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Les devoirs du musulman envers les musulmans et les non musulmans

Added 1/10/2010

L’Islam œuvre pour le renforcement des liens sociaux entre les individus composant sa société. Il y a, d’une part, les liens rapprochés [de parenté] qu’on appelle en Islam Al-arhâm : Allah a recommandé le respect de ces liens et menacé d’une punition sévère celui qui les rompt : ( Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et qui de ces deux-là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d’hommes et de femmes. Craignez Allah au nom duquel vous vous implorez les uns les autres, et craignez de rompre les liens du sang. Certes Allah vous observe parfaitement. ) [1]Il y a, d’autre part, des liens moins directs, qui unissent les différents membres de la société et favorisent l’entente, la cohésion, l’harmonie et la liaison dans la société islamique. C’est pour cette raison qu’il est recommandé au musulman d’accomplir ses devoirs et obligations vis-à-vis de ses frères musulmans, mais également envers les non-musulmans. Ce sont ces devoirs généraux (ou ces « droits » généraux, selon le point de vue à partir duquel on se place) qui forment le thème de cet article. Allah I dit : ( Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la prière, acquittent la Zakât, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. ) [2] Nous allons donc mentionner dans une première partie quelques textes qui rappellent les devoirs généraux des musulmans les uns envers les autres, avant d'évoquer dans une deuxième partie les devoirs encore plus généraux de justice, de respect et de conseil que les musulmans doivent appliquer à toute personne, qu'elle soit croyante ou non, musulmane ou non. I- Quelques textes spécifiques aux devoirs des musulmans les uns envers les autres Le Prophète dit aussi : « Ne soyez pas envieux les uns des autres ; ne surenchérissez pas sur l’offre d’un musulman ; ne soyez pas haineux, et ne soyez pas courroucés les uns envers les autres. Que l’un de vous ne vende pas sur la vente d'un autre (c'est-à-dire : n'annulez pas une vente déjà conclue en faveur d'une autre, meilleure, par appât du gain) ; soyez, ô serviteurs d’Allah, des frères. Le musulman est le frère du musulman ; il ne l’opprime pas, ni ne le déçoit, il ne lui ment pas, ni ne le méprise. La crainte d’Allah est ici (il dit ceci en montrant trois fois sa poitrine). Il n’y a pas pire mal que de mépriser son frère musulman. Il est formellement interdit à un musulman de porter atteinte à tout ce qui touche un autre musulman : son sang, son bien et son honneur. »[3].L’Islam a prescrit au musulman de se préoccuper de la situation de ses frères où qu’ils soient, car le Prophète r dit : « Vous verrez les croyants musulmans dans leur bonté, leur affection et leurs sentiments réciproques former comme un corps qui, lorsqu’un de ses membres souffre, voit tous les autres partager à l’envi son insomnie et sa fièvre. »[4] Il recommande d’œuvrer pour améliorer leurs conditions de vie. Le Prophète r dit : « Aucun de vous n’aura vraiment la foi s’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même »[5]. Et aussi de les soutenir en cas de crise et de calamité. Le Prophète r dit : « Le croyant par rapport à un autre croyant est comme les matériaux d’une construction qui se soutiennent les uns les autres. » Et, en disant cela, il entrelaça les doigts de ses mains. »[6].Il recommande aussi de les aider et de leur porter secours en cas de besoin. Allah I dit : ( Et s’ils vous demandent secours au nom de la religion, à vous de leur porter secours, mais pas contre un peuple auquel vous êtes liés par un pacte. Et Allah observe bien ce que vous œuvrez. ) [7].Il a interdit de les abandonner ou de les trahir. Le Prophète r dit : « Tout individu qui délaisse un musulman dans une circonstance où l’on porte atteinte à son honneur et à sa dignité sera délaissé par Allah à un endroit où il désire Son secours. Et tout individu qui vient au secours d’un musulman là où l’on porte atteinte à son honneur et à sa dignité sera secouru par Allah là où il désire Son secours. »[8]. II- Quelques textes généraux englobant les droits des musulmans et des non-musulmans Afin de préserver les droits de l’Homme et de les sauvegarder dans la société islamique, Allah I a révélé à Son Prophète r des injonctions et des interdictions qui garantissent ces droits et les mettent à l’abri de la violation [tout comme Il] a prévu des sanctions en cas de transgression, tant dans la vie présente par les peines légales islamiques connues, que dans l’au-delà par le châtiment du Jour Dernier. Par exemple : - L’Islam a interdit d’abuser de son influence et de son pouvoir pour parvenir à des fins personnelles et a donné autorité au souverain pour récupérer un gain ainsi acquis en faveur du Trésor public islamique : « Le Prophète r avait chargé du prélèvement de la zakât un homme des Azd, nommé Ibn Al Atabyya. Quand cet homme revint, il dit : Voici ce qui est à vous ; quant à ceci, il m’a été donné en cadeau. – Cet homme, dit le Prophète, eût mieux fait de rester dans la maison de ses parents, et on aurait vu si là-bas son cadeau lui serait toujours parvenu ou pas.[9] Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, personne d’entre vous n’emportera une chose ainsi reçue sans qu’au Jour de la Résurrection, il ne soit obligé de la porter à son cou ; que ce soit un chameau qui mugisse, une vache qui beugle ou un mouton qui bêle. » Ensuite le Prophète r leva les bras au point que nous aperçûmes le blanc de ses deux aisselles, et il ajouta par trois fois : Ô mon Dieu, ai-je transmis (Ton message) ? »[10]- Il a interdit toute forme de préjudice, que ce soit par la main comme le fait de frapper quelqu'un avec un fouet ou un autre objet, ou par la langue comme la médisance, la calomnie, le faux témoignage et l’injure. Allah I dit : ( Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu’ils l’aient mérité se chargent d’une calomnie et d’un péché évident. )[11]- Il a interdit la violation des intimités et de la vie privée des gens. Allah I dit : ( Et n’espionnez pas. )[12] Il dit aussi : ( Ô vous les croyants ! N’entrez pas dans des maisons autres que les vôtres avant de demander la permission et de saluer leurs habitants. Cela est meilleur pour vous, afin que vous vous rappeliez. Si vous n’y trouvez personne, n’y entrez pas avant que l'on vous y autorise. Et si l'on vous dit : « retournez », alors retournez. Cela est plus pur pour vous. Et Allah sait parfaitement ce que vous faites. )[13]- Il a interdit l’injustice dans toutes ses formes, qu’il s’agisse de l’injustice contre autrui ou contre sa propre personne, car Allah I dit : ( Certes, Allah ordonne la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit tout acte immoral, répréhensible ou injuste. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez. Tenez vos engagements auprès d’Allah et ne violez pas vos serments après les avoir solennellement prêtés et pris Allah comme garant [de votre bonne foi]. Vraiment Allah sait ce que vous faites ! )[14].Dans un hadith qoudsi[15], Allah I dit : « Ô Mes serviteurs ! Je Me suis interdit l’injuste et Je l’ai rendue illicite parmi vous ; aussi, ne commettez pas d’injustice les uns envers les autres »[16]. L’injustice est interdite même envers ceux qui ne partagent pas la même croyance ou la même religion que nous, car l’Islam prescrit le principe de bonté et de bienfaisance envers eux. Allah I dit : ( Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables. )[17]- Il a interdit d’insulter les croyances des autres, car cela conduit à l’échange d’invectives entre les deux parties et, de là, à la haine et à la rancœur, vectrices de la division et de l’obstruction de la voie de la vérité. Allah I dit : ( N’injuriez pas ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allah, car ils insulteraient alors Allah par transgression et ignorance. )[18]Il a plutôt prescrit le principe du dialogue constructif qui met la vérité en évidence et est basé sur des règles et des normes qu’il convient d’observer. Allah I dit : ( Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis ». )[19]Il a interdit la corruption sous toutes ses formes. Allah I dit : ( Et ne semez pas la corruption sur la terre après qu’elle ait été réformée. Et invoquez-Le avec crainte et espoir, car la miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants. )[20]Il a également interdit la contrainte en religion et de forcer les gens à changer leurs croyances. Allah I dit : ( Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? )[21]Cela ne veut, bien sûr, pas dire qu’on doit cesser d’inviter les gens vers la religion d’Allah ni leur transmettre Son Message de la plus belle manière afin qu’ils sachent réellement ce qu’est l’Islam. Transmettre l’Islam à toute l’humanité est une obligation qui découle des caractéristiques de cette religion en tant que message adressé à toute l’humanité et non à une région particulière. Une fois qu’on a reçu et assimilé le message authentique de l’Islam, la guidée vers la vérité est entre les mains d’Allah et non entre celles des hommes.Il a aussi ordonné la consultation et en a fait un des principes de base de la Législation Islamique (quand il n’y a pas de textes du Qur’an ou de la Sunna qui traitent du sujet) afin que les membres de la société islamique jouissent de leurs droits légitimes. Allah I dit : ( […] qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salât, se consultent entre eux à propos de leurs affaires […] )[22].Allah a exhorté Son noble Prophète r à appliquer ce principe afin que cela serve de modèle à la postérité. Il dit en effet : ( Et consulte-les à propos des affaires. )[23]Il a recommandé de donner à chacun son dû et de faire justice parmi les gens. Allah I dit : ( Certes, Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit, et quand vous jugez entre des gens, de juger avec équité. Quelle bonne exhortation qu’Allah vous fait ! )[24]Il a ordonné de soutenir l’opprimé et de lui porter secours même si cela nécessite l’usage de la force. Allah I dit : ( Et qu’avez-vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah alors que les faibles parmi les hommes, les femmes et les enfants disent : “Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les gens sont injustes, et envoie-nous de Ta part un allié, et envoie-nous de Ta part un secoureur. )[25] Tiré du livre d'Abdurrahman Al-Sheha« Les Droits de l'Homme en Islam : Halte aux préjugés ! »
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Quelques citations du Coran à méditer

