"> Coran : exegèse - Sourate 87 Al-A'lâ (Le Très-Haut) ( - Musulman et fier de l\'être
 

Sourate 87 Al-A'lâ (Le Très-Haut) (2/3)

Added 26/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

Pourquoi Allâh dit : « Glorifie le nom de ton Seigneur le Très-Haut » ?

Lorsque le verbe « sabbaha » est à l’impératif, il est toujours suivi d’un attribut ou d’une autre information. Les deux seuls Noms divins qui apparaissent en compagnie de ce verbe sont « Al-A’lâ » (« Le Très Haut ») et « Al-‘Adhîm » (« Le Magnifique » ; « Le Très Grand »).

Quelle que soit l’importance de la glorification, l’être humain ne parviendra jamais à louer son Créateur à Sa juste valeur. Allâh est tellement Haut, tellement Magnifique (Grand) que les créatures sont incapables de décrire Sa grandeur et Sa magnificence à leur juste mesure. En utilisant les Noms « Al-A’lâ » et « Al-‘Adhîm », Allâh invite Ses serviteurs à Le glorifier sans aucune limite. Même si les mots ne suffisent pas à traduire les sentiments du cœur, la glorification de Dieu doit se perpétuer dans le temps, car le cœur est toujours en avance sur la parole. Quand bien même les êtres humains apparus depuis Adam et qui se reproduisent jusqu’à la fin des temps se rassembleraient, qu’ils posséderaient le vocabulaire du monde entier, ainsi qu’une foi identique à celle du Prophète Mouhammad , leur glorification resterait en deçà de celle que Dieu mérite vraiment. Une invocation du noble Messager illustre avec justesse la limite des possibilités humaines et écarte ainsi Dieu de la faiblesse des hommes : « Soubhânaka lâ ouhsî thanâ’an ‘alayka, anta kamâ athnayta ‘alâ nafsik », (« Gloire à Toi, je ne comptabilise pas les éloges sur Toi, Tu es à l’image des éloges que Tu Te fais à Toi-même »).

Allâh utilise donc les Noms « Al-A’lâ » et « Al-‘Adhîm » pour exprimer en grandeur et en largeur l’infinité de l’éminence de Celui qui possède le cosmos et bien plus encore.

Dans le Coran, le verbe « sabbaha » est conjugué à plusieurs temps. Lorsqu’il est à l’impératif, deux cas se présentent :

- soit Dieu mentionne le moment où il faut Le glorifier, ou parle de la nécessité de multiplier la glorification, c’est le cas dans les versets suivants :

  • s. 50 Qâf, v. 39-40 : « Supporte donc avec patience ce qu’ils disent et célèbre les louanges de ton Seigneur avant le lever et le coucher du soleil ! Glorifie-Le une partie de la nuit et à la fin de chaque prière ! »
  • s. 52 At-Toûr (Le Mont Sinaï), v. 48-49 : « Supporte donc avec patience l’arrêt de ton Seigneur ! Tu es de Notre part l’objet d’une protection vigilante. Célèbre les louanges de ton Seigneur à ton réveil ! Et glorifie-Le une partie de la nuit et au déclin des étoiles. »
  • s. 76 Al-Insân (L’Homme), v. 26 : « Consacre une partie de la nuit à te prosterner devant le Seigneur et à célébrer longuement Ses louanges ! »
  • s. 19 Maryam (Marie), v. 11 : « Zacharie quitta alors le sanctuaire et, se dirigeant vers les siens, il les invita à prier matin et soir. »
  • s. 33 Al-Ahzâb (Les Coalisés), v. 42 : « Glorifiez-Le matin et soir. »
  • s. 110 An-Nasr (Le Secours), v. 3 : « Célèbre alors les louanges de ton Seigneur et implore Son pardon, car Il est toute mansuétude et toute compassion ! » Le moment du tasbîh n’est pas cité dans ce verset, mais dans les deux versets précédents : « Lorsque le secours de Dieu et Sa victoire viendront, lorsque tu verras les hommes embrasser en masse Sa religion », s. 110 An-Nasr (Le Secours), v.1-2.

- soit Il cite un de Ses Noms glorieux « Al-A’lâ » ou « Al-‘Adhîm » :

  • s. 56 Al-Wâqi’a (L’événement), v. 74 : « Glorifie donc le Nom de ton Seigneur le Très-Haut » et v. 96 : « Glorifie donc le Nom de ton Seigneur, le Sublime ! »
  • s. 69 Al-Hâqqa (L’Inéluctable), v. 52 : « Glorifie donc le Nom de ton Seigneur, dans toute Sa majesté et Sa grandeur ! »
  • s. 87 Al-A’lâ (Le Très Haut), v. 1 : « Glorifie le Nom de ton Seigneur, le Très Haut »

Lorsque « sabbaha » est conjugué au présent ou au passé, Dieu cite ceux qui Le glorifient : les anges ou les créatures. Ce verbe n’apparaît donc jamais seul : il est accompagné soit par un complément circonstanciel de temps, soit par un complément d’objet direct (cod) ― en l’occurrence les deux Noms divins ―, ou encore par un sujet précis désignant qui Le glorifie.

Lorsque Dieu ordonne à l’homme de Le glorifier, c’est comme s’Il disait en même temps : « Ta glorification reste imparfaite et ne concordera jamais avec ce que Je mérite réellement. Tu dois t’efforcer à toujours faire mieux jusqu’au bout. »

Pourquoi Dieu nous demande-t-Il de Le glorifier et de Le louer ?

Dieu n’a ni besoin d’être glorifié, ni d’être loué. Ces louanges servent plutôt à l’être humain, puisque la langue qui a pris l’habitude de louer Allâh s’empêche de prononcer des mots qui attirent Sa colère. Le tasbih est donc un moyen de parfaire son comportement et sa propre vertu.

2. Celui Qui a créé et agencé harmonieusement

الَّذِي خَلَقَ فَسَوَّى

3. qui a décrété et guidé,

وَالَّذِي قَدَّرَ فَهَدَى

4. et qui a fait pousser le pâturage,

وَالَّذِي أَخْرَجَ الْمَرْعَى

5. et en a fait ensuite un foin sombre

فَجَعَلَهُ غُثَاء أَحْوَى

À travers ces versets, Allâh met une suite d’outils à la portée du Prophète et des musulmans en général pour Le glorifier. Il attire l’attention sur Sa création : en la contemplant, en la méditant, le croyant découvre la grandeur de Dieu. Il peut ainsi Le glorifier en conséquence selon ses capacités et être reconnaissant à Son égard.

Allâh a créé toute chose dans un équilibre et une harmonie manifestes. Ces versets sont une invite pour l’être humain à l’observation de la création, puis, il pourra essayer, s’il y parvient ! de déceler le moindre déséquilibre. Impossible ! Le constat, justement, est que la dysharmonie n’apparaît que lorsque l’être humain intervient sur la création — pourtant équilibrée à la base. Allâh dit dans sourate 67 Al-Moulk (La Royauté), v. 3 et 4 : « Celui qui a créé sept Cieux bien ordonnés, sans qu’on puisse déceler dans l’œuvre du Tout Clément aucune faille. Regarde encore, aperçois-tu quelque brèche ? Puis regarde encore par deux fois, ton regard reviendra vers toi déçu et harassé. » La création divine ne renferme aucun dérèglement, que se soit à l’échelle atomique ou cosmique. Ce défi, que Dieu lance à travers plusieurs de Ses versets, s’adresse non seulement aux négateurs pour qu’ils constatent l’absence de faille, mais aussi aux musulmans afin qu’ils apprécient la puissance et l’excellence d’Allâh .

Le positionnement de la Terre par rapport au soleil n’est certainement pas le fruit du hasard : par sa situation, la Terre est la seule planète à abriter la vie humaine. Si le soleil était plus proche, il la brûlerait, s’il s’en éloignait, les océans se glaceraient et il n’y aurait plus de vie. Dieu a multiplié le nombre des espèces vivant sur Terre pour que chaque regard posé sur la création soit un moment de reconnaissance et de glorification du Seigneur.

La notion même d’existence est relative : entre les insectes qui vivent 24h, l’être humain plus ou moins un siècle et d’autres créatures des millions d’années, le musulman doit relativiser la durée de sa vie terrestre en vue de la mener au mieux et de se préparer pour la vie éternelle.

La contemplation de la création et la découverte de ses secrets sont directement liés au tasbîh, car ce sont de bons moyens, sinon les meilleurs, pour glorifier Allâh . En parlant du pâturage, Allâh montre qu’Il a assuré les moyens de subsistance de l’espèce animale et donc de l’être humain. C’est à partir de ce constat que l’homme comprend qu’il y a deux grands bienfaits :

- le bienfait de l’existence, « ni’matou-l-îjâd » : le simple fait d’exister est une faveur incommensurable. Quoi de plus naturel que de vouloir découvrir Le Seigneur qui donne la vie ?! L’idée qu’une personne tourne le dos à Dieu est par conséquent inconcevable : elle se perd dans l’éblouissante création et oublie Son Puissant Créateur.

- le bienfait de l’octroi des subsistances, « ni’matou-l-imdâd » : Dieu garantit la survie de Sa création grâce aux pâturages, base alimentaire consommée par les animaux et par l’homme directement ou indirectement.

Certains savants avancent que « al-mar’â » fait référence à toute la végétation qu’Allâh a créée, toute ce qui sort de la terre, mais en fait « al-mar’â » désigne tout ce qui est brouté par les animaux, donc tout ce que l’homme consomme provient de la terre, de laquelle lui-même est issu.

« al-ghouthâ’ » est la végétation sèche, morte.

« ahwâ » signifie « assombri », jusqu’à atteindre la noirceur et par extension la mort : c’est Dieu qui a donné la vie et c’est Lui qui va l’achever. Tout ce que Dieu a créé est voué à une fin certaine : l’existence sur Terre est éphémère. Les seuls éléments qui perdureront sont les fruits de l’adoration et de la glorification, sur lesquels l’homme sera rétribué. Allâh explique dans le Coran : « Dieu vous crée d’abord faibles, puis Il fait succéder la force à la faiblesse, pour vous réduire ensuite à la faiblesse et à la vieillesse ; et Il crée ce qu’Il veut, car Il est l’Omniscient, l’Omnipotent. », s. 30 Ar-Roûm (Les Byzantins), v. 54. Ce verset signale les différentes étapes du devenir de toute création : ainsi, suivant les lois instaurées par Le Créateur, l’être humain évolue physiquement et mentalement jusqu’à atteindre l’apogée de ses potentialités, puis il décline constamment vers sa fin.

6. Nous te ferons réciter (le Coran), de sorte que tu n'oublieras

سَنُقْرِؤُكَ فَلَا تَنسَى

7. que ce qu'Allâh veut. Car, Il connaît ce qui paraît au grand jour ainsi que ce qui est caché

إِلَّا مَا شَاء اللَّهُ إِنَّهُ يَعْلَمُ الْجَهْرَ وَمَا يَخْفَى

Chaque fois qu’Allâh demande au Prophète de Le glorifier, s’ensuit l’annonce d’une bonne nouvelle. À l’instar de sourate An-Nasr, la sourate 87 communique plusieurs heureuses informations. Par exemple, en affirmant « Nous te ferons réciter (…) », Allâh proclame que la révélation du Coran va se poursuivre (sourate Al-A’lâ fut révélée au début de l’Islam). La lettre «س» évoque l’avenir et « nouqri’ouka » se réfère au Coran. Allâh répond ainsi aux inquiétudes du Prophète , inquiétudes dues à l’interruption momentanée de la descente du Coran ; cette période est appelée « al-fatra », elle est évoquée dans sourate Ad-Dohâ. Cette bonne annonce rassérène donc le Prophète et l’informe de l’assurance de sa survie face aux supplices infligés par les Qoraychites durant ce passage à vide. Beaucoup pensaient que l’Islam allait être anéanti, mais Dieu défie ceux qui croyaient pouvoir stopper la révélation.

