisins, et certaines tentatives sont faites pour créer de nouvelles façons de soutenir et d’échanger leurs savoir-faire respectifs. Ainsi peut-on citer en exemple les Etats-Unis et Mexico ou l’Europe de l’Ouest et celle de l’Est. La croissance du statut économique de l’Espagne est en partie due au partenariat établi en Europe de l’Ouest. De la même manière, il est dans le plus grand intérêt des pays en voie de développement d’aborder sérieusement les questions relatives au progrès – pas uniquement à travers des slogans –, et avec un engagement tout à la fois de l’ordre de la volonté et des ressources afin d’accomplir de réels progrès et de se faire une place au soleil sur la carte du monde développé.

Créer des Ponts

Créer des ponts entre cultures et nations n’est pas chose aisée. Néanmoins, les circonstances du monde moderne ne permettent pas non plus à la moindre culture ou nation de rester isolée. En ce 21e siècle, nous avons la chance d’avoir les moyens de construire de tels ponts, la mobilité pour acquérir l’apprentissage d’autres cultures et le contact humain qui favorise la tolérance des autres cultures et religions. À cet égard, mon expérience personnelle peut être édifiante. Je suis « biculturel. » Lors de mon 50e anniversaire, j’avais passé environ le même laps de temps en Égype que celui passé aux Etats-Unis, dans l’enceinte de la culture de l’Est aussi bien que dans celle de la culture de l’Ouest.Je me considère chanceux d’être enrichi par ces deux cultures, et cela sans le moindre heurt – de gagner en éducation dans l’une et de contribuer au savoir humain dans l’autre, de favoriser une tradition de l’Est dans une société de l’Ouest, et d’aider à faciliter l’interaction entre l’Est et l’Ouest. Cela n’est pas nouveau dans l’histoire. La même chose eut lieu au moment où Alexandrie, où j’ai suivi mes études universitaires, était le berceau du savoir – sa fameuse bibliothèque, « Bibliotheca Alexandrina », attira l’Ouest vers l’Est, il y a de cela plus de 2 millénaires.

La science est une culture universelle et son universalité unit les scientifiques dans leur recherche de la vérité, sans se soucier de leurs origines, races, ou environnements sociaux respectifs. Lorsque je regarde en arrière et que je scrute les origines de la science, du temps et de la matière – thème qui est central à la recherche que nous menons à Caltech –, je trouve un « vrai dialogue. » La civilisation orientale égyptienne de laquelle je suis originaire était la première à introduire, aux environ de 4 240 ans avant J.-C, le calendrier astronomique mesurant avec précision la période d’un jour au sein d’une année et, vers 1 500 avant J.-C, la période d’une heure dans un journée. Ceci fut accompli, respectivement en observant l’augmentation hélicoïdale de l’étoile brillante Sothis Sirius et en introduisant la nouvelle technologie des cadrans solaires.

La civilisation occidentale américaine dans laquelle je vis a livré au monde la possibilité d’analyser des temps de l’ordre de la « femtoseconde », un millionième d’un milliard d’une seconde, la vitesse nécessaire pour enregistrer des atomes en mouvement. Le concept de l’atome, invisible jusqu’à récemment, fut donné au monde par Démocrite, issu de la civilisation Grecque, il y a 25 siècles. Qu’il est fabuleux et significatif que ces civilisations aient présenté au monde les notions de temps et de matière, avec les énormes bénéfices qu’elles ont eu pour l’humanité, sans que nous nous battions les uns les autres pour déterminer quelles contributions avaient été réalisées dans quels endroits et à quelles époques – dans ce cas précis de la science, c’est la tradition qui a facilité une telle construction de ponts sur un millénaire entier.

La complexité qui enrobe les relations internationales est réelle et personne ne peut affirmer que des solutions aux problèmes mondiaux soient évidentes. Que ce soit à cause de leur glorieux passé ou de leur richesse géographique et culturelle présente, toutes les nations ont un rôle important à jouer dans la résolution des problèmes internationaux. Si la seule superpuissance mondiale aujourd’hui, les Etats-Unis, a un rôle particulier à jouer à cause de ses pouvoirs économique, scientifique et militaire, toutes les nations sont investies de la responsabilité de tâcher de maintenir, ensemble, une coexistence pacifique dans ce monde.

