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IBN ROCHD (AVERROËS) (1126-1198)

Added 28/10/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك


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Par Bennani Karim Tajeddine

IBN ROCHD (AVERROËS) (1126-1198)

Biographie

Abou Al Walid Mohamed Ibn Ahmed Ibn Mohamed Ibn Rochd naquit à Cordoue en l’an 520 de l’hégire, soit en 1126 de l’ère chrétienne. Après traduction de ses œuvres en latin, son nom devint mondialement connu par Averroès. De célèbres juristes faisaient partie de sa prestigieuse famille, dont notamment son grand-père. En dépit de sa renommée, ses mouvements furent circonscrits entre trois villes : Cordoue, Marrakech et Fès.

Ibn Rochd commença par l'étude du Coran, de la grammaire, de la poésie, de l'écriture et des rudiments de calcul. Il fut initié par son père, juge à Cordoue, à la jurisprudence, conforme aux orientations religieuses en vigueur. Après une formation de base en religion, il étudia d'autres branches du savoir : la physique, l'astronomie, la médecine, les mathématiques. Il apprit la philosophie et le droit sous la direction d'Abou Jaafar Haroun et d'Ibn Bajja, et la médecine sous celle d'Ibn Zohr (Avenzoar). En 1153, âgé de 27 ans, il se rendit à Marrakech, sur invitation du Calife Almohade Abdel Moumen Ben Ali pour des consultations relatives à l'établissement d'un certain nombre d'écoles au Maroc et à la réforme administrative de la Justice.

Il retourna de nouveau à Marrakech où il fut présenté, par son ami, philosophe et médecin, Ibn Toufaïl, au Calife Almohade, Abou Yaacoub Youssef, surnommé le « Calife intellectuel », qui lui confia alors, en 1169, la célèbre et mémorable mission de clarifier la philosophie rationaliste depuis Aristote.

Depuis lors, sous l’impulsion d’Ibn Toufaïl et du soutien au plus haut niveau du Calife, Abou Yaacoub Youssef, il devint alors le symbole de la pensée rationnelle dans l'histoire de la civilisation musulmane. A l’issue de ses travaux, il dépassa toutes les espérances en synthétisant le nec plus ultra du legs rationnel.

Surfant entre théologie et droit, à l'âge de 44 ans, il exerça la fonction de Cadi à Séville. Durant cette période, il traduisit et résuma le livre d'Aristote « de Anima ». Deux années plus tard, il exerça la fonction de grand Cadi, à Cordoue, sa ville natale. Il y exerça alors durant 10 ans. Entretemps, sa capacité de pénétration des arcanes de la philosophie se révéla au grand jour. Dans le droit fil de cette quête, il élabora l’œuvre magistrale interprétant les travaux d'Aristote par le biais de commentaires compréhensibles.

En 1182, il fut convié par Abou Yaacoub à devenir son médecin personnel, en remplacement d'Ibn Tofaïl. Plus tard, après la mort de ce Calife éclairé, il exerça la même fonction auprès de son successeur, Abou Youssef Yaacoub Al Mansour.

Cependant, navigant entre religion et philosophie, vers 1195, il fut accusé de déformer les préceptes de la foi. Ses livres furent alors brûlés, à l'exception d’ouvrages médicaux et astronomiques. Il dut fuir, se cacher, vivre dans la clandestinité et interrompit le fil de ses recherches. Finalement, il fut rappelé et emprisonné.

Contributions scientifiques

Parmi l’ensemble de ses œuvres, il laissa à la postérité d’innombrables œuvres en médecine et en jurisprudence. Au début, elles furent ses domaines de prédilection avant de se découvrir, plus tard, maître incontesté en philosophie. Il aurait écrit 78 livres sur différents sujets.

Du point de vue juridique, il consigna ses travaux dans l’ouvrage « Bidayat al Mujtahid wa Nihayat al Muqtasid », à l’issue duquel sa réputation de juriste fut solidement assise.

En tant que médecin, il était porté sur la recherche, l'analyse et le traitement des maladies, bien qu'il ait eu une plus grande tendance pour la recherche et l'étude. Son œuvre médicale la plus célèbre est « Kitab Al Kulliyate fi Attibb » (« Livre de Médecine Universelle »). En 1255, cet ouvrage fut traduit en latin par Bonacosa sous le titre de « Colliget ». Il fut publié en 1482 et en 1560 à Venise. Il devint officiellement enseigné dans les Facultés et écoles occidentales de Médecine jusqu'au XVIIe et XVIIIe siècles. En 1984, le texte arabe fut imprimé à New Delhi. Il est constitué de sept livres, comportant une introduction élogieuse en matière de physiologie. Il y exprima son attachement à la rigueur scientifique qu'il convenait d’harmoniser avec l'ensemble des traditions, aux pratiques et conseils du Prophète (Paix et Saluts de Dieu sur lui), en matière de soins. Il recommanda de se référer aux observations et aux expérimentations pratiques, d’acquérir une connaissance globale du retour d’expérience du développement des sciences naturelles. Selon lui, le développement des branches médicales ne pouvait résulter sérieusement que de la collaboration et des consultations fructueuses entre médecins.

Parmi ses autres œuvres médicales, figure des commentaires sur nombre de travaux de Galien et sur un poème médical d’Ibn Sina. Il marqua profondément le développement théorique de la médecine, ayant ouvert la voie à la compréhension des théories grecques en la matière, notamment grâce aux résumés critiques qu'il réalisa des œuvres de Galien et autres, mais aussi par ses analyses critiques de leurs théories et la formulation d'opinions dialectiques aux leurs.

Ses principales œuvres médicales sont :

1. « Tashrih Al A'lda' »/« De Anatomia. » : (Anatomie des organes). Ibn Rochd s’intéressa à l’anatomie. Il traita des sept paires de nerfs crâniens. Il décrivit les nerfs rachidiens et leurs territoires d’innervation, les quatre citernes cérébrales ainsi que les deux méninges. En référence au livre médical titré en latin par « Colliget », Ibn Rochd désigna, sans la moindre ambiguïté, le cœur comme siège de la sensibilité générale de l’être humain. Quant au cerveau, outre ses fonctions motrices, il lui reconnaissait les capacités d’imagination, de réflexion et de mémorisation. Par la même occasion, il découvrit que l'organe sensible de l'œil était la rétine. Il fut parmi les premiers à annoncer qu’elle recevait la lumière.

2. « Al Sihha » : « De Sanitate&de Complexione. », (Santé et Physiologie). En étudiant la variole, il constata que lorsqu'un malade s’en échappait, il n’en succombait plus. Il aboutit à la conclusion que la variole ne pouvait affecter le malade qu'une seule fois durant sa vie.

3. « Al Marad »/« Aegritisdinibus&Aaccientisbus.» (Maladies et accidents). Entre autres, il clarifia les conséquences de certaines maladies :

* Réponses ou conseils touchant la diarrhée.

* Commentaire moyen sur le « De febribus » (Des fièvres) de Galien.

* Commentaire du « De temperamentis » de Galien.

* « De spermate » (Du sperme).

* Questions sur la fièvre intermittente.

* Fièvres putrides.

* La rage comme maladie liée au chien.

* Maladies génétiquement transmises en complément des recherches d'Ibn Sina sur le même sujet.

4. « Al 'Alamat »/« De Signis Saenitum&Aegritudinum. » (Symptômes). Il y décrivit une multitude de maladies, leurs symptômes et leurs complications. Il y traita également des manifestations psychiques telles que la colère, la tristesse, l'anxiété et l'épilepsie.

5. « Al Adwiya Wal Aghdhiya »/« De Cibis & Medicinis. » (Médicaments et nourriture). Les herbes médicinales et la chair de vipère constituaient des éléments essentiels entrant dans la composition des médicaments. Ibn Rochd estimait qu'une alimentation saine, une eau propre et un air pur aménageaient les principes fondamentaux à la conservation d'une bonne santé. Par contre, il jugeait les médicaments comme une matière étrangère au corps, nuisible au fonctionnement de certains organes en raison de leurs diverses incidences, comme pour le foie et les reins, dont les fonctions visent à éliminer les poisons du corps. Il recommanda une sagesse toujours en vigueur : « En médecine, il y a d’abord la parole, ensuite il y a l'herbe, ensuite il y a le bistouri. »

6. « Hifz al sihha »/« De Redimine sanitatis. » (Hygiène). Il fut parmi les premiers à décrire la gale.

7. « Shifa Al amrad »/« De aegritudi num Curatione, seu Ingenio sanitatis. » (Thérapie). Il y traite de la thérapeutique médicale. Du même point de vue, une bonne partie de son ouvrage « Al-Kulliyate » est consacrée aux différents types d'aliments, de remèdes et à leurs effets. Il y fixe les processus à suivre pour déterminer les dosages des médicaments.

Entre autres, d’autres traités médicaux furent aussi élaborés :

• « Al Tiryaq » (Les antidotes). Dans cet ouvrage, il détermine les maladies susceptibles d’être soignées par antidotes, définissant la spécificité de ces maladies et les méthodes d'utilisation des antidotes.

• « Exégèse de l'Arjouza d'Ibn Sina sur la médecine ».

• Commentaires variés sur divers écrits de Galien « Al ‘Ilal wal Amradd » (Affections et maladies) et sur un poème médical d'Avicenne.

En tant qu'astronome, Ibn Rochd élabora un traité d'Astronomie: « Kitab fi Harakat al-Falak », sur le mouvement des sphères et des étoiles, abrégé d'astronomie, se référant notamment aux écrits d’Ibn Tofaïl sur le sujet.

Philosophie rationaliste

En dépit de son dynamisme intellectuel polyvalent, le meilleur de ses gloires se refléta néanmoins au travers de son apport capital au domaine de la rationalité. A l’évidence, la philosophie inspirée des Grecs « La falsafa » eut une histoire mouvementée dans le monde musulman. Dès le début, elle combina des éléments variés entre théologie, aristotélisme et

néo-platonisme. Elle culmina en Orient musulman avec Ibn Sina (Avicenne), dont le courant, plutôt spirituel, devait connaître des développements ininterrompus dans nombre de pays d’Orient.

Symétriquement, en Occident musulman, Ibn Rochd fut le grand artisan et le messager rigoureux de la pensée rationnelle, reconnaissant qu’elle avait été brillamment établie par Aristote. Il voulut alors la remettre sur les rails en éliminant les interprétations incorrectes qu’en ont données ses prédécesseurs et même les commentateurs grecs. Il se l’appropria avec assez de pénétration et de puissance pour léguer une référence mémorable portant son empreinte tout en interprétant au mieux la démarche d’Aristote. Néanmoins, selon Ernest Renan, son projet fut interrompu depuis sa mort et influença peu l’aire culturelle de laquelle il prit naissance, celle de l’Occident musulman.

Plus de huit siècles plus tard, Philippe Brachet, coopérant Français à la faculté de droit de Rabat, économiste et sociologue, écrivait au début des années 1980 que : « Descartes n’est pas né marocain » ; ce qui est paradoxal, sachant que c’est à partir de Marrakech que le courant rationnel prit forme exploitable, s’épanouissant ailleurs, sans qu’il n’ait pu avoir l’influence attendue sur place, en comparaison avec le courant initié par Ibn Sina (Avicennes), dont l’influence, selon Henry Corbin, se fait ressentir jusqu’à nos jours en Iran :

« …tandis que le péripatétisme (aristotélisme) de l’Islam occidental s’est achevé avec la mort d’Averroës, et que l’averroïsme a eu un impact considérable sur la pensée occidentale chrétienne au cours des siècles, en revanche, la philosophie iranienne, au cours de ces mêmes siècles, a tout ignoré d’Averroës et de l’averroïsme… Nous nous sommes donc attachés à rappeler ce qui commençait en Orient après Averroës. Deux grands noms typifient cette éclosion : celui d’Ibn Arabi et celui de Sohravardi, shaykh al-Ishrak. L’œuvre de celui-ci inaugure un nouveau chapitre de la philosophie iranienne en période islamique. »(1)

Les principales sources d’Ibn Rochd pour accomplir ce travail gigantesque sont:

* L’Islam

* Les savants grecs et rationalistes musulmans

* La philosophie d’Aristote

Durant une vingtaine d'années environ, Ibn Rochd parvint à clarifier les traités du corpus aristotélicien. Bien entendu, il passa au crible les apports antérieurs, des savants grecs et musulmans. Il traita de plusieurs traductions, découvrit certaines erreurs de traduction ou d'interprétations, et également quelques rajouts. En dernière étape, les commentaires furent subtilement adaptés au profit des trois catégories représentatives des forces vives de la société :

* Celle des chercheurs et savants, au moyen du Grand commentaire, « Tafsir », dans lequel Ibn Rochd énonça les difficultés de compréhension, suscitées par certains passages d’Aristote. Il exposa les différents avis présentés par les commentateurs antérieurs, les examina successivement les uns après les autres ; et élabora la sienne propre comme synthèse claire. Ce qui constitua alors un prodigieux travail d’approfondissements, surmontant les ambigüités transmises depuis des siècles et le mode d’emploi de la mise en œuvre de la pensée rationnelle.