Dieu se porte garant de la préservation de la Révélation. À chaque fois que l’ange Jibrîl (Gabriel) transmettait des versets au Prophète , celui-ci les répétait immédiatement en bougeant sa langue et ses lèvres de peur de les oublier, car étant analphabète il ne pouvait pas les écrire pour les apprendre plus tard. D’une part, Allâh déclare au Prophète que le Coran, de par sa nature, est facile à retenir : « Nous avons facilité le Coran pour son rappel, y a-t-il quelqu’un qui veut s’en rappeler ? », s.54 Al-Qamar (La Lune), v.17 ; d’autre part, Il l’incite à ignorer sa faiblesse puisqu’Il lui a donné la force de retenir rapidement le Coran. Allâh spécifie : « N’agite pas ta langue en lisant le Coran pour en hâter la récitation, c’est à Nous qu’il appartient de le rassembler », s.75 Al-Qiyâma (La Résurrection), v.16-17. Tandis que l’assemblage des autres Livres et leur sauvegarde avaient été confiés aux hommes et que ceux-ci échouèrent dans leur mission, la préservation du Coran relève des prérogatives divines : « C’est Nous qui avons descendu ce Rappel, et Nous allons Le protéger », s.15 Al-Hijr, v.9.

À l’époque Omeyyade, un prêtre entra un jour chez un roi et lui déclama une belle poésie ; ce roi lui proposa de se convertir à l’Islam, mais l’homme s’attacha à son crédo. Pourtant, il revint quelques temps plus tard auprès du roi pour annoncer sa conversion. Intrigué, le roi lui demanda pourquoi il avait attendu tout ce temps, et l’homme de répondre : « Au départ, j’ai eu l’impression que tu me l’imposais, puis j’ai entrepris moi-même un test : j’ai écrit des versets qui ressemblaient à la Torah et je les ai diffusés chez « al-warrâqîne » [les écrivains publics]. J’ai agi de même avec les Evangiles, et personne n’a jamais rien remarqué ; puis j’ai falsifié quelques lettres dans des versets du Coran. Peu de temps après, ces écrivains sont venus me voir pour me dire qu’ils avaient reçu les plaintes de plusieurs musulmans qui jugeaient ce Coran falsifié : c’est à ce moment-là que j’ai compris que [l’Islam] est la religion de Dieu ». Il est formellement prouvé qu’Allâh a préservé le Coran : grâce aux poitrines qui le mémorisent, grâce aux copies écrites ou audio et à tout autre moyen actuel de conservation et de diffusion du Texte Sacré.

Dieu précise cependant que le Prophète oubliera certains versets dans deux situations :

- dans la première, Dieu fait volontairement oublier au Prophète certains versets, parce que destinés à être abrogés : Mouhammad ne les répétant plus, ils seront effacés de la mémoire de tous. Quelques versets abrogés subsistent toutefois dans le Coran : ils permettent de comprendre la progression de la législation coranique. ‘Omar Ibnou-l-Khattâb a rapporté : « Il y avait un verset qui disait que si l’homme et la femme âgés commettaient l’adultère, il fallait les lapider, mais comme le Prophète ne le répétait plus, on l’a oublié. »

- dans la seconde, Il arrivait au Prophète d’oublier quelques versets temporairement. Le Coran était diffusé et appris oralement, aussi un compagnon pouvait rectifier le Messager de Dieu durant la prière ou lui rappeler certains versets lors d’une de ses lectures. ‘Â’icha a rapporté qu’un jour le Prophète a entendu un homme lire le Coran de nuit dans la mosquée et il a dit « Que Dieu accorde Sa miséricorde à ce musulman parce qu’il m’a rappelé quelques versets que j’avais oubliés de telle et telle sourate. » Ce genre d’omission atteint tout un chacun, mais la communauté dans son ensemble ne peut oublier le Coran. Une autre fois, au cours d’une prière, le Prophète omit un verset, et Oubay Ibnou Ka’b , qui excellait dans la mémorisation du Livre Saint, lui demanda : « Est-ce un verset abrogé ? » Le Messager répondit : « Non, je l’ai oublié. » Les compagnons contrôlaient ce que le Prophète recevait comme message et se complétaient les uns les autres pour l’exactitude de sa restitution et sa rétention. Tandis qu’il suffisait au Prophète d’entendre une seule fois un verset pour le mémoriser, ses compagnons devaient l’ouïr du Messager à maintes reprises avant de pouvoir le retranscrire ou le retenir par cœur.

8. Nous te mettrons sur la voie la plus facile

وَنُيَسِّرُكَ لِلْيُسْرَى

« At-taysîr » veut dire rendre la chose facile à celui qui l’accomplit, c’est une méthode appliquée dans l’enseignement pour que l’information soit accessible à l’étudiant le plus en difficulté.

« Al-youssrâ » le féminin d’« al-yousr ». En arabe, cette tournure appelée « al-moubâlagha » est la forme la plus forte du superlatif. Ici, « al-youssrâ » correspond à la voie la plus facile des voies les plus aisées. C’est la troisième bonne nouvelle qu’Allâh annonce au Prophète : après l’assurance de la continuité de la révélation et l’aide à la mémorisation du Coran, Dieu va lui faciliter l’application de Sa législation. Dans un contexte aussi difficile que celui de son époque, le Prophète ne manquera pas de glorifier son Seigneur. Et pour cause : quelles que soient les menaces qu’il subira, et quelque soit l’insécurité dans laquelle il vivra, Allâh lui certifie la réussite de sa mission ; quoi qu’il se trame pour endiguer la religion de Dieu — l’Islam —, elle continuera de s’étendre selon la prédication du Prophète : « Il n’y aura pas de maison ni d’endroit connu ou inconnu sans que cette religion n’y pénètre… »

Tout comme Allâh a rendu aisée sa mission, le Prophète a adopté la facilité dans la prédication comme principe fondamental de son invite à l’Islam. Le verset 8 revêt donc deux sens : « On te facilitera le chemin » et « On t’aidera pour que tu facilites le chemin aux autres ». Lorsqu’il avait le choix, le Prophète choisissait toujours l’option la plus facile pour les musulmans, tant qu’elle n’était pas illicite. Amener les hommes à l’Islam par l’épée n’est pas une conception islamique. Ce code de conduite ne se limite pas à la personne du Prophète , car lui-même disait à ses compagnons : « Vous avez été envoyés en tant que personnes qui facilitent les affaires et non comme des gens qui rendent les choses difficiles. » Cet enseignement doit être le fil conducteur de chaque musulman, que ce soit vis-à-vis de ses coreligionnaires ou de lui-même : « La religion est une facilité. Sera brisée toute personne qui prend avec force la religion. Essayez de cibler au mieux le juste milieu, ou essayer de vous en rapprocher, vous serez gagnants en fin de compte. » Atteindre la perfection demeure impossible, mais le croyant ne doit pas tomber dans le laxisme, car tant qu’il essaie de s’approcher du juste milieu, il est sur la bonne voie : Allâh rétribue Ses serviteurs sur l’effort qu’ils déploient et non sur le résultat qui relève de Lui Seul.

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Sourate 87 Al-A'lâ (Le Très-Haut) (1/3)

Added 26/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

Sourate 87 Al-A'lâ (Le Très-Haut) (1/3)


بسم الله الرحمن الرحيم

سَبِّحِ اسْمَ رَبِّكَ الْأَعْلَى
الَّذِي خَلَقَ فَسَوَّى
وَالَّذِي قَدَّرَ فَهَدَى
وَالَّذِي أَخْرَجَ الْمَرْعَى
فَجَعَلَهُ غُثَاء أَحْوَى
سَنُقْرِؤُكَ فَلَا تَنسَى
إِلَّا مَا شَاء اللَّهُ إِنَّهُ يَعْلَمُ الْجَهْرَ وَمَا يَخْفَى
وَنُيَسِّرُكَ لِلْيُسْرَى
فَذَكِّرْ إِن نَّفَعَتِ الذِّكْرَى
سَيَذَّكَّرُ مَن يَخْشَى
وَيَتَجَنَّبُهَا الْأَشْقَى
الَّذِي يَصْلَى النَّارَ الْكُبْرَى
ثُمَّ لَا يَمُوتُ فِيهَا وَلَا يَحْيَى
قَدْ أَفْلَحَ مَن تَزَكَّى
وَذَكَرَ اسْمَ رَبِّهِ فَصَلَّى
بَلْ تُؤْثِرُونَ الْحَيَاةَ الدُّنْيَا
وَالْآخِرَةُ خَيْرٌ وَأَبْقَى
إِنَّ هَذَا لَفِي الصُّحُفِ الْأُولَى
صُحُفِ إِبْرَاهِيمَ وَمُوسَى

Au nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
1. Glorifie le nom de ton Seigneur, le Très- Haut,
2. Celui Qui a créé et agencé harmonieusement,
3. qui a décrété et guidé,
4. et qui a fait pousser le pâturage,
5. et en a fait ensuite un foin sombre.
6. Nous te ferons réciter (le Coran), de sorte que tu n'oublieras
7. que ce qu'Allâh veut. Car, Il connaît ce qui paraît au grand jour ainsi que ce qui est caché.
8. Nous te mettrons sur la voie la plus facile.
9. Rappelle, donc, où le Rappel doit être utile.
10. Quiconque craint (Allâh) s'[en] rappellera,
11. et s'en écartera le grand malheureux,
12. qui brûlera dans le plus grand Feu,
13. où il ne mourra ni ne vivra.
14. Réussit, certes, celui qui se purifie,
15. et se rappelle le nom de son Seigneur, puis célèbre la Salat.
16. Mais, vous préférez plutôt la vie présente,
17. alors que l'au-delà est meilleur et plus durable.
18. Ceci se trouve, certes, dans les Feuillets anciens,
19. les Feuillets d'Abraham et de Moïse.

Descente et composition

       Sourate Al-A'lâ, appelée aussi « Sabbih », fut totalement révélée à la Mecque. Elle se compose de 19 versets. Sa position dans le Coran lui octroie une grande valeur : elle est la première sourate du dernier hizb, subdivision composée des sourates les plus courtes et les plus usitées par les musulmans dans leurs prières. C’est parce que le Prophète accordait beaucoup d’importance à cette sourate que les savants firent d’elle l’introduction du dernier hizb. L’imâm Ahmad Ibnou Hanbal rapporte dans son « Mousnad » que ‘Alî a dit : « Le Messager de Dieu aimait cette sourate » ; c’est pourquoi il la lisait souvent au cours de cinq prières bien déterminées :
- al-witr (dernière prière surérogatoire de la journée), c’est une prière impaire pouvant compter une à onze raka’âte ;
- souvent dans la première rak’a de la prière du vendredi, lorsque tous les musulmans sont rassemblés ;
- à l’occasion des deux grandes fêtes musulmanes : aïd al-Fitr et aïd al-Adhâ. Avant le prêche, le Prophète accomplissait une prière particulière de deux unités et récitait souvent cette sourate dans la première.