Tandis que le plus puissant pays du monde doit jouer un rôle fondamental de meneur dans le combat international contre le terrorisme, il ne doit pas non plus perdre de vue son rôle de meneur dans le combat pour les droits de l’homme et dans celui de la réduction du fossé entre riches et pauvres, entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Les Etats-Unis ont l’opportunité d’amener le monde à devenir plus uni, de faire en sorte que toutes les personnes vivant sur terre se considèrent les unes les autres comme des compagnons d’humanité. Je me souviens de l’image éclatante d’un homme, dans les années 60, allant sur la Lune pour la cause de l’humanité. Tout comme Neil Armstrong l’a dit dans les premiers mots qu’il a prononcés en atterrissant sur la Lune : « Un petit pas pour l’homme, un saut de géant pour l’humanité », le Plan Marshall et le Corps des volontaires pour la Paix (Peace Corps) sont deux exemples d’initiatives visionnaires représentatives de la vision américaine permettant de réaliser de grandes choses pour l’humanité. Il est vrai que les Etats-Unis ne peuvent résoudre tous les problèmes ayant cours dans le monde, mais en tant que nation la plus puissante, elle doit rester fièrement debout en tant que meneuse et incarner le rôle de modèle pour les autres. Partout autour de la planète, des gens lèvent les yeux vers l’Amérique et nombre d’entre eux souhaiteraient voir instauré dans leur pays un tel système de liberté et de valeur. L’Amérique peut être un vrai partenaire dans l’aide nécessaire pour résoudre de nombreux problèmes autour du monde. La réalité de la position américaine a été exprimée par Zbigniew Brzezinski dans les termes suivants : « L’Amérique se tient au centre d’un univers entrelacé, univers au sein duquel le pouvoir s’exerce à travers une négociation et un dialogue continus, la diffusion et la quête d’un consensus formel, même si ce pouvoir provient en fin de compte d’une source unique, c’est-à-dire de Washington D.C. »

Si l’histoire est un processus cohérent et évolutionnaire, tel que l’a avancé Francis Fukuyama, la démocratie libérale pourrait constituer le point final de l’évolution idéologique humaine et la forme finale de gouvernement humain, et ainsi, représenter la « fin de l’histoire. » L’argument est soutenu par le succès du système économique (libre marché) et par l’émergence – couronnée de succès – du système politique (démocratie), écrasant les idéologies rivales telles que la monarchie héréditaire, le fascisme et le communisme. Cette opinion est d’autant plus controversée que de nombreuses personnes ne croient pas que la démocratie occidentale soit le seul modèle viable de gouvernement pour le reste du monde ; d’autres formes ou combinaisons de systèmes peuvent s’avérer appropriées à des cultures différentes. Cependant, indépendamment de la nature du système, je crois que la liberté humaine et les valeurs l’accompagnant, qui sont les principes de base de la démocratie, sont essentiels pour effectuer des progrès et pour la meilleure utilisation des ressources humaines. Ces principes devraient être exportés aux pays en voie de développement, mais enrobés de la compréhension de leurs différences culturelles et religieuses.

Peut-être, un jour, allons-nous développer un « système de gouvernance mondial » afin de tâcher d’assurer pour tous des valeurs humaines libres (free human values). Et peut-être qu’un jour, grâce au pouvoir de la science et de la technologie, et avec de la foi, nous allons révéler la vraie nature de notre conscience unique en tant qu’Homo Sapiens, la signification de notre unité génétique malgré la race, la culture ou la religion, et notre besoin d’apprécier des valeurs humaines indispensables. Le grand ennemi à cette aspiration humaine est l’ignorance, qu’elle se manifeste à travers la perception erronée de la foi, par l’intermède d’opinions déformées par d’autres personnes, via l’impossibilité de reconnaître l’importance et l’utilisation de nouveaux savoirs et de nouvelles technologies, ou des malentendus à propos de la nutrition et des maladies.