Added 1/10/2010

Quelques citations du Le Coran«Ne détestez rien car ce que vous détestez pourrait faire votre bonheur.»[ ] «Mourez avant de mourir.»[ ] «Où que vous vous tourniez, c'est face à Dieu.»[ ] «Quant à ceux qui ne croient pas à leur Seigneur, leurs oeuvres ressemblent aux cendres dont s'empare la vent dans un jour de tempête. Ils seront sans pouvoir sur ce qu'ils ont accompli.»[ ] - Sourate II «Auront-ils une part du royaume, eux qui ne seraient pas capables de donner aux hommes même le creux d'un noyau de datte ?»[ ] «L'homme prie pour obtenir le mal, comme il prie pour le bien. L'homme est toujours trop pressé.»[ ] - Sourate II «La vérité plane et ne se laisse jamais dominer.»[ ] «Les femmes sont l'autre moitié de l'homme.»[ ] «La plupart des hommes oublient tout, excepté d'être ingrats.»[ ] «Quant à ceux qui sont incroyants, leurs oeuvres sont comme le mirage de la plaine ; celui qui a soif prend cela pour de l'eau jusqu'à ce qu'il y arrive et ne trouve rien.»[ ] - Sourate II «Dieu a fait de belles promesses à tous mais il a destiné aux combattants une récompense plus grande encore qu’à ceux qui restent dans leurs foyers.»[ ] «Toute âme est otage de ses actions.»[ ] «Quiconque commet un péché le commet contre lui-même.»[ ] «Dieu n'impose à chaque homme que ce qu'il peut porter.»[ ] «Il est parmi les signes de Dieu d'avoir créé de vous, et pour vous, des épouses, afin que vous trouviez quiétude auprès d'elles.»[ ] - Ar Rum «Lorsque le malheur touche l'homme il est plein d'impatience ; et lorsque le bonheur l'atteint, il devient insolent.»[ ] - Sourate II «Le meilleur parmi vous est le meilleur envers son épouse.»[ ] «De quel côté que vous vous tourniez est la face de Dieu.»[ ] «L'homme porte son destin attaché au cou.»[ ] «Si vous vous vengez, que la vengeance ne dépasse point l'offense.»[ ]
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L'Islam tolère-t-il d'autres croyances ?

Added 21/9/2010




L'Islam tolère-t-il d'autres croyances

Le Coran dit : Allah ne vous défend pas d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables. .(Coran, 60:8)


C'est une fonction de la loi Islamique de protéger les statuts privilégiés des minorités, et c'est pourquoi des salles de cultes non-islamiques existèrent depuis le début dans l'empire musulman. L'Histoire nous donne de nombreux exemples de la tolérance musulmane envers les autres religions. : quand le calife Omar entra à Jérusalem en l'an 634 ap J.C l'Islam accorda la liberté de culte et d'adoration à toutes les communautés religieuses dans la ville. La loi islamique permet aussi aux minorités non-Musulmanes de posséder leurs propres tribunaux.

 

 

 





Que pensent les Musulmans de Jésus ?

Les Musulmans respectent et révèrent Jésus (Paix sur lui), et attendent sa Seconde Arrivée. Ils le considèrent comme l'un des plus grands messagers de Dieu. Un Musulman ne le mentionne jamais simplement comme 'Jésus', mais ajoute toujours la mention 'paix sur lui'. Le Saint Coran confirme sa conception immaculée (sans père) et sa mère Marie est considérée comme la plus pure femme de toute la création (un chapitre entier du Coran lui est consacrée, intitulée "Marie"). Le Coran decrit l'annonciation comme suit :

(Rappelle-toi) quand les Anges dirent: ‹Ô Marie, certes Allah t'a élue au-dessus des femmes des mondes. ‹Ô Marie, obéis à Ton Seigneur, prosterne-toi, et incline-toi avec ceux qui s'inclinent›. - Ce sont là des nouvelles de l'Inconnaissable que Nous te révélons. Car tu n'étais pas là lorsqu'ils jetaient leurs calames pour décider qui se chargerait de Marie! Tu n'étais pas là non plus lorsqu'ils se disputaient. (Rappelle-toi,) quand les Anges dirent: ‹Ô Marie, voilà qu'Allah t'annonce une parole de Sa part: son nom sera ‹al-Masih› ‹Hissa›, fils de Marie, illustre ici-bas comme dans l'au-delà, et l'un des rapprochés d'Allah›. Il parlera aux gens, dans le berceau et en son âge mûr et il sera du nombre des gens de bien›. - Elle dit: ‹Seigneur! Comment aurais-je un enfant, alors qu'aucun homme ne m'a touchée?› - ‹C'est ainsi!› dit-Il. Allah crée ce qu'Il veut. Quand Il décide d'une chose, Il lui dit seulement: ‹Sois›; et elle est aussitôt. (Coran, 3:42-7)

Jésus (PBAL) est né miraculeusement par la même puissance qui a créé Adam (PBAL) en un être sans besoin de père : Pour Allah, Jésus est comme Adam qu'Il créa de poussière, puis Il lui dit ‹Sois›: et il fut. (Coran 3:59)


Pendant sa mission prophétique, Jésus (PBAL) accomplit de nombreux miracles. Le Coran nous rapporte : et Il sera le messager aux enfants d'Israël, [et leur dira]: ‹En vérité, je viens à vous avec un signe de la part de votre Seigneur. Pour vous, je forme de la glaise comme la figure d'un oiseau, puis je souffle dedans: et, par la permission d'Allah, cela devient un oiseau. Et je guéris l'aveugle-né et le lépreux, et je ressuscite les morts, par la permission d'Allah. Et je vous apprends ce que vous mangez et ce que vous amassez dans vos maisons. Voilà bien là un signe, pour vous, si vous êtes croyants! (Coran 3:49))


Ni Muhammad ni Jésus (PBAE) ne sont venus modifier la croyance de base en Dieu Unique, apportée par les prophètes avant eux, mais plutôt les confirmer et les renouveler. Le Coran rapporte à ce propos :

Et je confirme ce qu'il y a dans la Thora révélée avant moi, et je vous rends licite une partie de ce qui était interdit. Et j'ai certes apporté un signe de votre Seigneur. Craignez Allah donc, et obéissez-moi. (Coran 3:50)