Si le Prophète agissait souvent de la sorte, et s’il choisissait les moments où les musulmans étaient réunis, nul doute que cette sourate a une place privilégiée et qu’elle regorge de sagesses et de leçons à extraire et à méditer.

Thème

       Sourate Al-‘Alâ traite tout d’abord de la glorification de Dieu, suggérant ainsi Son unicité. Elle mentionne la création parfaite de l’homme et celle des végétaux qui sont la base de toute la chaîne alimentaire. Dieu rassure ensuite Son Messager quant à la sauvegarde du Coran, puisqu’Il en est le Garant. Puis Il lui certifie que Sa religion est facile. Enfin, Il lui rappelle que les préceptes du Coran figuraient bien dans les Livres précédents.

Champ lexical et définitions

       Cette sourate est la dernière d’une liste de sept sourates qui commencent avec le tasbih (la glorification de Dieu) :
sourate 17 Al-Isrâ’ (Le Voyage nocturne) : « Gloire à Celui qui fit voyager de nuit Son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée ... »
سُبْحَانَ ٱلَّذِى أَسْرَىٰ بِعَبْدِهِ لَيْلاً
sourate 57 Al-Hadîd (Le Fer) : « Tout ce qui est dans les cieux et sur la Terre célèbre la gloire du Seigneur, le Puissant, le Sage. »
سَبَّحَ للَّهِ مَا فِي ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَٱلأَرْضِ
sourate 59 Al-Hachr (L’Exode) : idem
sourate 61 As-Saff (Le Rang) : idem
sourate 62 Al-Joumou’a (Le Vendredi) : « Tout ce qui est dans les cieux et sur la Terre célèbre la gloire du Seigneur (...) »
يُسَبِّحُ لِلَّهِ مَا فِي ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَمَا فِي ٱلأَرْضِ
sourate 64 At-Taghâboun (La Déconvenue) : idem
sourate 87 Al-A’lâ (le Très-Haut) « Glorifie le Nom de ton Seigneur, le Très-Haut. »
سَبِّحِ ٱسْمَ رَبِّكَ ٱلأَعْلَىٰ

Dans ces versets, le verbe سَبَّحَ (sabbaha) est conjugué au passé « sabbaha », au présent « youssabbihou » et à l’impératif « sabbih ». Il existe aussi la forme « soubhâna » qui est un substantif (« masdar »).
L’emploi de ce mot sous toutes ces formes grammaticales amène à réfléchir sur l’importance du tasbîh (la glorification de Dieu). Quant au mot « al-hamd » (la louange), qui accompagne souvent le mot tasbîh dans le Coran, il se rencontre toujours sous une forme nominale et jamais sous la forme d’un verbe conjugué : on ne trouvera jamais « hamidallâha » (Dieu a été loué par) ou « yahmadoullâha » (Dieu est loué par) ou « ihmadillâha » (loue ton Seigneur).


Pourquoi une telle différence entre ces deux mots pourtant si proches ?

      Si la louange est toujours utilisée sous forme nominale, c’est qu’elle doit être constante, contrairement à la glorification qui, elle, varie. La louange est en fait un objectif à atteindre alors que la glorification est le moyen utilisé pour parvenir à la louange. Cette différenciation est d’autant plus importante que ces mots sont employés quotidiennement dans la prière, lors des génuflexions et des prosternations.
التسبيح (at-tasbîh) équivaut à التنزيه (at-tanzîh) qui, littéralement, revient à éloigner un être de ce qui ne lui est pas attribuable. Lorsqu’une personne a une bonne opinion d’une autre, elle la disculpera de tout méfait que l’on pourrait rapporter sur elle en disant : « ounazihouhou ‘an hâdhâ-l-‘amal » (« je l’éloigne de cet acte-là, je ne pense pas qu’elle l’ait commis »). « Sabbaha » signifie donc « il a éloigné ». En arabe, « farassoun saboûh » veut dire un cheval qui galope très vite au point qu’on ne le voit plus au loin (il s’éloigne rapidement).
« sabaha » signifie « nager » quand on précise « sabaha fi-l-mâ’i » (se déplacer dans l’eau), mais « sabaha fi-l-ardi » veut dire « il s’est déplacé sur terre », ce verbe n’est donc pas réservé exclusivement à la nage.
Subséquemment, « tasbihou Allâh » exprime l’idée que l’on éloigne Dieu de ce qui ne Lui est pas imputable, comme le fait qu’Il aurait un fils, un associé ; ou encore que Ses anges seraient de sexe féminin : on dit « soubhânAllâh ». Malheureusement cette formule est aujourd’hui employée un peu à tort et à travers, ou celui qui la prononce n’en comprend pas la portée. Pour illustration, lorsque les croyants sont admiratifs devant un paysage grandiose, ils s’exclament « SoubhânaAllâh ! », à ce moment précis, le sens véritable de l’expression est qu’ils écartent l’idée que la grandeur de ce paysage puisse être comparée à celle d’Allâh, d’où Sa glorification.

      À chaque fois qu’on invoque Dieu à la fin d’une assemblée, on dit « Soubhâna rabbi-l-‘izzati ‘ammâ yassifoûn » (« Gloire au Seigneur de la toute puissance bien au-dessus des caractéristiques fallacieuses qu’on Lui attribue »). C’est une manière de placer Dieu au-dessus de tout, on ne Le loue pas d’emblée en clamant « Al-hamdoulillah rabbi-l-‘âlâmine » (Louange à Dieu, Maître des mondes), car le tasbîh précède al-hamd à l’issue de grandes œuvres.

ٱلْحَمْدُ (al-hamd) signifie « la louange à Dieu » en citant Ses attributs les plus hauts . Certains identifient cette notion à la reconnaissance ou au remerciement, mais ces concepts sont différents : le remerciement se traduit par « ach-choukr » et la reconnaissance par « ath-thanâ’ ». Ces subtilités sémantiques ne se trouvent que dans le Coran, ce qui explique Son éloquence incomparable. La littérature coranique « balâghatou-l-Qor’ân » constitue en effet le principal miracle de la révélation. Les autres prodiges à caractère scientifique, législatif et historique tiennent une place secondaire et l’ensemble de ces miracles forme la science de la démonstration de l’origine divine du Coran.

      Un exégète soufi a dit : « Tasbihou Allâhi ‘azza wa jalla houwa a-t-tafakourou fî asmâ’ihi wa sifâtihi wa-s-siyâhatou fî ‘âlami khalqihi listikhrâji-d-dourari allatî toussâ’idou ‘alâ hamdihi » (« La glorification de Dieu se fait par le rappel de Ses Noms et Attributs, et par l’exploration de Sa création pour en extraire les perles qui vont ornementer Sa louange »). En se rappelant les Noms divins, le musulman écarte forcément tout autre caractéristique extrinsèque à Dieu ; et en méditant sur la création d’Allâh , il apprécie immanquablement la grandeur du Créateur. Cette manière de se remémorer son Seigneur – de loin la meilleure – permet de réfléchir sur Ses qualités et non sur Son Entité. Les « perles » désignent les paroles et les sensations produites par une méditation menée dans une concentration profonde (« al-khouchoû’ »). Celle-ci enveloppe l’aspirant d’un sentiment de petitesse devant la gloire et l’éminence divines, de sorte que les simples mots dont il dispose s’exaltent puissamment. Le tasbîh est donc une méthodologie pour essayer de parvenir à la louange relative de Dieu, car nul ne peut Le louer comme Il le mérite réellement. La glorification se concrétise en la répétition de formules connues telles que « soubhânAllâh, wa-l-alhamdoulillâh, wa lâ illâha illalâh wa-l-lâhou akbar », mais celle-ci n’est vraiment valable que si elle est accompagnée d’un travail approfondi sur le cœur.

      C’est toujours à la fin de grandes actions que le tasbih, accompagné d’al-hamd, est mentionné. Ainsi, Allâh invite son Messager à Le glorifier dès lors que sa mission prend fin : « Lorsque tu verras les hommes embrasser en masse Sa religion, célèbre alors les louanges de ton Seigneur (fa sabbih bihamdi rabbika) et implore Son pardon, car Il est toute mansuétude et toute compassion ! », s.110 An-Nasr (Le Secours), v.2-3.
‘Abdoullâh Ibnou ‘Abbâs , qui était encore jeune à l’époque de la révélation de cette sourate, répondait aux gens qui le questionnaient sur sa signification :
«- C’est que le Prophète va bientôt mourir.
- Comment le sais-tu ? s’enquéraient-ils.
- Comme Allâh demande au Prophète de Le glorifier et de Lui demander pardon, cela veut dire qu’il a achevé sa mission », expliquait-il.
Allâh donne le choix à tous Ses prophètes lorsqu’Il leur envoie l’ange de la mort : « Votre mission est terminée sur Terre, voulez-vous continuer à vivre ou préférez-vous mourir pour rejoindre Dieu ? » Tous choisissent de retrouver leur Seigneur, et ‘Abdoullâh Ibnou ‘Abbâs savait que telle serait la volonté du Prophète .
Dès la fin de chaque adoration, il incombe donc au musulman de demander pardon à Dieu, puis de Le glorifier. D’ailleurs la dernière invocation des pieux s’achèvera par « (…) alhamdoulillâhi rabbi-l-‘âlâmîn » : « Tu verras ce jour-là les anges qui entourent le trône de Dieu ; ils glorifient leur Seigneur avec toutes les grandes louanges. Le jugement a été décrété sur eux avec justice, et l’on dit "Louange au Seigneur des mondes" », s.39 Az-Zoumar (Les Groupes), v.75. Telle est la dernière phrase par laquelle le croyant parfait l’adoration de son Seigneur, espérant la récompense de l’au-delà.
Conscient de cette vérité, l’imâm Al-Boukhârî (que Dieu lui accorde Sa miséricorde), paracheva son fameux « Sahîh » avec ces paroles du Prophète : « Kalimatâni khafîfatâni fi-l-lissâne thaqîlatâni fil-mîzâne habîbatâni ila-r-Rahmâne : " SoubhânAllâhi wa bihamdihi, soubhânAllâhil-‘Adhîm "»Deux mots faciles à prononcer, qui pèsent lourd dans la balance, aimés du Miséricordieux : " Gloire à Dieu tout en Le louant, gloire à Dieu le Magnifique " »). La récompense que Dieu accorde pour la prononciation de ces deux expressions est bel et bien conséquente. En fait, ce tandem de locutions est à rapprocher de la formule « lâ ilâha illâ-l-lâh » : un énoncé technique qui doit se traduire par une certaine spiritualité purifiée. Cet état d’âme est l’intitulé de la sourate dans laquelle Dieu parle de Son Unicité : sourate 112 Al-Ikhlâs (La pureté du dogme), d’autant plus intéressante que son titre n’est pas tiré de son contenu. À travers cet exemple, le croyant comprend aisément que se limiter à la simple prononciation des mots dépossède l’expression de sa profondeur spirituelle.

