"> Les Savants Musulmans - TEMOIGNAGES ET HOMMAGES AUX SAVANTS - Musulman et fier de l\'être
 

TEMOIGNAGES ET HOMMAGES AUX SAVANTS MUSULMANS (2)

Added 24/3/2012

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

Par Bennani Karim Tajeddine  

« Par âge d'or de la civilisation musulmane nous entendons l'existence d'une culture qui est à vocation universaliste. Et en effet, du VIIIe au XIIe siècle, on constate l'émergence d'un brillant humanisme. La splendeur de l'Islam est due principalement aux cités et à la vie urbaine. [...] Les grandes métropoles comme Damas, Bagdad, Ispahan, Le Caire, Alep, Kairouan, Fès, Cordoue sont des foyers rayonnants de culture. En effet, dans cette société urbaine cosmopolite, ou l'on voit des Arabes à côté de Byzantins, de Persans, de Turcs, de Syriaques, tout un monde de lettrés, de scribes, de juristes, de savants vit à l'ombre des grandes cours princières. Le mécénat des califes, émirs et gouverneurs est un des facteurs qui expliquent une civilisation aussi brillante. Il en résulte une valorisation des travaux de l'esprit et l'un des plus riches épanouissements culturels qu'ait connus l'histoire des civilisations. Un véritable enthousiasme intellectuel fait que l'on poursuit toutes les formes du savoir : l'histoire, la géographie, la philosophie, la médecine, les mathématiques. »[i] (Anne-Marie Delcambre)

                                     

 « Je suis un Européen du Sud, pour moitié andalou, autant dire à demi-musulman. Je sais trop ce que notre vieux continent doit à l'islam espagnol, et d'abord le retour à la raison grecque. [...] Non seulement les musulmans d'Espagne ouvrirent à la raison un espace où Averroès, Avicenne et Maïmonide s'aventurèrent hardiment, ils furent également médecins, géographes, astronomes, historiens, mathématiciens, alchimistes et physiciens, architectes miraculeux, musiciens raffinés, jardiniers délicats, horticulteurs et artisans subtils. Durant près de cinq siècles, les califes et les émirs ont tenu école de tolérance, défendant les juifs, accueillant les chrétiens, cohabitation sans exemple en ces temps de fanatisme. Cet héritage, je fais plus que l'accepter, j'en tire fierté. »[ii] (Michel Del Castillo)

 

 « Lorsque l'Espagne se trouva conquise par les Arabes, elle devint à son tour le principal foyer de la civilisation et des sciences. [...] A cette époque de barbarie, où aucune production de l'art ne s'élevait dans l'Europe féodale et où nos barons ne savaient que s'abriter derrière leurs donjons et leurs créneaux, déjà le génie de l'islamisme couvrait les Espagnes de nombreux monuments, dans lesquels la richesse le disputait à l'élégance de la construction. Grenade, Tolède et Cordoue s'ornaient de palais somptueux, enrichis de marbres et d'or; et à côté s'élevaient des écoles ouvertes à toutes les nations. C'était en présence de cette prospérité jusqu'alors inconnue; c'était en goûtant les bienfaits du gouvernement le plus pacifique qu'ils eussent jamais eu que les vaincus se félicitaient de leur défaite. En parlant des Arabes, les Espagnols disaient souvent alors : « ils nous ont pris notre terre, mais ils l'ont couverte d'or.» C'est au VIIIe siècle que commence à poindre dans la péninsule ibérique, ce grand mouvement intellectuel qui devait bientôt la placer à la tête des autres nations. L'impulsion une fois donnée, elle se continua, et devint telle, qu'au Xe siècle l'Espagne possédait incontestablement le sceptre de la civilisation ; l'Europe entière en recevait alors toutes ses lumières. »[iii] (Félix Archimède Pouchet)

 

 « Ces mêmes Arabes qui avaient détruit le dépôt sacré des connaissances humaines [bibilothèque d'Alexandrie] furent ensuite les premiers à en rétablir les fondements. Par mesure pour ainsi dire expiatoire, ils travaillèrent avec succès à éclaircir les principes de l'arithmétique et de l'algèbre, et à donner à ces sciences un développement qu'elles n'avaient pas encore reçu jusqu'alors. Ils s'attachèrent aussi à conserver les ouvrages que nous avaient transmis les Grecs : la trigonométrie et la géodésie reçurent des accroissements précieux, surtout l'astronomie. Alfraganus et Albaténius furent les dignes successeurs d'Hipparque et de Ptolémée. »[iv] (Adolphe Quetelet)

 

« Ce fut par ces traductions arabes des ouvrages de science et de philosophie grecque que l'Europe reçut le ferment de tradition antique nécessaire à l'éclosion de son génie. »[v] (Ernest Renan)

 

« La population maure avait apporté sur une terre inculte [l'Espagne] une civilisation modèle, avec l'élégance de ses mœurs, avec son commerce et son industrie. Mais au XVIe siècle la puissance des Maures, même soumis, fut regardée comme dangereuse pour le pouvoir établi et ils furent expulsés. On s'aperçut bientôt de la plaie profonde que cette expulsion avait faite à l'Espagne. »[vi] (Pellegrino Rossi)

                                


« [La civilisation des Arabes] transmit à l'Europe du moyen âge des découvertes, des industries, des sciences, empruntées sans doute pour la plupart à d'autres peuples, mais dont il est glorieux pour les Arabes d'avoir été du moins les propagateurs. En effet, tandis que l'Europe était plongée dans des ténèbres de barbarie que perçaient à peine quelques faibles lueurs, une vive lumière de littérature, de philosophie, de science, d'arts, d'industrie inondait toutes les capitales de l'islamisme. Bagdad, Bassorah, Samarcande, Damas, le Caire, Kaïoran, Fez, Grenade, Cordoue étaient autant de grands centres intellectuels. » [xiii] (Victor Duruy)

 



[i] L'Islam, Anne-Marie Delcambre, éd. La Découverte, 2004, p. 48

 

[ii] Michel Del Castillo, 18 Janvier 2002, dans Je suis un musulman, paru Le Monde, 18 Janvier 2002, Michel Del Castillo.

 

[iii] Histoire des sciences naturelles au moyen âge (1853), Félix Archimède Pouchet, éd. Baillère, 1853, Ecole arabe, p. 444-445

 

[iv] Histoire des sciences mathématiques et physiques (1864), Adolphe Quetelet, éd. Hayez, 1864, p. 9

 

[v] Discours et conférences, Ernest Renan, éd. C. Lévy, 1887, L'Islamisme et la Science (conférence prononcée à la Sorbonne, en 1883), p. 387

 

[vi] Cours de droit constitutionnel, Pellegrino Rossi, éd. Guillaumin, 1866, t. 2, p. 384

 

[vii] L’influence de l’islam sur l’Europe médiévale :W. Montgomery Watt

 

[viii][viii] « La nostalgie andalouse », André Miquel, Nouvel Observateur, collection Portrait, nº 3, 1990, p. 16-17

 

[ix] Science: its history and development among the world’s cultures, Colin Ronan (trad. Wikiquote), éd. Facts on File, 1983, p. 203

 

[x] Les promesses de l’Islam (Roger Garaudy)

 

[xi] Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France (1855), Adolphe Chéruel, éd. Hachette et cie, 1855, t. 2, p. 1137

 

[xii] A History of the Intellectual Development of Europe, John William Draper (trad. Wikiquote), éd. Harper, 1863, p. 356

 

[xiii] Histoire du moyen âge, Victor Duruy , éd. Hachette, 1861, p. 104

 

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TEMOIGNAGES ET HOMMAGES AUX SAVANTS MUSULMANS (1)

Added 24/3/2012

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك



Par Bennani Karim Tajeddine  

 

Antérieurement, l’impact d’œuvres de savants musulmans était directement perçu durant le lent processus de transfert du Patrimoine universel de l’humanité vers le repère propre de l’Occident. Cependant, après la révolution industrielle, submergeant comme un raz de marée le monde musulman, les colonialismes entrainèrent inversement du rapport de force. Il se substitua alors aux reconnaissances, une islamophobie latente et l’identification plutôt à ce qui se rapproche le plus de la culture occidentale : les cultures gréco-romaine et judéo-chrétienne.

 

Néanmoins, l’histoire est une science assurant la traçabilité d’événements, remet les pendules à l’heure et chaque chose à sa place. Elle est en mesure de rappeler la parabole des deux gouttes d’eau d’Ibn Khaldoun en vue de garder constamment en mémoire que ce qui a été bien dans le passé est en mesure de revenir vers l’avenir. Un érudit de la Renaissance, Pierre Gassendi, rend hommage au pouvoir suggestif de l’histoire :

 

« L’histoire est véritablement la lumière de la vie, car non seulement elle chasse les ténèbres du passé et dissipe les confusions, mais encore elle arme l’esprit de ses exemples innombrables et lui fournit le moyen de voir et de comprendre, à l’aide du passé, ce qu’on doit attendre de l’avenir, quelle fin on doit attribuer à la vie ».