Le Prophète Muhammad (PBAL) a dit : "Quiconque croit qu'il n'y a de dieu que Dieu, unique sans associé, que Muhammad (PBAL) est Son messager, que Jésus est le serviteur et messager de Dieu, Son verbe mis au monde par Marie et l'esprit émanent de Lui, et que le Paradis est vrai et l'Enfer est vrai, sera reçu par Dieu au Paradis." (Hadith de Bukhari)



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Le rôle des poils dans l'échange d'affection

Added 15/9/2010

Nous leur Montrerons Nos Signes Dans l'Univers et en eux-même , jusqu'à ce qu'il leur devienne évident que c'est cela La Vérité (Le Coran) …  Sourat 41 (Foussilate) Verset 53  ___________________

Le rôle des poils dans l'échange d'affection

L'anatomie du poil

Les poils sont des phanères se présentant sous l'aspect de filaments cornés implantés obliquement dans le derme par invagination de l'épiderme. Les poils se composent donc d'une tige libre à la surface de la peau, ou poil proprement dit, et d'une partie invisible enchâssée dans le derme, la racine, dont l'extrémité en cupule (le bulbe) reçoit la papille vasculaire nourricière.

Le poil comporte des annexes : une glande sébacée, l'ensemble formant l'appareil pilo-sébacé ; le muscle érecteur, dont la contraction, sous l'influence du froid, d'une émotion, est à l'origine du phénomène de la "chair de poule". Grâce aux réseaux nerveux ramifiés entourant les follicules pileux, les poils participent aux sensations tactiles.

La distribution des poils sur le corps est inégale. Dans la répartition et l'abondance de certains d'entre eux intervient une hormonodépendance ; ainsi, l'apparition de la pilosité ambo-sexuelle (pilosité pubienne et axillaire (aisselle)) fait-elle partie des caractères sexuels secondaires marquant la période de la puberté.

Les follicules pileux se forment une fois pour tout pendant les premiers mois de la vie intra-utérine et bien que les poils auxquels ils donnent naissance puissent être très différents selon le **** ou la race, leur nombre est toujours le même. Au cours du développement de l'être humain, trois sortes de poils se succèdent :

a - le lanugo, très fin, frisé, non pigmenté, qui couvre le foetus et tombe au septième mois de la grossesse pour être remplacé par ;
b - le duvet, également incolore, doux au toucher et ne dépassant pas 2 cm de long ;
c - les poils définitifs, pigmentés, qui plus ou moins longs et serrés, couvrent diverses parties du corps, en particulier le crâne (cheveux), les aisselles, les régions sexuelles. Une partie du duvet ne se transforme en poils définitifs qu'au moment de la puberté, la répartition et la densité de la pilosité dans certaines régions (joue, ventre, pubis) variant considérablement selon le ****.

Pour résumer, la femme possède un nombre de poils identiques à ceux de l'homme. La différence provient de la production hormonale. Les testostérones de l'homme font maturer le poil sur une plus grande surface que chez la femme. La production hormonale de la femme fait que les poils sur le visage, sur la poitrine et sur le dos demeurent du duvet tout au long de sa vie. Ce sont des hormones mâles qu'on appelle les androgènes, sécrétés par la glande surrénale en relation avec la production d'oestrogène des ovaires, qui sont responsables de la transformation du duvet au niveau des aisselles, du pubis, des jambes et des bras en poils définitifs longs, épais et colorés chez la femme.

Une femme, qui développe une pilosité qui ressemble à un homme, souffre d'une des deux affections extrêmement rares où les hormones mâles (androgènes) sont sécrétées en trop grande quantité : l'hyperplasie congénitale des surrénales, où l'hypersécrétion de l'hormone mâle peut être freinée médicalement ; ou bien une tumeur virilisante de l'ovaire ou de la surrénale. On l'enlève chirurgicalement, et les signes de virilisation disparaissent.

Donc, il n'y a pratiquement pas de femmes qui ont des poils en trop. Il y a seulement des femmes qui ont des poils plus visibles parce qu'elles ont une pigmentation de couleur brune ou noire par rapport à que celles qui en ont une châtaine ou blonde.

L'ensemble de la surface de la peau est en mesure de percevoir plusieurs sensations, mais à des degrés variables. Ainsi, il existe une différence selon l'étendue du système pileux ; celui-ci dispose des terminaisons libres des fibres nerveuses adaptées surtout à la perception de la douleur, et de fibres entourant les racines des poils. Ceux-ci sont particulièrement sensibles au contact, leur rôle récepteur tactile est stimulé par le changement de position du poil qui fonctionne comme un levier élastique.

La physiologie du poil

Le refroidissement du corps

Ce n'est pas pour rien qu'aux endroits du corps les moins exposés à l'air, soit aux aisselles et à l'aine, se retrouve la plus forte densité de poils. Ceux-ci conservent plus longtemps la sueur pour permettre un refroidissement plus efficace. Les poils jouent le même rôle qu'un T-shirt pendant une canicule l'été. En absorbant la sueur, il ralentit l'évaporation et prévient ainsi la déshydratation.

La protection

Les poils protègent les parties génitales de la femme contre les coups et les irritations dus aux frottements. Les poils sur les jambes et les bras protègent aussi contre les irritations dues au frottement des vêtements.

La sensibilité

Les poils font partie intégrante du sens du toucher, ils ont des récepteurs tactiles adaptés à la douleur. Ainsi, c'est eux qui détectent la chaleur intense d'un objet en premier et déclenchent le réflexe de recul. Il vous est sûrement arrivé de brûler vos poils avec une allumette sans que votre peau ne le soit.

Comme les poils réagissent au froid avec leur muscle érecteur causant la chair de poule, ils sont sensibles aux variations de température. Ils jouent un rôle de thermomètre avertisseur du système nerveux autonome. Ils détectent plus rapidement et de manière plus précise le changement de température. Ces informations sont essentielles pour permettre au corps de réagir le plus rapidement possible à une variation brusque de la température pour maintenir sa température constante.

S'il fait très chaud le corps baisse son tonus musculaire, augmente le débit de la circulation sanguine aux extrémités et les glandes sudoripares font évaporer de l'eau. S'il fait froid, le corps augmente son tonus musculaire, provoquant le frisson qui produit de la chaleur, la circulation sanguine diminue aux extrémités et les graisses sont utilisées pour produire de la chaleur.

La douceur de la peau

Comme chaque poil est relié à une glande sébacée, il sert à faire écouler l'huile vers la surface de la peau et à l'étendre. En effet, le muscle lisse, le muscle arrecteur du poil (M. arrector pili) qui se termine en dessous de l'épiderme. Il peut redresser le poil (horripilation " chaire de poule ") et comprimer la glande sébacée.

Les glandes sébacées, sécrètent le sébum (l'huile) qui lubrifie et assouplit la peau. C'est ce qui permet d'émollier la peau et ainsi obtenir une peau douce au toucher.

La psychologie du poil

Mon interprétation

Le poil et les états émotifs

L'expression être à fleur de peau signifie être très sensible émotivement et être au point de réagir impulsivement à la moindre parole et mimique de l'autre. Cette expression réfère à la peau pour exprimer un état émotif survolté, parce que la peau est très sensible au toucher grâce aux poils.

Cette expression se réfère aussi à une réalité au fait que le muscle arrecteur du poil se contracte et se détend suivant nos états émotifs. Parce exemple, nous avons la chaire de poule quand survient une émotion forte, comme la peur, la joie ou un grand plaisir.

Inversement, l'extrême sensibilité du poil nous fait vivre des émotions. Lorsqu'une personne nous touche, nous caresse, le poil nous aide à ressentir l'état émotif de celle-ci. À savoir, si elle touche avec hésitation, avec nervosité, avec amour ou avec passion. D'ailleurs, nous retirons du plaisir à se faire caresser en grande partie grâce aux poils.

Un signe de maturité sexuelle

La présence du poil définitif constitue un caractère sexuel secondaire autant pour l'homme que pour la femme.