* Celle d’étudiants, déjà familiarisés avec le sujet, au travers de commentaires moyens, « Talkhis », avec des explications assez courtes.

* Celle de jeunes élèves, au moyen du petit commentaire, abrégé, dit « Jami’. »

Impact des commentaires d’Ibn Rochd en Occident

Du côté occidental, ses commentaires devinrent rapidement célèbres grâce aux traductions latine et hébraïque. Ils exercèrent une influence considérable tant sur la scolastique chrétienne que sur la philosophie en Europe médiévale, ainsi que sur les philosophes juifs. Ils inaugurèrent une période propice au « détournement du fleuve », celui du Patrimoine universel de la rationalité, vers l’espace occidental. Ses travaux illustrent la dynamique incessante de transfert du Patrimoine de l’humanité, de civilisation en civilisation, d’où sortira directement, aux XIVe-XVIe siècles, le grand mouvement culturel de la Renaissance en Europe. Ibn Rochd influença fortement les humanistes florentin Ange Poltien et Pic de la Mirandole, figures de proue de la Renaissance.

Il convient de rappeler qu’Ibn Rochd fut bien admiré par les Juifs d'Espagne. A l’issue de l’inquisition et d’expulsions massives, les juifs, obligés de fuir l'Espagne, devinrent les principaux vecteurs de transmission de ses travaux en Europe, en particulier en Italie et en France. En l’occurrence, une part de son œuvre sera sauvée grâce aux traducteurs juifs et passera de Catalogne et d’Occitanie dans la scolastique latine. Progressivement, étant compréhensibles, les commentaires eurent un succès pratique et remplacèrent les textes originaux d'Aristote. Le philosophe Ernest Renan rend le témoignage suivant :

« Averroès a remplacé chez les juifs Aristote. C'est lui que l'on commente, que l'on abrège, que l'on découpe pour les besoins de l'enseignement. Moïse de Narbonne (Messer Vidal) et son contemporain Lévi Ben Gerson (Messer Léon) commentèrent l'illustre philosophe qualifié, comme Aristote, de Maître de la logique, « Sahib Al Mantiq. » (2)

Un des contemporains d’Ibn Rochd, l’érudit Moïse Maïmonide (Abou Omrane Moussa Ibn Maïmoun Ibn Abdallah Al Kourtoubi Al Yahoudi), fut un rabbin talentueux de Cordoue. Il partageait les mêmes préoccupations philosophiques que les savants musulmans de son temps. Il suivit étroitement les travaux d’Ibn Rochd et s’en inspira dans son œuvre maîtresse intitulée le « Guide des Egarés ». Maïmonide s’accordait avec Ibn Rochd sur le fait que la Révélation divine commandait de philosopher, bien entendu, avec intelligence et discernement. Ce faisant, de l’adoration du Créateur à la connaissance de Sa Création, la philosophie aménage bien le terrain à la maîtrise de plusieurs domaines rationnels nécessaires au gouvernement de la civilisation comme les mathématiques, la logique et la physique. Une des sagesses retenue par Maïmonide est alors, en quelques mots, que la recherche scientifique, de bonne foi, loin d'exclure Dieu, amène à mieux connaître Sa perfection. Il influença largement Thomas d’Aquin, un érudit ecclésiastique, qui le surnommait « l'Aigle de la Synagogue ». Cette influence perdura jusqu’aux siècles de lumières grâce aux philosophes : Thomas d’Aquin, Spinoza, Moïse Mendessohn… De nos jours, il est encore l'un des philosophes les plus respectés et ses théories continuent d’influencer la pensée juive contemporaine.

Du point de vue idéologique, partant du raisonnement d’Ibn Rochd, que les vérités métaphysiques pouvaient être exprimées de deux façons: par la religion et par la philosophie, les grands courants occidentaux de l’époque, dits « Averroïsme latin », s’y appuyèrent dans la perspective de justifier la séparation entre Vérité révélée et vérité rationnelle, et entre théologie et philosophie. Même si ça ne fut guère dans l’intention d’Ibn Rochd de les séparer, l’« Averroïsme latin » porta le chapeau et se chargea de la besogne de soustraire l’Eglise du courant central de la pensée occidentale. Dans ce contexte, Spinoza déclara, dans son traité théologico-politique, que la religion et la philosophie devaient être strictement distinguées. Cependant, il ne se prononça pas radicalement contre la religion, il considéra celle-ci comme

utile à ceux qui ne sont pas en mesure de philosopher. De fil en aiguille, la notion de séparation séduisit les rationalistes. Elle eut pour corollaire la possibilité de séparation entre le temporel et le spirituel, prélude à la laïcité.

En revanche, réalisant le piège tendu par l’« Averroïsme », Thomas d'Aquin réagit et l’interpréta de manière diamétralement opposée. Il proposa de réconcilier plutôt la Révélation avec la raison pour fonder la théologie comme une science rationnelle. Le philosophe Ernest Renan témoigne :

« Saint Thomas d'Aquin est à la fois le plus sérieux adversaire que la doctrine averroïste ait jamais rencontré et, on peut le dire sans paradoxe, le premier disciple du grand commentateur d'Aristote. …Albert le grand doit tout à Avicenne, et Saint Thomas d’Aquin comme philosophe doit presque tout à Averroès » (2)

Au fil du temps, le courant rationaliste occidental et celui de l’Eglise s’affrontèrent dans un duel sans issue. Le divorce entre le croire et le savoir, ainsi que le divorce entre la pensée rationnelle et la nature innée de l’être humain pesèrent sur la pensée occidentale. Ce fut de cette philosophie que partirent les premières vagues de penseurs occidentaux symbolisées par Siger de Brabant (1235-1282) à Paris, et le médecin Pietro de Abano (1250-1315) de Padoue. S’inspirant d’Ibn Rochd, ce dernier cite : « ... La médecine est appelée « philosophie seconde »: les deux disciplines sont en effet complémentaires, l'une soignant l'âme, l'autre le corps...la médecine et la philosophie sont sœurs ».

A l’évidence, l’« Averroïsme » fut instrumentalisé en fonction des circonstances, manœuvrant tantôt une vérité tantôt l’autre. Il engendra une grande polémique et influença la spéculation philosophique et théologique pendant de nombreux siècles. Selon le philosophe Henry Corbin, l’« Averroïsme latin » porte les premiers germes de la laïcité. Jusqu’à nos jours, il est encore le vecteur de la double vérité admettant la coexistence de deux vérités contradictoires l’une de l’autre : « Coexistence dangereusement instable. Selon que la balance penche d’un côté ou de l’autre, on peut parler d’une droite averroïste et d’une gauche averroïste. Le drame aigu au XIVe siècle en Occident n’a fait, depuis lors, que changer de personnages et de mise en scène. Il s’est perpétué de siècle en siècle. » (1)

Durant des siècles, l’« Averroïsme » engrena un énorme remue-ménage dans la pensée occidentale. Néanmoins, selon le clergé et la papauté, il fut jugé suspect, dangereux et non-conforme (Condamnation par l'évêque de Paris en 1270). En 1513, le célèbre pape de la Renaissance, Léon X de Médicis, déclara Ibn Rochd hérétique et le déconseilla fermement aux fidèles.

En dépit des condamnations, Ibn Rochd devint un symbole vivant de la raison éclairée et de la victoire de la pensée rationnelle sur l’obscurantisme de l’Eglise, inaugurant une ère nouvelle à partir de la Renaissance. S’inspirant de la grandeur de l’antiquité, plusieurs peintres montrèrent leur admiration envers lui. Raphaël le plaça au milieu des plus illustres philosophes grecs dans sa fresque « L’Ecole d’Athènes ». Georges Sarton, le père de l'histoire des sciences aux Etats-Unis, résume l’impact de l’« Averroïsme » en Occident :

« Averroès doit sa grandeur à l'énorme remue-ménage qu'il a provoqué dans l'esprit des hommes pendant des siècles. L'histoire de l'averroïsme s'étale sur une période de quatre siècles jusqu'à la fin du XVIe siècle, cette période mérite peut-être plus que toute autre d'être

appelée le Moyen Âge, car elle est la véritable transition entre les méthodes anciennes et modernes. »

Impact des commentaires d’Ibn Rochd sur le monde musulman

Du côté du monde musulman, le XIIe siècle fut plutôt une période charnière de grands changements, où la philosophie rationaliste fut mise à rude épreuve. A l’instar de la course du soleil, de son apogée vers son coucher, elle déclinait, après avoir mis au monde l’enfant prodige, le « rationalisme médiéval », grandissant progressivement jusqu’aux siècles des « Lumières », accouchant finalement du « rationalisme moderne ». Autrement, la dynamique des grands débats d’idées s’essoufflait, tandis qu’en Occident, elle démarrait et préparait l’élan nécessaire à la modernité. La goutte qui fit déborder le vase se produisit surtout lorsque le savant et philosophe Al Ghazali, mort en 1111, écrivit le livre : « Tahafout al falasifa » (L’incohérence des philosophes »), dans lequel il réfuta les dérives de certains philosophes rationalistes. A l’évidence, ces derniers n’avaient pas eu la clairvoyance de faire la part des choses entre Révélation et raison. Selon Al Ghazali, il n'y a pas de loi absolue de la nature, mais des volontés de Dieu à respecter et la raison doit en tenir compte. C'est Dieu qui est à l’origine des phénomènes et qui les relie, or les axiomes de base de la science sont indémontrables et la raison est impuissante à expliquer d’innombrables mystères comme la création du monde ou l'immortalité de l'âme. Il reprocha à certains philosophes rationalistes la divinisation de la raison au détriment de la Révélation: « Les connaissances consacrées par la Raison ne sont pas les seules, il y en a d'autres auxquelles notre entendement est absolument incapable de parvenir », « Force nous est, dit-il, de les accepter, quoique nous ne puissions les déduire à l'aide de la logique. Et il n'y a rien de déraisonnable à supposer qu'au-dessus de la sphère de la raison, il y ait une autre sphère : celle de la Manifestation Divine. Si nous ignorons complètement ses lois et ses droits, il suffit que la raison puisse en admettre la possibilité.» « Cette connaissance n'a pour objet bien sûr que la « connaissance de certitude » (‘ilm al yaqin) capable de faire entrevoir la « vérité de certitude » (haqq al yaqin) dans la lumière qui se produit dans le cœur de celui en qui apparaissent les vérités suprêmes du monde limité du ciel et de la terre mais aussi des vérités cachées, car de Dieu seul nous pouvons tenir le connaissable et l'inconnaissable » : (Allahu alimu Al-Ghaybi Wa Shahadati) » « Tahafout al falasifa »

Le livre d’Al Ghazali eut un retentissement et influence considérables. Alors qu’il était sensé corriger des dérives intellectuelles, menaçant l’évolution des savoirs ; il fut interprété de travers et rendit toutes les philosophies antérieures suspectes, caduques et même impies.