 

Des témoignages variés de chroniqueurs, dont certains précédant les périodes des colonialismes, rendent hommage, directement ou indirectement, à l’apport des savants musulmans au Patrimoine universel de l’humanité:

 

« A mesure qu’on pénètre dans l’étude de cette civilisation, on voit les faits nouveaux surgir et les horizons s’étendre. On constate bientôt que le Moyen Âge ne connut l’antiquité classique que par les Arabes ; que pendant cinq cents ans, les universités de l’Occident vécurent exclusivement de livres arabes, et qu’au triple point de vue matériel, intellectuel et moral, ce sont eux qui ont civilisé l’Europe. Quand on étudie leurs travaux scientifiques et leurs découvertes, on voit qu’aucun peuple n’en produisit d’aussi grands dans un temps aussi court. Lorsqu’on examine leurs arts, on reconnaît qu’ils possédèrent une originalité qui n’a pas été dépassée. L’action des Arabes, déjà si grande en Occident, fut plus considérable encore en Orient. Aucune race n’y a jamais exercé une influence semblable. Les peuples qui ont jadis régné sur le monde : Assyriens, Perses, Égyptiens, Grecs et Romains ont disparu sous la poussière des siècles, et n’ont laissé que d’informes débris ; leurs religions, leurs langues et leurs arts ne sont plus que des souvenirs. Les Arabes ont disparu à leur tour ; mais les éléments les plus essentiels de leur civilisation, la religion, la langue et les arts, sont vivants encore, et du Maroc jusqu’en Inde, plus de cent millions d’hommes obéissent aux institutions du prophète. »[i] (Gustave Le Bon)

 

« [Les Musulmans] furent des transmetteurs, et la chrétienté, qui avait si largement laissé se perdre les acquisitions de l'Antiquité, leur doit beaucoup. Mais ils ne furent pas que cela, comme d'aucuns les disent avec une grande injustice, car ils travaillèrent sur tout ce qu'ils avaient acquis et les fruits de leurs efforts, ils les donnèrent aussi. Plus tard, quand ils s'endormirent, quand ils ne furent plus créateurs, par un juste retour des choses, ils reçurent à leur tour de ceux qu'ils avaient auparavant nourris. La colonisation européenne les réveilla, leur apporta la science et la pensée modernes. De cette invasion ils eurent sans doute beaucoup à souffrir, mais cette souffrance fut rédemptrice.»[ii] (Jean-Paul Roux)

 

« La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce. » (Friedrich Nietzsche)

 

« Les mathématiques, la chimie, la médecine, s'introduisirent peu à peu dans les écoles les plus renommées de l'Europe, tant par des traités que par les découvertes et les expériences. Sans les Arabes, difficilement y aurait-il eu un Gerbert, un Albert le Grand, un Arnaud de Villeneuve, un Roger Bacon, un Raimond Lulle ; tous ils avaient fréquenté les sages de l'Espagne ou étudié leurs écrits. »[iii] (Johann Gottfried von Herder)

 

« En vérité, il faut un étrange aveuglement pour nier les bienfaits que l'humanité doit à ces prétendus Barbares de l'Orient. Comment [...] oublier que la renaissance de la philosophie, de la littérature et des sciences, est due aux travaux des Arabes? Ces Barbares, qu'on accuse d'avoir arrêté tout progrès, ont été l'instrument du progrès, même pour nous, hommes de l'Occident qui les méprisons aujourd'hui du haut de notre grandeur intellectuelle. Pendant que l'Europe était plongée dans les ténèbres de la barbarie, une brillante civilisation régnait à Bagdad et à Cordoue. On calomnie donc l'islam en disant qu'il a été un obstacle à toute culture. Si la civilisation arabe s'est arrêtée, c'est moins à la doctrine religieuse qu'il faut l'imputer qu'aux peuples qui ont remplacé la race arabe et qui étaient moins bien doués qu'elle par la nature. »[iv] (François Laurent)

 

« C'est peut-être en Espagne que les sciences des Arabes eurent le plus d'éclat ; c'est là que se fixa, pour ainsi dire, le règne de leur littérature et de leurs arts. Cordoue, Grenade, Valence, Séville se distinguèrent à l'envi par des écoles, des collèges des académies, et par tous les genres d'établissements qui peuvent favoriser les progrès des lettres. L'Espagne possédait soixante-dix bibliothèques ouvertes au public, dans différentes villes, quand tout le reste de l'Europe, sans livres, sans lettres, sans culture, était enseveli dans l'ignorance la plus honteuse. Une foule d'écrivains célèbres enrichit dans tous les genres la littérature arabico-espagnole ; et l'ouvrage qui contient les titres et les notices de leurs innombrables productions en médecine, en philosophie, dans toutes les parties des mathématiques, en histoire, et principalement en poésie, forme en Espagne une volumineuse bibliothèque. L'influence des Arabes sur les sciences et les lettres, se répandit bientôt dans l'Europe entière. »[v] (Pierre-Louis Ginguené)

 

« La plupart des Européens n’ont pas exactement évalué l’importance de l’apport qu’ils ont reçu de la civilisation islamique, ni compris la nature de leurs emprunts à cette civilisation dans le passé et certains vont jusqu’à totalement méconnaître tout ce qui s’y rapporte. [...] s'il est généralement connu que l'Espagne est restée sous la loi islamique pendant plusieurs siècles, on ne dit jamais qu'il en fut de même d'autres pays, tels que la Sicile et la partie la plus méridionale de la France actuelle. [...] Le plus étrange [...], c'est de voir les Européens se considérer comme les héritiers directs de la civilisation hellénique, alors que la vérité des faits infirme cette prétention. La réalité tirée de l'histoire même établit que la science et la philosophie grecques ont été transmises aux Européens par des intermédiaires musulmans. En d'autre termes, le patrimoine intellectuel des Hellènes n'est parvenu à l'Occident qu'après avoir été sérieusement étudié par le Proche-Orient, et n'étaient les savants de l'Islam et ses philosophes, les Européens seraient restés dans l'ignorance totale de ces connaissances pendant fort longtemps, si tant est qu'ils soient jamais parvenus à les connaitre. Il convient de faire remarquer que nous parlons ici de l'influence de la civilisation islamique et non spécialement arabe comme on le dit quelquefois à tort. Car la plupart de ceux qui ont exercé cette influence en Occident n'étaient pas de race arabe. »[vi] (René Guénon)

 

« Depuis le VIIIe siècle jusqu'au XIIe siècle, l'Europe demeura plongée dans  une ignorance profonde. L'amour et la culture des sciences furent concentrés pendant ce long intervalle chez un seul peuple, les Arabes de Bagdad et de Cordoue. C'est à eux que nous avons dû la connaissance des ouvrages grecs qu'ils avaient traduits pour leur usage, et qu'ils nous ont transmis, longtemps avant qu'ils nous parvinssent dans leur langue originale. Jusqu'à ces derniers temps, on a pensé que c'était là la seule obligation que nous eussions aux Arabes ; et l'on a négligé de rechercher et d'étudier leurs propres ouvrages, pensant que l'on n'y devait trouver rien d'original, ni d'étranger aux doctrines et à l'érudition grecques. C'est une erreur sur laquelle on revient aujourd'hui, surtout depuis qu'on connaît les ouvrages hindous, et que l'on sait que les Arabes y ont puisé les principes du calcul algébrique qui les distingue essentiellement des ouvrages grecs. » [vii]] (Michel Chasles)

 

 « Les Musulmans ont accompli une tâche essentielle pour l'humanité. Le plus grand philosophe, Al-Farabi, était Musulman. Les plus grands mathématiciens, Abu Kamil et Ibrahim ibn Sinan, étaient Musulmans. Le plus grand géographe et encyclopédiste, al-Mas`udi, était Musulman. Le plus grand historien, al-Tabari, était également Musulman. » [viii]  (George Sarton)

 


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APPORT DES SAVANTS MUSULMANS

Added 14/3/2012

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك


                                                                        

Par Bennani Karim Tajeddine

Il convient de rappeler qu’au commencement de la civilisation musulmane, la situation des connaissances était plutôt figée et négligée. Depuis plusieurs siècles auparavant, les manuscrits produits par les civilisations antérieures étaient relégués aux oubliettes comme rapporté par les témoins suivants :

 

« Les sciences étaient en honneur et jouissaient d'un crédit universel : assises sur des bases solides et grandioses, elles s'élevaient chaque jour davantage, lorsque la religion chrétienne fit son apparition chez les Rûm : ce fut alors un coup fatal pour l'édifice scientifique ; ses vestiges disparurent et ses chemins s'effacèrent. Tout ce que les auteurs grecs avaient mis en lumière s'évanouit et les découvertes dues au génie antique s'altérèrent.» (Al Mass'oudi)

 

« Nous devons payer un juste tribut de reconnaissance aux Arabes, qui, après le déclin de l'école d'Alexandrie, et quand l'Occident était plongé pour longtemps encore dans la barbarie et l'ignorance, ont recueilli avec ardeur et intelligence les débris des sciences grecques et les connaissances orientales, qu'ils nous ont transmises vers le XIIe siècle. Leurs ouvrages ont été le modèle de tous les ouvrages européens, depuis cette époque, et longtemps encore après le XVe siècle, qui marque la renaissance des lettres et de la civilisation en Europe. »[i] (Michel Chasles)

 

Au fil du temps, le Patrimoine universel de l’humanité était restauré, largement amélioré, enrichi et remis en circulation. Ce fleuve monumental de connaissances, irrigant abondamment les civilisations, est le résultat d’efforts ininterrompus de vagues consécutives d’innombrables savants. Ils furent les vecteurs incontournables d’aiguillage des savoirs vers des destinations variées conformément aux témoignages suivants :

 

« Dans nos siècles de barbarie et d’ignorance, qui suivirent la décadence et le déchirement de l’empire romain, nous reçûmes presque tout des Arabes: astronomie, chimie, médecine, et surtout des remèdes plus doux et plus salutaires que ceux qui avaient été connus des Grecs et des Romains. L’algèbre est de l’invention de ces Arabes; notre arithmétique même nous fut apportée par eux. »[ii] (Voltaire)

 