Un corps poilu envoie un message émotionnel de maturité sexuelle. Les femmes qui se coupent les poils sous les aisselles, les jambes et autour du pubis font réagir émotionnellement l'homme de manière identique à ce dont une fille prépubertaire le ferait. Les hommes qui aiment que leur femme se rase ont des fantasmes qui se rapprochent de la pédophilie. Ils ne sont pas bien avec les émotions qui se dégagent du corps de la femme adulte.

L'exigence esthétique de l'épilation et celle de la minceur chez la femme vont de paire, soit de donner une image de la femme immature et innocente. La norme de la minceur a comme objectif d'infantiliser la femme. La rondeur et la pilosité féminine dérangent. Une femme mature impressionne et suscite le respect. Une femme sans rondeur et sans poils, c'est moins menaçant. L'homme peut plus facilement la dominer et la manipuler.

Le poil et la sexualité

Le principal rôle que joue la pilosité dans la relation sexuelle est de stimuler la libido. Ils ont un grand pouvoir érotique à la vue et à l'odeur. En effet, les poils conservent longtemps les odeurs corporelles provenant des sécrétions des glandes apocrines.

La libido ou le désir sexuel chez la femme adulte dépend plus des androgènes que des oestrogènes. Les androgènes sont responsables du développement pileux caractérisant la femme adulte. Le lien, qu'il y a entre les androgènes, le poil et la libido, explique le rôle érotique du poil.

Le poil et l'affection

Le poil de par sa grande sensibilité sert à ressentir les émotions de notre partenaire et s'il ou si elle s'abandonne au moment où il ou elle nous touche. Notre pilosité en nous informant sur l'état émotif de notre partenaire, nous permet de se rassurer sur les bonnes dispositions de celui-ci ou celles-ci à nous recevoir dans son coeur. Ce qui nous permet de nous abandonner à un échange d'affection.

La pilosité permet une communication émotive par le toucher. Comme un échange d'affection se réalise exclusivement à travers le contact physique ? La pilosité constitue un élément essentiel dans le contact affectueux. Car le poil ou le duvet est responsable du plaisir que nous avons d'être touchés physiquement.

Finalement, le poil conserve les odeurs des aisselles et des parties génitales qui servent à faciliter l'abandon émotif.

Les conséquences néfastes de l'épilation chez la femme

Elle perd de la sensibilité à détecter les changements de température, d'humidité, etc. de son environnement. En gros, elle perd beaucoup d'informations sur les changements subtils de son environnement qui lui permettent de bien s'y adapter.

Comme elle perd beaucoup de sensibilité tactile, la femme qui se rase retire moins de plaisir à se faire toucher. De plus, elle perd de la sensibilité à détecter les émotions de son partenaire quand celui-ci la touche. De cette diminution de sensibilité s'ensuit une baisse drastique d'émission d'odeurs qui ont un effet paralysant pour l'homme. Dans les rapports intimes en effet certaines odeurs, dont la sécrétion est stimulée par les sensations que les poils détectent, ont un effet inhibiteur du comportement de défense. C'est-à-dire qu'elles provoquent l'abandon émotionnel et physique de l'homme nécessaire au comportement affectueux.

La femme a été dotée par la nature d'un plus grand nombre de glandes sébacées à sécrétion musquées que l'homme. Cette fragrance naturelle qui vous gêne parfois et que vous cherchez à masquer constitue le plus subtil des parfums érotiques. Ce parfum influence positivement le comportement de l'homme envers la femme.

Pire encore, une femme qui se rase les poils sur le corps se place en position de faiblesse. Elle a perdu son pouvoir de contrôle sur l'aspect érotique de la relation, elle se place dans une position de soumission face au comportement génital de l'homme, permettant à celui-ci de se laisser aller sans retenue à ses fantasmes.

Sa partenaire devient un objet qui n'a d'autre utilité que de satisfaire ses pulsions génitales. Ce n'est pas pour rien que dans la *****graphie toutes les femmes sont rasées sur le corps à quatre-vingt-dix-sept pour cent. En effet, l'objectif de la *****graphie est de diffuser une image soumise de la femme. La *****graphie réveille les pulsions génitales des hommes pour les associer à un message selon lequel les femmes existent uniquement pour assouvir leurs fantasmes.

Une femme qui se rase, a un comportement de soumission et d'abdication face à la possibilité d'obtenir du plaisir. Les femmes rasées dans les revues *****graphiques ou de mode affichent leur soumission. Dans la majorité des cas, la *****graphie utilise des femmes minces ou sans rondeurs et sans poils. La femme mince sert à neutraliser ou à ignorer l'aspect émotif, donc ce choix élimine la possibilité du rapport affectueux pour se centrer sur la génitalité. L'absence de poils est signe de soumission, la femme doit être soumise aux fantasmes sexuels de l'homme.

La mode qui dit que les poils aux aisselles et sur les jambes ne font pas féminins se compare au rite de l'excision du clitoris chez les musulmans. En effet, la femme qui se rase les poils perd une partie importante de sa sensibilité et une source de plaisir. Il devient impossible pour elle de jouir pleinement sa vie de femme. Il lui manque soixante-quinze pour cent de sa sensibilité tactile.

L'épilation chez la femme est un signe de soumission comme l'est le tatouage pour les danseuses nues, les prostituées et les motards criminalisés. Il constitue un rite initiatique pour être accepté dans le groupe (la société). Les femmes qui gardent leurs poils sont considérées comme des dissidentes. Elles sont marginalisées et exclues de la classe des femmes respectables.

Pour lutter contre ce dictat culturel, il faut commencer par expliquer aux adolescentes la beauté des poils, leurs utilités et du danger de les couper. Au départ, si elles se rasent ou utilisent des crèmes épilatoires, leurs poils repousseront à chaque fois un peu plus vite et plus dru, transformant la toison moelleuse habituelle en un paillasson peu hospitalier !

La sensation rugueuse des poils qui repoussent est une sensation extrêmement désagréable pour l'homme qui caresse sa partenaire. Et tout ce qui est désagréable nuit au comportement d'affectueux. Les normes esthétiques culturelles mettent des pressions pour que les jeunes femmes tombent dans l'engrenage des régimes et de l'épilation parce ces activités sont la base d'une industrie très lucrative.

Par exemple, les costumes de bain à taille haute échancrés aux hanches sont une façon que l'industrie de la mode a trouvée pour obliger les femmes à se raser les poils du pubis. Cette mode constitue un non-respect de l'intimité de la femme. C'est une humiliation pure et simple quand une femme doit se couper les poils au pubis pour se soumettre à cette norme. Cette partie du corps est la plus intime, la mode n'a pas d'affaire là. La mode devrait être plus respectueuse pour la femme en offrant des costumes de bain à taille basse.

Et de toute façon, il faudrait que la moustache ou les poils qui frisent autour du costume de bain passent inaperçus comme c'est le cas avec l'homme. Il est aussi normal qu'une femme est des poils qu'un homme en ait.

Conclusion

Pour la femme les poils sont responsables de sa sensibilité tactile, ils la protègent contre l'environnement physique et social, possèdent un pouvoir érotique, lui procurent du plaisir tout en la protégeant des abus sexuels.

Comme la nature a prévu que la femme ait des poils, c'est qu'ils ont leur utilité et tout ce qui est utile a un rôle esthétique. La beauté de la femme réside dans les émotions qu'elle fait vivre aux autres. Les poils de la femme provoquent des émotions agréables à ceux qui les voient. Les poils envoient un message de maturité sexuelle et psychologique. La maturité psychologique signifie être sûre de soi, sûre d'où nous allons dans la vie et sûre de ce que nous voulons ou pas.

Une femme mature exige et inspire le respect, elle menace le type d'homme qui désire que la femme leur soit soumise. Le rapport dominé/soumis exclut toute possibilité d'un échange d'affection. La relation affectueuse est une égalitaire.

L'appréciation de la beauté de la rondeur et de la pilosité féminine vont dans le même sens, soit de valoriser la femme comme la nature a voulu, qu'elle soit. Pour la femme, se sentir belle au naturel favorise une bonne santé mentale.