Vers 1188-1189, des rébellions au Maghreb central et une guerre sainte contre les chrétiens en Andalousie favorisèrent l’émergence de théologiens du type « Hommes d’interprétation dialectique ». Symboliquement, Ibn Rochd définit les principales catégories de la société comme suit:

« Dans le domaine de la religion, les êtres humains, affirme-t-il, se divisent, en trois catégories : 1. Une catégorie de gens qui ne sont pas des hommes d’interprétation. Ce sont les gens accessibles seulement aux argumentations oratoires et qui constituent la grande masse ; car il ne se trouve aucun être humain sain d’esprit qui soit étranger à cette sorte d’assentiment ; 2. La seconde catégorie est celle d’hommes d’interprétation dialectique. Ce sont les dialecticiens par nature seulement ou par nature et habitude ; 3. La troisième catégorie est celle d’hommes d’interprétation certaine. Ce sont des hommes de démonstration

par nature et par art, je veux dire l’art de la philosophie. Cette interprétation ne doit pas être exposée aux hommes de dialectique et à plus forte raison au vulgaire. »

Or la catégorie d’« Hommes d’interprétation dialectique » se distingua par ses harangues, exhortant au jihad. Elle développa alors un art oratoire propice aux circonstances et devint très influente auprès des masses. Entretemps, craignant les revers de la médaille de l’esprit critique, elle prit soin de discréditer le rationalisme auprès de l’opinion publique selon une interprétation réductrice de l’œuvre d’Al Gazali. A l’évidence, en période de troubles, les recherches, les études et les livres perdent de leur importance au profit d’une mobilisation guerrière collective face à l’adversité. Dans cette perspective, la catégorie de dialecticiens fut projetée au devant de la scène. Néanmoins, elle prit l’habitude, plus tard, de livrer des interprétations approximatives, voire aléatoires, dépourvues de démonstrations. En bout de chaine, ils contribuèrent à propager des modes de pensée et des comportements insensés auprès de la majorité de la société.

Ibn Rochd prit conscience des ravages causés par une médiatisation outrancière induisant la méfiance envers la philosophie rationaliste. En réaction, il composa les ouvrages suivants :

1. « Tahafout al falasifa » réfutant méthodiquement le livre d’Al Ghazali « Tahafout attahafout » (« Incohérence de l'Incohérence ».

2. « Découverte des méthodes démonstratives concernant les dogmes religieux (en 1189) ». Il y traita de plusieurs points fondamentaux de la Foi en substituant aux formulations et aux arguments des écoles précédentes, un exposé logique, fondé sur le Coran et sur le raisonnement critique, convenant à toutes les catégories. Il y recommanda de se référer aux sources objectives incontestables. Dans l’ensemble de ce traité, il proposa la convergence de trois perspectives doctrinales: la Révélation coranique, la théologie musulmane et la philosophie rationaliste.

3. « Le Traité décisif » énonçant le principe de la double vérité ; à savoir que si les vérités de la Révélation et de la raison sont vraies, elles ne peuvent guères se contredire : « Si les paroles de Dieu sont vraies et si elles nous invitent au raisonnement philosophique qui conduit à la recherche de la vérité, il en résulte certainement pour l'homme de Foi que le raisonnement philosophique ne nous mène pas à une conclusion contraire à la vérité divine, car si l'une est vérité et l'autre vérité, la vérité ne peut contredire la vérité mais s'harmonise avec elle et témoigne en sa faveur »

En vue de fonder une norme objective pour chaque génération, il proposa d’unir le « rationnel » (ma‘qul) et le savoir « transmis » (manqul) d’anciennes générations. Quant aux raisonnements intermédiaires, ils ne doivent être diffusés que s’ils sont structurés et finalisés afin d’éviter les mauvaises interprétations et les nuisances des dialecticiens. Car, la position qu’il trouve injustifiée est celle des « mutakallimun », au verbe habile, se plaisant dans les jouxtes oratoires aléatoires pour gagner la confiance du profane et aménager l’ascension vers des positions politiques confortables.

Quant aux savants rationalistes, prétendant tout résoudre par la raison, comme rappel à l’ordre, il leur recommanda de bien situer le rôle de la raison dans des limites admissibles avec la Révélation. Si la rationalité constitue un excellent outil d’organisation et d’exploration du monde manifeste « ‘Alam Ashahada », par contre il y a des exigences à respecter par rapport à la Révélation.

Rapport entre Révélation et philosophie rationaliste

C’est dans son Traité décisif qu’Ibn Rochd tente d’élucider ce rapport. Il interroge alors la position de la Révélation sur la philosophie rationaliste: Est-elle permise, défendue ou au contraire, ordonnée par Dieu ? Car, comme toute activité humaine, la philosophie est strictement soumise au jugement de la Révélation.

En parcourant le Coran, il estime que si, dans plusieurs textes coraniques, Le Créateur invite les croyants, parmi les plus intelligents, à explorer les merveilles de l’existence, c’est que ces « doués d’intelligence » n’allaient pas tarder à faire usage de l’un des précieux dons de Dieu, celui de la rationalité, pour découvrir les subtilités de mécanismes logiques régissant l’extraordinaire unité de la Création. Il conclut alors à la nécessité d’utiliser la spéculation philosophique sur des choses existantes en tant qu’elles permettent de remonter à la Puissance du Créateur.

En effet, quelques versets suivants invitent les « doués d’intelligence » à méditer sur les Signes des Mondes du Créateur:

* « Dans la création des cieux et de la terre, dans la succession de la nuit et du jour, il y a vraiment des Signes pour ceux qui sont doués d'intelligence. » Coran (3,190)

* « Nous leur montrerons Nos signes dans les horizons et en eux-mêmes jusqu'à ce qu’il leur devienne manifeste que c’est la vérité…» Coran (41,53).

* « Voici un livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent.» Coran (38,29)

* « Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu le savoir » Coran (58,11).

* «… Dis : « Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? Seuls les doués d'intelligence se rappellent. » Coran (39, 9)

Concernant le rapport des musulmans avec les sagesses du Patrimoine universel de l’humanité, selon Ibn Rochd, il est un devoir de recourir aux résultats essentiels des prédécesseurs, quels qu’ils soient, même s’ils ne sont pas des coreligionnaires. Car, à l’instar de l’instrument servant à l’abattage d’animaux, il n’y a pas besoin d’examiner s’il appartient ou non à l’un des coreligionnaires, il suffit seulement que l’instrument ou la connaissance en question remplisse les conditions de validité.

Toute sagesse, dont la philosophie, est donc soumise à la Révélation, mais en même temps sa quête est intimement ordonnée par la Révélation. Le but ultime étant d’appeler les hommes au bonheur par la connaissance de Dieu.

Finalement, Ibn Rochd donne son avis sur l’usage de la philosophie : il est prescrit à celui qui est capable de philosopher de philosopher, en cas de contradiction entre la philosophie et le sens littéral de la Révélation, d’interpréter la Révélation et de tenir l’interprétation secrète pour tous ceux dont ce n’est pas la vocation.

Ibn Rochd se pose de nouveau une autre question fondamentale: La philosophie à laquelle la Révélation donne pouvoir est-elle entièrement libre ? Peut-elle ne point se soucier de la Révélation ?

Il y répond en posant cinq conditions :

* L’interprétation ne doit pas aller contre l’usage de la langue arabe.

* Si le sens littéral de la Révélation contredit le résultat de la démonstration, on trouvera toujours en la réexaminant profondément, un passage qui, pris en son sens littéral, « témoigne en faveur de cette interprétation ou se rapproche d’un tel témoignage »

* Les passages, à propos desquels les musulmans sont unanimes sur le fait qu’ils sont à comprendre littéralement, ne doivent pas être interprétés même si Ibn Rochd soutient que dans la réalité le consensus total est rarement établi.

* Les doctrines qui sont connues au moyen des trois façons de convaincre (argumentations démonstrative, dialectique et rhétorique) ne doivent pas être interprétées.

* L’interprétation ne doit pas remettre en cause l’existence des choses, déjà élucidée par la Révélation, on n’interprète que la qualité de ces choses.

Par l’entremise de ces exigences, Ibn Rochd trace les limites à la liberté d’action de la philosophie d’opérer dans le territoire de la Révélation. Mais comme la philosophie agit, en étant soumise aux cadre et principes de la Révélation, la philosophie est liée à la vérité qu’elle atteint par sa propre connaissance. Ibn Rochd affirme en définitive la supériorité de la Révélation par rapport à la raison. Il reconnaît sans équivoque Sa primauté et concède néanmoins à la philosophie la capacité d’atteindre les vérités transmises par la Révélation par ses propres forces. Dans son « Traité décisif », il conclut alors à l’obligation pour le croyant de faire aussi usage de raison, parce qu’elle est sœur de la foi : « Ce sont deux aspects différents de la même vérité ; aucune contradiction entre eux. » C’est ce qu’Il affirme clairement, dès le début de son livre : « Nous disons donc : si l'œuvre de la philosophie (Falsafa) n'est rien de plus que la spéculation sur l'univers en tant qu'il fait connaître l'Artisan (je veux dire en tant qu'il est œuvre d'art, car l'univers ne fait connaître l'Artisan que par la connaissance de l'art qu'il révèle : plus la connaissance de l'art qu'il révèle est parfaite, plus est parfaite la connaissance de l'Artisan), et si la Loi religieuse invite et incite à s'instruire par la considération de l'univers, il est dès lors évident que l'étude désignée par ce nom de philosophie est, de par la Loi religieuse, ou bien obligatoire ou bien méritoire.» « Que la loi divine invite à une étude rationnelle et approfondie de l’univers, c’est ce qui apparaît clairement dans plus d’un verset du Livre de Dieu (le Béni, le Très-Haut !). Lorsqu’on dit par exemple : « Tirez enseignement [de cela], Ô vous qui êtes doués d’intelligence ! » C’est là une énonciation formelle montrant qu’il est obligatoire de faire usage du raisonnement rationnel et religieux à la fois. »

Espoirs d’Ibn Rochd exaucés ?

A partir de 1195, Ibn Rochd fut accusé d’hérésie et devint victime d’une campagne de sabotage visant à anéantir ses œuvres. Sous la pression d’une catégorie d’oulémas, le Calife Abou Youssef Yaacoub Al Mansour sacrifia alors les philosophes rationalistes. Ibn Rochd fut exilé en 1197 à Lucena, petite ville andalouse. Après un court exil d’un an et demi, il fut rappelé au Maroc où il reçut le pardon du Calife.

Il convient de souligner qu’Ibn Rochd avait le souci de restituer rigoureusement la philosophie aristotélicienne, comme l’objet d’une extraordinaire expérience dont il fallait respecter toutes les données d’entrée. Or, du point de vue métaphysique, il ne manqua pas de transmettre fidèlement, entre autres, les spéculations aristotéliciennes sur La Création et suscita la méfiance des théologiens. Aristote croyait en effet que La Création est sans commencement ni fin temporel, où les sphères tournent éternellement, dépendantes de l'activité éternelle du Premier Agent, « Dieu », alors que, selon le Coran, Seul Le Créateur est Incréé et Eternel et que tout doit périr à terme, y compris La Création : « …Tout doit périr, sauf Son Visage. A Lui appartient le jugement ; et vers Lui vous serez ramenés. » Coran (28,88).

En dépit des condamnations dont il fut l’objet, une analyse de ses œuvres montre qu’il avait une connaissance argumentée du Coran, des traditions enseignées par le Prophète (Paix et Saluts de Dieu sur lui) et qu’il ne pouvait guère associer aucune divinité avec Allah. Dans l’un de ses écrits médicaux, en rapport avec l’organisation judicieuse de l’anatomie, il reconnaissait la Puissance du Créateur dans Ses œuvres : « Quiconque étudie l'anatomie augmente sa foi dans l'Omnipotence et l'unité de Dieu Tout Puissant ».

Du même point de vue, quand le problème de la corporéité de Dieu fut posé, il recommanda que la meilleure attitude résidait à ne point s’écarter de la Loi, c'est-à-dire, de n’attribuer à Dieu ni corporéité ni incorporéité. Il cita la métaphore « des yeux des chauves-souris » incapables de voir le « Soleil », pour signifier, tant aux gens du commun qu’aux savants rationalistes, l’incapacité des êtres humains à cerner Dieu dans Sa Véritable Grandeur.