Dans ce monde, nous devons construire des ponts entre les humains, entre les cultures et entre les nations pour faire reconnaître aux gens que nous vivons sur une planète unique avec des objectifs communs – même si nous ne sommes pas d’accord sur certaines questions. La clé n’est pas d’ignorer les démunis, de ne pas prêter d’attention aux parties les plus frustrées du monde. La pauvreté et le désespoir sont source de terrorisme et de perturbation de l’ordre du monde. De meilleures communications et des partenariats mettront fin à la division existant actuellement entre « nous » et « eux ». Nous ne devons pas permettre la création de barrières à travers des slogans tels que « le Clash des civilisations » ou le « conflit entre religions » – l’avenir se trouve dans le dialogue et non dans les conflits ou heurts. Nous avons besoin de meneurs visionnaires qui font l’histoire, pas de leaders qui envisagent la fin de l’histoire.

Traduit par Alessia Weil

Références

Karen Armstrong, Une Histoire de Dieu : les 4 000 années de quête du Judaïsme, de la Chrétienté et de l’Islam, (A History of God : The 4000-Year Quest of Judaism, Christianity and Islam, Ballantine Books, New York, 1993).

Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier – la Primauté Américaine et ses Impératifs Géostratégiques, (The Grand Chessboard — American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, Basic Books, New York , 1997).

Joel E. Cohen, Combien d’habitants la Terre peut-elle supporter ?, (How Many People Can the Earth Support ? Norton & Co., New York, 1995).

Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire et le Dernier Homme, (The End of History and the Last Man, Avon Books, New York, 1992).

Samuel Huntington, Le Clash des Civilisations et La Nouvelle Version de l’Ordre du Monde, (The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Simon & Schuster, New York, 1996).

Bernard Lewis, Qu’est-ce qui a Mal Tourné ? L’Impact Occidental et la réponse du Moyen Orient, (What Went Wrong ? Western Impact and Middle Eastern Response, Oxford University Press, 2002).

Ahmed Zewail, Voyage à travers le Temps – Chemin de Vie jusqu’au prix Nobel, (Voyage through Time – Walks of Life to the Nobel Prize, The American University in Cairo Press, 2002).

 

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L’apport spirituel et humaniste de l’islam à l’Europe

Added 19/8/2010


Eric Younès Geoffroy

1. Les fondements religieux de l’Europe.

L’apport de l’islam dans l’élaboration de l’identité religieuse et spirituelle de l’Europe a été de toute évidence estompé en Occident, comme l’a été celui de la civilisation arabo-islamique en général. L’Europe n’est pas seulement la fille de la culture gréco-latine et du judéo-christianisme, comme on voudrait parfois nous le faire croire. Il y a donc un travail de mémoire à effectuer sur « l’héritage oublié » de l’islam [1], notamment. En réalité, ce travail a été engagé depuis quelques décennies ; il doit être entrepris non dans un esprit de revendication religieuse, communautariste ou autre, mais d’ouverture scientifique et culturelle.Rappelons au préalable que la présence matérielle de l’islam sur notre continent est à la fois ancienne et profonde. S’il est bien connu que l’Espagne est restée en partie musulmane pendant près de huit siècles, on sait moins que ce fut également le cas en Sicile durant quatre siècles - Palerme comptait trois cents mosquées au Xe siècle - et dans une moindre mesure en Italie du Sud. Dans ces régions, les feux de la culture arabo-islamique ne se sont pas éteints après le départ des Arabes, mais ont continué à briller durant plusieurs siècles. Par ailleurs, l’Europe orientale a une grande expérience de l’islam puisque celui-ci, conduit par l’expansion ottomane, s’est implanté dans les Balkans depuis la fin du XIVe siècle. La Russie a connu l’islam dès le XIe siècle, mais cela nous entraînerait vers une Europe qui s’étendrait jusqu’à l’Oural...