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“Les rapports entre islam et laïcité : de la réalité aux enjeux”

Added 13/9/2010

13072010

Par : Mohamed Raouf RAHMANIA

INTRODUCTION

Le 15 mars 2004, après un florilège de débats de toutes sortes, une commission propulsée par Jacques Chirac et dirigée par Bernard Stasi,  une loi majeure venait d’être votée. Il s’agissait de statuer sur le port des signes religieux au sein de l école. L’ensemble des communautés religieuses étaient donc concernées. Cependant, les tensions dont s’abreuvaient quotidiennement les medias autour du voile à l’école ont très vite persuadé la communauté de l’islam d’un traitement de faveur, autrement dit, d’une loi d’exception. Pour les défenseurs de cette loi, il s’agissait de rétablir une stricte séparation du public et du privé en restaurant le primat du premier par rapport au second.

Aujourd’hui, les débats autour de l’islam pullulent, on y retrouve des questions lancinantes posées à des spécialistes (nous dit-on) : l’islam est-il compatible avec la République ? Ou sous une forme plus téméraire : qu’allons nous faire de ces musulmans ? Ce débat semble ouvert et les événements relevant souvent du fait divers viennent lui donner des dimensions exagérées. En effet, « un film, une pilule, un livre, quelques foulards deviennent un événement médiatique qui met en jeu une conception de la laïcité ». Ce que chacun s’accordera à annoncer, c’est que la présence des musulmans est questionnante voire problématique pour la France mais aussi pour les musulmans eux-mêmes.  En effet, des années durant, cette communauté vivait dans une non-visibilité motivée par le mythe du retour au pays d’origine. Sa seule participation à la vie sociale se résumait, et le terme ne se veut pas réducteur, en une main d’œuvre vitale. Autrement dit, les musulmans n’avaient presque aucune revendication sinon que de pouvoir travailler et bientôt, regagner leur terre et leur famille restée « là-bas ». Cette première vague d’immigrés va tout compte fait se sédentariser en s’établissant en France de manière définitive. Leur premier acte d’installation sera le regroupement familial des années 70, le second, qui a commence dans les années 80 avec la marche des « beurs » et se poursuit encore actuellement, passera par une visibilité assumée délaissant ainsi la vieille image du travailleur immigré que l’on ne voyait que sur les chantiers…jamais dans l’organisation de la Cité. Ainsi les enfants et les petits enfants « héritiers de l’immigration », comme le souligne le sociologue Ahmed Boubekeur entendent acquérir des droits que leurs parents n’ont pas jugés utile de réclamer. Ce combat est toujours actuel. Peut-on dès lors penser que le réinvestissement religieux en est qu’une de ses manifestations ?

L’islam dans le contexte Français

 A/ Quand les sondages contredisent l’opinion

La voix du musulman lambda, en tant qu’énonciateur de ses desideratas, devient de plus en plus recherchée. Il est question de l’inviter sur les plateaux de télévision, de lui donner la parole librement, d’effectuer différentes enquêtes et autres reportages chocs. Nous sommes ici à la limite du divertissement tant la nature de certains débats parait surréaliste. Cependant, la voix de cette masse silencieuse n’a pas pour principe de s’exprimer à la moindre « affaire » pour donner son avis afin de rassurer la République sur ses intentions (nous dit-on cachées). Alors que l’islam connaît une période de méfiance, à certains égards, légitime au vu du contexte international tendu,  nous observons que de vieux fantasmes pénètrent le débat. Le musulman, dans sa version essentialisée, serait, au niveau de ses pensées comme dans sa pratique quotidienne, cet « étranger » que nous côtoyons pourtant tous les jours dans cet espace commun mais qui demeure extérieur à notre culture. Cette posture parfois hostile se nourrit bien sur des clichés médiatiques et aime se retrouver dans certains topos. Même le débat savant ne résiste pas à la tentation et glisse vers la négation sinon la mise en doute de tout apport positif de l’islam à l’humanité.

A la rencontre du discours musulman

La présence de l’islam dans une histoire et un contexte séculier est une rencontre dont les modalités sont en cours d’élaboration. Si « la France vit à travers l’islam la crise de son identité » , d’où le sentiment de rejet sinon d’islamophobie, on peut avancer l’idée selon laquelle l’islam vit à travers la laïcité l’occasion de réformer sa pensée religieuse. Grande est la tentation consistant à remonter l’histoire pour « montrer qu’il y a une ancienne tradition de la présence musulmane et de contacts avec l’islam » mais cela « ne changerait guère la perception actuelle du problème ». Plus encore, plutôt que de dire l’islam affirme ceci ou pense cela nous avons préféré rendre compte de la diversité de la pensée musulmane qui s’élabore parfois dans le silence. En effet, la religion est loin d’être un concept uniforme mais bien le produit de ce que les hommes en font. Les ouvrages que nous avons sélectionnés dans notre recherche, sans prétendre être représentatif de l’ensemble des courants de pensée, ont ceci de particulier : aucun des auteurs ne prend le risque de se mettre hors jeu en étant contre la laïcité. Cela semble contraster avec la guerre des deux France où le positionnement de l’Eglise catholique était pour le moins très virulent. Même après le vote de la loi sur les signes ou les tenues religieux à l’école, nous n’avons pas assisté à un repli communautaire. Bien au contraire, le respect de la loi fut le mot d’ordre des différentes organisations du culte musulman tout en affirmant la volonté d’entrer dans le débat afin de rechercher un équilibre entre la foi et la vie en société.

A/ Un islam, des « islams » ?

Les regards parfois inquiets de la doxa semblent percevoir l'islam comme un bloc monolithique s'étant juré de ne jamais se configurer en plusieurs courants de pensée. Or, et même si le terme « islamisme » est de plus en plus usité pour désigner à la fois le fondamentalisme et parfois le terrorisme, le terme « islam » se révèle être trop abstrait ce qui justifie l’ajout de qualificatifs tels que « islam modéré » ou « islam militant » afin de mieux le cerner. Les trois penseurs que nous avons choisis sont caractéristiques de cette distinction. En effet, il est vrai que Ghaleb Bencheikh, Tariq Ramadan et Tariq Oubrou sont tous les trois des musulmans, « des penseurs modernes au sens où ils lisent le message de l'islam à la lumière du contexte européen », toutefois la dimension qu'ils octroient à leur religion est loin d'être univoque. En effet, comme nous allons le voir, la mobilisation de leur ressource religieuse est dans certains cas antagoniste. Au demeurant, ces différentes postures ont pour point de départ une résistance consistant « à refuser le statut accordé à l’islam dans les discours et les politiques des dominants ». Pour Jocelyne Cesari, sociologue des religions, cette résistance passe par une abondante littérature apologétique sur l’islam et cherche à démontrer que cette religion n’est en rien opposé à la démocratie ni à l’émancipation de la femme.

Le regard sociologique nous permettra de mieux cerner leur positionnement et de comprendre en quoi « les acteurs en présence ont non seulement négocié leurs intérêts à l’intérieur d’un cadre laïque préexistant mais l’ont fait évoluer en fonction de l’évolution de leurs propres intérêts »[7]. Il est enfin à préciser que le choix porté et limité à ces formes d’islam tient du fait qu’ils nous paraissent les plus médiatisés mais également et surtout, ceux qui caractérisent avec acuité les débats qui se veulent réformateurs. Dès lors, nous pencher sur leurs textes revient à s'intéresser à un « islam de lumière qui peine à venir »[8].