Après sa mort, conformément à ses vœux, ses cendres furent transférées à Cordoue. Pour nombre de penseurs occidentaux, ses funérailles symbolisent l’achèvement de l’aventure de la pensée rationaliste en terre d’Islam. Le savant andalou, Abou Bakr Mohammed Ibn Al Arabi, relate l’épisode légendaire de rapatriement de ses cendres, de Marrakech vers Cordoue… :

« Je n’eus plus l’occasion de le rencontrer jusqu'à sa mort (Celle d’Ibn Rochd) qui survint en l’année 595 de l’hégire (1198), à Marrakech. Ses restes furent transférés à Cordoue, où est sa tombe. Lorsque le cercueil qui contenait ses cendres eut été chargé au flanc d’une bête de somme, on plaça ses œuvres de l’autre coté pour faire contrepoids. J’étais là debout en arrêt ; il y avait avec moi le juriste et lettré Abou Al Hossayn Mohammed Ibn Jobayr, secrétaire du Sayyed Abou Sa’îd (prince almohade), ainsi que mon compagnon Abou Al Hakam ‘Amrou Ibn Al Sarraj, le copiste. Alors Abou Al Hakam se tourna vers nous et nous dit : « Tu dis que je n’observe pas, O mon enfant ? Mais certainement que si. Que bénie soit ta langue ! » Alors je recueillis en moi (cette phrase d’Abou Al Hakam), pour qu’elle me soit un thème de méditation et de remémoration. Je suis maintenant le seul survivant de ce petit groupe d’amis- que Dieu les ait en sa miséricorde- et je me dis alors à ce sujet : D’un coté le maître, de l’autre ses œuvres. Ah ! Comme je voudrais savoir si ses espoirs ont été exaucés ! »

Et Dieu dit la vérité et guide dans la voie vraie ! 

Note:

1)"Henry Corbin" dans son livre "Philosophie Iranienne et Philosophie Comparée".


L'auteur

Bennani Karim Tajeddine est notamment l'auteur en 1993, du livre « Trait d'union » traitant de scénarios d’avenir de la civilisation musulmane. Des publications variées figurent sur les sites : Oumma.com, lacitevirtuelle.com, Islam.leschallenges.com, « Pouvoir Mondial » et Uml.edaama.org. Dans le cadre du Projet international « Aristoth Interreg III B Medocc. Mediterranea Héritage Scientifique Interculturel, ayant eu lieu à Murcia (Sud d'Espagne) de juin 2007 à janvier 2008, sa publication : « L’Imagination créatrice dans le personnalisme musulman », édité en 1997, a été sélectionnée pour représenter l’héritage scientifique des savants musulmans du bassin méditerranéen. Cet article et son résumé ont été traduits en plusieurs langues. Ils sont publiés dans le catalogue espagnol référencié par ISBN : « 978-84-96760-15-8. »

Récemment, le livre : « Une Civilisation Musulmane Universelle » a été publié par les maisons d’édition : « Wallada » au Maroc et « Tawhid » en France. Ce livre recommande un effort évolutif de transformation des pays musulmans dans le cadre d’une civilisation musulmane évolutive dont le but du changement est de tendre vers l’idéal d’« Une civilisation musulmane universelle. » Cette démarche s’inspire des méthodes de la relativité générale d’Einstein ayant permit de transformer rapidement le repère classique dit « Galiléo-Newtonien » en repère extensible évolutif permettant de résoudre les contradictions antérieures. Préalablement, le changement irréversible de mentalités vers des niveaux croissants est nécessaire pour édifier toute civilisation évolutive, car Dieu ne change positivement les conditions des êtres humains que s'ils décident fermement de changer ce qu’il y a en eux-mêmes conformément à Sa Parole :

« Dieu ne change l'état d'un peuple que s'ils changent ce qu'il y a en eux-mêmes » Coran (13,11)

Le livre « Une Civilisation Musulmane Universelle » est présenté ci-après :

http://www.orientica.com/index.php?publishers_id=6&page=1&sort=3d http://www.culturelang.com/Une_Civilisation_Musulmane_Universelle-Tajedinne_Bennani_Karim-livre_methode-Histoire_civilisations-9521-1_26.html http://books.google.fr/books?id=hXRiUuIR3-MC&pg=PA3&lpg=PA3&dq=civilisation+musulmane+universelle+bennani+karim+tajeddine&source=bl&ots=gGA8_MEd_1&sig=8bejO9cIBcfSi0_wUd43nrcGhUw&hl=fr&ei=MZdOTfHHLImPswb8uayRDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CB4Q6AEwAQ#v=onepage&q&f=false http://oumma.com/Une-civilisation-musulmane http://association84alire.free.fr/index.php?cat=48&cats=83 http://www.yawatani.com/civilisation-histoire/


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LES SAVANTS MUSULMANS:IBN KHALDOUN (1332-1406)

Added 17/9/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

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Par Bennani Karim Tajeddine

IBN KHALDOUN (1332-1406)

Au XIVe siècle, les rivalités dynastiques déchiraient énormément le Maghreb, dispersant les rangs unis d’autrefois. En contrepartie, la « Reconquista » chrétienne s’activait pour donner le coup de grâce à la présence musulmane en Andalousie. Elle finit alors par la circonscrire dans l’espace, dans le dernier bastion de Grenade. A la même époque, le Moyen Orient subissait l’invasion de Timour Lang. Néanmoins, l’équilibre des forces s’organisait en faveur de l’émergence de la puissance ottomane, contrebalançant les offensives et jouant, autrement, le rôle d’amortisseur à une chute brutale, différée progressivement en un lent processus de déclin, étalé sur plusieurs siècles. L’empire ottoman, se substituant au califat antérieur, eut longue vie pour représenter le monde musulman. Il dura jusqu’à la deuxième décennie du XXe.

 

Plus d'un siècle après la mort d’Ibn Toufaïl et d’Ibn Rochd, la pensée musulmane perdit de sa vigueur créatrice. Elle se replia sur des concepts conservateurs, invariables au gré des générations: tarissement des réflexions, déclin des controverses juridiques, réduction des sciences et des lettres. Selon nombre de chercheurs occidentaux, dont entre autres : Henry Corbin et Ernest Renan, l’influence de la pensée rationnelle dans le monde musulman s’acheva avec Ibn Rochd. Plus généralement, les historiens occidentaux de la philosophie ont précisé même sa date, coïncidant avec la mort d’Ibn Rochd à Marrakech, en 1198, considérée aussi comme celle des funérailles de la philosophie rationaliste musulmane.      

 

Dans le droit fil de ce contexte, battant en retraite par rapport à la splendeur des premières générations de savants, qu’Ibn Khaldoun déploya l’effort et le talent nécessaires pour établir les causes du déclin du monde musulman. Il se consacra à la compréhension des événements de son temps à partir de l’observation de la société maghrébine. Il élabora alors une œuvre magistrale sur l'histoire et la sociologie de la grandeur et de la décadence des civilisations. Lorsqu'il étudia le fondement du pouvoir ou l'origine des dynasties, il le fit avec professionnalisme, un siècle avant Machiavel dans son livre « Le Prince ». Lorsqu' il définit la méthode historique pour servir de base à une histoire rationnelle, il le fit bien avant Montesquieu dans l'Esprit des Lois ou de l'étude sur la grandeur et la décadence des Romains. Paradoxalement, ce fut en phase de régression de la civilisation musulmane qu’il fonda une nouvelle science ayant pour objet l’étude des civilisations.  

Abd Arrahman b. Mohammed Ibn Khaldoun naquit à Tunis, d’une famille arabe originaire de l’Andalousie, fixée de longue date à Séville. Cette famille compta de grands lettrés, de hauts fonctionnaires et d’hommes politiques célèbres. Il approfondit ses études à Tunis où la cour de la dynastie des Mérinides attirait des savants de renom. Il accéda à la culture philosophique du passé et de son époque. Il se posa le problème des fondements et de la portée du rationalisme. Il résuma un ouvrage de méthodologie théologico-philosophique d'Al Razi. Comparant son époque à celle du commencement de la civilisation musulmane, tendue, métaphoriquement comme un arc inflexible vers la cible du rayonnement dans le temps, il conclut alors à la nécessité d’une renaissance basée sur un nouvel effort de quête des connaissances. Il symbolisa la symétrie possible entre deux périodes, passé et futur, se reflétant devant le miroir du temps, par la célèbre allégorie de la similitude entre deux gouttes d’eau. En tant que savant résolu sur une destinée glorieuse de la civilisation musulmane, il prophétisa la cible à atteindre dans le futur, en conformité avec la Volonté divine :

 

« Le passé et le futur se ressemblent comme deux gouttes d’eau. » !!!

 

Néanmoins, il prit conscience que des changements régressifs s’introduisaient,   imperceptiblement, de génération en génération, notamment en Occident musulman, propices à la dévalorisation de la raison.

 

Deux références coraniques révèlent les processus évolutif et involutif des civilisations :

 

  • La première montre qu’une société peut évoluer positivement à condition que ses membres ne cessent de faire l’effort de changer également positivement :

 

« Dieu ne change l’état d’un peuple que s’ils changent ce qu’il y a en eux-mêmesCoran (13,11)

 

  • Par contre, la deuxième souligne que lorsqu’une société, ayant, antérieurement, changé positivement et atteint le rayonnement, se gonfle d’orgueil par la suite, se plait dans ses défauts, ses contradictions et ses mauvaises habitudes ; elle suit alors, négativement, le processus inverse, celui du déclin, conformément à la Parole divine :

 

« C'est qu'en effet Allah ne modifie pas un bienfait dont Il a gratifié un peuple avant que celui-ci change ce qui est en lui même. Et Allah est, Audient et Omniscient. » Coran (8,53)

 

A l’évidence, les historiens peuvent démontrer la puissance et le bien fondé des versets ci-dessus, lesquels demeurent des commandements infaillibles montrant le processus des flux et reflux :

 

  • Ibn Khaldoun, fondateur de l’histoire moderne, résume, en peu de mots, les conséquences du déclin, notamment sur le devenir de la civilisation Maghrebo-andalouse :

 

« Lorsque le vent de la civilisation eut cessé de souffler sur le Maghreb et Al Andalous, et que le dépérissement des connaissances scientifiques eut suivi celui de la civilisation, les sciences disparurent... On en trouve seulement quelques notions, chez de rares individus, qui doivent se dérober à la surveillance des docteurs de la foi orthodoxe. »

 

  • Plusieurs siècles après, au XVIII siècle, l’historien Louis Chénier, auteur de deux ouvrages importants, l’un consacré à l’empire ottoman et l’autre au Maroc, s’interroge sur les causes du déclin d’une civilisation qui avait pourtant donné le bon exemple à l’Europe :

 

« Je ne concevais pas qu’une nation qui n’est qu’à deux pas de l’Europe, qui en avait conquis et ravagé une partie, qui en avait peut-être adouci les mœurs en introduisant ces romans ingénieux qui réunissent les vertus et les bienséances aux sentiments de la galanterie, eût dégénéré au point d’être à plusieurs siècles loin de nous. Je ne concevais pas qu’un peuple éclairé déjà, lorsque l’Europe a reçu les premières idées de civilisation, fut revenu sur ses pas et qu’il eût repris la façon de vivre des nations qui ont vécu quatre mille ans avant nous[…].Tel est le pouvoir du temps et des préjugés sur l’esprit des nations ; après une suite d’événements qui changent la face de l’univers, on voit des peuples féroces parvenir à cette urbanité dont l’Europe se glorifie, tandis que les peuples policés retombent dans la barbarie et dans l’obscurité. »

 

Dans son effort d’appliquer la rationalité à la civilisation, Ibn Khaldoun se consacra à l'adéquation des systèmes théoriques logiques aux structures du réel. A l’issue d’une peste qui décima sa famille, il entama une carrière politico-administrative fertile en rebondissements et en aventures. De 1350 à 1372, il servit plusieurs dynasties au Maghreb et en Espagne avec des missions variées. Il fut témoin d’une activité débordante d'intrigues sans scrupules, des contacts diversifiés entre de multiples tribus et d’arbitrages entre belligérants. Il fut un observateur clairvoyant bien placé pour découvrir les enjeux et le fonctionnement des sociétés maghrébines. Entre autres, dans le cadre des missions qui lui furent confiées, il eut affaire à Pierre le cruel à Séville. D'une existence fluctuante autour une large gamme d’expériences riche du point de vue psychosociologique, il retira finalement une connaissance incomparable des mécanismes politiques régissant l'exercice du pouvoir, notamment au Maghreb. En 1372, il se retira dans la forteresse d'Ibn Salama en Oranie. Doué d'une intelligence hors du commun, consacrée à la compréhension d’une communauté en déclin, il sut combiner subtilement entre science et actions pragmatiques sur terrain. Durant quatre ans, il synthétisa le fruit de ses expériences et connaissances en élaborant l'ouvrage qui va fonder sa gloire: « Al Muqaddima », prolégomènes, une volumineuse histoire universelle, « Kitab Al 'Ibar », entre 1375 et 1379.