« Beaucoup des traits dont s'enorgueillit l'Europe moderne lui sont venus de l'Espagne musulmane. La diplomatie, le libre-échange, l'ouverture des frontières, les techniques de la recherche universitaire, de l'anthropologie, l'étiquette, la mode, les divers types de médecine, les hôpitaux, tous sont venus de cette grande ville parmi toutes. L'Islam médiéval fut une religion d'une tolérance remarquable pour son temps, permettant au Juifs et aux Chrétiens de pratiquer librement leur culte, un exemple qui ne fut, malheureusement, pas suivi en Occident durant des siècles. Ce qui est remarquable c'est la mesure dans laquelle l'Islam fait partie de l'Europe depuis si longtemps, tout d'abord en Espagne, puis dans les Balkans, et la mesure dans laquelle il a contribué si largement à la civilisation que nous tous considérons trop souvent, à tort, comme uniquement occidentale. L'Islam fait partie de notre passé et de notre présent, dans tous les domaines de l'activité humaine. Il a aidé à créer l'Europe moderne. Il fait partie de notre propre héritage et ne s'en distingue pas. »[iii] (Charles de Gaulles)

 

« L'islamisme, avec cette race si éminemment belle, avec ces Arabes si intelligents, si nobles, si rapprochés encore des traditions de l'homme primitif, l'islamisme a fait de grandes choses. On ne peut pas se le dissimuler, les Arabes ont eu une magnifique littérature, pendant que nous étions dans nos ténèbres du moyen âge; ils ont eu des arts dont les monuments subsistent encore. Partez de Bagdad, de Damas, de Jérusalem, du Caire, arrivez jusqu'à Grenade, jusqu'à Cordoue, cette civilisation brillante a couvert le monde de monuments que l'art chrétien a imités à partir du XIIe siècle, au moment où nous sortions un peu de la barbarie. [...].»[iv] (Jean Hippolyte Michon)

 

« Sans les apports de ces peuples anciens, l’Europe eut sans doute pataugé dans les balbutiements d’un Haut Moyen Age qui ne se souvenait même plus de l’Athènes de Socrate et de la Rome d’Auguste. C’est l’Islam qui nous avait apporté, à Cordoue, Aristote voilà plus de dix siècles. »[v] (Léon Degrelle)

 

« Notre utilisation du terme « Age sombre » pour désigner la période qui va de l'an 600 à l'an Mil révèle notre focalisation excessive sur l'Europe de l'Ouest. [...] De l'Inde à l'Espagne, la brillante civilisation de l'Islam prospérait. Ce qui était perdu pour la Chrétienté à cette époque ne l'était pas pour la civilisation, bien au contraire. [...] Il nous semble que la civilisation Occidentale est la civilisation mais il s'agit d'une vision étroite des choses. »[vi] (Bertrand Russell)

Dans la perspective de surmonter « l’Age sombre », depuis le XIe siècle, progressivement, l’Occident s’attela à la compréhension et à l’adaptation du Patrimoine universel de l’humanité à son repère relatif. Dès le début du XIe siècle, plusieurs chercheurs occidentaux se mirent à la quête d’ouvrages essentiels permettant de rattraper le retard. Cette dynamique prit naissance à partir de lieux, croisées des chemins, où existaient déjà des contacts fréquents avec les musulmans, notamment en Espagne, en Sicile, en Angleterre et en Lorraine. Les ouvrages nécessaires à la Renaissance furent alors introduits, traduits, analysés et assimilés.

Sans être exhaustif, à l’instar du plusieurs ruisseaux alimentant un fleuve naissant, il eut plusieurs canaux de transfert des connaissances vers l’Occident renaissant. Dans son livre intitulé : « La fascination de l’islam », Maxime Rodinson situe plus ou moins  les initiatives entreprises initialement pour la traduction et l’adaptation d’ouvrages clés. Il identifie ce qui va être la phase préliminaire du processus de la  Renaissance sur la base du déchiffrage patient des connaissances :

(1) : Les premiers ouvrages furent diffusés par l’érudit, Gerbert d’Aurillac, né vers 938, qui fit ses études à Cordoue et à Fès. Plus tard, il devint pape, sous le nom de Sylvestre II, de 999 à sa mort en 1003. Il exerça une influence importante sur l’éveil des esprits. Georges Cuvier synthétise les premières tentatives de l’orientalisme moderne : « Au onzième siècle l'Europe ne recevait guère de lumières que des Arabes d'Espagne. La plupart des chrétiens qui cherchaient à s'instruire, surtout en médecine, se rendaient dans leurs écoles. Gerbert, archevêque de Reims, l'un des grands hommes du siècle, et qui devint pape sous le nom de Sylvestre II, avait fait ses études à Cordoue. C'est par lui que fut introduit chez les chrétiens l'usage des chiffres arabes, si commodes pour les calculs. [...] Les écoles des Arabes avaient une supériorité trop remarquable, pour qu'elles ne devinssent pas le modèle de celles qui furent établies plus tard en France et ailleurs. »[vii]

(2) : Du XIe au XIIe  siècle, une gigantesque compilation et de traduction d’ouvrages indispensables de savants musulmans fut mise sur pied. A l’instar du modèle de la maison de la sagesse de Baghdad, cette mission d’envergure fut pilotée, en Espagne, par l’abbé de Cluny, Pierre le vénérable (1094-1156) qui mit en place une équipe de traducteurs en Espagne. Elle déboucha sur l’élaboration d’une encyclopédie désignée par « Corpus Clunisien». Pierre le vénérable avait aussi un ami de grande culture, M. Abélard, qui fut témoin de ce processus. Il fut tellement fasciné par l’ampleur et la richesse des connaissances brassées que, selon lui, le vrai philosophe ne pouvait être qu’un savant musulman. Sachant que la Métaphysique d’Aristote fut largement disséquée, il déplora néanmoins qu’aucun chrétien n’ait pu être en mesure de la comprendre ni de la commenter aussi bien que les philosophes musulmans. Il se heurta à l’hostilité des théologiens de son pays et demanda l’asile « politique » en Andalousie musulmane pour mener une vie intellectuelle libre de toute contrainte.

(3) : Au XIIe siècle, le corpus traduisant les œuvres philosophiques d’Ibn Sina (Avicenne) fut achevé vers 1180. L’influence de sa diffusion eut un impact considérable en Occident. Il fournissait une compréhension globale objective du monde, de l’être humain, de son univers intérieur et du rôle qu’il est sensé assumer sur terre. Rodinson souligne son influence : « Il donnait un exemple et une stimulation à repenser de façon originale les rapports de Dieu, du monde et de l’homme en intégrant, sur le plan de la connaissance et de sa théorie, la démarche aristotélicienne. On ne saurait s’étonner de son succès. » Du même point de vue, Roger Bacon (1214-1292) reconnaissait que la philosophie fut renouvelée principalement par Aristote en langue grecque, puis principalement par Ibn Sina en langue arabe.

(4) : Ouvrages scientifiques traduits par Pedro de Alphonso, Juif espagnol, converti et baptisé à Huesca, en 1106, qui prit le nom de son protecteur « Alphonse » qui reconquit Tolède des musulmans. Pedro élabora le recueil d’historiettes intitulé « Disciplina Clericalis » inspiré de « Kalila wa Dimna », livre de fables. Dans la perspective de stimuler l’esprit de rationalité dans le monde latin, il écrivit également la Lettre aux Péripatéticiens d’au-delà des monts. En diffusant les prémices des sciences rationalistes, il éveilla l’attention des intellectuels latins sur les avantages de s’intéresser aux travaux des savants musulmans.

(5) : Au XIIe siècle, le secrétaire des empereurs allemands, Godfroi de Viterbe, consacrait une partie de sa « Chronique universelle » à une étude informée sur la vie du Prophète (Paix et Saluts de Dieu sur lui). Au début du XIIIe, le cardinal Rodrigo Ximeney, archevêque de Tolède, rédigeait la première « Histoire occidentale des Arabes ». M. W Montgomery situe cette période : « Au XIIe siècle que les savants et les philosophes européens réalisèrent l’ampleur de ce qu’ils avaient à apprendre des Arabes »

De façon générale, l’appropriation matérielle d’œuvres clés résulta surtout des premiers succès des reconquêtes d’Espagne et de Sicile. En particulier, c’est dans l’Espagne du XIIe, dans la région géographique reconquise, de la Navarre au Tage et, chronologiquement, avec les prises de Tolède, en 1085, et de Saragosse, en 1118 que les bibliothèques prises, riches de documents essentiels, entrainèrent un tournant décisif du développement de la pensée occidentale. Un célèbre clerc espagnol, Hugues de Santala, traduisit plus de dix ouvrages scientifiques. Dans la région d’Ebre, les traducteurs Hermann de Carinthe et Robert de Rêtines travaillèrent à des traductions scientifiques de l’arabe. Ils furent approchés par Pierre le Vénérable en 1141. En peu de mots, au cours d’un demi-siècle après la prise de Tolède, le mouvement de traduction fut si important et si intense qu’il visa en premier lieu, comme une intervention chirurgicale précise et localisée, les régions espagnoles déjà reconquises : Ebre, Logroño à Huesca et Barcelone.

Il convient de souligner que les Juifs jouèrent un rôle actif dans la diffusion d’œuvres de savants musulmans en Europe. En Espagne, comme dans l’ensemble du monde musulman, ils bénéficiaient d’un statut de minorité protégée par la législation. Au milieu du Xe siècle, Hasdai Ibn Shaprut, Juif, devint médecin à la cour d’Abd Al Rahman III où il servit aussi comme diplomate. Il réunit en Espagne un groupe de savants talmudiques. Après études d’œuvres scientifiques et philosophiques, des membres de ce groupe les traduisirent en hébreu. On peut citer les noms d’Ibn Gabirol ou Avicebron, Maïmonide (mort en 1204), Ibn Ezra ou Abraham Judaeus (mort en 1167). Aux XIIIe et XIVe siècles des vagues massives de Juifs, installées en Europe accélérèrent ce mouvement de transfert.    