      Ath-Tha’labî rapporte ce hadîth non authentique dans son œuvre « kitâb al-‘arâ’is » : il mentionne que Ja’far Ibnou Mouhammad rapporte de son père, qui le tient de son grand-père qui dit : « Dieu a un ange appelé Hidhqiyâ’il qui a 18000 ailes. Dieu lui demande "Peux-tu voir Mon trône ?" Il lui doubla le nombre de ses ailes (36000) sachant que la distance entre deux ailes est de 500 jours de marche. Dieu lui ordonna de voler. Il s’envola pendant 20000 ans vers le haut mais il ne parvint même pas à la base du pied du Trône de Dieu. Dieu lui doubla encore le nombre de ses ailes (72000) et lui ordonna de voler pendant 30000 ans supplémentaires mais il ne parvint toujours pas à la base du pied du trône. Alors Dieu lui révéla : "Ô ange, si tu continuais de voler jusqu’au souffle dans la trompe, tu ne parviendras pas à la base d’un pied de mon trône" Et l’ange de s’exclamer "Soubhâna Rabiya-l-A’lâ"». Ce récit, bien que non authentifié, montre que Dieu est bien plus Haut que ce que s’imaginait l’ange. Qu’en est-il de l’imaginaire humain ? Il est largement en-deçà de la réalité divine. Lorsque les mots ne suffisent plus pour exprimer le sentiment de petitesse à l’égard de la grandeur de Dieu, c’est qu’on a atteint une parcelle de la vraie louange. La lecture des versets de sourate Al-‘Alâ permet d’incruster cette notion d’éminence divine dans le cœur des croyants, et ce sentiment fructifie un jour ou l’autre.

1. Glorifie le nom de ton Seigneur, le Très Haut,
سَبِّحِ اسْمَ رَبِّكَ الْأَعْلَى

      Lorsque ce verset fut révélé au Prophète , il dit : « Mettez cette formule dans vos prosternations », (hadîth authentique) ; et avant cela, lorsque le verset 74 de sourate 56 Al-Wâqi’a (L’Evénement) fut révélé : « Fassabih bismi rabbika-l-‘Adhîm » (« Glorifie le nom de ton Seigneur Le Magnifique »), il dit « Mettez [cette formule] dans vos génuflexions. » Avant de recevoir ces formules propres aux génuflexions et aux prosternations, les musulmans disaient : « À Toi nous nous sommes inclinés » ou « À Toi nous nous sommes prosternés ».

      À chaque fois que le Prophète récitait ce verset, il disait « Soubhâna Rabiya-l-A’lâ », puis continuait la lecture, même dans une prière obligatoire. Le musulman est invité à répondre aux versets qui se présentent sous forme de question ou d’ordre.
Le Prophète dit : « Le fait de dire "Gloire à Dieu " et "Louange à Dieu" remplit de hassanâtes l’espace entre la Terre et les cieux. » Autrement dit, c’est la meilleure expression de louange que peut prononcer un être humain. Dans un hadîth authentique, le Messager déclare : « Il arrivera une époque dans ma communauté où des gens vont exagérer dans l’invocation, ce qui est un des signes de la fin des temps. » Inutile de s’éterniser à chercher la meilleure formulation : les invocations du Prophète sont belles, profondes et courtes, ce n’est donc pas la peine d’innover. À l’époque des compagnons, l’un d’entre eux allongea son invocation, ce qui lui valut cette réflexion de la part du Prophète : « Tu es un des signes de la fin des temps. »

Pourquoi Dieu dit « Sabbih isma Rabbika » (« Glorifie le Nom de ton Seigneur ») et non d’emblée « Sabbih Rabbaka » (« Glorifie ton Seigneur ») ?

      L’injonction divine contient le mot « ism » (« nom »), alors que la formule consacrée au tasbîh est « Soubhâna Rabiya-l-A’lâ » (« Gloire à mon Seigneur le Très-Haut »). Pour certains savants, ce terme est un simple ajout qui ne modifie aucunement le sens de la formule, la preuve en est que le musulman la répète au minimum 66 fois par jour comme le Prophète l’a enseigné.Néanmoins, un changement dans le contenant implique inévitablement une modification dans le contenu, donc cette différence dissimule forcément une sagesse.
Plusieurs savants pensent que Dieu demande dans ce verset de glorifier Ses Noms et de ne pas les attribuer à autrui, c’est comme s’Il disait : « Glorifie les Noms de ton Seigneur ». Le tasbîh revient donc à ne pas attribuer les caractéristiques divins aux humains : un homme peut montrer de la « rahma » (miséricorde), mais il ne peut en aucun cas être « le miséricordieux ».
D’autres expliquent que ce verset invite à la méditation des Noms divins, ainsi cette réflexion éloigne automatiquement le croyant de toute contingence.
Quelques érudits comprennent qu’il faut citer les Noms divins avec dévouement et concentration « Dieu a 99 Noms, celui qui les dénombre entrera au paradis », mais les énumérer ne consiste pas obligatoirement à les apprendre par cœur, c’est plutôt les ressentir avec son cœur… Pour ces savants, la glorification de Dieu passe donc par la méditation de Ses Noms, car ne pouvant cerner l’Entité divine avec l’esprit, il est par conséquent plus approprié de se rattacher aux attributs, de loin plus intelligibles par l’entendement humain.

Quelle est la différence entre « Sabbih isma Rabbika-l-‘Alâ » (« Glorifie le Nom de ton Seigneur le Très-Haut ») et « Fassabih bismi Rabbika-l-‘Adhîm » (ajout de la lettre ب : « Glorifie avec le Nom de ton Seigneur ») ?

      La nuance est minime : la première formule peut se comprendre de deux manières, alors que la sémantique de la deuxième expression limite son interprétation à une possibilité.
Avec « Sabbih isma Rabbika-l-‘Alâ », le tasbîh passe soit par la glorification d’Allâh (pour ceux qui pensent que le mot « ism » est un plus), soit par la glorification de Son Nom, donc « al-ism » est considéré à la fois comme un moyen et un objectif.
Dans « Fassabih bismi Rabbika-l-‘Adhîm », s.56 Al-Wâqi’a (L’événement), v.74, la glorification de Dieu s’opère en mentionnant Ses Noms, mais pas en les glorifiant. La fonction du terme « ism » se restreint ici au moyen, ce qui donne moins de portée au verset. Etant donné que l’Entité divine et les attributs divins forment un tout indissociable, citer les Noms d’Allâh équivaut à Le glorifier directement.

      Certains savants pensent que la lettre ب est également un ajout dans la phrase, comme c’est le cas dans le verset où Dieu s’adresse à Maryam , saisie par les douleurs de l’accouchement : « Secoue vers toi le tronc du palmier (bijidh’i nakhli) et il en tombera sur toi des dattes mûres et succulentes », s.19 Maryam (Marie), v.25.
Petite remarque : la période de maturation des dattiers a lieu entre la fin du mois de septembre et le début d’octobre, donc Jésus n’a certainement pas vu le jour au cours du mois de décembre…
En disant « bijidh’i » (« un côté du tronc »), Allâh allège la tâche à Maryam : il lui suffit de faire semblant de le bouger, voire simplement de le toucher pour profiter de ses fruits. Cet argument se retourne donc contre ceux qui l’évoquent, car il aurait tout de même été impossible que Maryam secoue un tronc d’arbre à elle seule !
On retrouve cette lettre ب dans le verset où Allâh parle des ablutions : « Lorsque vous vous levez pour accomplir la prière, lavez vos visages, vos mains jusqu’aux coudes et essuyez (une partie de) vos têtes [birou’oûssikoum] », s.5 Al-Mâ’ida (La Table servie), v.6.
Les partisans de la lettre ajoutée sans modification de sens appliquent aussi leur opinion à ce verset.D’autres savants interprètent ce passage comme suit : « […] et essuyez une partie de vos têtes » ; donc il suffit de passer les mains sur le tiers de la tête pour que les ablutions soient correctes à l’instar du Prophète , qui, lorsqu’il était coiffé de son turban, le soulevait un peu pour essuyer le haut de sa tête.
En transposant le sens de la lettre ب au verset « Fassabih bismi Rabbika-l-‘Adhîm », le serviteur de Dieu comprend qu’utiliser quelques Noms divins suffit pour Le glorifier. Ce ب vient donc alléger la tâche du tasbîh par rapport au verset 1 de sourate Al-‘Alâ ; il est néanmoins important pour le musulman de connaître la signification des Noms divins, de s’en imprégner en les projetant sur les situations de la vie de manière à mieux ressentir leur grandeur.

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Sourate 111 Al-Massad (Les Fibres)

Added 17/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

بِسۡمِ ٱللهِ ٱلرَّحۡمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ
تَبَّتۡ يَدَآ أَبِى لَهَبٍ۬ وَتَبَّ (١) مَآ أَغۡنَىٰ عَنۡهُ مَالُهُ ۥ وَمَا ڪَسَبَ (٢) سَيَصۡلَىٰ نَارً۬ا ذَاتَ لَهَبٍ۬ (٣) وَٱمۡرَأَتُهُ ۥ حَمَّالَةَ ٱلۡحَطَبِ (٤) فِى جِيدِهَا حَبۡلٌ۬ مِّن مَّسَدِۭ (٥


Au nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
1. Que périssent les deux mains d’Aboû Lahab et que lui-même périsse
2. Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu’il a acquis
3. Il sera brûlé dans un feu plein de flammes
4. De même sa femme, la porteuse de bois
5. [portant] à son cou une corde de fibres. »


Descente et composition

Sourate Al-Massad est une sourate courte de cinq versets révélée à la Mecque à l’aube de l’Islam ; elle figure à la cent onzième place dans le Coran. Elle s’appelle également « Al-lahab », en référence au personnage cité dans le premier verset : l’oncle du Prophète Aboû Lahab. Elle fut révélée en réponse à ce dernier ainsi qu’à sa femme suite à leur comportement des plus exécrables à l’encontre du Messager de Dieu.
Allâh avait ordonné au Prophète de commencer à transmettre Son message à ses proches. Un matin, il escalada le mont Aç-Çafâ et commença à appeler sa famille. Cet événement est rapporté par Ibnou ‘Abbâs : « Un jour, le Messager de Dieu monta à Aç-Çafâ et appela : “... Prenez garde !...” Aussitôt les Qoraychites se rassemblèrent autour de lui et dirent :
“ Qu’as-tu ?
Me croiriez-vous si je vous disais que l’ennemi va vous attaquer de nuit ou de jour ?
― Bien sûr !
Alors je suis pour vous un avertisseur qui vous met en garde contre un châtiment proche et terrible.
― Puisses-tu périr [tabba-l-lak] ! cria Aboû Lahab, est-ce pour cela que tu nous as réunis ?”
Sur ce, Dieu Le Puissant et Le Majestueux, révéla : “Périssent les mains d’Aboû Lahab et qu’il périsse lui-même […]” » [Rapporté par Al-Boukhârî.]
Le Prophète était connu auprès de tous comme étant « Al-Amîne », le véridique, le digne de confiance. Malheureusement, certains refusèrent de se soumettre à l’appel du Messager et outrepassèrent même gravement les limites du respect.

Thème

Cette sourate se rapporte au sort qu’attend Aboû Lahab et son épouse le jour du Jugement. Tous deux ennemis farouches du Messager de Dieu, ils ne cessaient de discréditer l’appel du Prophète pour détourner les gens de la foi. Non seulement ils combattaient le Prophète verbalement, mais ils ont même cherché à lui nuire physiquement. En effet, Aboû-z-Zinâd rapporte que Rabî‘a Ibnou ‘Abbâd lui a raconté : « Pendant la jahiliyya, je vis un jour le Prophète au marché de Dhou-l-Majâz qui appelait : “Ô gens ! Dites qu’il n’y a point de divinité en dehors d’Allâh et vous réussirez.” Les gens se rassemblaient autour de lui. Il y avait également un homme au visage éclatant derrière lui qui disait : “Certes, il est un apostat (de notre religion) et un menteur !”. Cet homme suivait le Prophète à chaque fois qu’il se déplaçait. Je m’enquis sur son identité et des gens me répondirent : “C’est son oncle Aboû Lahab”. » [Rapporté par Ahmad.]
Certaines sources rapportent qu’Aboû Lahab a blessé le Prophète en prononçant ses fameuses paroles.
Quant à sa femme, elle disposait des branches épineuses en pleine nuit sur le chemin qu’empruntait le Prophète pour aller prier. De telles conduites ne peuvent rester impunies et Allâh leur annonça un châtiment terrible.