 

De retour à Tunis, il dispensa des cours novateurs qui suscitèrent l'enthousiasme des étudiants, mais éveillèrent la susceptibilité des conservateurs malveillants. En cette période, caractérisée par un processus involutif déjà enraciné, voyant d’un mauvais œil les recherches, des « pseudo-savants » encourageaient le statu quo et réagissaient mal à toute nouveauté hors norme. De fil en aiguille et de bouche à oreille, la personnalité d'Ibn Khaldoun finit alors par déplaire. La réaction des juristes n’allait pas tarder. Elle provoqua alors son départ définitif du Maghreb. Il s’installa au Caire où il occupa une chaire de droit. Il exerça alors la fonction de grand Cadi malékite qu'il perdit et retrouva périodiquement, en raison d’une mentalité contagieuse, devenue inquisitrice au moindre écart. Pendant quatorze ans, il se consacra à ses cours. Il revit son histoire universelle à laquelle il adjoignit un appendice vers 1395 : « Le Ta'rif », introduction. Il se consacra à la communication d'une conscience créatrice plus qu'autobiographique. En 1400, il rencontra personnellement le Mongol Timour Lang. Il ne put le convaincre de faire machine arrière, qui, plus tard, s’empara de Damas. Ce fut à l’issue de témoignages de drames que s'acheva la riche parabole de ses réflexions et de sa vie en 1406.

 

La contribution essentielle d'Ibn Khaldoun réside dans la philosophie, l'histoire et la sociologie. Sa première démarche fut d'assigner à l'histoire une place essentielle dans l'échiquier des connaissances d'où elle était absente auparavant. Il définit l’objet de la nouvelle discipline comme étant la réalité vécue des hommes. Il fixa des normes rigoureuses permettant une restitution historique fidèle des faits. En même temps, il exclut toute spéculation ou de prédétermination du futur : d’’une part, la réflexion, les phénomènes et les lois d'évolution de l’histoire n’avaient pas besoin de s’appuyer sur la philosophie ; et d’autre part, conformément aux normes de chaque époque, son projet visait une réalité socioculturelle sans rapport avec un quelconque devenir. Autrement, Ibn Khaldoun mit en place une nouvelle science permettant de comprendre le mécanisme des comportements historiques et la singularité des faits pour les situer dans une totalité structurée. En recourant aux multiples références d’événements, il voulait s’assurer de la validité des faits et de respecter leur insertion dans un enchaînement structurel susceptible de conduire au développement de la civilisation. Dans le cadre de l’analyse psychosociologique des populations maghrébines, le comportement sociopolitique du groupe, décrit dans son ouvrage, est modélisé comme la naissance d'un clan ('assabiyya), cohésion de sang, identité d'intérêts et de comportements, qui fonde ce groupe. Si le clan se fortifie davantage et émerge, il est soumis alors à la dynamique d'une évolution qui cristallise sa puissance et cherche à s’imposer aux autres clans. A partir de ce développement, si le clan naissant veut aspirer à plus de pouvoir, il doit alors recourir à la religion. Au fil de l’ascension et à chaque phase de l'évolution sociale correspond un type de comportement religieux du clan. En phase ultime, il sous-tend le mouvement d'une « 'assabiyya» vers le mulk, royauté, d'où l’importance de propagandes idéologiques, s’appuyant sur des principes religieux, permettant au clan de manifester sa puissance. Inversement, en phase de déclin du clan, le sentiment religieux se dénature et se dissout en fonction de l’affaiblissement des liens de solidarité de la « 'assabiyya ».

 

L’œuvre d’Ibn Khaldoun : Al Muqaddima

Son œuvre aurait pu disparaitre à jamais, sans faire partie du Patrimoine universel de l’humanité. Heureusement, Ibn Khaldoun avisé, s’assura que quelques copies manuscrites de ses travaux soient distribuées dans les hauts lieux des savoirs : de Fès à Istambul, en passant par Tunis et le Caire.  Or, il fallut attendre cinq siècles pour que la première édition arabe d’ « Al Muqaddima » fût imprimée à Bulaq, près du Caire. En 1858, une édition parisienne du texte arabe fut effectuée. A la seconde moitié du XXe siècle, on put de nouveau disposer de deux excellentes traductions à partir du dernier manuscrit d’Ibn Khaldoun, authentifié et daté de l’année 1402, quatre ans avant sa mort. Il y mentionnait comme témoignage :

 

« C’est un ouvrage entièrement scientifique, qui forme un préambule ornemental à mon livre d’histoire. Je l’ai collationné autant que j’ai pu et je l’ai corrigé. On ne peut trouver de copie qui soit supérieure à celle-ci. »

 

La version anglaise de Franz Rosenthal parut en 1958, sous le titre de « An Introduction to History ». Dans sa préface, il qualifia Ibn Khaldoun de génie.

 

La version française de Vincent Monteil, publiée en 1967, sous le titre de « Discours sur l’Histoire universelle » (Al Muqaddima), confirmait l’éloge de Rosenthal :

 

« Ibn Khaldoun est fort en avance sur son temps. Aucun de ses prédécesseurs ou de ses contemporains n’a conçu ni réalisé une œuvre d’une ampleur comparable. Aucun, même s’il se rapproche de lui sur certains points, n’a eu l’esprit tourné vers des préoccupations aussi modernes »

 

En conséquence, Ibn Khaldoun apparaît comme un homme de son temps, fortement ancré dans son milieu historique, et en même temps, comme un talentueux visionnaire, en avance de plusieurs siècles. En traversant les siècles, « Al Muqaddima » eut l’avantage de restituer les conditions de vie au Maghreb : les conditions de travail et de vie dans les campagnes et dans les cités urbaines ; les différents métiers et la régulation de marchés ; les relations entre les groupes sociaux ; les inégalités sociales et les injustices. Son œuvre peut être considérée aujourd’hui comme le diagnostic de la civilisation maghrébine, à une époque remontant à six siècles en arrière. Or, une civilisation qui a un passé, et en reprenant la célèbre métaphore d’Ibn Khaldoun : « Le passé et le futur se ressemblent comme deux gouttes d’eau. », on peut espérer un avenir radieux aux maghrébins, à condition de surmonter les non-conformités, diagnistiquées depuis Ibn Khaldoun et jusqu’à présent, par rapport à l’idéal d’une civilisation universelle.  L’œuvre d’Ibn Khaldoun ne cessera d’interpeller cette partie de l’Afrique, pour l’inviter de nouveau à jouer le rôle de trait d’union entre civilisations.

 

Au-delà du Maghreb, il se fixa l’objectif de découvrir les lois universelles présidant à la naissance, à la vie et à la disparition des civilisations. Il n’hésita pas à se référer aux sources disponibles : auteurs grecs, byzantins et musulmans. Bien qu’il visât les populations du Maghreb, son œuvre est généralisable à toute l’humanité.

 

Même dans le domaine scientifique, il eut des intuitions brillantes. A l’instar de Ptolémée, grand astronome du IIe siècle, il décrivit la Terre comme ayant une forme sphérique. S’agissant de la gravitation, il ajoutait, avant la Renaissance des sciences: « le dessous naturel de la terre, c’est le cœur et le centre de sa sphère, vers lequel tout est attiré par la pesanteur ».

 

A l’occasion du 600e anniversaire de sa mort, un vibrant hommage lui fut rendu dans plusieurs pays : Maroc, Tunisie, Algérie et Espagne. 

 

Les conclusions du grand historien anglais, Arnold Toynbee, sur Ibn Khaldoun, condense magistralement les hommages rendus antérieurement et qui lui seront de nouveau rendus postérieurement pour ses travaux brillants, écrivant en 1935, dans son « Study of History », qu’Al Muqaddima restait :

 

« … sans aucun doute, la plus grande œuvre de son genre qui ait jamais été créée encore par qui que ce soit, en tout temps et en tout lieu ».

             

 


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LES SAVANTS MUSULMANS:Ibn Tofaïl (1100- 1185)

Added 18/8/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

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Par Bennani Karim Tajeddine

Ibn Tofaïl (~ 1100- 1185)

 

Le nom de cesavant prestigieux est Abou Bakr Mohamed Ben Abdelmalek Ben Mohamed Ibn Tofaïl AlQaïsi en référence à la tribu arabe des Beni Qaïs, famille originaired’Arabie. Il est aussi désigné par plusieurs pseudonymes en référence aux lieuxoù il séjourna : Al Andaloussi (L’Espagnol), Al Qortobi (L’habitant deCordoue), Al Ichbili (L’habitant de Séville). Son surnom Abou Bakr est de tempsen temps remplacé par Abou Djaffar (le père de Djaffar : son second fils). Lesscolastiques le nomment aussi Abubacer, transcription latine de son surnom arabeAbou Bakr.

 

Ibn Tofaïl naquità Oued Aïch (aujourd’hui Guadix), probablement dans l’intervalle des dix premièresannées du XIIe siècle. Cette petite ville, où ilpassa vraisemblablement son enfance, est située à une soixantaine de kilomètresau Nord-est de Grenade, au milieu d’une haute plaine très fertile. Elle doitson nom à la petite rivière qui la baigne, l’Oued-Aïch (le Guadix), hautaffluent de la Guadiana Menor, débouchant dans le Guadalquivir (Oued El Kébir). Malgréqu’Ibn Tofaïl ait été à l’origine de la compilation de l’essentiel duPatrimoine de l’humanité dans le domaine de la rationalité, peu de choses sontconnues sur son autobiographie, en particulier sur sa famille, sur sonenfance et sur sa jeunesse. Toujours est-il que l’élégance et la pureté de sonstyle, son savoir encyclopédique, reconnu par les plus éminents de sescontemporains, laissent deviner l’étendue et la solidité de ses savoirs etexpériences. Il possédait des connaissances exhaustives dans tousles domaines scientifiques de son temps, en particulier en médecine, enphilosophie et en astronomie. Il devint alors l’un desphilosophes les plus remarquables parmi les savants de l’Andalousie. Il serendit célèbre comme médecin, mathématicien, astronome, philosophe et poète. Ildemeure un savant encyclopédique exemplaire, universel. En dépit de l’impossibilitéd’identifier le réseau de savants à l’origine de la qualité de ses savoirs et lesvilles par lesquelles il étudia les diverses sciences, il est permis de supposerque ce fut au sein des milieux savants de Séville et de Cordoue, les deuxgrands Centres intellectuels de l’Espagne musulmane dont il prit les surnoms.

 

Au commencement, il eut leshonneurs à la cour des Almohades et occupa plusieurs fonctions d’importance.Après avoir exercé les fonctions de secrétaire auprès du gouverneur de Grenade etde secrétaire à la cour de l'Emir Abou Saïd, gouverneurde Tanger et fils du fondateur de la dynastie Almohade,il devint finalement vizir et médecin rattaché à la personned’Abou Yaakoub Youssef, second Calife/Roi de la dynastie des Almohades (ayantrégné de 1163 à 1184). Ce souverain ne cessa alors de l’honorer de sonintimité.