B/ Ghaleb Bencheikh

La figure du musulman libéral 

Ghaleb Bencheikh est docteur ès sciences, physicien et de formation philosophique et théologique, il présente également l’émission « Islam » sur France2. Selon une typologie des pratiquants de France établit par le sociologue Franck Frégosi, ce penseur appartiendrait à la strate « musulman libéral »[9]. Cette relation à l’islam « est perçue comme l’expression d’une relation équilibré qui conjugue foi et rationalité, fidélité à l’esprit de la religion plutôt qu’à sa lettre »[10]. Son livre, «La laïcité au regard du Coran »,  fait ainsi parti d'un panel grandissant d'essais de la part d'intellectuels musulmans[11] voulant faire entendre une sonorité nouvelle, en rupture avec un discours religieux normatif, axé sur une pratique mimétique et qui ne permet pas à l'homme de vivre le sens profond de la rencontre avec Dieu. Cependant, ce panel de discours, par la posture académique et la rhétorique critique qu’il mobilise à l’égard de la tradition islamique, trouve peu ou prou un relai assez faible chez l’homo islamicus. 

En outre, la publication du livre en 2005 de Ghaleb Bencheikh doit être située en relation avec certains événements historiques tant au niveau international que local. En effet, comme nous l’avons vu, il y a un avant et après 11 septembre 2001, de sorte qu'à la suite de ses attentats, les tensions autour de l'islam ont été exacerbées. Jamais cette religion n'a autant préoccupé aussi bien le politique que la société civile. Ce livre est donc une réflexion post 11 septembre de même qu'il paraît un an après le vote en 2004 de la loi régissant les signes religieux. Préciser cela permet de mieux comprendre et les arguments de l'auteur et le ton péremptoire dont il fait usage. Composé de trois chapitres, « Politique et Laïcité », « La femme, avenir de l’Islam » et « De la violence à la Guerre », il tente donc d’aborder des questions problématiques à l’Islam. Ainsi, la question stricto sensu de la laïcité  n’est abordée que dans le premier chapitre. Toutefois, le plaidoyer dont il fait usage contre les islamistes est palpable tout au long de l’ouvrage. Nous avons délimité notre travail au premier chapitre.

Pour cet intellectuel, « la donnée religieuse islamique n'est pas ce monolithique érigé pour l'éternité en modèle unique indépassable ». Il entend ainsi mettre à mal une bonne fois pour tous les arguments des islamistes contre lesquels il s'attaque frontalement et qui érigent l'islam comme religion et système politique. Pour dépasser « l'interférence de l'ordre religieux dans le camp politique et la politisation des systèmes de croyance (…) l'issue réside donc dans la dissociation du religieux d'avec le politique dans l'organisation de la cité »[12]. L'islam, loin d'être singulier, ne saurait ainsi échapper à cet acquis de la modernité dans lequel se sont adaptées les autres religions. Bien plus, il postule que le mouvement de la Nahda[13] avait déjà à son époque investit ses questions contemporaines. En effet, une pensée de la séparation a même été conçu par un réformateur égyptien, Ali Abderraziq (1888-1966), docteur en droit, qui « entendait précisément s'émanciper des formes de représentation politico-religieuses périmées et sortir du carcan obsolète de la gouvernance parareligieuse »[14]. La thèse de ce réformateur est qu'il n'a y aucune raison de s'en tenir au paradigme du Califat pour concevoir l'autorité politique de même que le prophète n’était pas un Roi. A l'opposé, G.Bencheikh dénonce les positions sans fondements des conservateurs comme le fondateur des frères musulmans, Hassan Al Banna (1906-1949). Pour ce dernier, « dire que la religion est une chose et la politique en est une autre est une prétention que nous combattons par tous les moyens… L'islam auquel croient  les frères musulmans fait du pouvoir politique l'un de ses piliers »[15]. Ici est particulièrement pointé les débuts de l’islam politique qui inaugure une période où le militantisme religieux part à la conquête du pouvoir.

Face à ce mouvement et dans un style qui n'est pas sans nous rappeler celui de Victor Hugo lors de son oraison à l'assemblé national pour fustiger la loi Falloux (1850), l’auteur proteste : « Non! La religion n'a pas à s'immiscer dans la politique comme le religieux ne doit jamais être plié au politique. Le coran n'a pas vocation à être confiné dans le rôle étriqué d'une constitution pour le prétendu État islamique. Ce serait réduire son message universel qui doit se proposer aux hommes et non s'imposer dans les carcans réducteurs d'un système étatique. D'ailleurs pourquoi voudrait-on que l'Etat moderne ait besoin d'une coloration confessionnelle? Alors qu'un État moderne et démocratique est le garant du libre exercice du culte  quel qu'il soit. Ériger la révélation en une foi fondamentale constitutionnelle revient à la gauchir et à ridiculiser la parole de Dieu »

Si se référer au Coran peut être un moyen légitime pour la pensée moderniste laïcisante de démontrer l'existence d'une véritable « délégation aux hommes de conduire l'ensemble des préoccupations publiques », cette méthode doit pour l'auteur être dépassée. En effet, l'absence de versets explicites sur la gestion des affaires de la Cité qui inaugurerait une pensée politique est un silence volontaire : Dieu, « Se « tait » par égard pour les hommes créés libres ».  Il convient, en vertu même de cette délégation, de ne plus nous baser sur aucun versets pour expliquer la séparation du temporel et du spirituel et de préciser, « qu'au nom même du coran licence soit donnée aux croyants musulmans de ne pas se référer au discours coranique afin de mener à bien leurs affaires mondaines »[19] et, paraphrasant Marcel Gauchet d'annoncer, « que L'islam sera la religion de la sortie de la politique »[20]. A cet égard, l’exemple de la Turquie ayant abolit le califat pour installer un système laïque au début du vingtième siècle doit être réévalué car ni les musulmans ni les non musulmans n’en ont apprécié la portée hautement symbolique. Pour l’auteur, ce mouvement séculier ne peut se réduire à une classe de penseurs politiques mais comme un processus général car « cette aspiration était dans l’air »[21] et était porteuse, en période de colonisation, d’une espérance.

Cependant, les intérêts des conservateurs religieux aidés par le fait colonial, craignant de perdre leur domination sur les fidèles ont ébranlé cette édification nouvelle qui assurément, devait se propager dans les pays musulmans. Le greffon de la modernisation ne pourra se faire sans ce préalable : « extirper du discours religieux ces germes intégristes ».  Face à cette talbanisation des esprits, l’auteur appelle à « en finir avec la contrefaçon totalitaire qui a confisqué le Coran, qu’on donne à voir au monde et qu’on prétend imposer par tous les moyens. Non ! L’islam n’est pas une politique et encore moins cette antipolitique qu’est le totalitarisme religieux dégénérant où il n’y ait que l’expression de l’oligarchie des clercs qui soit entendue »

On l’aura compris, pour Ghaleb Bencheikh, préparer le musulman de demain, c’est avant tout créer une révolution dans son rapport à l’islam et ses références, c’est en quelque sorte permettre à une pensée humaniste ayant toujours existée d’émanciper les consciences. Gage soit ainsi donné aux nouveaux penseurs musulmans, qui ont décidé de prendre le texte des mains des clercs,  de mettre en lumière la matrice du Coran qui repose sur des valeurs humaines et dont la modernité a hautement besoin. S’agit-il en réalité de soumettre le coran à la modernité ? L’auteur s’en défend : « il s’agit simplement d’éviter le ravaudage idéologique par des solutions de rafistolage théologique ». En effet, les passages du Coran ayant trait à la législation doivent non seulement être contextualisés car « leur conférer une valeur normative universelle atemporelle est une erreur grave qu’il faut cesser de commettre » mais, allant au bout de son raisonnement, « il est beaucoup plus judicieux de laisser aux hommes l’initiative législative et déférer à la conscience individuelle la résolution des problèmes nouveaux au fur et mesure qu’ils surgissent plutôt que de vouloir appliquer toujours les mêmes recettes ». Une fois repérée, on se doit non seulement de dénoncer ces passages mais de déclarer leur caducité. Ce travail d’ « expurgation » et « d’assainissement »  postule la nécessité d’un droit positif où la religion doit favoriser l’entente, la solidarité et l’amour. C’est donc d’une spiritualité et d’une éthique religieuse centrée sur l’humain qu’il est avant tout question chez Bencheikh. Cela se traduit chez notre auteur par la défense absolue de la liberté de conscience (un des principes de la laïcité) et un combat déclaré contre les châtiments de mort qui frappent l’apostat ou même toute contrainte qui viseraient à réduire la liberté de penser. Passant en revu tout le coran, il ne trouve aucun verset qui commande aux hommes de telles pratiques. Pis encore, cette prise de position à l’intérieur de l’islam entend défendre un idéal que Dieu a voulu, un idéal où la diversité serait la norme. Ce verset que l’auteur cite nous semble opportun pour étayer son propos « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? »