 

Champ lexical et définitions

تَبَّتْ يَدَا أَبِي لَهَبٍ وَتَبَّ

1. Que périssent les deux mains d’Aboû Lahab et que lui-même périsse

Aboû Lahab a pour véritable nom ‘Abdou-l-‘Ouzzâ Ibnou ‘Abdi-l-Mouttalib. Al-‘Ouzzâ était le nom d’une statue adorée à la Mecque, il s’appelait donc « le serviteur d’Al-‘Ouzzâ ». Mais Allâh n’a pas employé ce nom, car cela serait revenu à reconnaître sa soumission à la fausse divinité ; tout être humain reste le serviteur de Dieu.
Il était également surnommé Aboû ‘Outba, « le père de ‘Outba », en référence à son fils aîné. Celui-ci était, ainsi que son frère, marié à une des filles du Prophète , mais dès le début de la révélation, Aboû Lahab et sa femme ont demandé à leurs fils de divorcer d’avec elles. Ces ruptures constituaient une intolérable injure à l’égard du Prophète et ses filles étaient donc les premières à subir les épreuves liées à la révélation du message.

Allâh cite dans le Coran l’oncle du Prophète par son surnom « Aboû Lahab », que ce dernier portait déjà avant l’avènement de l’Islam. « Lahab » est le nom que l’on donne au feu sans fumée, ce terme fait directement référence aux flammes étincelantes. L’oncle du Prophète avait un visage rouge éclatant qui rappelait ces flammes brillantes. Dieu emploie ironiquement ce surnom, car si les gens appelaient Aboû Lahab pour l’éclat de son visage, Allâh emploie ce terme parce que l’oncle du Prophète sera le combustible de ces flammes le jour du Jugement. Allâh réutilisera cette appellation plus tard dans la sourate pour mentionner ces flammes (alors qu’en arabe, elles peuvent également être appelées « alsinatou-n-nâr : اَلْسِنَةُ النَّار »).

Sourate 111 Al-Massad (Les Fibres)

En commençant avec « تَبَّتْ : tabbat », la sourate annonce une réprimande sévère et une grande menace. « At-tabbou » fait référence à la perdition et au dépérissement (al-khousrân wa-l-halâk : الخُسْرَان و الهَلاَك).
Allâh a maudit Aboû Lahab en utilisant le même terme que ce dernier a employé l’encontre du Prophète . En disant « tabba-l-lak : que tu périsses ! », Aboû Lahab n’avait aucun réel pouvoir de concrétiser cette parole. En revanche, Allâh peut véritablement réaliser ce qu’Il énonce, la formule qu’Il a repris à l’identique est d’une certaine manière un défit qu’Il lance à l’ennemi juré du Prophète .
Si Dieu commence par maudire les mains d’Aboû Lahab, c’est parce que, d’après certaines sources, celui-ci aurait lancé des pierres en prononçant ses mots fatals ; d’autres narrations affirment qu’il l’aurait même blessé.

« Abî lahab » veut dire « le père de » dans le sens où la personne est liée à une chose. Un exemple concret illustre parfaitement ces propos : un jour, ‘Alî Ibnou Abî Tâlib s’est disputé avec sa femme Fâtima , il a quitté le domicile conjugal pour se réfugier à la mosquée, où il a dormi à même le sol. Le Prophète, mis au courant de cette affaire, se rendit sur le lieu de prière. Voyant son gendre couché par terre, il s’adressa à lui en ces termes : « Lève-toi, Aboû Tourâb ». Il le surnomma « Père de la terre » parce que son visage reposait directement sur le sol.
De la même manière, le Prophète surnomma ‘Abdourrahmâne Ibnou Sakhr Ad-Dawsî « Aboû Hourayra ». « Al-hirra » veut dire « le chat », « hourayra » signifie « chaton » : le Compagnon ne se séparait jamais de son chaton qu’il prenait dans ses bras.
Aussi, le mois de Ramadan s’appelle « Aboû-l-barakât », c’est le mois qui amène les bienfaits de Dieu.
Idem, les Arabes appelaient le loup « Aboû ja‘da », « ja‘da » étant le chevreau, la proie favorite du canidé.

Le verbe « tabba » revient dans le même verset à deux reprises : la première fois, il se réfère aux mains d’Aboû Lahab (تَبَّتْ يَدَا ), et la deuxième fois à sa personne entière (وَتَبَّ ) pour qu’il ne croie pas que seules ses mains dépériront. En mentionnant spécifiquement les mains du personnage, Dieu insiste sur le fait que quiconque ose s’en prendre au Prophète n’échappera pas au châtiment de l’enfer.
La répétition du verbe « tabba » renforce et confirme la malédiction, et sa forme au passé ― alors qu’il s’applique à un événement futur ― augmente la certitude du dépérissement. Cette manière de répéter un mot deux fois est propre aux grands poètes Arabes : le Compagnon ‘Abdoullâh Ibnou Rawâha déclama ce vers alors qu’il sortait pour le jihâd : « [Je vais combattre] jusqu’à ce qu’ils disent en passant devant ma dépouille : “Que Dieu te guide combattant et tu seras certes guidé.” ». La première partie « Que Dieu te guide combattant » est une invocation à Dieu pour le défunt combattant. La deuxième partie « et tu seras certes guidé » vient garantir que Dieu exaucera l'invocation et répondre ainsi au souhait du poète qui désire le martyr et le paradis.

مَا أَغْنَى عَنْهُ مَالُهُ وَمَا كَسَبَ

2. Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu’il a acquis

Le mot « mâ » peut avoir deux sens différents. Il existe le « mâ nâfiya » (mâ de négation) et le « mâ istifhâmiya » (mâ de questionnement). Ce verset peut donc être lu de deux manières.
Avec le « mâ » de négation, ce verset répond à la prétention d’Aboû Lahab qui a dit : « Si ce que dit mon neveu est vrai, je me rachèterai le jour du jugement avec mon argent et avec mes enfants. » Mais ni ses biens, ni ses enfants, ni ce qu’il a amassé ne lui serviront le jour du Jugement.
Avec le « mâ » de questionnement, le verset peut se comprendre comme suit : « Sa fortune et ce qu’il a acquis lui serviront-ils le jour où il sera en enfer ? » La réponse à cette question ironique est évidente.

« Al-mâl » est un terme général signifiant « richesses » dont le sens se précise selon la région où l’on vit. Dans ce verset, il fait référence aux chameaux, car Aboû Lahab est Mecquois. S’il avait été originaire de Yathrib, « مَالُهُ : mâlouhou » aurait été des palmiers-dattiers.
« Ce qu’il a acquis » se réfère aux autres biens qu’il possédait parmi lesquels l’or, l’argent, les armes, la nourriture, etc. Certains exégètes ont expliqué « mâlouhou » par ce qu’il a hérité de ses aïeux et « mâ kassab » par ce qu’il a acquis lui-même. D’autres rapportent plutôt ce mot à ses enfants.

سَيَصْلَى نَاراً ذَاتَ لَهَبٍ

3. Il sera brûlé dans un feu plein de flammes

Sourate Al-Massad fut entièrement révélée du vivant d’Aboû Lahab. L’affirmation du verset 3 annonce qu’il va mourir mécréant. C’est donc une sorte de défi qu’Allâh lance à ce polythéiste acharné : celui-ci aurait pu démentir le Coran en se soumettant ou en faisant semblant de se convertir à l’Islam. Or, ni lui ni sa femme n’ont agi de la sorte, ce qui met une fois de plus en lumière le caractère miraculeux du Coran. D’ailleurs, le Livre Saint ne mentionne nominativement aucun autre personnage contemporain du Prophète , et ce, bien que certains Mecquois aient causé énormément de tort à l’Islam à l’instar de Khâlid Ibnou-l-Walîd durant la bataille de Ouhoud, ou d’Aboû Sofiâne lors des batailles de Badr et d’Al-Khandaq, car Dieu savait qu’ils allaient devenir musulmans. Après sa conversion, Aboû Sofiâne , malgré son âge avancé et sa cécité, mobilisait les gens pour qu’ils aillent combattre sur le sentier de Dieu. En revanche, le Coran a fait allusion à ‘Outba Ibnou Rabî‘a et à d’autres comme Ibnou Abî Ma‘ît qui ne se sont jamais convertis. Le mot « lahab » renvoie à la fois aux flammes et au personnage visé. Lorsqu’un même vocable est utilisé dans deux sens différents, les savants appellent cela dans la science de rhétorique « al-jinâsou at-tâmm : الْجِنَاسُ التَّامّ».

4. De même sa femme la porteuse de bois

L’épouse d’Aboû Lahab s’appelle Oummou Jamîl, mais son véritable nom est ‘Arwa bintou Harb Ibnou Oumayya, c’était la sœur d’Aboû Sofiâne . Les gens la surnommaient « Al-‘awrâ’ » (« la borgne »), mais plusieurs savants disent que c’est plutôt « Al-‘awâ’ ». Ce dernier surnom s’applique au chien qui n’arrête pas d’aboyer. C’est un qualificatif qui correspond tout à fait à Oummou Jamîl puisqu’elle n’arrêtait jamais de médire et de propager des rumeurs calomnieuses. D’ailleurs la formule « حَمَّالَةَ الْحَطَبِ : hammâlata-l-hatab » est utilisée dans le Coran pour qualifier cette femme : c’est une expression consacrée aux colporteurs de médisances, lorsqu’elle est comprise au sens figuré. Au sens propre, le lecteur comprend qu’elle portait des branches de bois. En effet, cette femme vouait une haine ardente à l’égard du Prophète et transportait des branches épineuses destinées à blesser le Messager. Dans une autre lecture coranique, on trouve « hammâlatou-l-hatab » : cette formulation devient alors un « khabar », une annonce de ce qu’elle fera plus tard. Ironie du sort, celle qui soutenait son mari dans son obstination à nuire au Prophète , portera le bois qui servira à châtier son époux le jour du Jugement. Ce verset peut donc être traduit différemment : « et sa femme portera le bois », c’est la personne la plus proche d’Aboû Lahab qui attisera les flammes de son châtiment.

 

فِي جِيدِهَا حَبْلٌ مِّن مَّسَدٍ

5. [portant] à son cou une corde de fibres. »

Ce verset continue non seulement de dépeindre ce personnage et ses actions, mais il comporte également une deuxième information sur ce qui attend cette femme au jour du Jugement.
Oummou Jamîl transportait les branches d’épines grâce à une corde attachée à son cou. En arabe, c’est le mot « al-‘ounouq » qui signifie « le cou », mais les poètes Arabes préféraient employer le mot « al-jîdou » : celui-ci fait référence à la partie du cou où repose un éventuel collier. Pour vanter les charmes d’une femme, les poètes utilisaient « al-jîd » puisque ce mot fait directement référence à la beauté par le collier qui embellit. D’ailleurs, un poète disait : « Plus beau que le collier de la belle, son cou. »
Allâh utilise donc le mot « jîd » ironiquement dans ce verset, ce qui renforce le tragique de la situation.