De fil en aiguille, le transfert du Patrimoine universel de l’humanité était en cours de projection vers l’espace occidental. L’historien John L. Esposito synthétise ce processus:

« La philosophie islamique est la transplantation réussie d'un produit du sol grec dans le sol islamique, où il s'est développé du IXe au XIIe siècle. Les philosophes musulmans se sont approprié la pensée hellène (Aristote, Platon, Plotin), en ont écrit des commentaires et ont répandu l'enseignement de la philosophie grecque dans un contexte islamique. Le résultat a été la philosophie islamique, redevable à l'hellénisme, mais avec son propre caractère islamique. Sa contribution à l'Occident fut tout aussi importante. La philosophie islamique est devenue le véhicule principal de la transmission de la philosophie grecque à l'Europe médiévale. L'Occident s'est réapproprié son héritage perdu par les voyages des universitaires d'Europe dans les grands centres d'études de l'islam, où ils ont retraduit les philosophes grecs et étudié les écrits de leurs grands disciples musulmans : des hommes comme Al Farabi, qui en était arrivé à être connu comme « le deuxième professeur ou maître » (le premier étant Aristote), et Ibn Rochd (Averroès) dont on se souvient comme du « grand commentateur d'Aristote ». Ainsi, nous trouvons beaucoup de grands philosophes et de théologiens chrétiens du Moyen Age (Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Abélard, Roger Bacon, Duns Scot) qui reconnaissent ce qu'ils doivent à leurs prédécesseurs musulmans. »[viii]

Entretemps, des élites occidentales comprenaient désormais l’histoire et la géographie du monde musulman, ses points forts et faibles, son économie, son climat... Elles assimilaient les principes universels à la base du rayonnement des civilisations et évoluaient vers une plus grande conscience communautaire. Durant des siècles, les voyages, les croisades et les échanges commerciaux… débouchèrent finalement sur la Renaissance, tremplin vers la modernité. Le stratège et auteur du célèbre ouvrage « Le Choc des civilisations », Samuel Huntington, décrit en peu de mots cet itinéraire :

« [L]'islam, du VIIIe au XIIe siècle, et Byzance, du VIIIe au XIe siècle, surpassaient de loin l'Europe en richesse, en extension géographique, en puissance militaire, en production artistique, littéraire et scientifique. Entre le XIe et le XIIIe siècle, la culture européenne a commencé à se développer, sous l'effet de l'emprunt systématique à la culture musulmane et byzantine, et de l'adaptation de cet héritage au contexte particulier et aux besoins de l'Occident. »[ix]



[i] Traité de géométrie supérieure, Michel Chasles, éd. Bachelier, 1852, p. 53

 

[ii] « Préface de l’Essai sur l’Histoire universelle » (1754), dans Oeuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 24, p. 49

 

[iii] Charles de Galles (trad. Wikiquote), 27 octobre 1993, Oxford Centre for Islamic Studies , The Sheldonian Theatre, Oxford, dans Islam and the West, paru Site officiel du Prince de Galles (www.princeofwales.gov.uk), Charles de Galles.

 

[iv] Conférences de la Trinité, Jean Hippolyte Michon, éd. Lacroix-Comon, 1855, p. 243

 

[v] Léon Degrelle, 1984, dans Hitler et l'Islam, paru revue « Rebelle », numéro 2, automne 1984, Léon Degrelle.

 

[vi] History of Western Philosophy (1945), Bertrand Russell (trad. Wikiquote), éd. Touchstone, 1967, p. 399

 

[vii] Histoire des sciences naturelles, Georges Cuvier, éd. Fortin, Masson et cie, 1841, t. 1, p. 396

 

[viii] Islam: The Straight Path Updated with New Epilogue, John Louis Esposito (trad. Wikiquote), éd. Oxford University Press, 2004, p. 53

 

[ix] Le choc des civilisations (The Clash of Civilisations) (1996), Samuel Huntington, éd. Odile Jacob, 2007, p. 49

IBN ‘ARABI MOUHYEDDINE (1165-1240) ( 2)

Added 24/2/2012

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

s

 

Par Bennani Karim Tajeddine


Au XXe siècle,Einstein résolut le paradoxe de la vitesse de la lumière, insoluble au regard des théories antérieures. Il s’appuya d’abord sur le système de référence de la théorie de la mécanique classique, qu’il maîtrisait, pour élaborer la théorie générale de la relativité. En référence à la phase de créativité Nietzschéenne,il réussit à transférer les interprétations physiques vers un repère résolvant le paradoxe : le monde n'est plus la galette plate d’avant Copernic ni même le cosmos soumis à la gravitation universelle envisagée par Newton. Selon Einstein, le monde est un «continuum quadri-dimensionnel» dont le temps en est une composante au même titre qu’une longueur, une hauteur ou une largeur.

Le récit du voyageur de Langevin facilite la compréhension de la découverte de la variabilité du temps en fonction des vitesses mises en jeu et du repère envisagé. Ce voyageur avait un frère jumeau qui resta sur Terre comme « étalon témoin » permettant de vérifier la « contraction/dilatation » du temps en fonction du repère(Astronef/Terre):

 

« A une vitesse légèrement inférieure à celle de la lumière, le voyageur de Langevin pilota une fusée dans une direction perpendiculaire à la terre vers l’espace. Par rapport au temps propre du repère de la fusée, il arriva au bout d’un an à un point du cosmos où il s’arrêta sur une autre planète. En suivant le même chemin en sens inverse,il revint vers sa terre d’origine. Il débarqua donc au bout d’une nouvelle année sur le lieu initial. Il descendit de son « astronef », ayant vécu deux ans, selon son repère relatif. Or, le comble de l’étrange, il trouva la terre terriblement changée : elle avait vieilli de deux siècles par rapport au repère propre de la Terre! »

 

Le voyageur de Langevin dut allerse recueillir tristement sur la tombe de son frère, mort depuis plus d’unsiècle. Le monde qu’il avait laissé avait complètement changé. Tout les gens qu’ilconnaissait gisaient ensevelis dans la poussière et l’oubli sous terre. Cerécit montre qu’il n’y a pas de temps absolu, invariable : si deux durées différentessont parfaitement cohérentes par rapport au référentiel découvert par Einsteinpour décrire le même voyage, force est de constater qu’elles sont complètementcontradictoires et incompréhensibles par rapport à celui envisagé parKepler-Galilée-Newton. Pour reprendre le mot allégorique d’Einstein lui-même :« Ce qu’il y a d’incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible» !

 

Ce même repère Einsteinien,rendant compréhensible la corrélation entre deux temps éloignés par rapport à l’histoire,donne dorénavant un avant gout sur le prochain retour d’un autre voyageur béni,d’un autre temps, qui a quitté mystérieusement la terre, il y a environ deuxmille ans, par le biais d’un « Astronef divin », dont le Corannarre son départ soudain comme suit :

 

« […] mais Allah l’a élevé vers Lui (Jésus). Et Allah estPuissant et Sage. » Coran (4, 157)

 

A l’instar des jumeaux Langevin, les rôles de Jésus (Salut de Dieu sur lui),du passé et du futur, les symbolisent comme deux gouttes d’eau identiques etcomplémentaires. Selon la version musulmane, dans le verset suivant, Dieuinforme que la fin de ce voyage « Divin », incompréhensible par rapportau repère humain, de Jésus (Salut de Dieu sur lui), prendra un jour fin, dansle futur, et son retour triomphal sera un grand signe de l’Heure :

 

« Il sera un signe au sujet de l'Heure. N'endoutez point. Et suivez-moi : voilà un droit chemin. » Coran (43,61)

 

Le livre de l’Apocalypse confirme également leretour de ce voyageur extraordinaire, hors norme, sommeillant hors du temps, àl’instar des gens de la caverne (Ahl Al Kahf), qui ne surent combien de temps ilsdemeurèrent endormis, mais qui finirent bel et bien par revenir sains et saufsvers leur cité originelle ; et ce, plusieurs siècles plus tard, en dehorsde la norme de la durée de vie prévisible d’êtres humains :

 

« …Si tu ne veilles pas, je viendrai comme unvoleur sans que tu saches à quelle heure je te surprendrai… Mon retour estproche » (Apoc 3,3/3,11)

 

Le paradoxe qui se joue dès à présent entre lesreligions monothéistes, héritières du culte d’Ibrahim (Salut de Dieu sur lui), graviteautour de l’identité du « Messie ». L’Ancien Testament est àl’origine du paradoxe en ayant décrit deux profils distincts et duaux du Messie.

Description du premier profil du Messie:


Dans le cadre de sa première mission, Jésus (Saluts de Dieu sur lui)dénonçala corruption de la forme « externe » de la Loi judaïque, devenue compliquée etincompréhensible au profane. Il prêcha d’abord pour le recouvrement de lalumière intérieure au travers de l’amélioration de l’âme : « Dieu ne change l’état d’un peuple ques’ils changent ce qu’il y a en eux-mêmesCoran (13,11). Certains de sacommunauté adhérèrent à ce premier remède nécessaire à la guérison de l’âmecollective, mais la plupart le rejetèrent comme vrai Messie. Ses opposants réclamèrent immédiatementet sans discussion un roi puissant de l’envergure de Souleyman (Salomon, Saluts deDieu sur lui), fils de David, qui rendra à la communauté sa supériorité sur lesnations, sa gloire, son âge d’or, qui restaurera le Temple « Al MasjidAl Aqsa » et qui gouvernera le monde depuis Jérusalem. Autrement, ilsvoulurent la charrue avant les bœufs, la royauté du monde avant celle des cœurs…  

 

Du même point de vue, le premier profil, décrit par le prophète Isaïe (Salutsde Dieu sur lui), est plutôt celui du « Messie humble et doux », quiappelle sa communauté à reconquérir essentiellement le royaume de leurs âmes etle temple salomonien de leurs cœurs. Le Nouveau Testament, selonMatthieu (5,1-12a.) synthétise ce côté magistralement spirituel de Jésus (Saluts de Dieu sur lui) :« Quand Jésus vit la foule qui le suivait, il gravit lamontagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant labouche, il se mit à les instruire. Il disait :

 

« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux està eux !

Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !

Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ilsseront rassasiés !

Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde!

Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix […]

Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : leRoyaume des cieux est à eux !

Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vouspersécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause demoi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grandedans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ontprécédés. »

 

L’Ancien Testament prédit qu’à terme, il sera torturé au point de devenir difficilementidentifiable comme humain :

 

« De même que des multitudes avaient été saisies d'épouvante à sa vue, -car il n'avait plus figure humaine, et son apparence n'était plus celle d'unhomme » (Isaïe, 52 :13)

 

Selon ce premier profil, Isaïe (Saluts de Dieu sur lui) avait prophétisé quele Messie serait frappé de tous les cotés, humilié, il subirait des crachats auvisage (Isaïe, 50 :4-11). Un écrivain Chrétien, Hal Lindsey, commente l’accomplissement de ces prophéties :

 

« Il est bien connu que c’est le genre de traitement qu’a reçu Jésus durant les six procès illégaux auxquels il a été soumis. Les gardes officiers du Temple d’Hérode ont craché au visage de Jésus après l’avoir condamné. Puis ils lui ont bandé les yeux et l’ont frappé au visage. Une couronne d’épines dentelées a été plantée sur sa tête puis il a cruellement été battu avec un fouet Romain. C’était un fouet sadique avec de nombreuses lanières de cuiraux quelles étaient attachées des fragments de métal ou d’os pour donner uneffet plus douloureux. » (Hal Lindsey, “The Messiah”. Harvest House Publishers, Oregon, 1982, pp. 108-109).

 

Isaïe synthétisa le premier profil en qualifiant le Messie de celui dont « l'âme est méprisée, honnie de lanation » (Isaïe, 49 :7).

 

Après avoir vu l’état physique détérioré de « l’être crucifié », ses opposantsle crurent mort et remirent en cause le bien fondé de la mission messianique de Jésus (Saluts de Dieu sur lui). Naturellement, comme« l’être crucifié » mourut, ils en déduisirent que Jésus (Saluts de Dieu sur lui) ne pouvait guère être le vrai Messie, n’ayant pu libérer la Terre Sainte ni gouvernéle monde depuis le trône de David (Saluts de Dieu sur lui). Ils le renièrent alors et conclurent que levrai Messie n’était pas encore venu et qu’ils devaient préparer son retour enconformité avec les prédictions afférentes au deuxième profil…

 

Le Coran rapporte le récit où les persécuteurs infâmes de Jésus (Saluts de Dieu sur lui) se vantèrent d’avoir tué le Messie :

 

« Et à cause de leur parole: Nous avons vraiment tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah […]» Coran(4, 157)

 

Description du deuxième profil :

 

Selon l’Ancien Testament, le Prophète Nathan communiqu a au Roi David (Saluts de Dieu sur lui) la description du deuxième profil duMessie (appelé le Fils de David) :

 

« Quand tes jours seront accomplis et que tuiras auprès de tes pères, j'élèverai ta postérité après toi, l'un de tes fils,et j'affermirai son règne. Ce sera lui qui me bâtira une maison, et j'affermirai pour toujours son trône. Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils; et je ne lui retirerai point ma grâce, comme je l'ai retirée à celui qui t'a précédé. Je l'établirai pour toujours dans ma maison et dans mon royaume, et son trône sera pour toujours affermi. Nathan rapporta à David toutes ces paroles et toute cette vision. » (1 Chroniques, 17 :11-15)

 

Des années plus tard,Isaïe (Saluts de Dieu sur lui) confirma la description du deuxième profil,conquérant et puissant, mais imperceptiblement la divinité lui fut incorporée ainsi      qu’à sa mère :

 

« Car un enfant nousest né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules (c.à.d.il règnera sur le monde) et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux,Dieu-fort, Père-éternel,  Prince-de-paix,Pour que s'étende le pouvoir dans une paix sans fin (c.à.d. il règnera sur le monde éternellement) sur le trône de David et sur son royaume, pour l'établiret pour l'affermir dans le droit et la justice. Dès maintenant et à jamais,l'amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela. » (Isaïe 9 :6-7)

 

« Il ne sedécouragera point et ne se relâchera point, Jusqu'à ce qu'i ait établi la justice sur la terre, Et que les îles espèrent en sa loi. » (Isaïe 42 :1-4)

 

« […] Je t'établis pour être la lumière des Gentils, Pour porter mon salut jusqu'aux extrémités de la terre. » (Isaïe 49 :6)

 

Dans le cadre de la résolution du paradoxe entre les deux profils bibliques, le Coran apporte les éclairages suivants : 

 

  1. D’une part, il affirme catégoriquement que Jésus (Salut de Dieu sur lui), fils de Marie, est l’unique Vrai Messie en mesure de synthétiser aisément entre deux temps éloignés et les deux profils. Sachant que Le Créateur est le Maître Absolu de la lumière et de la relativité, rien ne contredit la possibilité pour Jésus (Salut de Dieu sur lui), qui a accompli la première mission dans le passé, de revenir une deuxième fois vers futur pour achever sa dernière mission en conformité avec la description du deuxième profil biblique.
  2. D’autre part, il corrige les qualifications de divinité induisant la trinité en affirmant catégoriquement l’ « humanité » de Jésus et de Marie : « Le Messie, fils de Marie, n’était qu’un Messager (d’Allah). Des messagers sont passés avant lui. Et sa mère était une véridique. Et tous deux consommaient de la nourriture. Vois comme Nous leur expliquons les preuves (à ceux qui blasphèment en prétendant que Dieu est une Trinité, que Jésus est aussi Dieu, et que Marie est Déesse) et puis vois comme ils se détournent. » Coran(5,77)

 

 

Un hadith prophétique donne mêmedes informations précises sur le point probable de l’axe des temps ou Jésus (Salut de Dieu sur lui),fils de Marie, reviendrait de son retour incompréhensible. L’indication deson retour est en étroite relation  avec l’assèchement complet de la mer de Galilée (Lac Tibériade) :

 

« … C’est à ce moment même  qu’Allah enverra le Messie, le Fils de Marie. Il descendra prés du minaret blanc à l'Est de Damas. Il portera alors deux vêtements couleur safran et aura lesdeux mains posées sur les ailes de deux Anges. Quand il baisse la tête, il en tombe des gouttes d'eau et, quand il la relève, des perles s’en répandent.Aucun Mécréant ne pourra sentir son parfum sans tomber raide mort, et son haleine parviendra aussi loin qu’il est capable de voir. Il le rechercher  a alors (Dajjâl) jusqu’à ce qu’il le rattrape à la porte de Ludd et qu’il le tue. Puis un peuple qu’Allah a protégé viendra à Jésus, le fils de Marie, et il essuiera leurs visages et les informera de leur rang au Paradis.Ce sera dans ces conditions qu’Allah révèlera à Jésus ces mots : « J’aifait émerger de Mes serviteurs un peuple contre lequel personne ne sera en mesure de combattre ; mènes ce peuple en sécurité vers la montagne, puisAllah le Très-Haut enverra ou dressera les Gog et Magog, puis ils sepropageront dans toutes les directions ou occuperont tout endroit qui présenteun avantage. Le premier d’entre eux passera par le Lac de Tibériade (la Mer de Galilée) et boiratoute son eau, puis lorsque le dernier d’eux y passera, il dira : « Il yavait de l’eau ici auparavant […] » (Sahih Mouslim)

 

Or, à l’instar du récit duvoyageur de Langevin, le comble de l’étrange, quand Jésus (Salut de Dieu sur lui)reviendra, il trouvera la terre terriblement changée, vieillie d’environ deux milleans par rapport au repère « Terre du passé». Il ne retrouvera plus sesdouze compagnons de la première mission, gisant sous la poussière des siècles.Et du conflit localisé uniquement à Jérusalem et ses alentours, désormais leprocessus sera globalisé en tout lieu de la Terre, dans un Nouvel Ordre Mondial, mis en œuvreet piloté par le « séducteur » : « Le Messie menteur »,brandissant la baguette magique de « Salomon », depuis Jérusalem !!!   

 

Néanmoins, ultérieurement, à l’instar du Pharaonqui crut en Dieu et en Moïse quand il fut déjà trop tard, selon le Coran, tousles gens du livre vont définitivement croire en le Vrai Messie, qui règnera depuisJérusalem sur l’humanité comme Dirigeant et Juge impartial :

 

« Il n’y aurapersonne, parmi les gens du Livre (pas un seul Juif qui rejettera Jésuscomme Vrai Messie, ni un seul Chrétien qui continuera à croire en la divinitéde Jésus ni qu’il soit fils de Dieu), qui n’aura pas foi en lui (Jésus)avant sa mort (avant la mort future de Jésus). Et au Jour de la Résurrection, il(Jésus) sera témoin contre eux. « Coran (4, 159)

 

Le cadavre du Pharaon (qui suivitMoïse) est un signe indiscutable et une trompette bruyante  d’avertissement aux sionistes, se donnantcorps et âme, mais qui vont demeurer inattentifs jusqu’à la fin, pour préparerle retour du Faux Messie. Le Coran rapporte que le Pharaon, complètementaveuglé par l’arrogance, transgressa tous les avertissements divins enpoursuivant le Prophète Moïse et sa communauté à travers la mer Rouge. Iltermina sa vie dans un triste naufrage. Son cadavre demeure un témoignagevivant rappelant cet événement capital :

 

« Eh bien, Nous allons tesauver aujourd’hui quant à ton corps, afin que tu sois un signe pour ceuxd’après toi.- Et cependant beaucoup de gens vraiment sont inattentifs à nossignes ! » Coran (10,92)

 

Le corps du Pharaon est exposéactuellement au musée du Caire. Son cadavre est un symbole permanent, attestantque l’événement, loin d’être une chimère, s’était réellement produit pourmontrer les frontières infranchissables aux falsifications des paroles divines !