L’apport religieux de l’islam à l’Europe médiévale porte d’abord sur la théologie et la philosophie. Des savants musulmans comme Avicenne, Ghazâlî et Averroès, mais aussi les mu‘tazilites, ont profondément marqué la pensée médiévale latine. La question de la compatibilité ou de l’opposition entre la pensée grecque et le dogme religieux a rapidement suscité un grand débat au sein de l’islam. Ces thèmes furent bientôt discutés par des théologiens "européens", juifs comme Maïmonide, et chrétiens comme Saint Thomas d’Aquin. L’influence de la pensée musulmane sur la scolastique chrétienne donna naissance à deux courants, l’avicennisme latin et l’averroïsme latin. C’est par les traductions en langue arabe, rappelons-le, que l’Occident découvrit la philosophie grecque, en particulier Aristote, Platon et Plotin. Les savants musulmans ne firent pas seulement oeuvre de médiation culturelle ; ils apportèrent également leur propre génie scientifique, spirituel et humaniste. Au XIIIe siècle, l’empereur Frédéric II, en proie à des inquiétudes métaphysiques, trouva réponse à ses Questions philosophiques auprès d’un soufi de Ceuta, Ibn Sab‘în. Les savants et hommes de lettres européens - latins, germaniques ou slaves - se mirent à l’école de la pensée de l’islam, en assimilant également certains modèles religieux. On sait maintenant que la Divine Comédie de Dante doit beaucoup au Livre de l’Échelle de Mahomet, qui a diffusé en Italie une version populaire du récit de l’Ascension du Prophète.

L’islam a aussi fécondé l’Europe médiévale dans les domaines de la spiritualité et de la mystique. Si Râbi‘a, sainte d’Irak, n’a sans doute laissé qu’une légende dorée à la cour de Saint Louis, le soufisme a nourri la doctrine spirituelle d’ordres croisés tels que les Templiers. Depuis les travaux du prêtre espagnol Asin Palacios, au début du XXe siècle, on admet également que le soufisme maghrébin a influencé, par l’intermédiaire de spirituels juifs, des mystiques espagnols comme Saint Jean de la Croix et Sainte Thérèse d’Avila. Des chercheurs occidentaux - et non musulmans - ont même avancé que les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola seraient redevables aux méthodes initiatiques des soufis. Le « Grand Maître » de la spiritualité islamique, Ibn ‘Arabî (m. 1240), n’est-il pas né en Espagne ? S’il s’est établi par la suite en Orient, à Damas, il revient dans l’Occident contemporain grâce au rayonnement qu’y trouve son enseignement universaliste. Au-delà des influences ou des emprunts, on peut constater que juifs, musulmans et chrétiens ont souvent vécu en symbiose dans les territoires lisières évoqués plus haut, et qui étaient passés sous domination musulmane. Si al-Andalus reste l’archétype - parfois idéalisé - de cette coexistence pacifique et fructueuse entre les trois religions, l’Asie mineure et les Balkans ont vu naître également des relations interreligieuses très étroites, en particulier entre moines et derviches.

2. L’humanisme spirituel de l’islam. La notion d’ "humanisme" s’est souvent construite, depuis la Renaissance, sur les bases d’un rationalisme teinté d’agnosticisme, voire d’athéisme. La spiritualité est depuis lors perçue comme irrationnelle et arbitraire. Or, la vraie spiritualité se construit sur la raison : elle a vocation à être supra-rationnelle, mais non irrationnelle. L’humanisme spirituel de l’islam est fondé sur la notion coranique de « l’homme représentant de Dieu sur terre », et sur la doctrine centrale de l’Unicité divine (tawhîd), c’est-à-dire sur la conscience de l’unité dans tous les aspects de la vie. Aux premiers siècles de l’islam régnait l’harmonie entre foi et raison, religion et science, entre la prise en compte des besoins humains et la tension vers l’Au-delà. Les dégénérescences politiques, sociales et culturelles que connaît actuellement le monde arabo-musulman - et dans lesquelles la religion est instrumentalisée - n’entament en rien les valeurs universelles que porte l’islam, lesquelles sont susceptibles de prendre greffe sur de nouveaux terroirs, comme cela s’est produit au cours des siècles. A cet égard, la doctrine islamique de l’Unicité pourra peut-être aider l’Europe à sortir du faux dilemme entre humanisme et spiritualité.

Cette Unicité, l’islam la perçoit comme diffractée dans la multiplicité de la création. Appliqué au domaine religieux, cela signifie que la source de la Révélation est unique dans le principe, mais plurielle dans le déroulement de l’Histoire. Le Coran évoque la « Religion primordiale », ou adamique, dont toutes les religions historiques seraient issues [2]. L’islam considère en effet la diversité des peuples et des religions comme une expression de la Sagesse divine [3]. « À chacun de vous, Nous avons donné une voie et une règle » (Coran 5 : 48) : ce verset justifie la diversité des traditions religieuses, lesquelles se trouvent unies, de façon sous-jacente, par l’axe de l’Unicité divine. Chaque croyant sera rétribué pour sa foi et son observance de sa propre religion : « Ceux qui croient, ceux qui pratiquent le judaïsme, ceux qui sont chrétiens ou sabéens, ceux qui croient en Dieu et au Jour dernier, ceux qui font le bien : voilà ceux qui trouveront une récompense auprès de leur Seigneur. Ils n’éprouveront alors plus aucune crainte, et ne seront pas affligés » (Cor. 2 : 62).