Le terme « مَسَدٍ : massad » est le nom de la sourate. Certains exégètes disent qu’il est question du fer, plusieurs avancent qu’il s’agit des fibres d’un arbre de la Mecque, tandis que d’autres soutiennent qu’il est question de celles d’un arbre du Yémen ― ce qui semble plus probable ― avec lesquelles on confectionnait une corde solide. Celle-ci d’une résistance infaillible dans l’au-delà, ne se détériorera jamais et assurera son rôle éternellement.

Plusieurs exégètes pensent que ce collier mesurera 70 coudées soit 35 m de long en référence au verset 32 de sourate 69 Al-Hâqqa (L’Inéluctable), v.30-33 : « Saisissez-le ! Puis mettez-lui un carcan ; ensuite mettez-le dans la fournaise ; puis liez-le avec une chaîne de 70 coudées, car il ne croyait pas en Allâh Le Magnifique. » En effet, les gens en enfer seront très grands, tout comme ceux du paradis (un ventre pourra contenir la montagne de Ouhoud) : ce gigantisme a pour but d'amplifier le châtiment ou le plaisir.

Epilogue

Oummou Jamîl fut très en colère lorsqu’elle apprit la révélation de cette sourate. S’étant munie d’une grosse pierre, elle cherchait le Prophète en criant : « Il critique notre père, sa religion nous méprise et son commandement est de nous désobéir. » Le Messager se trouvait à ce moment-là à la Ka‘ba en compagnie d’Aboû Bakr . Lorsque le Compagnon la vit arriver, il s’inquiéta : « Ô Messager d’Allâh ! Elle est arrivée et je crains qu’elle ne te voie. » Ce à quoi le Prophète répondit: « Certes, elle ne me verra pas », puis il récita quelques versets coraniques. Ommou Jamîl s’approcha d’Aboû Bakr, mais n’aperçut pas le Messager. Elle s’adressa donc au Compagnon : « Ô Abâ Bakr ! Certes, j’ai été informée que ton ami fait de la poésie diffamatoire contre moi. Par Dieu, si je le trouvais, je frapperais son visage avec cette pierre. » Aboû Bakr lui rétorqua : « Non, par le Seigneur de cette Maison [la Ka‘ba], il ne te diffame point. » Elle s’en retourna en disant : « Oui, Qouraych sait que je suis la fille de leur chef. » [Rapporté par Ibnou Abî Hâtim.]
Dieu lui avait effectivement voilé le Prophète à sa vue.

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Sourate 93 Ad-Dohâ (Le Jour Montant)

Added 17/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

بِسۡمِ ٱللهِ ٱلرَّحۡمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ
وَٱلضُّحَىٰ (1) وَٱلَّيۡلِ إِذَا سَجَىٰ (2) مَا وَدَّعَكَ رَبُّكَ وَمَا قَلَىٰ (3) وَلَلۡأَخِرَةُ خَيۡرٌ۬ لَّكَ مِنَ ٱلۡأُولَىٰ (4) وَلَسَوۡفَ يُعۡطِيكَ رَبُّكَ فَتَرۡضَىٰٓ (5) أَلَمۡ يَجِدۡكَ يَتِيمً۬ا فَـَٔاوَىٰ (6) وَوَجَدَكَ ضَآلاًّ۬ فَهَدَىٰ (7) وَوَجَدَكَ عَآٮِٕلاً۬ فَأَغۡنَىٰ (8) فَأَمَّا ٱلۡيَتِيمَ فَلَا تَقۡهَرۡ (9) وَأَمَّا ٱلسَّآٮِٕلَ فَلَا تَنۡہَرۡ (11) وَأَمَّا بِنِعۡمَةِ رَبِّكَ فَحَدِّثۡ (12)

Au nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

1. Par le jour montant
2. Par la nuit quand elle se calme
3. Ton Seigneur ne t’a ni abandonné, ni détesté
4. La dernière t’est certes meilleure que la première
5. Ton Seigneur t’accordera Ses faveurs et alors tu seras satisfait
6. Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il a accueilli
7. Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré ? Alors Il a guidé
8. Ne t’a-t-Il pas trouvé pauvre ? Alors Il a enrichi
9. Quant à l’orphelin, ne [le]
maltraite pas
10. Quant au demandeur, ne [le]
repousse pas
11. Et quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le

Descente et composition :

       « Ad-Dohâ », quatre-vingt-treizième sourate du Coran, mais onzième dans l’ordre chronologique de descente, a été intégralement révélée à la Mecque. Elle comporte onze « signes » (versets).

 

Thème :

       Cette sourate est l’apaisement manifeste de la part d’Allâh pour Son serviteur Mouhammad ennuyé par les quolibets des incrédules, et dont le cœur était troublé dans l’attente d’un signe émanant de Dieu.

 

Contexte de la révélation :

       Durant douze jours (quinze, vingt-cinq, ou quarante selon d’autres références), la révélation des versets coraniques s’est interrompue. Oum Jamîl, la femme d'Aboû Lahab, narquoise, vint alors voir le Prophète et lui demanda : « Où est ton Satan ? T’a-t-il dit au revoir ? T’a-t-il abandonné ? ». L’attente se prolongeait et mettait mal à l’aise le Messager d’Allâh. Quelle était la raison de l’absence de la révélation ?
Khawla, la servante du Prophète, relate, qu’une fois, il arriva qu’un chiot entrât dans la maison du Messager de Dieu et se cacha en dessous du lit, où il mourut. Le Prophète demanda alors : « Ô Khawla, que s’est-il passé dans ma demeure ? Pourquoi Jibrîl ne vient-il plus me voir ? » Je lui ai alors proposé de balayer et de nettoyer sa maison. Lorsque je me suis baissée pour balayer le dessous du lit, j’ai trouvé le chiot mort, je l’ai pris et jeté derrière le mur; c’est alors que le Messager de Dieu vint tremblant, car il frissonnait lorsqu’il recevait la révélation. Il s’adressa à moi : « Ô Khawla ! Couvre-moi, couvre-moi ! » Et Dieu lui révéla « Ad-Dohâ ». Jibrîl ( lui apprit par la suite que les anges n’entrent pas dans une demeure où se trouve une image ou un chien.

 

Les mérites de sourate « Ad-Dohâ » :

       Le Coran est Le Livre de méditation par excellence, et à la lecture de cette sourate, le cœur du croyant se rassure, se tranquillise face à l’adversité. En rappelant à Son serviteur Ses bienfaits à son égard, Allâh
lui atteste de Son amour pour lui, et lui enseigne par ce biais le moyen de se débarrasser du doute attisé par le démon : se remémorer les faveurs divins et rendre grâce.

Champ lexical et définitions :

1. وَٱلضُّحَىٰ
Par le jour montant

2. وَٱلَّيۡلِ إِذَا سَجَىٰ
Par la nuit quand elle se calme

       Allâh jure par le jour montant et par la nuit qui s’étend et couvre tout de son voile.« Ad-Douhâ » : c’est le moment du lever du soleil jusqu’à midi (hauteur d'une lance, soit 1m - 1,5m de l’horizon). Il correspond aussi à l’instant à partir duquel on peut accomplir la prière de l’Aïd, ou encore celle de la matinée, ad-douhâ, que le Messager d’Allâh a surnommé « salâtou al-awwâbîn » (« la prière des repentants ») et qui est composée de deux à douze unités (rakʻa).

      « Sajâ » : évoque l’idée d’étendre son obscurité ; il signifie également « disparaître » ;« couvrir » ; « se calmer » ; « se stabiliser » : «بحر ساج : bahroun sâjin » (une mer calme) ; « durer et se prolonger ».

       Il y a toujours un rapport étroit dans le Saint Coran entre le serment et la réponse au serment. Le lever du soleil fait référence à la reprise de la révélation et le calme de la nuit se rapporte à son arrêt : une vie sans la lumière de la révélation s'apparente aux ténèbres : « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un esprit [le Coran] provenant de Notre ordre. Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi; mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. Et en vérité tu guides vers un chemin droit », s.42 Ach-Choûrâ (La Consultation), v.52.

Pourquoi Dieu utilise-t-Il le mot «الضحى : ad-dohâ » plutôt que «الفجر : al-fajr » (« l’aube ») ou «النهار : an-nahâr » (« le jour ») ?

       L’aube s’accompagne toujours d’un résidu d’obscurité, alors qu’avec le jour la lumière prédomine. Comme le but est de faire référence à la reprise de la révélation, utiliser un mot qui marque l’éclaircissement est plus judicieux.

Pourquoi parle-t-Il de «الضحى : ad-dohâ » puis de «الليل : al-layl »?

       « Ad-dohâ » correspond à la Révélation et « al-layl » renvoie à son interruption, comme susmentionné.

3. مَا وَدَّعَكَ رَبُّكَ وَمَا قَلَىٰ
Ton Seigneur ne t’a ni abandonné, ni détesté

        Le mot "abandonner" n’est pas la meilleure traduction française du mot (وَدَّعَكَ : wadda’aka), «التوديع : at-tawdî’ » correspond plus aux adieux de personnes qui s’aiment et qui se séparent. 

Pourquoi a-t-Il dit «قَلَى : qalâ » et non pas «قَلَاكَ : qalâka »?

       Le verbe «وَدَّعَ : wadda’a » n’a pas un sens péjoratif puisqu’il concerne ceux qui s’aiment, donc il n’y a pas de mal à citer le complément d’objet direct (c.o.d.), en l’occurrence le Prophète. Le verbe «قَلَى : qalâ » a un sens péjoratif, donc le c.o.d. n’est pas mentionné.

      Avec ces verbes à connotation négative, il vaut mieux dire « Je n’ai ni insulté, ni rabaissé », plutôt que « Je ne t’ai ni insulté, ni rabaissé ». Cette tournure stylistique est la manifestation de toute la délicatesse de Dieu à l’endroit de Son Envoyé.

      L’utilisation du terme «مَا : mâ » au lieu de «لمَ : lam » ou «لَنْ : lan » (« ne pas ») montre que Dieu ne l’a ni laissé, ni détesté et qu’Il ne l’abandonnera pas. En effet, «لمَ : lam » est utilisé pour la négation dans le passé, «لَنْ : lan » dans le futur, alors que «مَا : mâ » s'utilise pour la négation intemporelle.

Pourquoi a-t-Il employé «رَبُّكَ : rabbouka » et non « Allâh »?

      La marque du possessif, « ka », du mot « rabbouka » (ton Seigneur) est usité pour exprimer la proximité entre Allâh et Son Prophète.

4. وَلَلۡأَخِرَةُ خَيۡرٌ۬ لَّكَ مِنَ ٱلۡأُولَىٰ
La dernière t’est certes meilleure que la première

      Certains exégètes pensent que «لَلْآخِرَةُ : la dernière » se rapporte à l’au-delà et «الْأُولَى : première » à l’ici-bas. En vérité, Allâh rassure le Prophète que ce qui va lui arriver, dans la vie mondaine et dans la vie éternelle, sera meilleur que ce qui s’est déjà passé pour lui.

Pourquoi n'a-t-Il pas choisi le mot «الدنيا : ad-dounia » (« l’ici-bas ») plutôt que le terme «الْأُولَى : la première »?