 

Pour revenir à l’imaginationcréatrice et élucider ses mystères, Ibn Arabi se référa souvent au hadith« Kudsi » mettant en évidence le « Trésor caché ». Dece point de vue, la phase précédant la Création de l’univers représente inconsciemmentla source essentielle de stimulation de nombreuses inspirations, de visions etde l’imagination créatrice. De ce fait, l’univers symbolise le modèle del’œuvre parfaite exemplaire pour toute créature. En référence à ce processusdivin récurrent, l’être humain peut aussi susciter l’éveil et l’évolution deson trésor caché personnalisé et l’inciter, autrement, à son échelle, àimaginer aussi son monde ou ses mondes. Ce don extraordinaire est à la base dela créativité des civilisations rayonnantes et du génie humain. Grâce à unmécanisme divin sous-jacent, le processus de créativité est alors indéfinimentrépétitif ; à l’instar d’une source de lumière inextinguible dont desrayonnements illuminent en permanence des miroirs judicieusement orientés. Leprincipe de l’imagination créatrice est synthétisé par Abdelkrim Al Jili commesuit :

 

« Sache que lorsquel’imagination active projette une forme dans la pensée, cette projection etcette imagination sont créées. Or, le Créateur est existant dans chaquecréation. Cette imagination et cette figure existent en toi, et tu es lecréateur par rapport à leur existence en toi. Il faut donc que l’opérationimaginative concernant Dieu, t’appartienne à toi, mais simultanément Dieuexiste en elle... »

 

 

Vision d’Ibn ‘Arabi : Saparole atteindrait deux horizons : L’Orient et l’Occident  

 

Ibn ‘Arabi raconta comment il eut une vision anticipantla diffusion de ses œuvres vers deux horizons : L’Orient et l’Occident

« Laraison qui m’a conduit à proférer de la poésie « shi‘r » estque j’ai vu en songe un ange qui m’apportait un morceau de lumière blanche ;on eût dit qu’il provenait du soleil. « Qu’est-ce quecela ? », demandai-je. « C’est la Sourate Asshou‘arâ (LesPoètes) » me fut-il répondu. Je l’avalai et je sentis un cheveu « sha‘ra »qui remontait de ma poitrine à ma gorge, puis à ma bouche. C’étaitun animal avec une tête, une langue, des yeux et des lèvres. Il s’étenditjusqu’à ce que sa tête atteigne les deux horizons, celui d’Orient et celuid’Occident. Puis il se contracta et revint dans ma poitrine ; je sus alorsque ma parole atteindrait l’Orient et l’Occident. Quand je revins à moi, jedéclamai des vers qui ne procédaient d’aucune réflexion ni d’aucuneintellection. Depuis lors cette inspiration n’a jamais cessé. » (Ibn‘Arabi, Diwan al Ma‘arif)

Autrement, quant les moyens sontcohérents avec la fin, les visions s’accomplissent. Autant nourrir alors de bellesvisions qui deviendront réalité un beau jour. Huit siècles auparavant, envisionnaire transcendant l’espace et le temps, Ibn Arabi avait prédis que sonenseignement serait diffusé en Orient et en Occident. La parole mémorable issuede cette vision prémonitoire ne cessa alors d’inspirer périodiquement Ibn‘Arabi:

 

« Je sus que ma paroleatteindrait les deux horizons, celui d’Occident et celui d’Orient ».

 

« Et Dieu dit la vérité et Il guide sur la voie. »

 

 

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IBN ‘ARABI MOUHYEDDINE (1165-1240) ( 1)

Added 24/2/2012

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Par Bennani Karim Tajeddine

Biographie

Abou Bakr Mohammed Ibn Ali Al Arabi, surnommé « Mohyiddine », naquit en 1165 à Murcie, au Sud-Est de l’Espagne. Il fit ses études à Séville. Il se forma aussi, en autodidacte, aux différentes formes de sciences. Il acquit alors un éventail considérable de connaissances. Outre le fait qu’il fut théologien, juriste, poète, métaphysicien et auteur de 846 ouvrages, il est surtout considéré comme le premier philosophe musulman à avoir formalisé l’orientation soufie.

Pendant son adolescence, il vécut une circonstance qui bouleversa complètement le cours de son existence. Il tomba gravement malade. La fièvre entraîna alors un état de profonde léthargie. Son entourage le crut d’abord mort. Son père, angoissé à son chevet, récitait la Sourate « Yassîn », psalmodiée particulièrement aux agonisants. Mais Ibn Arabi ressortit de son expérience à la frontière de la mort. Il raconta plus tard qu’il fut assiégé par une troupe de personnages menaçants. Toutefois, l’intervention d’un être Angélique, d’une beauté merveilleuse et d’une puissance exceptionnelle, repoussa les figures démoniaques avec une force invincible. « Qui es-tu ? Lui demanda-t-il, Je suis la sourate Yassîn ».

Cette péripétie marqua sa pénétration de plein fouet dans le monde spirituel duquel il en ressortit indemne et fortifié. Sans qu’il ait fréquenté les cercles d’érudits, ses connaissances intuitives se multiplièrent et se manifestèrent avec netteté dans son milieu familial. Son père en fut perplexe. Il organisa alors une rencontre avec le philosophe Ibn Rochd pour élucider les transformations spirituelles de son fils. Les rencontres avec le philosophe rationaliste marquèrent définitivement le jeune mystique.

Au XIIe siècle, le détroit de Gibraltar ne constituait pas encore une frontière, car le vaste empire de la dynastie Almohade s’étendait de l’Afrique du Nord au désert libyen et jusqu’en Espagne. Entre les années 1193 et 1200, Ibn ‘Arabi voyagea dans le pourtour méditerranéen et côtoya les êtres les plus marquants de son temps. Il rencontra de nombreux oulémas et personnages saints. Il assista à de nombreuses conférences. En particulier, il fit plusieurs voyages au Maroc et effectua de fréquents séjours à Fès et à Marrakech. A Fès, il y établit sa mère, maria ses deux sœurs et s’y installa pour quelques années. Ce fut particulièrement dans cette ville, en 1196, qu’il vécut l’événement choc, initiateur et les intuitions décisives orientant sa destinée vers le Proche-Orient.

 

Selon lui, au cours de cette nuit mémorable et après avoir été réveillé par le Prophète (Paix et Saluts de Dieu sur lui), il dit avoir reçu, d'un seul trait, les Gemmes de la sagesse. Dans sa narration, il décrit une somptueuse pierre, symbolisant la sagesse soudainement acquise, dont la forme reflète le mode d’Adoration du Créateur. Alors que la pierre est identique pour toutes les religions révélées, elle est néanmoins taillée différemment en fonction de la forme prophétique révélée spécifiquement à chaque Prophète ; et ce, depuis l’Imam de l’humanité, Ibrahim (Paix et Saluts de Dieu sur lui), en passant par ses successeurs et descendants, jusqu’au dernier Prophète Mohammed (Paix et Saluts de Dieu sur lui), achevant définitivement le cycle des révélations de notre temps.  

 

Au crépuscule de sa vie, la réputation d’Ibn Arabi gagna rapidement tout l’Orient. Il se fixa à Damas en 1223. De 1224 jusqu’à sa mort, il ne quitta cette ville que pour effectuer des pèlerinages. Il « voyagea en esprit », « reçut de nombreuses visions mystiques », lut, écrivit, enseigna jusqu’au dernier soupir... Dans la nuit du vendredi 28 Rabi 2 de l’année 638 de l’hégire (1241), il mourut entouré de sa famille, de ses disciples et de ses proches. Il repose dans le tombeau familial des « Banu Zaki » à Damas, au pied de la colline de Qâssiyoûn.

 

Spiritualité et rationalité : Rencontres entre Ibn ‘Arabi et Ibn Rochd :

 

Entre Ibn ‘Arabi et Ibn Rochd, il eut trois rencontres symboliques, traduisant des événements clés entre spiritualité et rationalité.

La première eut lieu, lorsqu’Ibn ‘Arabi avait vingt ans (aux alentours de 1185). Il narra lui-même le récit. Ibn Rochd était l’ami intime de son père et manifesta le vœu de faire la connaissance du jeune homme dont la réputation spirituelle allait croissante. Le résumé de l’entrevue est le suivant : Ibn Rochd prodigua au jeune homme les marques démonstratives d’amitié et d’estime. Un bref dialogue s’engagea, comme s’ils échangeaient par télépathie. Impressionné par les intuitions brillantes du jeune homme, Ibn Rochd s’exclama : « Oui!» Ibn ‘Arabi répondit : « Oui !» Mais prenant rapidement conscience de ce qui motivait le contentement d’Ibn Rochd, il se reprit et s’exclama : « Non !»

 

Les monosyllabes s’entrecroisèrent comme des épées, et le rapport entre rationalité et spiritualité fut joué dans ces trois mots. Ibn Rochd pâlit, sembla douter et interrogea : « Quelle sorte de solution as-tu trouvée par l’illumination et l’inspiration divine ? » Est-ce identique ce que nous dispense à nous la réflexion théorique ?» Ibn ‘Arabi de répondre : « Oui et non. Entre le oui et le non, les esprits prennent leur envol hors de la matière. »

 

En langage compréhensible, selon Ibn ‘Arabi, la voie spirituelle n'est ni rationnelle ni irrationnelle, car l'esprit s'échappe des limites de la matière. Contrairement à la philosophie rationaliste, elle se situe hors du périmètre de la raison. En l’occurrence, ce fut entre ce « oui » et ce « non », hors du référentiel de la rationalité, que la sagesse prophétique prit son essor. Ibn Rochd, sensibilisé, impressionné et troublé par l’exposé, murmura la formule pieuse : « Il n’y a de puissance qu’en Dieu.»