 

Entre autres, dans le domaine del’astronomie, Ibn Tofaïl fit preuve d'idées novatrices sur la composition descorps célestes et de leur mouvement. Le témoignage de Léon Gauthier, rapportédans son ouvrage sur Ibn Tofaïl, confirme que même si ce dernier n'a pas laisséd'écrit détaillé sur l'astronomie, à part quelques courts passages dans lelivre « Hayy Ibn Yaqdhan » (Le vivant fils du vigilant), il était plutôtinsatisfait par rapport au système astronomique élaboré par Ptolémée. Ilprônait alors un nouveau repère interprétant au mieux l’univers. Pour étayercette thèse, l'auteur se réfère aux témoignages d'Ibn Rochd et du grandastronome andalou Al Bitrogi (Alpetragius des Latins). Selon IbnRochd, dans son explication de «Al-Athar al-Alaouiya» (Métaphysique)d'Aristote, les hypothèses de Ptolémée sur la constitution des planètes et deleurs mouvements étaient critiquables, étayant son argumentation sur les travauxd’Ibn Tofaïl, disposant de théories remarquables en la matière dont les astronomespouvaient tirer un énorme profit. Du même point de vue, au début du XIIIesiècle, dans l'introduction de son  célèbre ouvrage sur l'astronomie, Abou IshakAl Bitroji corrobore qu'Ibn Tofaïl avait mis aupoint un système astronomique basé sur des principes fiables par rapport à ceuxadoptés depuis Ptolémée : « Tu sais, mon frère,que l’illustre Cadi Abou Bakr Ibn Tofaïl nous disait qu’il avait trouvé unsystème astronomique et des principes, pour ces différents mouvements et sansadmettre ni excentrique ni épicycle. Avec ce système, disait-il,tous ces mouvements sont avérés, il n’en résulte rien de faux. Il avait aussipromis d’écrire là-dessus, et son rang élevé dans la science est connu. ».Le chercheur français s'interroge alors sur la probabilité queles découvertes d’Ibn Tofaïl n’aient eue des éléments précurseurs ayantentrainé, quatre siècles plus tard, la grande révision astronomique réaliséepar Copernic et Galilée.  

          

En dignehéritier des pionniers de la Maison de la sagesse et en raison de son intimité avec le Calife/RoiYoussef, Ibn Tofaïl se montra magistralement à la hauteur de la situation. Ilattira des savants illustres à la cour, dont notamment le célèbre Ibn Rochd (Averroès).Sans le moindre doute, ce fut un épisode enrichissant en matière de rationalité,une occasion d’or, non saisie en temps opportun, de poursuivre rationnellementet brillamment le rayonnement de la région du Maghreb-Andalousie. A ce titre, l’historienEmile Dermenghen apporte le témoignage suivant :

 

« IbnTofaïl, qui fut médecin, secrétaire et vizir à la cour Almohade, estl’un des penseurs qui eurent une action décisive sur les destinéesintellectuelles de l’humanité occidentale. Ce fut lui qui présenta Ibn Rochd(Averroès) au calife Abou Yaacoub Youssef et transmit au philosophe le conseild’entreprendre le grand commentaire (d’Aristote) »

 

Du même pointde vue, il convient de rappeler que ce fut le Calife/Roi Abou Yaacoub Youssef, passionnépar les œuvres des savants rationalistes antérieurs, qui exprima le vœu d’obtenirune analyse claire et  intelligente d’œuvresd’Aristote et des philosophes musulmans. Pour donner suite à sa requête, sachantson âge avancé et ses nombreuses occupations auprès de la cour, l’empêchant des’en charger lui-même, ce fut alors une décision mémorable pour Ibn Tofaïl de chargerIbn Rochd de réaliser l’une des œuvres les plus mémorables du Patrimoineuniversel de l’humanité.

 

En conséquence, Ibn Tofaïl méritetous les hommages, d’une part, en stimulant ses cadets dans la même voie dontIbn Rochd qui réalisa des travaux brillants; et d’autre part, en produisantlui-même des œuvres pertinentes, reconnues par ses pairs et par les historiens.Selon Lissaneddine Ibn Al Khatib, le célèbre historien de Grenade (XIVesiècle), Ibn Tofaïl aurait enseigné la médecine à Grenade et aurait écrit deuxvolumes sur cette science. Un autre témoin, Ibn Abou Usaïba, rapporte qu’IbnTofaïl et Ibn Rochd avaient conduit conjointement des recherches portant sur ladéfinition des médicaments « Rasm al Dawaa » qu'Ibn Rochd compila dansson livre « Al Kulliyyat ». Ibn Tofaïl avait également élaboré une œuvreoriginale en médecine présentée poétiquement sous forme de 7700 vers. L’historiendu XIIIe siècle, Abd Al Wa’bid, originaire du Maroc, qui avait connule fils d’Ibn Tofaïl, rapporta quelques détails supplémentaires sur la relationintime qui existait entre le philosophe et le Calife/Roi Abou Yaacoub Youssef.Il témoigna qu’Ibn Tofaïl élabora des ouvrages sur plusieurs branches de laphilosophie, et notamment le manuscrit d’un traité sur l’âme. Le même auteurcita plusieurs de ses poèmes. Du même point de vue, selon Casiri (Bibliothèquearabo-hispanique, à la page 203), Ibn Tofaïl composa un ouvrage intitulé :« Mystères de la sagesse orientale », probablement proche du traitésur l’âme ou du traité de philosophie. Parmi ses innombrables œuvres, Ilconvient de citer celles authentifiées ci-après :

 

  • « Murajaat wa Mabahith » (Examens et recherches) effectués conjointement avec Ibn Rochd, dans «Rasm al-Dawaa», compilé par Ibn Rochd dans son livre « Al-Kulliyat »
  • « Urjuzah fil Tibb » (Poème en médecine) : conservé encore à la bibliothèque de l'Université Al Qaraouiyine, à Fès, au Maroc
  • « Rissalat fil Nafs » (Traité sur l'âme) en philosophie
  • « Hayy Ibn Yaqdhan », son ouvrage le mieux connu, décrit ci-après, un roman philosophique où il expose ses idées essentielles sur fond narratif, dans une tentative visant à concilier la religion avec la philosophie. Ce roman fut connu de l'Occident dès le XVIIe siècle et traduit en plusieurs langues, notamment le latin, l'hébreu, l'anglais, le français, l'allemand et le néerlandais.

 

Pour se faire une idée sur la pensée d’Ibn Tofaïl, unevoie est de tirer des enseignements du roman, « Hayy Ibn Yaqdhan», mettant en scène ses questionnements et en même temps, probablement, ceux deson époque. Par la même occasion, il est nécessaire de souligner que sesréflexions devancèrent l’élaboration des œuvres d’une part, d’Ibn Rochd,synthétisant le courant rationnel, et d’Ibn Arabi, synthétisant le courantspirituel.

 

Dans le droit fil de ce qui précède, « Hayy IbnYaqdhan » fut élaboré selon une forme bien originale, ayant serviultérieurement d’exemple aux narrations de type philosophique. Dans son livre « Robinson Crusoë » (paru en 1718), Daniel Deföe s’en inspira pour décrire les aventures de son héros « Vendredi »dans une île déserte. Il est utile de rappeler qu’à l’époque d’IbnTofaïl, des polémiques houleuses animaient des débats entre spiritualistes,rationalistes et théologiens. Le roman « Hayy Ibn Yaqdhan » eutpour but de démystifier les paradoxes en centrant les réflexions sur l’êtrehumain, nœud de toute société et tiraillé entre tendances différentes: spirituelles,rationnelles et animales. Peu satisfait de la solution d’Al Gazali, privilégiantla tendance spirituelle à travers l’exaltation mystique, il pencha plutôt pourl’orientation suivie par Ibn Baja, rationaliste. Comme ce dernier, il se basasur les améliorations successives des notions d’intelligence chez l’hommesolitaire, libre des influences de la société. Autrement,Hayy Ibn Yaqdhan est ce solitaire non influençable dont la raison pure s’éveillaspontanément, se développa normalement et s’améliora par récurrences au pointde converger vers la compréhension de l’intelligence des secrets de la Créationet des plus hautes questions métaphysiques.   

 

Selon ce Roman, Hayy naquit sans père ni mère, dans uneîle inhabitée, située au voisinage de l’équateur. Une gazelle se chargea alorsde le nourrir. Au cours des premières phases de son existence, lesconnaissances apprises résultent directement de son interaction avec les élémentstangibles de son environnement, lui permettant de comprendre le monde visible (‘AllamAchahadda).

 

Au fil du temps, à l’issue d’une quête plus subtile encore,Hayy se focalisa sur son univers intérieur, son âme, s’observant patiemment ets’explorant progressivement pour se connaitre. A l’évidence, Ibn Tofaïlreprenait les questionnements mis en évidence tant par les différentes Révélationsque par plusieurs philosophes. Selon la Révélation coranique, cette notion est bien mise en évidence, montrant sans équivoque que l’êtrehumain a la possibilité, soit d’améliorer son âme ou soit de la corrompre : « Et par l'âme et Celui qui l'a harmonieusement façonnée ;et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété ! A réussi, certescelui qui la purifie. Etest perdu, certes, celui qui la corrompt.» Coran (91,7 à 10)

 

Du point de vue philosophique, l’aspirationà surmonter le côté néfaste de l’âme a toujours été un sujet de prédilectiondes sages de l’humanité. En référence à la culture grecque, Aristote fixa lemeilleur et le pire entre lesquelles l’âme humaine pouvait varier : « Lorsquel’homme atteint la perfection (à travers l’éducation) il devient lemeilleur des animaux, mais s’il est isolé du « Nomos » et du «  Dike », il devient la pire des espèces.»  « Nomos » et «  Dike » sont des termes grecs signifiantrespectivement honnêteté et intégrité. Ils constituent les invariants immuablesde tous les systèmes de référence pour régir le bon fonctionnement des rouagesd’une civilisation universelle. Du même point de vue, entre autres, Socratereprochait à ses contemporains de se consacrer à l’ornement des apparences externesde la civilisation et de l’être humain, avant celui du fond humain. Il invitaalors ses contemporains à s’intéresser à la connaissance profonde de l’hommepour surmonter les instincts primaires entravant son évolution : « Homme connais-toi toi-même. » Des siècles plus tard, Diderot avança que pour mieux connaître autrui : «Celui qui se sera étudié lui-même sera bienavancé dans la connaissance des autres » !

 

A l’issue de cette quête, dans unétat d’extase, Hayy Ibn Yaqdhan découvrit finalement, au fond de lui-même, uneentité invisible et incorporelle qui ne nait ni ne dépérit.Symboliquement, hormis la lumière, rien de tout ce qui existe dans l’univers nelui est comparable. Elle est néanmoins troublée dans son rapport avec la matière.Somme toute, à l’instar de l’indicateur de synthèse d’un tableau de bord d’unquelconque système, son état reflète le rang de l’être humain, variant entre lachute jusqu’à l’élévation sublime. En d’autres termes, le bonheur ou la douleurest fonction de la compréhension ou la négligence de cette entité.

 

A l’issue d’interactions entreles trois tendances, l’être humain se structure et émerge selon la résultantede combinaisons, conscientes ou inconscientes, accomplies. De ce point de vue,Hayy Ibn Yaqdhan examine consciemment parmi ses actions celles susceptibles dele faire tendre vers la perfection. Par des efforts appropriés, en se détachantsuccessivement de ce qui est inférieur, il parvint à son objectif. Peu après,il tente l’expérience de se détacher encore plus de ce qui se rapproche dessens. Une fois dans cet état, il se sent confondu avec l’Etre éternel, négationde l’égo, qui vit au plus profond de son âme.             

 

Ibn Tofaïl recommande de trouverle centre de gravité de l’âme, point d’équilibre, dominant les diversestendances de l’être humain en conformité avec les lois divines. Du point de vuematériel, il conseille de ne donner au corps que les soins strictementnécessaires, sachant qu’il est préférable que la mission de l’être humains’articule autour des bonnes actions, combustible de l’entité en question.

 

D’un autre angle de vue, IbnTofaïl conduit son héros à connaître Dieu à travers la contemplation de lanature. Après mûres expériences, Hay conclut à la présence du divin en toutechose. Entre autres, il découvre le rôle pédagogique de la religion venant enaide à la majorité des êtres humains, incapables de s’élever par eux-mêmesjusqu’à la vérité absolue. C’est encore avec tolérance et pour tracer aussilargement que possible les limites intransgressibles au vulgaire que lareligion permet des bontés en biens terrestres et en jouissances, or un tel comportementne sied pas au véritable savant.