      S’Il avait dit : « La dernière est certes meilleure que l'ici-bas », cela supposerait que le Prophète pourrait ne pas avoir une belle existence ici-bas. Or, Allâh le conforte, ici, dans l’idée que sa vie terrestre s’améliorera aussi : le Prophète tirera satisfaction de ses deux existences.

Pourquoi a-t-Il utilisé «لَّكَ : laka »au lieu de dire « وَلَلْآخِرَةُ خَيْرٌ مِنَ الْأُولَى» ?

     Ce pronom montre que cette promesse est spécifique au Prophète.

5. وَلَسَوۡفَ يُعۡطِيكَ رَبُّكَ فَتَرۡضَىٰٓ

Ton Seigneur t’accordera Ses faveurs et alors tu seras satisfait

Dieu n’a pas précisé ce qu’Il donnera au Prophète : ceci prouve qu’Il lui accordera des biens immenses, d’autant plus qu’Il répète encore une fois le mot «رَبُكَ : rabbouka ».

Pourquoi a-t-Il dit «يُعْطِيكَ : you‘tîka » et non «يؤتيك : you’tîka »?

      Le verbe «يؤتي : you‛tî » s’utilise pour les choses matérielles comme l’argent, la royauté, mais aussi pour les qualités morales ; alors que «يُعْطِيكَ : you’tî » s'utilise seulement pour les choses matérielles.
L’usage de «تَرْضَى : tardâ » est très important : relié à «رَبُّكَ: rabbouka », ce terme émet l’idée que le Prophète sera forcément satisfait puisque les faveurs proviennent de Son Seigneur. En effet, l’absence d’un lien fort avec Le Pourvoyeur de tout bien explique que maintes personnes possédant tous les biens ne sont pas obligatoirement satisfaites.

6. أَلَمۡ يَجِدۡكَ يَتِيمً۬ا فَـَٔاوَىٰ
Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il a accueilli

7.وَوَجَدَكَ ضَآلاًّ۬ فَهَدَى
Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré ? Alors Il a guidé

8. وَوَجَدَكَ عَآٮِٕلاً۬ فَأَغۡنَىٰ
Ne t’a-t-Il pas trouvé pauvre ? Alors Il a enrichi

      Allâh rappelle au Prophète qu’Il était toujours à ses côtés avant la révélation, ceci pour le rassurer qu’Il le soutiendra de toute évidence après. La forme interrogative a, ici, valeur de rappel.

Pourquoi les c.o.d. des différents verbes ne sont pas cités ?

      Les réponses aux questions ne précisent pas qui Allâh accueille, qui Il guide et enrichit. Quelques savants affirment que c’est pour respecter la sonorité des fins de versets, or le respect de la sonorité ne prime pas sur le respect du sens. L’accueil, la guidance et l’enrichissement du Prophète profitent à tous ceux qui l’ont suivi pour qu’ils soient eux aussi accueillis, guidés et enrichis.

Pourquoi a-t-on une succession dans un ordre précis des mots « orphelin », « égaré » et « pauvre » ?

      Être orphelin est un état relatif à l’enfant uniquement. Parvenu à l’âge adulte, l’individu a besoin de la guidance divine pour acquérir ses biens puis s’enrichir uniquement de manière licite.

 

9. فَأَمَّا ٱلۡيَتِيمَ فَلَا تَقۡهَرۡ
Quant à l’orphelin, ne [le] maltraite pas

10. وَأَمَّا ٱلسَّآٮِٕلَ فَلَا تَنۡہَرۡ
Quant au demandeur, ne [le] repousse pas

11. وَأَمَّا بِنِعۡمَةِ رَبِّكَ فَحَدِّثۡ
Et quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le

«السائل : As-sâ’il » est celui qui demande l’aide matérielle ou morale (guidance).

«النعمة : An-ni’ma » : signifie « bienfait » ; certains savants interprètent ce terme par la pophétie accordée à Mouhammad , tandis que pour d’autres il s’agit de l’Islam. En fait, ce vocable englobe aussi bien le matériel que le spirituel.

Ces trois versets sont-ils dans un ordre qui respecte celui des trois précédents ?

      Le verset 9 fait écho de façon claire au verset 6 :

9. فَأَمَّا ٱلۡيَتِيمَ فَلَا تَقۡهَرۡ
Quant à l’orphelin, ne [le] maltraite pas

6. أَلَمۡ يَجِدۡكَ يَتِيمً۬ا فَـَٔاوَىٰ
Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il a accueilli

      Le verset 10 renvoie au verset 7 si le demandeur recherche la guidance, et au verset 8 s’il attend de l’argent.

Quant au verset 11, il reprend les versets 6,7 et 8 puisque les bienfaits recouvrent le fait d’être accueilli, guidé et enrichi.

Pourquoi dit-Il «فحدث : fahaddith » (« proclame ») et non pas «فأخبر : fa‛akhbir » (« annonce ») ?

      Informer signifie rapporter objectivement (annonce). Proclamer veut dire ici que l’objet de la proclamation vient de Dieu : la grandeur de Dieu est dès lors mise en exergue. L’annonce ne se fait qu’une fois alors que la proclamation se répète plusieurs fois.

 

Conclusion

      Ad-Dohâ est la manifestation par excellence de la bonté divine à l’égard de Ses créatures, et en premier lieu à l’endroit de Son Messager. C’est une sourate qui incite à la reconnaissance des bienfaits divins et au souvenir de la protection de l’Unique Protecteur, du Richissime, de l’Apaisant. Elle est l’affirmation de l’altruisme et de la délicatesse généreuse envers l’orphelin et le quémandeur. En cela, sourate Ad-Dohâ est remarquablement belle tant elle éveille les nobles sentiments des croyants.

Al-wassat.com

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Sourate 95 At-Tîn (Le Figuier)

Added 17/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

Au nom d’Allâh, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux.
1. « Par le figuier et l'olivier !
2. Et par le Mont Sinîn !
3. Et par cette Cité sûre
!
4. Nous avons certes créé l'Homme dans la forme la plus parfaite
.
5. Ensuite, Nous l'avons ramené
au niveau le plus bas,
6. sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres : ceux-là auront une récompense jamais interrompue.
7. Après cela, qu'est-ce qui te fait
traiter la rétribution de mensonge ?
8. Allâh n'est-Il pas Le plus Sage des Juges ? »

Descente et composition :

Sourate « At-tîne » est entièrement révélée à la Mecque, après la sourate 85 « Al-Bouroûj » (« Les Constellations »). Vingt-huitième dans l’ordre chronologique de la révélation, elle est classée en quatre-vingt-quinzième position dans le Coran. Elle est composée de huit signes (versets).

Thème :

Deux points principaux sont traités dans cette sourate, ils sont ainsi résumés : Allâh honore l’humain, car il a été créé à la perfection ; ceux qui donnent des associés à Allâh nient le Jour de la rétribution.

Les mérites de la sourate :

Le Prophète se trouvait toujours à la Mecque lors de la descente de cette sourate, entouré de quelques adhérents à l’Islâm. La sourate venait les conforter dans leur position, elle catalysait leur foi : sa vertu réside dans le rappel aux croyants de l’honneur et de la récompense réservés à leur intention par Allâh . Elle est une interrogation et une invite à l’Islâm pour l’incrédule, mais également son rabaissement quand il persiste dans son ingratitude.
Outre ce qui est déjà mentionné ci-dessus, il est rapporté qu’à la fin de la lecture du dernier verset « Allâh n’est-Il pas Le plus Sage des Juges ? », le Prophète Mouhammad disait « Que si ! Et je suis parmi ceux qui en témoignent » («بلى وأنا على ذلك من الشاهدين »).At-Tirmidhî confirme cette sunna en mentionnant ce hadîth : « Quand l’un de vous récite "Par le figuier et l’olivier…" et parvient à la fin " Allâh n’est-Il pas Le plus Sage des Juges ? ", qu’il dise : "Que si ! Et moi, je suis parmi ceux qui en témoignent." »


Champ lexical et définitions :

1. « Par le figuier et l'olivier ! وَالتِّينِ وَالزَّيْتُونِ 2. Et par le Mont Sinîn ! وَطُورِ سِينِينَ3. Et par cette Cité sûre ! » وَهَذَا الْبَلَدِ الْأَمِينِ

D’emblée, Allâh jure par deux arbres fruitiers : le figuier qui produit un fruit dépourvu de noyau et l’olivier un fruit à noyau. Un jour, le Prophète s’est vu offrir une assiette de figues, il a mangé les fruits puis a recommandé: « Mangez ! Si je devais dire qu’il y a un fruit qui est descendu du paradis c’est bien celui-ci, car les fruits du paradis sont sans noyau. »

«كلوا فلو قلت إن فاكهة نزلت من الجنة لقلت هذه لأن فاكهة الجنة بلا عجم »

On rapporte qu’Adam (psl) a utilisé les feuilles du figuier pour cacher ses parties intimes lorsqu’il se rendit compte de sa nudité.
Quant à l’olivier, il est un arbre qualifié de béni par le Coran.

«…qui tirerait sa luminosité d’un arbre béni, un olivier qui n’est ni d’Orient ni de l’Occident et dont l’huile jetterait sa clarté presque d’elle-même, sans avoir été touchée par aucune étincelle », s. 24 An-Noûr (La Lumière), v. 35.
«يُوقَدُ مِنْ شَجَرَةٍ مُبَارَكَةٍ زَيْتُونَةٍ لَا شَرْقِيَّةٍ وَلَا غَرْبِيَّةٍ يَكَادُ زَيْتُهَا يُضِيءُ وَلَوْ لَمْ تَمْسَسْهُ نَار»

«…ainsi que cet arbre qui pousse au Sinaï et fournit de l’huile, condiment qui donne aux aliments une saveur fort appréciée »

s. 23 Almou’minoun (Les Croyants), v. 20.

«وَشَجَرَةً تَخْرُجُ مِنْ طُورِ سَيْنَاءَ تَنْبُتُ بِالدُّهْنِ وَصِبْغٍ لِلْآَكِلِينَ»

Certains avancent que Dieu a cité en premier le figuier car il serait un arbre du paradis et que le nombre de versets composant cette sourate correspondrait aux huit portes du paradis.
Dans la même logique, on dit aussi que le verset «فَبِأَيِّ آَلَاءِ رَبِّكُمَا تُكَذِّبَانِ» (« Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur oserez-vous renier ? ») de sourate 55 Ar-Rahmâne (Le Miséricordieux) est répété à huit reprises lorsque Dieu mentionne le paradis et sept fois lorsqu’Il parle de l’enfer ; également que sourate 97 Al-Qadr (La Destinée) est constituée de trente mots comme le nombre de jours du mois de Ramadan, et que le pronom personnel «هي» (elle) qui se réfère à la nuit du destin dans cette sourate est le vingt-septième mot, ce qui indiquerait que la nuit de la valeur serait la vingt-septième.

Pourquoi Allâh a-t-Il juré par le figuier, l’olivier, le Mont Sinaï et la Mecque ?


Les trois serments qui débutent la sourate renvoient à trois endroits où Dieu a transmis la révélation à trois grands messagers : le figuier et l’olivier symbolisent Jérusalem en référence à ‘Issa (Jésus) (psl), le Mont Sinîne (Sinaï) rappelle Moussa (Moïse) (psl) et la Cité sûre désigne la Mecque pour évoquer Mouhammad .
Quand Dieu jure par une de Ses créations, Il met en exergue son importance : le figuier et l’olivier sont des arbres bénis donnant des fruits bénis — aux multiples applications pour l’homme — à l’image de la Ville Sainte Jérusalem, et par extension à ‘Issa (psl) fils de Maryam (Marie) (psl) qui est une source de bénédictions de sa naissance à sa mort. De même, le Mont Sinîne est le lieu sacré par excellence où Dieu a parlé à Moussa (psl) ; la Mecque est le meilleur endroit sur Terre à l’instar de Mouhammad la meilleure des créatures d’Allâh .