Dans la dernière partie de ce chapitre sur lequel nous nous sommes focalisés, G.Bencheikh, en cette année commémorative du centenaire de la laïcité, on note que celle-ci  n’a pas connue « d’investissement intellectuel conséquent »[. En effet, l’apaisement, certes relatif, des deux protagonistes, l’Etat et l’Eglise, a rendu la laïcité de plus en plus floue. Face aux incertitudes, il convient selon l’auteur de mener une réflexion approfondie sur l’organisation politique, sur le sens attribué au principe de laïcité et enfin, sur les consciences croyantes. Le surgissement, impulsé par le fait islamique, de la notion de la laïcité, loin d’être minoré, reste de faible ampleur en comparaison à la guerre des deux France. Les questions sont en effet  plus profondes et ne peuvent se résumer à la gestion de l’islam dans la Cité. Là où l’idéal laïc demandait une forme de mise entre parenthèse de sa singularité pour être pleinement citoyen, l’individualisme contemporain galopant, dont un des leitmotivs est de façonner et d’entretenir sa différence, réinterroge tout autant sinon plus la laïcité. En effet, on assiste à « la régression du collectif devant l’affirmation des revendications individuelles ». Or l’islam catalyse les débats, généralement houleux, et l’on s’interroge sur sa solubilité dans la République. Les positions les moins virulentes parleront d’accommodements convenables avec l’Islam quand d’autres ont déjà tranché le débat : l’Islam serait incompatible. L’auteur récuse l’argument car « comment, dès lors qu’elle (la laïcité) se présente comme un principe de neutralité, bienveillante ou non, cela n’a aucune importance, pourrait être incompatible avec une quelconque entité religieuse ou politique ? Depuis quand le « neutre » s’oppose-t-il à quoi que ce soit, lui qui s’abstient de prendre parti ? Le neutre, dans son impartialité, et son objectivité ne peut pas être incompatible- ni même compatible d’ailleurs- avec ce dont il est a égal distance et doit lui garantir le même traitement ». En effet, la laïcité, quand elle n’est pas une laïcité de combat, est un dispositif permettant de réaliser la rencontre des différences à travers le vivre ensemble. La présence des musulmans en France est pour ce tenant de l’islam « moderniste » une preuve  témoignant de la non recevabilité de l’argument dit de l’incompatibilité. Bien plus, les musulmans de l’Algérie française, les ulémas mêmes, n’ont pas cessé « de réclamer l’application de la laïcité, toute la laïcité, rien que la laïcité, pour la société musulmane »

Les revendications des minorités et en particulier celles des musulmans sont ainsi très vieilles car ces communautés ont très vite perçu la dimension libératrice et égalitaire que peut leur garantir la laïcité. A comparer les assises des trois monothéismes, l’islam serait, selon l’auteur, le plus enclin à s’adapter à l’idéal que promeut la laïcité car « l’absence d’une structure cléricale centrale pour la religion islamique la rend de facto laïque au sens étymologique et théologique ». Le musulman étant placé en contact directe avec le Transcendant, tout médiateur, toute institution religieuse est in fine illégitime. En effet, « chaque musulman, chaque musulmane, est son propre évêque »[. Comment ici ne pas faire le lien avec la fameuse formule consacrée par Boileau dont l’auteur nous parait être dans le sillage : « Tout protestant est pape, bible à la main ». Curieusement, l’absence d’une autorité religieuse dans la doctrine islamique a favorisé le télescopage du spirituel et du temporel. Cette collusion a donné naissance à toute sorte d’abus où, selon les périodes, le religieux mettait en scène le politique et vice et versa. Le retard démocratique que connaissent les pays musulmans est en grande partie lié à cela. Ainsi le rejet de la laïcité s’explique en partie par la protection d’intérêts communs à une nomenklatura islamique et politique mais également, et l’auteur le souligne avec acuité, par l’histoire même du terme de laïcité. En effet, celui-ci baigne dans une polysémie qui ne permet aucune traduction authentique vers l’arabe ou d’autres langues sémites. Il n’est donc pas étonnant que les musulmans l’associent  à l’athéisme car traduit dans sa première version par ladini (non religieux). Ce mal entendu linguistique ne peut être minoré car il est le point de départ à la construction de représentions tendant à rendre, pour le coup, incompatible la foi et la laïcité. Comme l’écrit Olivier Roy, ce malentendu « restera au fond de la mémoire des musulmans, que ce qu’on leur propose sous le terme, revient à rejeter la vérité du message et avec lui le principe même que la société doit être soumise à un ordre moral »

C/ Tariq Ramadan

La figure du musulman engagé :

Pour un intellectuel comme Tariq Ramadan, il convient pour les musulmans et les non musulmans d’élargir une connaissance limitée de l’autre car elle provoque des mouvements d’exclusion. Ce penseur de nationalité suisse et d’origine égyptienne est docteur ès lettre et islamologue. Il cherche à s'inscrire dans la lignée des penseurs réformistes du début du XX siècle mais les difficultés éprouvées par les chercheurs à situer le discours de Tariq Ramadan ont également été ressenti. Nous pouvons nous hasarder à opter pour le terme « traditionnel » car comme l’écrit Frank Frégosi, ce sont « les habits neufs d’une vieille rhétorique »mais le terme « engagé » parait le plus objectif. Auteur d’un nombre conséquent d’ouvrages à la destination de la communauté musulmane, il jouit d’une grande écoute car  « l’audace de sa pensée et l’étendue de sa culture islamique jointes à une grande maîtrise du verbe fascinent les jeunes et une partie des classes moyennes musulmanes ».  « Pratiquant engagé »selon la typologie Frégossienne, son œuvre peut se résumer en la construction d’une identité musulmane et européenne qui a pour dessein « un engagement dans la cité ici-bas, participation aux débats de société et promotion d’une perspective islamique des rapports sociaux réputés plus juste ». On le verra à travers les passages sélectionnés, que la construction de l’identité musulmane passe par une critique de la modernité, une stigmatisation de l’histoire occidentale et un investissement éthico-religieux dans l’environnement social. En effet, la nouvelle génération de musulmans doit être convaincue qu’« il n’y a pas de conscience islamique sans conscience sociale (…) pas de conscience sociale sans conscience politique »

La conscience islamique, nouveau socle de la citoyenneté

Son livre « Les musulmans dans la laïcité. Responsabilités et droits des musulmans dans les sociétés occidentales » fait partie de ses premiers livres. Ecrit en 1994, quelques années après la première affaire des jeunes filles voilées de Creil, il se pose comme le porte parole d’une communauté à « l’intimité meurtrie ». Pour Tariq Ramadan, les musulmans d’occident sont pris dans la tourmente, dans un processus d’aliénation, en témoigne ces lignes qui pointent un environnement occidental sans repères : « Dieu, la morale, le devoir, et la pudeur ont déserté le vocabulaire et le quotidien. L’heure est à la liberté et aux plaisirs. Il y a ce mode de comportement  devenu la norme et dont il est difficile de se démarquer. On finit par s’habiller comme les autres, par vivre à leur rythme, par s’oublier pour les gagner ». C’est ainsi que ses premières lignes cherchent à atteindre la sensibilité humaine en décrivant la souffrance des musulmans « qui croient en Dieu et s’en veulent de L’oublier »

S’adressant à des musulmans aux prises à des questionnements multiples face à la laïcité en particulier et la modernité en général, il affirme qu’il n’y a aucune contradiction entre leur religion et le cadre constitutionnel qui doit leur assurer la liberté d’exercice de leur culte : « L’important n’est pas de savoir si quelque chose peut s’appeler “laïque” en islam mais bien plutôt de déterminer s’il est possible d’y concevoir une autonomie de la raison, une liberté de conscience et les principes d’égalité et de représentativité. Bref, existe-t-il en islam, dès lors que l’on a compris le rôle des références du Coran et de la Sunnah (qui sont des sources et non des prisons), une place pour l’homme, une sorte d’humanisme musulman, qui donnerait la garantie de la détermination personnelle?»