 

Parvenu à la sagesse, Haymanifesta alors le désir de quitter l’ile déserte et de se rendre au milieu deshommes pour partager les résultats de ses découvertes. Entretemps, il eutl’occasion de rencontrer un autre solitaire, « Asâl », qui se montraenthousiaste pour le conduire vers son milieu social. Grâce à un navire ayant  accosté au bord de l’île,  ils se rendirent joyeusement en direction du paysd’origine d’Asâl et auprès de ses amis. Ces derniers les accueillirent spontanément,chaleureusement et avec tous les honneurs dus à leur rang. Néanmoins, ens’engageant sur le terrain philosophique, au fur et à mesure que Hayy exposait sesopinions, les sagesses retenues et les conclusions essentielles de sa quête, lachaleur de l’accueil se refroidit soudain et l’amitié chaleureuse se transformaen inimitié et susceptibilité. Démoralisé par la réaction d’êtres humainscommuns face aux réflexions approfondies et réalisant le large fossé leséparant d’eux, le philosophe retourna à son île avec son compagnon. Renonçantpour toujours à la société, les deux amis se vouèrent corps et âme à une vie méditative.Une telle conclusion en dit long entre la compréhension ressentie à l’intérieurde cercles restreints d’érudites en Andalousie (L’île déserte) etl’incompréhension de gens communs rencontrés dans les coins reculés au Maghreb(Le milieu social d’Asâl).    

 

L’ouvrage d’Ibn Tofaïl fut traduiten hébreu. Moïse de Narbonne l’accompagna d’un commentaire savant et élogieux.L’original arabe fut également publié dans sa version latine par EdwardPococke, sous le titre de « Philosophusauto-didactus », ebn Tofaïl de Haï ebn – Yokhdhan (in-4, Oxford, 1671 etune seconde fois en 1700). Cette version trouva encore deux traducteurs anglaisdans Ashwell et dans le qnaker George Keith. Une troisième traduction anglaisea été faite sur l’original arabe par Simon Ockley. Une traduction hollandaise,publiée en 1672, fut réimprimée à Rotterdam en 1701. Deux traductionsallemandes sont dues l’une à J.G. Pritius, l’autre à J.G.Eichhorn.       

 

Au crépuscule de son existence, IbnTofaïl mourut au Maroc en 1185, laissant à la postérité des héritiers et destravaux de renom. Le Ccalife/Roi Yaakoub, surnommé Al Mansour, qui était montésur le trône l’année précédente, assista à ses funérailles.

 

Ainsi se termina la vie riche dece savant prestigieux, ayant initié les travaux de synthèse du domaine de larationalité. Heureusement, son ami Ibn Rochd (Averroès) réussit brillamment à hisserau firmament du Patrimoine universel de l’humanité les sagesses léguées et depoursuivre le port  du flambeau de laquête des savoirs de la civilisation musulmane, en conformité avec la premièreSourate révélée et celle du rang fonction du savoir :

 

« Lis, au nom de ton Seigneur qui acréé, qui a créé l'homme d'une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble,qui a enseigné par la plume [le calame], a enseigné à l'homme ce qu'il nesavait pas. » Coran (96, 1 à 5)

 

« Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux quiauront reçu le savoir » Coran (58,11).

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L'auteur

Bennani Karim Tajeddine est notamment l'auteur en 1993, du livre « Trait d'union » traitant de scénarios d’avenir de la civilisation musulmane. Des publications variées figurent sur les sites : Oumma.com, lacitevirtuelle.com, Islam.leschallenges.com, « Pouvoir Mondial » et Uml.edaama.org. Dans le cadre du Projet international « Aristoth Interreg III B Medocc. Mediterranea Héritage Scientifique Interculturel, ayant eu lieu à Murcia (Sud d'Espagne) de juin 2007 à janvier 2008, sa publication : « L’Imagination créatrice dans le personnalisme musulman », édité en 1997, a été sélectionnée pour représenter l’héritage scientifique des savants musulmans du bassin méditerranéen. Cet article et son résumé ont été traduits en plusieurs langues. Ils sont publiés dans le catalogue espagnol référencié par ISBN : « 978-84-96760-15-8. »

Récemment, le livre : « Une Civilisation Musulmane Universelle » a été publié par les maisons d’édition : « Wallada » au Maroc et « Tawhid » en France. Ce livre recommande un effort évolutif de transformation des pays musulmans dans le cadre d’une civilisation musulmane évolutive dont le but du changement est de tendre vers l’idéal d’« Une civilisation musulmane universelle. » Cette démarche s’inspire des méthodes de la relativité générale d’Einstein ayant permit de transformer rapidement le repère classique dit « Galiléo-Newtonien » en repère extensible évolutif permettant de résoudre les contradictions antérieures. Préalablement, le changement irréversible de mentalités vers des niveaux croissants est nécessaire pour édifier toute civilisation évolutive, car Dieu ne change positivement les conditions des êtres humains que s'ils décident fermement de changer ce qu’il y a en eux-mêmes conformément à Sa Parole :

« Dieu ne change l'état d'un peuple que s'ils changent ce qu'il y a en eux-mêmes » Coran (13,11)

Le livre « Une Civilisation Musulmane Universelle » est présenté ci-après :

http://www.orientica.com/index.php?publishers_id=6&page=1&sort=3d http://www.culturelang.com/Une_Civilisation_Musulmane_Universelle-Tajedinne_Bennani_Karim-livre_methode-Histoire_civilisations-9521-1_26.html http://books.google.fr/books?id=hXRiUuIR3-MC&pg=PA3&lpg=PA3&dq=civilisation+musulmane+universelle+bennani+karim+tajeddine&source=bl&ots=gGA8_MEd_1&sig=8bejO9cIBcfSi0_wUd43nrcGhUw&hl=fr&ei=MZdOTfHHLImPswb8uayRDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CB4Q6AEwAQ#v=onepage&q&f=false http://oumma.com/Une-civilisation-musulmane http://association84alire.free.fr/index.php?cat=48&cats=83 http://www.yawatani.com/civilisation-histoire/



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LES SAVANTS MUSULMANS:IBN SINA « AVICENNE » (980-1037)

Added 5/8/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

s

Par Bennani Karim Tajeddine

IBN SINA « AVICENNE » (980-1037)

Depuis sa tendre enfance, Ibn Sina s’intéressa passionnément pour les sciences naturelles et la médecine. En autodidacte, il acquit les connaissances essentielles. Il développa la gymnastique des calculs chez un marchand du nom d’Al Natili. Doté d’une excellente mémoire, il finit alors par dépasser son maître. De plus, il retint assidument l'intégralité du Coran. A force d’études, il finit alors par être fortement influencé par un traité d'Al Farabi, lui permettant l’accès aux arcanes de la Métaphysique d’Aristote. Cette précocité dans les études entraina aussi une précocité dans la carrière : à 16 ans déjà, il encadra des médecins célèbres.

Plus tard, étant parvenu à guérir le prince samanide de Boukhara, Nouh Ibn Mansour, d’une grave maladie, il fut invité à consulter la vaste bibliothèque de son palais. Sa passion pour les livres fut tellement forte qu’il finit en peu de temps par maîtriser la plupart des sciences connues de l’époque. Néanmoins, après la mort du prince et celle de son père, une existence errante gouverna désormais sa vie jusqu’à sa mort.

Au départ, il voyagea dans la région du Khârezm, principauté indépendante (de 994 à 1231) au sud de la mer d'Aral, sur les deux rives du Djihoun (Amou Daria), entre Boukhara et la mer Caspienne, à Djouzdjan. Un puissant protecteur, Abou Mohamed Chirrazi, l’autorisa à donner des cours publics. Dès lors, il s’attela à composer son œuvre majeure : Le « Qanûn » plus communément connu par « Canon de la médecine ».

Au cours de son périple, il passa par le Khorassan, actuel Nord-Est de l'Iran, ensuite à Rayy (Rhagès, proche de l’actuel Téhéran) et finalement à Hamadan (à l'ouest de l'Iran moderne) où l'émir bouyide Shams Addawla lui confia la fonction de ministre (vizir). Il s'imposa alors un programme de travail harassant, étalé infatigablement entre jour et nuit. Le jour, il le consacrait au domaine public et la nuit, grâce aux lumières des bougies, aux sciences. Outre le fait de poursuivre deux carrières, il travailla aussi deux projets scientifiques d’envergure, menant de front la composition du « Shifa » et celle du « Canon médical ». La tâche fut alors si écrasante qu'il s’entoura de deux disciples se partageant la révision des deux ouvrages, dont le fidèle Al Juzjani, secrétaire et biographe.

En 1021, à la mort du prince Shams Addawla et le commencement du règne de son fils Sama Addawla, consacré à l’élaboration d’encyclopédies, Ibn Sina négligea les ruses pernicieuses de ses pairs. Il tomba alors dans le piège d'intrigues politiques, d’ambitions malsaines et de rancœurs. Il connut alors la prison. Plus tard, déguisé en derviche, il put cependant s'en évader. Il trouva refuge à Ispahan auprès de l'émir Kakouyide Alae Addawla. En dépit de ces revirements, il ne perdit guère son orientation et sa détermination à poursuivre inlassablement le développement des savoirs. Il jouissait alors d'une telle réputation que plusieurs princes d'Asie l'attiraient à leur cour. Finalement, le roi de Perse lui confia à la fois la fonction de vizir et celle de médecin. Avec succès, il développa également les connaissances de son temps en philosophie. S’inspirant des travaux d’Aristote, il composa alors des traités de logique et de métaphysique, se révélant talentueux.

L'œuvre magistrale d'Ibn Sina est nombreuse et variée. Il est l'auteur d’un éventail d’ouvrages allant de plus modestes, en passant par des textes courts jusqu’aux monuments mémorables. Son œuvre couvre toute l'étendue du savoir de son époque : commentaires de sourates du Coran, logique, linguistique, poésie, physique, psychologie, médecine, chimie, mathématiques, musique, astronomie, éthique, économie, métaphysique et mystique. Sa vocation de philosophe trouve son extrême expression dans la sagesse orientale (hikmat

mashriqiya), qui prit la forme de la compilation de vingt huit mille questions. Cette œuvre disparut lors du sac d’Ispahan (1034), et il n'en subsiste que quelques fragments.

Pendant plusieurs siècles jusqu'au XVIIe, son ouvrage « Le Canon de la médecine » fut une référence incontournable pour l'enseignement médical tant en Europe qu'en Asie. Dès le commencement, l’ouvrage rencontra un grand succès, améliorant les travaux de ses prédécesseurs. Du XIIe au XVIIe siècle, au retour des croisades, les croisés ne cessèrent de le diffuser en Europe où il eut une grande influence sur la pratique et l'enseignement de la médecine occidentale. L'ouvrage fut traduit en latin par Gérard de Crémone entre 1150 et 1187. Il fut imprimé en hébreu en 1473 à Milan, puis à Venise en 1527 et à Rome en 1593. Son influence persista jusqu’à la Renaissance où il fut contesté par Léonard de Vinci qui en rejeta l'anatomie et par Paracelse qui le brûla. Néanmoins, il resta une référence dans les études de médecine que même en 1909, un cours sur les travaux d'Ibn Sina était encore donné à Bruxelles.

Entre autres, parmi ses travaux, il y a lieu de citer :

* La description des symptômes, décrivant toutes les maladies répertoriées à l'époque, y compris celles relevant de la psychiatrie.

* L'ophtalmologie, la gynéco-obstétrique et la psychologie.

* Description de deux formes de paralysies faciales (centrale et périphérique).

* Les symptômes du diabète.

* Découverte que le sang part du cœur pour aller aux poumons, puis en revenir, et exposé précis du système de ventricules et de valves du cœur.

* Description correcte de l'anatomie de l'œil humain

* Formulation de l'hypothèse selon laquelle l'eau et l'atmosphère contiendraient de minuscules organismes vecteurs de certaines maladies infectieuses.