L’universalisme de la Révélation a été confirmé par le Prophète : « Nous autres, prophètes, sommes tous les fils d’une même famille ; notre religion est unique ». À une époque où l’intransigeance religieuse était de mise, la reconnaissance du pluralisme religieux devait se traduire par le respect foncier des autres croyants : « Quiconque fait du mal à un chrétien ou à un juif sera mon ennemi le jour du Jugement. » Puisqu’il y aurait eu, selon Muhammad, cent vingt-quatre mille prophètes dans l’humanité, et que vingt-sept seulement sont mentionnés dans le Coran, il faut bien explorer l’histoire : Bouddha, Zoroastre et Akhénaton, par exemple, ont été pressentis comme des prophètes par les savants musulmans. Cet universalisme a été vivifié par les soufis qui ont formulé, après l’avoir expérimentée, la doctrine de « l’unité transcendante des religions ». Ils ont des formules fameuses à ce sujet [4]. Que cette perspective large et généreuse ait été trahie par la plupart des clercs de l’islam, ou se soit rétrécie sous le coup de l’ignorance qui a accompagné la sclérose des sociétés musulmanes, c’est une évidence. Afin de garder le contrôle des masses, et/ou par peur de perdre leurs repères, les clercs ont délaissé de plus en plus la dimension universaliste et spirituelle de l’islam pour se rabattre sur la gestion du religieux, du rituel.Aujourd’hui, aucune église ne peut se satisfaire de cette seule gestion du religieux, sous peine d’être discréditée. Une partie de l’humanité a un réel besoin de spiritualité.

Je le constate par exemple dans le fait que les jeunes "beurs" et "beurettes" de France rejettent souvent l’islam formaliste de leurs parents ; je le vois encore dans l’attrait qu’exerce le soufisme sur beaucoup d’Européens de souche. Dans le "marché" du religieux ou du spirituel qui s’ouvre en Europe, les chercheurs de vérité critiquent de plus en plus les églises en général, qui auraient davantage pour souci de garder leurs ouailles que de contribuer à l’élévation de l’âme humaine.

Pour conclure sur le retour de l’islam en Europe, le problème qui se pose est qu’il revient sur ce continent dans un contexte mondial de tension géo-politique, et qu’il endosse le rôle de défenseur des opprimés face aux nantis et à la superpuissance américaine. En Europe, l’inculture religieuse frappe tout le monde, les musulmans y compris. Beaucoup ignorent l’universalisme et la richesse de leur religion. Si l’on entretient cet analphabétisme, on cultive l’intégrisme ; à priori, personne n’y a intérêt. C’est pourquoi il est urgent de former les fidèles musulmans dans le contexte culturel européen qui est le leur, et non pas seulement les "imams", que l’on assimile fâcheusement à des prêtres.

Depuis quelques décennies, oulémas et cheikhs soufis placent beaucoup d’espoir dans cet islam européen. S’il est assurément une chance pour l’islam, il peut l’être aussi pour l’Europe : celle-ci saura peut-être faire resurgir ses héritages oubliés, envisager avec plus de sérénité l’origine sémitique, orientale, des trois monothéismes qui l’habitent, et par suite son pluralisme ethnique et religieux.

[1] L’expression est de Alain de Libera.

[2] Voir par exemple Coran 30 : 30.

[3] Cor. 5 : 48 ; 30 : 22 ; 49 : 13.

[4] Voir notre Initiation au soufisme, chapitre cinq : « Le soufisme et l’ouverture inter-religieuse », Fayard, Paris, 2003.

 

 

Séminaire sur l’Europe et le fait religieux : sources, patrimoine, valeursRome, les 25 et 26 octobre 2002


 
 

 

     
 
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