Dans une société où le combat contre l’obscurantisme religieux a duré plusieurs siècles, il se pose comme un professeur pédagogue afin d’expliquer aux musulmans cette histoire à laquelle ils n’ont pas participé mais qu’ils doivent connaître aujourd’hui. L’objectif affiché est, à travers l’intégration de la pensée laïque, de mieux faire entendre ses attentes en termes de pratiques religieuses car les musulmans doivent être une force de proposition positive et cesser de s’assimiler. Il en va de leur identité musulmane qui se désagrège. Ainsi, il s’attèle à expliquer aux un l’histoire de la pensée occidentale et aux autres, les fondements de la religion. Cette démarche vise décrisper les peurs de l’occident face à ce que l’on a pu nommer « le réveil de l’Islam »[45]. Mais pas seulement. Tariq Ramadan entend démontrer, en insistant autant sur la variable historique, que la foi et la raison n’ont été en conflit qu’en terre d’occident et de ce fait, l’islam échappe à ce conflit qui semble programmé.

Dans son premier chapitre, « Histoire et fondement de la laïcité », il pose le début du combat laïc plus largement, la naissance de la modernité à la fin du Moyen-âge. Face au pouvoir clérical sans partage, « les idées circulent dans le peuple qui s’opposait à cette tutelle ».  En effet, la main mise de l’église durant quinze siècles sur la société, autrement dit sur tous les niveaux de l’existence et de la production culturelle et scientifique, ont conduit les penseurs à affirmer « que l’homme ne peut être homme qu’en dehors de l’église ». Les tenants de la liberté de l’individu affrontent ainsi l’Eglise et ses privilèges. Pour T.Ramadan, la gestion durant ses siècles du pouvoir par l’église, influencera les considérations futures sur la place de la religion. Plus encore, elle poussera des populations minoritaires (protestants, juifs, les libres penseurs …) à se ranger tout naturellement du coté de ses idées émancipatrices. La Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, condamné par le Pape, marque ce tournant en affirmant la liberté d’exercer le culte auquel chacun s’attache. S’en suivra un long combat que le penseur suisse relate avec une pointe de légitimité mais il précise « que ce processus est propre à une histoire donnée, dans un champ de références donné et dont les acteurs auraient quelques peines à s’abstraire. Le fait est évident et l’on aurait tort de mesurer toutes les religions à l’aune de l’histoire d’une seule dans et par les vicissitudes des conflits qui l’ont opposée au judaïsme, au protestantisme, au déisme, à l’athéisme ou encore au projet laïque ». En mettant l’accent sur l’histoire de la sécularisation de l’occident, on comprend assez rapidement que l’auteur récuse l’idée d’une transposabilité naturelle de la laïcité dans d’autres espaces culturels, les pays musulmans en particulier. Cependant, il reconnaît la double libération opérée par le processus de sécularisation, le premier «sur le plan intellectuel d’abord, avec la primauté donnée à la raison humaine dans le fondement de l’autorité » et le second « sur le plan social, avec la possible pluralité religieuse et/ou politique offerte avec l’arbitrage de l’Etat, désormais neutre »

Après avoir expliqué aux musulmans et montré la nécessité de connaître l’histoire de la laïcité, il les invite à se pencher sur leur propres histoire afin de façonner leur identité musulmane et de facto, apporter des réponses intelligibles et non dépersonnalisantes quant à l’amélioration de leur condition sociale. C’est le projet de ses deux prochains chapitres, « L’Islam et la laïcité » ainsi que « Les musulmans dans la laïcité ».

Une conception « intégraliste » comme base réflexive

S’il reconnaît que l’Islam est une religion au même titre que les autres monothéismes dans son aspect transcendant, Tariq ramadan n’en souligne pas moins la différence pour affirmer que l’islam ne peut se résumer à cette relation privée avec Dieu. En effet, « les penseurs musulmans  se sont appliqués à montrer que l’Islam, dans son essence, dépasse le domaine de définition du mot « religion » (…). L’islam investit le champ social et l’influence de façons conséquente ». L’islam serait donc un tout indivisible ? Tariq Ramadan reconnaît cette dimension englobante et s’attèle à le démontrer au travers des cinq piliers qui mêleraient  le cultuel et le législatif et postule tout de go que « la foi islamique ne peut être réduite à une affaire strictement privée ». L’exemple de la zakat, que l’auteur refuse à traduire par aumône légale car propre à l’univers chrétien mais plutôt par « impôt social purificateur », montre le caractère social de l’islam et « sous tend, dans son essence, une autre conception de l’organisation du sociale ».

 En outre, il voit dans le second pilier, la prière, l’évidence de former une communauté solidaire, car prier ensemble cinq fois par jours c’est traduire « l’impossibilité de cheminer seul, isolé dans une intimité qui ne ferait écho qu’à elle-même ». Ainsi la justice sociale, véritable leitmotiv dans son œuvre, devient pour l’islam une porte d’entrée légitime pour s’exprimer dans la sphère publique aux yeux de T.Ramadan. En effet, le cœur de l’islam militant est de donner « à l’acte de croire une implication résolument politique dans le cadre des sociétés occidentales selon un mode pacifique et légaliste (…) on cherche plutôt le moyen d’influer de façon globale ou ponctuelle sur les grande questions qui sont débattues dans la société en défendant une option éthique islamique »

Dans une époque traversée par des courants violents qui entendent combattre l’occident, T.Ramadan apaise le débat en précisant dans un autre ouvrage de référence que  « le droit et la jurisprudence islamiques commandent à l’individu musulman de se soumettre au cadre du droit positif en vigueur dans son pays de résidence au nom du pacte moral tacite qui déjà sous-tend sa seule présence. En d’autres termes, appliquer la sharî’a pour un citoyen ou un résident musulman en Europe, c’est explicitement respecter le cadre constitutionnel et légal du pays dont il est citoyen»

L’argumentaire du penseur suisse l’amène à soupeser les modèles d’accueil des immigrés. Passant en revue pèle mêle « assimilation » et « intégration » il souligne que ces modèles furent tour à tour un échec et qu’il convient de dessiner le chemin d’une « troisième voie » car  « le paysage social à quelque peu changé : n’y a-t-il pas nécessité de reconsidérer les choses (…) sans remettre en cause les principes fondamentaux de la laïcité ». La prise en compte de cette nouvelle présence passe chez Tariq Ramadan par « un certains nombres d’aménagements qui ne sont pas de nature à remettre en cause la laïcité, y compris dans son actualisation la pus rigide »

Le respect des croyances de chacun, y compris leurs manifestations dans l’espace publique, est la visée première des aménagements demandés. Il n’est donc pas étonnant que le penseur suisse réclame le respect des filles voilées à l’école au nom même de la liberté. La position qui nous paraitra tendre vers le communautarisme, c’est que dans le même moment le genevois affirme qu’il n’est pas interdit de suivre les cours de biologie mais en note de bas de page il précise que « les cours de biologie peuvent contenir des enseignements qui ne sont pas en accord avec les principes de l’islam (…) il ne s’agit pas d’en être dispensé (…) il convient d’offrir aux jeunes, en parallèle, des cours de formation qui leur permettent de connaître quelles sont les réponses de l’islam aux problématiques abordées dans différents cours »

C'est à partir de ce rapport qu'entretient T.Ramadan avec les concepts modernes, tel celui de l’évolution de l’espèce, qui a poussé Jacques Jomier, dominicain et islamologue, à qualifier la démarche du penseur comme voulant non pas « moderniser l’islam mais d’islamiser la modernité ». En effet, l’occident pour Ramadan manque de morale et se trouve sur une pente glissante. Ne sachant plus apporter « des biens de salut » (M.Weber), la modernité doit ainsi être revisitée et revitalisée par l’islam.


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