 

Ibn ‘Arabi désira avoir une deuxième rencontre avec Ibn Rochd, mais cette fois ce fut par l’entremise d’un événement visionnaire que le contact eut lieu : «… sous une forme telle qu’entre sa personne et moi-même il y avait un léger voile. Je le voyais à travers ce voile, sans que lui-même me vit ni ne sût que j’étais là. Alors je me dis : son propos ne le conduit pas là où moi-même j’en suis ».

 

Quant à la dernière rencontre, ce fut aux funérailles d’Ibn Rochd, lorsque, de Marrakech où il était décédé, on ramena ses cendres à Cordoue : Sur une bête de somme où l’on avait chargé d’un côté le cercueil du maître, et de l’autre ses livres. Durant toute sa vie, ce souvenir inoubliable demeura un thème récurent de méditation : « D’un côté le maître, de l’autre ses œuvres. Ah ! Comme je voudrai savoir si ses désirs ont été exaucés ».

 

Après avoir été témoin des funérailles d’Ibn Rochd à Cordoue, quelques années plus tard, comprenant que sa situation spirituelle était sans issue en Andalousie/Maghreb, Ibn ‘Arabi émigra définitivement en Orient. Depuis lors, prenant son envol avec enthousiaste entre le « oui et le non », l’œuvre colossale d’Ibn ‘Arabi se déploya sur un vaste réseau de visions, de pensées et de réflexions dont les termes-clés s’articulent autour  de « Tajalli Illahi » (Théophanie), « Dohûr » (Manifestation), « Madhar » (Forme théophanique), « Madhariyya » (fonction théophanique)

Œuvre d’Ibn ‘Arabi : 846 ouvrages répertoriés

 

Ibn 'Arabi est considéré comme l’un des pionniers et maître en « philosophie prophétique », terme dénotant la traduction littérale de « hikmat nabawîya ». La profondeur de sa quête et son enseignement exercèrent une influence récurrente sur les penseurs et mystiques postérieurs. Son œuvre prolifique est qualifié de summum de l'ésotérisme en Islam. En référence au témoignage rendu dans le livre d’Osman Yahia, « Histoire et classification de l'œuvre d'Ibn ’Arabi », 846 ouvrages ont été répertoriés. Cette œuvre immense couvre une gamme riche en sciences religieuses : celles de la Charia (Coran, Sounna du Prophète (Paix et Saluts de Dieu sur lui), jurisprudence), celles de la voie spirituelle et initiatique et celles de la Vérité métaphysique menant à la « réalisation  de la Vérité ». Autrement, les sujets qu’il aborda varièrent de l’exégèse à la tradition prophétique et de l’ésotérisme à la métaphysique, passant par la jurisprudence et la poésie.

 

Aujourd’hui encore, Ibn ‘Arabi continue d’attirer des partisans de divers horizons, tant en Occident qu’en Orient. Plusieurs penseurs le considèrent comme l’une des expressions privilégiées de la spiritualité. Le témoignage d’un adepte, Roger Deladrière, accorde une valeur sublime à l’œuvre d’Ibn ‘Arabi : « …l'œuvre théologique, mystique et métaphysique la plus remarquable qu'aucun homme ait jamais réalisé. » Henry Corbin le situe comme « un des plus grands théosophes visionnaires de tous les temps ». Un autre disciple contemporain, Mehdi de Graincourt, issu d’une famille de la noblesse française, que Proust évoqua dans sa « Recherche du temps perdu », témoigne qu’il est profondément imprégné par son enseignement, ne cesse de suivre ses traces et d’honorer sa mémoire…   

 

Parmi les ouvrages les plus célèbres d’Ibn ‘Arabi, il convient de citer :

 

  • « Mawaqui al-nojum », décrivant l’introduction à la vie spirituelle. Il y consigna les principales phases du spiritualisme.
  • « Al Futuhât Al Makkiyya fî Maa'rifat Al-asrâr Al-mâlikiyya wa al-mulkiyya », commencé en 1203 et terminé trente ans plus tard (à la Mecque). C’est son ouvrage de référence. Ses travaux sur le « Fiqh » sont résumés dans le Tome I, enrichi de ses avis et de ceux d’autres doctrines.
  • Fosus-al Hikam (la sagesse des prophètes). Ibn Arabi précisa dans quel esprit il se mit à l’œuvre : « Je ne suis ni un prophète, ni un Envoyé, je suis simplement un héritier, quelqu’un qui laboure et ensemence le champ de sa vie future. » Les prophètes auxquels sont consacrés les chapitres sont médités comme des modèles de sagesse.
  • « Inshâ Ad-dawâir : production des cercles »,
  • Etc.

En dépit d’une part, du grand nombre de partisans et de défenseurs ; et d’autre part, de la somme considérable d’ouvrages, l’œuvre d’Ibn ‘Arabi continue de faire l'objet de controverses et de violentes critiques de la part de théologiens doutant de la validité de ses travaux au regard de la Sounna. Toujours est-il, l’œuvre d’Ibn ‘Arabi est difficile à comprendre de premier abord, car souvent écrite dans un style symbolique, requérant interprétation avisée.

Sans préjugés concernant la voie soufie, il convient néanmoins de rappeler les exigences de base à respecter, définies par l’Imam Annawawi, dans son livre : « Maqasid Al Imam Annawawi fi Tawhid Wal ‘Ibbadat wa Oussoul Attassawouf » :

  1. La piété en secret et en public
  2. La conformité à la Sounna du Prophète dans les paroles et dans les actes
  3. Discipline rigoureuse, sans suivre les passions des gens
  4. L’acceptation du destin quelle que soit la situation
  5. Le retour à Dieu dans l’allégresse et la souffrance      

De toutes les façons, toute controverse de l’histoire de l’humanité, depuis Ibrahim (Saluts de Dieu sur lui) jusqu’à la phase ultime de la fin des temps, coïncidant avec le retour du Vrai Messie, sera clairement dissipée par la « Parole de Dieu ». De ce point de vue, Abou Hourayra (Bénédictions de Dieu sur lui) a raconté que le Prophète (Paix et Saluts de Dieu sur lui) a dit : « Entre lui (Jésus, Saluts de Dieu sur lui) et moi, il n’y a aucun Prophète. Il descendra (sur la Terre). Lorsque vous le verrez, et (vous le) le reconnaitrez, un homme de taille moyenne et aux cheveux raides, vêtu de deux vêtements d’un jaune immaculé, semblant avoir des gouttes tombant de sa tête bien qu’elle ne soit pas mouillée. Il combattra les peuples pour la cause de l’Islam. Il brisera la croix, tuera le porc, et abolira la Jizya. Allah détruira toutes les religions à part l’Islam. Il (Jésus) détruira le Dajjâl (l’Antéchrist) et vivra sur terre pendant quarante ans, puis il mourra. Les Musulmans prieront sur lui ? » (Sounan Abou Daoud)

Le Trésor caché

Outre ses vastes connaissances religieuses, Ibn ‘Arabi souligna le rôle spirituel du cœur, source de lumière intérieure, illuminant l’œil droit de l’être humain, par contraste avec la double cécité, physique et spirituelle, de celui du « Dajjâl »/ « Anti-christ». En effet, ce personnage borgne, acteur principal d’événements ultimes de la fin des temps, ne voit que de l’œil gauche, symbole de l’intellect. L’œil droit, symbole de la spiritualité, est miroir d’illuminations des mille et une lumières du cœur. En peu de mots, l’œil gauche ne détecte que la composante « matérielle » de la Création et les philosophies associées, alors que les mondes invisibles et les sagesses en découlant lui échappent complètement. Symboliquement parlant, la Sourate « Al Kahf » communique subtilement le rapport entre les systèmes métaphoriques de l’œil droit et le gauche à travers l’expérience initiatique entre le Prophète Moïse (Saluts de Dieu sur lui) et le serviteur béni « Al Khidr » (Saluts de Dieu sur lui) doué d’une puissante lumière interne, lui permettant de surmonter les apparences des événements pour remonter aux réalités cachées.         

Dans un Hadith Kudsi, il est rapporté qu'Allah, Le Très Haut, dit : « Ni Mes Cieux et ni Ma terre ne me contiennent, mais le cœur de mon serviteur fidèle peut Me contenir.» Ce Hadith décrit puissamment les conséquences de l'entrée de la Vérité dans le cœur. Autrement, la lumière intérieure se déclenche par delà le matériel et peut embrasser les dimensions supérieures à la mesure de l’ouverture du cœur. Par le biais de l'intuition créatrice, elle joue le rôle de régulateur à la raideur du rationalisme et des complexités qui en découlent. La vision complète de l’être humain, fusion de l’œil droit et gauche, doit se servir simultanément du cœur et de l’intellect.

Ibn ‘Arabi raconte son expérience de l’amour:  

« Par Dieu, j'éprouve de l'amour à un point tel que, me semble-t-il, les cieux se disloqueraient, les étoiles s'affaisseraient, les montagnes s'ébranleraient si je leur en confiais la charge : telle est mon expérience de l'amour... » [Al-Futûhât Al-Makkiyya, ed. Bûlâq, 1329 h.,II, p.346.]

Il rapporta plusieurs fois un hadith de référence, qu’il qualifie de « Kudsi », selon lequel Dieu aurait dit : « J’étais un Trésor caché et j’ai aimé à être connu. Alors J’ai créé les créatures afin d’être Connu par elles » (Al-Futûhât al-Makkiya d'Ibn 'Arabî, II, p. 322, chap. 178).

Il en donne une interprétation : « Lorsque Dieu S’est connu Lui-même et a connu le monde par Lui-même, Il l’a créé selon Sa forme. Le monde fut donc un miroir dans lequel Il contemple Son image… «  (Fut., II, p. 326).