Pourquoi Allâh a-t-Il juré par le Mont Sinaï et la Mecque et pas par Jérusalem ?

L’ordre dans lequel les éléments du serment sont cités répond à une sagesse divine : le figuier a moins de valeur que l’olivier ; l’olivier est moins estimé que le mont Sinîne ; et le mont Sinîne moins considéré que la Mecque. Du fait que le figuier et l’olivier renvoient à Jérusalem, on pourrait conclure que celle-ci est moins importante que le mont Sinîne, or c’est tout le contraire : Allâh préserve la valeur de Jérusalem en s’y référant implicitement au travers des deux arbres.
Allâh aurait pu nommer directement Jérusalem en deuxième position, mais l’information relative au figuier et à l’olivier aurait été exclue de la sourate : ceci aurait diminué de sa richesse, de son charme, et n’aurait pas autant interpelé l’intelligence humaine, invitant cette dernière à méditer sur ces deux végétaux, sources de bienfaits.

Pourquoi Allâh a-t-Il qualifié la Mecque de « la Cité sûre » «الْبَلَدِ الْأَمِينِ»?

Le terme «الْأَمِينِ» (« sûr ») comporte deux significations :

· الأمانة al-amânah (le dépôt) : le message de Dieu est un dépôt qui a été transmis par Ar-Rouh al-Amîne «الروح الأمين » (l’Esprit Saint digne de confiance), l’ange Jibril (Gabriel) psl, sur As-Sâdiq Al-Amîne الصادق الأمين (le véridique digne de confiance), Mouhammad, dans Al-Balad Al-Amîne البلد الأمين (le pays garant du dépôt), la Mecque.

· الأمن al-Amn (la sécurité) : ce fut suite à une invocation du prophète Ibrâhîm (psl) qu’Allâh sécurisa la Mecque, « Seigneur ! Implora Ibrahim, fais de cette cité un lieu inviolable…" », s. 2 Al-Baqara (La Génisse), v.126.
«وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ اجْعَلْ هَذَا بَلَدًا آَمِنًا»
« Seigneur ! Implora Ibrahim, fais de cette cité un havre de paix !… », s.14 Ibrâhîm (Abraham), v. 35.

«وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ اجْعَلْ هَذَا الْبَلَد آَمِنًا»

Dieu a exaucé son vœu :« Terre de signes sacrés, c’est aussi l’Oratoire d’Abraham. Quiconque y pénètre sera en sécurité », s. 3 ‘Âli Imrân (La Famille d’Imrân), v.97.
«فيهِ آَيَاتٌ بَيِّنَاتٌ مَقَامُ إِبْرَاهِيمَ وَمَنْ دَخَلَهُ كَانَ آَمِنًا»

« C’est alors que Nous fîmes du temple de la Ka’ba un lieu de retraite et un havre de paix pour les hommes, en leur recommandant de faire de la station d’Abraham un lieu de prière », s. 2 Al-Baqara (La Génisse), v.125.
«وَإِذْ جَعَلْنَا الْبَيْتَ مَثَابَةً لِلنَّاسِ وَأَمْنًا وَاتَّخِذُوا مِنْ مَقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى»

Etant donné que أمين (« amîne ») est un superlatif de آمِن (« âmine », « sécurisé »), il englobe donc الأمن(« al-amn », la sécurité) et qualifie plus intensément le nom qu’il précise. Dieu emploie cet adjectif dans d’autres versets :
« …Mais ne les avons-Nous pas installés dans une enceinte sacrée et sûre, où sont acheminées, par un effet de Notre grâce, toutes sortes de produits pour leur subsistance ?...», s. 28 Al-Qassass (Le Récit), v. 57.

«أَوَلَمْ نُمَكِّنْ لَهُمْ حَرَمًا آَمِنًا يُجْبَى إِلَيْهِ ثَمَرَاتُ كُلِّ شَيْءٍ رِزْقًا مِنْ لَدُنَّا»

 

« Ne voient-ils pas que Nous avons établi pour eux une enceinte sacrée et sûre, pendant que l’insécurité et les rapts règnent tout autour ?... », s. 29 Al-‘Ankaboût (l’Araignée), v. 67.


«أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا جَعَلْنَا حَرَمًا آَمِنًا وَيُتَخَطَّفُ النَّاسُ مِنْ حَوْلِهِم»

4. Nous avons certes créé l'homme dans la forme la plus parfaite.
لَقَدْ خَلَقْنَا الْإِنْسَانَ فِي أَحْسَنِ تَقْوِيمٍ

5. Ensuite, Nous l'avons ramené au niveau le plus bas,

ثُمَّ رَدَدْنَاهُ أَسْفَلَ سَافِلِين

Ces deux versets sont l’objet des serments : d’une part, Dieu atteste de la perfection de l’homme lors de sa création — il est doté de la raison qui lui permet de comprendre et d’assimiler des connaissances ; d’autre part, Allâh annonce la déchéance pour l’ingrat.
Lorsqu’il parle de la beauté de Sa création, Allâh utilise la première personne du pluriel et la forme active : « Ne voient-ils pas que Nous avons crée pour eux, parmi les œuvres sorties de Nos mains, des troupeaux… » s. 36 Yâ-Sîn, v. 71.
«…أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا خَلَقْنَا لَهُمْ مِمَّا عَمِلَتْ أَيْدِينَا أَنْعَامًا…»
.
Mais quand Il évoque la faiblesse de l’homme Il emploie la tournure passive :
« Et l’homme a été créé faible »
خُلِقَ الْإِنْسَانُ ضَعِيفًا « L'homme a été créé prompt dans sa nature »
خُلِقَ الْإِنْسَانُ مِنْ عَجَلٍ« L'homme a été créé instable [très inquiet] »
إِنَّ الْإِنْسَانَ خُلِقَ هَلُوعًا Allâh est le Bien Absolu, donc tout ce qui est négatif ne peut Lui être attribué, d’où la différentiation dans l’utilisation des tournures active et passive.

Pourquoi dans ce cas Dieu a-t-Il utilisé la forme active dans le verset suivant ?

C’est pour montrer que c’est à Lui que revient le début et la fin et que c’est Lui qui égare ceux qui ont choisi la mauvaise voie. S’Il avait dit :
« Ensuite, il a été ramené au niveau le plus bas » au lieu de « Ensuite, Nous l'avons ramené au niveau le plus bas », cela laisserait supposer qu’il y a une autre force qui agit à l’inverse de Lui.

L’utilisation de ثم (thoumma, ensuite) sous-entend un déclin progressif de l’être humain. Certains savants affirment que « (…) au niveau le plus bas » se réfère à la dégénérescence physique : l’homme devient tellement faible qu’il ne peut plus avancer beaucoup d’actes méritoires, donc ses récompenses diminuent ; excepté pour le croyant car Allâh continue à le rétribuer comme s’il pratiquait la même adoration intense que lors de sa jeunesse.
« Lorsque le croyant atteint un niveau de faiblesse, on lui écrit la rétribution de ce qu’il faisait pendant qu’il était fort ».

«إن المؤمن إذا رُدّ لأرذل العمر كُتِب له ما كان يعمل في قوّته » Telle est l’opinion d’Ibnou Jarîr qui s’est référé à celle d’Ibnou ‘Abbâs .
D’autres soutiennent que le plus bas niveau correspond à l’enfer. L’homme a été créé avec des atouts qui lui permettent d’atteindre les hautes sphères du paradis, mais à cause de son égarement il peut mériter l’enfer.

6. sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres : ceux-là auront une récompense jamais interrompue.
«إِلَّا الَّذِينَ آَمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ فَلَهُمْ أَجْرٌ غَيْرُ مَمْنُون»

غَيْرُ مَمْنُونٍ (ghayrou mamnoûn) signifie "non interrompu" et "non rappelé". Ici, un rapprochement est possible avec sourate 103 Al-‘Asr (Le Siècle), v. 3 : « Je prends à témoin, que l’humanité court à sa perte, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres et s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent mutuellement l'endurance »

«آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَتَوَاصَوْا بِالْحَقِّ وَتَوَاصَوْا بِالصَّبْرِ إِلَّا الَّذِينَ إِنَّ الْإِنسَانَ لَفِي خُسْرٍ وَالْعَصْرِ»

Dans cette sourate, Allâh parle de la perte de l’homme, alors que dans sourate « At-Tîne » Il évoque ceux qui seront au niveau le plus bas. La foi et les bonnes œuvres protègent de la chute, mais s’en contenter n’évite pas forcément la perte. S’enjoindre mutuellement la vérité et l’endurance est le seul moyen d’éluder la perdition. Négliger cette recommandation constitue déjà un manque à gagner important.

Pourquoi Dieu dit-Il فَلَهُمْ et non لَهُمْ comme dans sourate 84 Al-Inchiqâq (La Déchirure) ?

Ces deux mots très proches se rapportent aux croyants dans les deux sourates. Dans sourate Al-Inchiqâq, le nombre de versets relatifs aux infidèles est plus élevé que celui des versets traitant des croyants — respectivement dix et trois. En revanche, dans sourate « At-Tîne », Dieu a abordé d’une manière expéditive le cas des mécréants. L’ajout de la particule " فَ" au mot " لَهُمْ " valorise plus les croyants dans sourate « At-Tîne ».

7. Après cela, qu'est-ce qui te fait traiter la rétribution de mensonge ?
فَما يُكَذِّبُكَ بَعْدُ بِالدِّينِمَ
8. Allâh n'est-Il pas Le plus Sage des Juges ?
أَلَيْسَ اللَّهُ بِأَحْكَمِ الْحَاكِمِينَ

Le verset s’adresse non pas au Prophète comme certains esprits pourraient le penser à cause du « te », mais bien au genre humain, et particulièrement à l’ingrat qui réfute le Jour de la rétribution. « Après cela » résume "toutes les preuves" apportées à l’incrédule et citées dans maints passages du Coran : elles sont soit écrites, soit transmises par les messagers, ou encore déduites des méditations sur la création.
Le mot الدِّينِ (ad-dîn) renvoie à la religion des messagers. أَحْكَمِ الْحَاكِمِينَ (ahkamal-hâkimîn) se réfère aussi bien à la sagesse qu’au jugement. Chacun des termes ci-dessous de la sourate examinée comporte deux significations qui ne modifient en rien le message divin :
الْأَمِينِ(al-Amîn) : dépôt et sécurité,
أَسْفَلَ سَافِلِينَ (asfala sâfilîn) : niveau bas et enfer,
غَيْرُ مَمْنُونٍ (ghayrou mamnoûn) : ni interrompu et ni rappelé,
الدِّينِ(ad-dîn) : rétribution et religion,
أَحْكَمِ الْحَاكِمِينَ (ahkamal-hâkimîn) : sagesse et jugement.

Cette petite récapitulation sémantique met en évidence deux interprétations valables et acceptées de cette sourate : n’est-ce pas une preuve d’une excellente harmonie dont l’auteur ne peut être qu’Allâh ?

Al-wassat.com

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