Ibn Sina s'intéressa aussi aux moyens pratiques pour conserver une bonne santé. Il recommanda la pratique régulière du sport ou de l'hydrothérapie en médecine préventive et curative. Il insista sur l'importance de relations humaines saines, chaleureuses et amicales pour favoriser la conservation d'une bonne santé mentale et somatique.

En dépit d’une courte vie, intelligemment menée, en savant exemplaire, il donna le meilleur de lui-même au Patrimoine universel de l’humanité.

A la phase ultime de sa courte vie, lors d'une expédition royale, Ibn Sina fut frappé par une crise intestinale extrêmement grave. Il tenta de se soigner lui-même, mais son remède lui fut fatal. Il mourut à l’âge précoce de cinquante-sept ans, au mois d'août 1037, épuisé par l'excès de travail, après avoir mené une vie dédiée noblement à la quête des savoirs.



L'auteur

Bennani Karim Tajeddine est notamment l'auteur en 1993, du livre « Trait d'union » traitant de scénarios d’avenir de la civilisation musulmane. Des publications variées figurent sur les sites : Oumma.com, lacitevirtuelle.com, Islam.leschallenges.com, « Pouvoir Mondial » et Uml.edaama.org. Dans le cadre du Projet international « Aristoth Interreg III B Medocc. Mediterranea Héritage Scientifique Interculturel, ayant eu lieu à Murcia (Sud d'Espagne) de juin 2007 à janvier 2008, sa publication : « L’Imagination créatrice dans le personnalisme musulman », édité en 1997, a été sélectionnée pour représenter l’héritage scientifique des savants musulmans du bassin méditerranéen. Cet article et son résumé ont été traduits en plusieurs langues. Ils sont publiés dans le catalogue espagnol référencié par ISBN : « 978-84-96760-15-8. »

Récemment, le livre : « Une Civilisation Musulmane Universelle » a été publié par les maisons d’édition : « Wallada » au Maroc et « Tawhid » en France. Ce livre recommande un effort évolutif de transformation des pays musulmans dans le cadre d’une civilisation musulmane évolutive dont le but du changement est de tendre vers l’idéal d’« Une civilisation musulmane universelle. » Cette démarche s’inspire des méthodes de la relativité générale d’Einstein ayant permit de transformer rapidement le repère classique dit « Galiléo-Newtonien » en repère extensible évolutif permettant de résoudre les contradictions antérieures. Préalablement, le changement irréversible de mentalités vers des niveaux croissants est nécessaire pour édifier toute civilisation évolutive, car Dieu ne change positivement les conditions des êtres humains que s'ils décident fermement de changer ce qu’il y a en eux-mêmes conformément à Sa Parole :

« Dieu ne change l'état d'un peuple que s'ils changent ce qu'il y a en eux-mêmes » Coran (13,11)

Le livre « Une Civilisation Musulmane Universelle » est présenté ci-après :

http://www.orientica.com/index.php?publishers_id=6&page=1&sort=3d http://www.culturelang.com/Une_Civilisation_Musulmane_Universelle-Tajedinne_Bennani_Karim-livre_methode-Histoire_civilisations-9521-1_26.html http://books.google.fr/books?id=hXRiUuIR3-MC&pg=PA3&lpg=PA3&dq=civilisation+musulmane+universelle+bennani+karim+tajeddine&source=bl&ots=gGA8_MEd_1&sig=8bejO9cIBcfSi0_wUd43nrcGhUw&hl=fr&ei=MZdOTfHHLImPswb8uayRDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CB4Q6AEwAQ#v=onepage&q&f=false http://oumma.com/Une-civilisation-musulmane http://association84alire.free.fr/index.php?cat=48&cats=83 http://www.yawatani.com/civilisation-histoire/

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LES SAVANTS MUSULMANS: AL BIRUNI (973 - 1050)

Added 29/7/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

s

Par Bennani Karim Tajeddine

AL BIRUNI (973 - 1050)

                                                   

Abou Raïhan Mohamed Ibn Ahmed Al Biruni, savant d'origine persane, contemporain d’Ibn Sina, naquit dans la ville de Kheva. Dès son jeune âge, sa célébrité en matière d’acquisition de savoirs se répandit comme une trainée de poudre. Il fit ses études en physique, métaphysique, mathématiques, géographie et histoire. Savant et philosophe, il se consacra notamment aux mathématiques et à l’astronomie, poursuivant les travaux initiés depuis l'école de Ptolémée. Dans son approche, en tant que scientifique, passionné et précis dans les observations, il fit preuve d’une étonnante flexibilité d’esprit. Sa contribution la plus importante au Patrimoine universel concerna les descriptions et expérimentations de phénomènes naturels. Un de ses ouvrages importants est le « Canon de Mas’oudi » écrit au début du XIe siècle.

 

Un extrait percutant de ce livre démontre que, 4 siècles bien avant Galilée et compagnie, par l’observation pertinente de la projection de l’ombre de la Terre sur la lune, Al Biruni affirma que la planète bleue ne pouvait être que de forme géométrique sphérique :

« Si l'observateur conserve encore quelques doutes sur l'incurvation de la terre, reportons-nous pour confirmation à un autre argument, à savoir son ombre. A objet rond, ombre circulaire. Si l'on observe l'ombre de la terre projetée sur la lune, on s'aperçoit que ses bords sont arrondis, surtout lors d'une éclipse totale ; on peut alors voir presque toute la circonférence terrestre projetant son ombre ainsi que sa sphéricité. Il ne peut donc y avoir de doute quant à la forme de la terre : elle est ronde de tous côtés. »

Al Biruni fut l'un des scientifiques les plus renommés de son temps. Grâce à ses dons variés, il fut intégré à la cour du célèbre Roi Mahmoud Ghaznavi, souverain réputé pour ses explorations de l’Inde au XIe. Quand ce Roi conquit la patrie d’Al Biruni, il le prit plusieurs fois avec lui dans ses voyages en Inde. Al Biruni eut alors l’opportunité de développer des talents de scientifique durant une période fertile de 20 ans passée en Inde. Ce fut alors une occasion d’étudier la philosophie, les mathématiques, la géographie, les religions et de transmettre les connaissances de ce vaste pays, creuset des sagesses ancestrales. Il mourut à l'âge de 75ans, après avoir passé 40 années dans la compilation des connaissances acquises et leur adaptation aux pratiques contemporaines.

Œuvres

Al Biruni rédigea plus de 113 ouvrages, dont la plupart furent perdus. Parmi les sujets traités : l'astronomie, la chronologie, la géographie, les mathématiques, la mécanique, la médecine, la pharmacologie, la météorologie, la minéralogie, l'histoire, la religion, la philosophie et la littérature. Il existe encore un ou plusieurs livres relatifs à chacun de ces sujets. Il définit les densités des corps, recensant les poids spécifiques des différents métaux, liquides et pierres précieuses. Il fournit l'une des meilleures descriptions de l'Astrolabe. Il observa que la vallée de l’Indus, remplie de sédiments marins, devait être considérée comme une cuvette d’une mer ancienne. Parmi ses observations : il constata que la vitesse de lumière était très considérable au regard de la vitesse du son. Il expliqua le fonctionnement de sources naturelles et des puits en recourant à l’hydrostatique.  Il observa que les fleurs pouvaient posséder 3, 4, 5, 6 ou 18 pétales, mais jamais 7 ou 9. Il a écrit plusieurs livres et traités dont quelques uns ci-après:

-           « India » : il l’écrivit en sanskrit pour décrire les coutumes, les langues, la science et la géographie de l’Inde.

-          « Kitab Al Hind » : il mit en relief les conditions historiques et sociales de l’Inde. A la fin de ce livre, il signala avoir traduit du sanskrit vers l’arabe deux livres : le premier, « Sakaya », traitant de la création de choses et de leurs types. Le second, « Patanjal », traite l’âme une fois séparée du corps. Ses descriptions de l’Inde furent si précises et complètes que, six siècles plus tard, durant le règne du souverain Akbar, le géographe Abou Al Fadal le prit comme référence pour élaborer  son livre « Al Aïn Akbari ».

-          Le célèbre livre « Canon de Mas’oudi », écrit après son retour de l’Inde. Il y consigna ses observations décrivant l’état des étoiles qu’il dédia au Sultan Mas’oud. Grâce aux observations et aux méthodes trigonométriques, il rendit compte des réalités astronomiques dévoilant le processus des mouvements stellaires, planétaires, lunaires et d'autres sujets du même genre.

-          « Al Athar Al Baqia » : il y traita de l'histoire ancienne et de la géographie des nations. Entre autres, il y discuta de la rotation de la Terre et donna des valeurs correctes relatives aux latitudes et aux longitudes de plusieurs lieux. Ses autres apports scientifiques incluent la détermination exacte des densités de 18 éléments minéraux.

-          « Kitab Al Saïdana » combinant entre les connaissances médicales arabes existantes et la médecine Indienne.

-          « Kitab Al Jawahir » : il y étudia les propriétés de plusieurs pierres précieuses.

-          « Al Tafhim Li Awail Sina'at attanjim » : donne un résumé des mathématiques et de l'astronomie.

Al Biruni fut en avance par rapport à son temps en considérant objective la rotation de la Terre autour de son axe. Ses expériences relatives aux phénomènes astronomiques furent une source d’inspiration pour plusieurs vagues de savants postérieurs. Son apport conjugué avec ceux de plusieurs autres savants, posèrent incontestablement les fondations de la science moderne.



L'auteur

Bennani Karim Tajeddine est notamment l'auteur en 1993, du livre « Trait d'union » traitant de scénarios d’avenir de la civilisation musulmane. Des publications variées figurent sur les sites : Oumma.com, lacitevirtuelle.com, Islam.leschallenges.com, « Pouvoir Mondial » et Uml.edaama.org. Dans le cadre du Projet international « Aristoth Interreg III B Medocc. Mediterranea Héritage Scientifique Interculturel, ayant eu lieu à Murcia (Sud d'Espagne) de juin 2007 à janvier 2008, sa publication : « L’Imagination créatrice dans le personnalisme musulman », édité en 1997, a été sélectionnée pour représenter l’héritage scientifique des savants musulmans du bassin méditerranéen. Cet article et son résumé ont été traduits en plusieurs langues. Ils sont publiés dans le catalogue espagnol référencié par ISBN : « 978-84-96760-15-8. »

Récemment, le livre : « Une Civilisation Musulmane Universelle » a été publié par les maisons d’édition : « Wallada » au Maroc et « Tawhid » en France. Ce livre recommande un effort évolutif de transformation des pays musulmans dans le cadre d’une civilisation musulmane évolutive dont le but du changement est de tendre vers l’idéal d’« Une civilisation musulmane universelle. » Cette démarche s’inspire des méthodes de la relativité générale d’Einstein ayant permit de transformer rapidement le repère classique dit « Galiléo-Newtonien » en repère extensible évolutif permettant de résoudre les contradictions antérieures. Préalablement, le changement irréversible de mentalités vers des niveaux croissants est nécessaire pour édifier toute civilisation évolutive, car Dieu ne change positivement les conditions des êtres humains que s'ils décident fermement de changer ce qu’il y a en eux-mêmes conformément à Sa Parole :

« Dieu ne change l'état d'un peuple que s'ils changent ce qu'il y a en eux-mêmes » Coran (13,11)

Le livre « Une Civilisation Musulmane Universelle » est présenté ci-après :

http://www.orientica.com/index.php?publishers_id=6&page=1&sort=3d http://www.culturelang.com/Une_Civilisation_Musulmane_Universelle-Tajedinne_Bennani_Karim-livre_methode-Histoire_civilisations-9521-1_26.html http://books.google.fr/books?id=hXRiUuIR3-MC&pg=PA3&lpg=PA3&dq=civilisation+musulmane+universelle+bennani+karim+tajeddine&source=bl&ots=gGA8_MEd_1&sig=8bejO9cIBcfSi0_wUd43nrcGhUw&hl=fr&ei=MZdOTfHHLImPswb8uayRDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CB4Q6AEwAQ#v=onepage&q&f=false http://oumma.com/Une-civilisation-musulmane http://association84alire.free.fr/index.php?cat=48&cats=83 http://www.yawatani.com/civilisation-histoire/

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