Partant de cette relation symbiotique, intime et extrêmement fascinante entre Le Créateur et Sa Création, tout ce qui existe est alors un miroir resplendissant de beauté, reflétant la grandeur de Sa manifestation (tajalli). En Se manifestant dans ces formes, Il Se connaît et Se contemple et aime la créature en S’aimant Lui-même.

 

Néanmoins, selon Ibn Arabi, Dieu n'est pas connu dans sa Réalité essentielle (Allah), mais par Ses noms. Ce faisant, tous les dons que Dieu, Exalté-Soit-Il, accorde à Sa Création se déclinent selon des Noms divins, identifiés et secrets. Comme une Source intarissable de lumières, Dieu ne cesse alors de prodiguer Sa miséricorde infinie aux créatures par l’entremise de ses noms tels que «Ar-Rahmân» (Le Clément), «Al-‘adl» (Le Juste), «Al-Ghaffâr » (Le Pardonnant), etc.

 

Toujours est-il que si les Noms divins se reflètent dans la Création, ils ne s'y incorporent guère. Ce qui implique qu’il est hors de question d’assimiler une quelconque substance de la Création avec l'essence divine. Les polythéistes commettent l’erreur fatale de projeter la divinité sur des objets qu’ils vénèrent, s’égarent et perdent l’âme. Selon Henry Corbin, l’approche d'Ibn ’Arabi demeure subtile tout en étant source d’extraordinaires méditations. Contrairement au panthéisme qui naturalise Dieu et l'absorbe dans l'immanence, Ibn ‘Arabi interprète La Création comme un vaste miroir aux facettes infinies reflétant les Noms divins tout en préservant la transcendance de Dieu et son unicité.

L’homme universel

                               

Selon Ibn ‘Arabi, l’être humainest la seule créature en mesure de miroiter la totalité des noms divins. L'Hommeuniversel en est le symbole éloquent et l’image parfaite : « Qui t’acréé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la formequ’Il a voulue » (Coran, Sourate 82, verset 7-8).

 

L’analogie entre l’univers (Macrocosme)et l’être humain (Microcosme), tant extérieure qu’intérieure, est constammentévoquée dans plusieurs de ses livres. Ce faisant, d’une part, l’imageextérieure de l’homme est en harmonie avec les formes correspondantes de la Création ; etd’autre part, ses facultés intérieures (intellect, imagination, etc.) s’apparententavec les sphères subtiles de l’univers.  

 

Du même point de vue, si Dieus’est qualifié de « Trésor caché », on retrouve, en modèle réduit, lemême concept de « trésor caché » à la base de l’homme universel, qu’ilpeut découvrir en se connaissant lui-même, en opposition avec l’homme ordinaire,produit du monde matériel, ne pouvant comprendre les réalités supérieures quepar le biais de preuves et de signes palpables. La méditation de ces signes ne procurechez lui que l’effort spéculatif et métaphysique des philosophes.

 

L’homme universel contemple lessignes de La Création,sachant que le monde existant en lui-même, le « microcosme », luioffre indirectement l’expérience d’en déduire la réalité essentielle du« Macrocosme ». Il combine ainsi méditation et contemplation. Ceteffort de contemplation culmine dans l'expérience des différentes modalités de la Présence divine (Hadarât).Après des efforts successifs, l'homme universel converge au seuil de la « Présence Totale» (al-hadarat al-jâm'iyah), englobant toutes les autres formes de présence, recélantles qualités sublimes des Noms divins.

 

L’homme universel et lacivilisation

 

Une civilisation universelleévolue en cohérence avec l’ordre cosmique quand ses individus s’améliorent intérieurementet améliorent extérieurement leurs activités. Du point de vue intérieur, métaphoriquement,l’amélioration de l’âme ressemble au polissage d’un verre brut quelconque envue de le purifier et de le transformer en une formidable pierre précieuse.Comparativement, sachant que l’âme varie entre deux polarités extrêmes, sonamélioration réside à l’orienter vers son pôle positif. Afin d’y parvenir,l’être humain doit procéder patiemment à des renouvellements récurrents delui-même vers de meilleurs états dans la voie de Dieu. En s’améliorantcontinuellement vers la perfection et en éliminant progressivement ses défautssuccessifs, par récurrences, il peut tendre vers le meilleur état de l’âmedécrite par le Coran comme étant « L’âme satisfaite et agréée » promisepour le repos éternel du Paradis :

 

« O toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur,satisfaite et agréée ; entre donc parmi Mes serviteurs et entre dans MonParadis ! » Coran (89,27 à 30)

 

Le prophète (Paix et Saluts de  Dieu sur lui) extrapola le principe deperfectionnement à toutes les activités humaines :

 

« Rapprochez-vous de laperfection, rectifiez continuellement votre conduite et sachez que nul d'entrevous ne devra son salut à ses seules œuvres. » On dit : « Pas même toi,Ô Messager de Dieu ? » Il dit : « Pas même moi, à moins que Dieu ne mecouvre du voile de Sa miséricorde et de Sa générosité. »

 

Néanmoins, comme garde-fou àl’illusion d’atteindre la perfection, l’être humain doit rester prudent et modestepour continuer à bénéficier de la lumière de l’effort et de poursuivre sansinterruption le même processus. A l’inverse, le jour où il croit être arrivé aubut, la lumière de l’« ijtihad » s’éteint. Il aura alors lafausse impression de détenir les vérités éternelles et stagnera. Or, «quin’avance pas recule !» De ce fait, grâce au doute méthodique et nonsceptique, et à l’humilité, le processus est en mesure de se poursuivredynamiquement et indéfiniment. De même, sachant que la vie terrestre est une épreuvequi s’achève plus ou moins avec la mort, il est déraisonnable de croire pouvoirarriver avant le moment du verdict irrévocable, celui du Jour J, du Jour du JugementDernier, rendu par Allah, L’Unique Juge. Réciproquement, quand l’être humain estsoumis inconsciemment aux illusions trompeuses de son égo sans les combattre,se croit parfait et se juge lui-même, il devance prématurément et passe outre leJugement divin. Selon le Coran, ceux qui se sentent déjà à l’abri et confiant,bien avant la fin de l’épreuve, s’exposent inévitablement aux revirements soudainsdu « destin » :

 

« Sont-ils à l'abri du stratagème d'Allah ? Seuls lesgens perdus se sentent à l'abri du stratagème d'Allah. » Coran (7, 99)

 

La tradition musulmane rapporteque Satan adora Dieu pendant longtemps. Convaincu d’avoir gagnéirréversiblement la confiance de Dieu, il finit par se croire indispensable.Or, quand Le Créateur le soumit à l’épreuve d’allégeance à Adam, il refusa etinvoqua la perfection de sa nature par rapport à celle de la nouvelle créature.L’enseignement à retenir est que l’être humain doit avoir pour but permanentd’éliminer ses défauts successifs pour s’améliorer sans cesse, sans s’attendreà devenir parfait. Le but escompté est de continuer à recevoir la lumière del’effort grâce à la tendance vers la perfection, mais non d’atteindre laperfection.

 

De ce point de vue, Abdelkrim AlJili, disciple d’Ibn Arabi, définit l’homme universel comme une limite asymptotiqueau processus de perfectionnement :

 

« Sache que l’homme universelcomporte en lui-même des correspondances avec toutes les réalités del’existence. Il correspond aux réalités supérieures par sa propre naturesubtile, et il correspond aux réalités inférieures par sa nature grossière…Iln’existe pour l’Unité, dans tout l’univers, aucun lieu de manifestation plusparfait que toi-même lorsque tu te plonges dans ta propre essence en oublianttoute relation. »


L’imagination créatrice

Il convient de rappeler qu’au XIIe siècle, partant du Patrimoine universel de l’humanité, les savants musulmans avaient modélisé les philosophies antérieures selon deux visions du monde :

 

Le monde d’« Al Jabarût » : c'est-à-dire le monde intelligible, des abstractions de l’entendement, pure perception intellectuelle du monde. Il est symbolisé par la philosophie de Platon. Les Idées platoniciennes « Mouthoul aflatûnîya » ou les archétypes de lumière « Mouthoul nûrîya ». Selon Platon, le monde des Idées « Al Jabarût » constitue un ensemble d’entités « qui ont une forme immuable, qui ne naissent ni ne périssent, qui n’admettent en elles-mêmes aucun élément étranger, qui ne se transforment jamais en autre chose, qui ne sont perceptibles ni par la vue ni par un autre sens, qui se donnent à l’intellect seul » (Timée 52 A). Selon cette vision, le monde du quotidien n’est qu’un jeu d’illusions que le profane interprète du point de vue des apparences, tandis que le vrai monde est celui des idées, des vérités éternelles auxquelles seul le philosophe éclairé a accès. La métaphore de la caverne symbolise la philosophie platonicienne : la plupart des êtres humains ressemblent aux prisonniers enchaînés à l’intérieur d’une caverne, le dos tourné vers l’ouverture et les yeux fixés sur la paroi. Ils ont pour unique spectacle des ombres mouvantes. Comme ils ne peuvent rien voir d’autre, ils finissent par croire que les scènes projetées sur les parois sont le monde réel. Les prisonniers représentent les empiristes qui voient le monde du prisme d’événements visibles. Cependant, quand l’un de ces prisonniers est brusquement arraché de la caverne vers l’extérieur ; d’abord ébloui, il va s’habituer progressivement à la vraie lumière. Il prendra conscience que ce qu’il prenait auparavant pour la vérité n’en est qu’une interprétation erronée. Son adaptation à la lumière de l’extérieur symbolise l’éveil de la conscience aux réalités subtiles et, le monde ensoleillé, celui des idées éternelles, immuables.

 


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