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 A quoi servent les cauchemars ?

8/9/2015

 

cauchemard

Messagers de notre inconscient, nos cauchemars mettent en scène nos craintes et notre mal-être intérieur. Ils nous perturbent, nous terrifient, mais peuvent aussi nous permettre de mieux nous connaître. À condition de prendre le temps de les écouter.

Perturbation nocturne

En principe, grâce à leur faculté de produire des situations aussi absurdes qu’incompréhensibles, les rêves savent écarter les images qui risquent de perturber notre sommeil. Mais ils ne réussissent pas toujours leur coup. Une idée angoissante ou une vision terrifiante parvient à s’imposer, et c’est le cauchemar. Mais c’est aussi parce que nous sommes angoissés au moment de nous coucher que, certaines nuits, nous cauchemardons. Nos mauvais rêves sont les révélateurs d’un mal-être intérieur, d’un désir inassouvi qui insiste…

C’est justement un rêve perturbant de Freud, intitulé « L’injection faite à Irma », qui lui a révélé cette fonction des songes : ce sont des messagers. Dans la nuit du 23 au 24 juillet 1895, le professeur organise, en rêve, une réception. Parmi les convives, des collègues médecins et une jeune femme, Irma, une amie et patiente. Elle ose exprimer des doutes à l’égard de la psychanalyse, or Freud déteste que quelqu’un lui résiste. La voilà qui ouvre la bouche pour lui montrer une horrible tache blanche en se plaignant de n’être pas guérie. Angoissé et culpabilisé (Irma représente en fait une partie de son moi qui doute de ses capacités), Freud essaie de se dédouaner en accusant sa patiente d’être responsable de son état.

Puis incrimine un collègue médecin qui l’aurait mal soigné. Non, ce ne peut pas être de sa faute à lui ! Ce rêve lui rappelle la mission qu’il s’est donnée : devenir le découvreur des mystères de l’âme humaine, ce qui, plus profondément, le renvoie à ses ambitions de petit garçon, surpasser son père et être le préféré de sa mère.

La conscience fait le cauchemar

En analysant son rêve, Freud n’utilise pas le terme de « cauchemar ». En effet, mieux nous savons affronter les émotions véhiculées par nos songes pénibles, moins ils nous paraissent terrifiants. « C’est la conscience, pas l’inconscient, qui les qualifie de cauchemardesques », assure le psychanalyste Norbert Chatillon. Exemple : peu de temps après le 11 septembre 2001, un de ses patients « rêve d’un supersonique Concorde en plein vol, en position de décollage, à quarante-cinq degrés, ses réacteurs à pleine puissance crachant des flammes. Il survole des buildings mais, au lieu de s’élever, le Concorde recule, semble tiré vers l’arrière et se diriger vers les immeubles ».

Si, dans la réalité, un crash s’est produit, rien de tel dans le rêve : « Il n’est pas trop tard, le Concorde peut récupérer sa puissance », précise le psychanalyste. Pourtant, le rêveur reste angoissé : cet avion, une représentation de lui-même, le renvoie à ses difficultés à s’extraire d’un milieu familial qui le tire vers l’arrière et vers le bas (ici, les immeubles), et à ses amours, loin d’être stimulantes, alors que cet homme est actif, créatif, puissant. Norbert Chatillon : « Son inconscient le prévient : “Tu utilises ton énergie contre toi, et il t’appartient de changer de cap ou non, le responsable de ton destin, c’est toi.” C’est ce surcroît de conscience qui crée de l’angoisse et le réveille brutalement. »

À chacun son code

Chaque rêveur possède sa propre clé des songes : chaque rêveur est le seul à pouvoir déchiffrer ses productions nocturnes. Pourtant, Freud et Jung ont repéré des symboles et des rêves « typiques », communs à l’humanité. Les longs couloirs, les labyrinthes signalent que nous sommes dans une situation inextricable, incapables de décider. Les objets longs ou tranchants – avions, parapluies, couteaux… – seraient des représentations sexuelles masculines. Mais là encore, attention : à chacun son rêve. Solen et Emmanuelle, 29 et 36 ans, rêvent de façon répétitive qu’elles sont poursuivies par des hommes inconnus armés de poignards ou de scies. La première, élevée par une mère célibataire et féministe militante, exprime sa peur panique des hommes ; la seconde, issue d’un milieu très puritain, se sent coupable de les désirer autant.

Perdre ses dents, grand classique

Au hit-parade des cauchemars les plus connus, ceux de perte de dents et de cheveux figurent en bonne place. Vicky lance un SOS sur un de ces forums où les internautes se racontent. Depuis trois mois, elle rêve que ses dents tombent, elle les sent se casser dans sa bouche ; elle se regarde dans le miroir et se voit édentée. Elle se réveille alors, très agitée. Un autre internaute, Aldebaran, lui répond : « Chute des dents, perte de la vitalité, ça peut aussi vouloir dire que tu es découragée, que tu en as assez de te battre. » Vicky acquiesce : « C ’est vrai, en ce moment, je suis au chômage et je n’ai même plus envie de retrouver du travail, je suis lasse de tout. »

Faire appel à Internet permet de ne pas rester seul avec ses cauchemars, mais attention aux interprétations caricaturales. « Dans ce type de rêves, je repère souvent un retournement de l’agressivité contre soi, un sentiment d’abandon », commente la psychanalyste Virginie Megglé, auteure de La Projection, à chacun son film… (Eyrolles, 2009).

Des bribes d’enfance qui resurgissent

Très fréquents également, les rêves de nudité : « Je me retrouve dans la rue sans culotte, raconte Anne, 32 ans. Je me sens en danger, prisonnière des regards, je ne peux ni me rhabiller ni me cacher. » Ces rêves mettraient en scène des fantasmes exhibitionnistes, des vestiges de l’époque d’avant l’apprentissage de la pudeur, où les enfants s’amusent à se promener nus. Ce qui est aujourd’hui un cauchemar fut autrefois un plaisir…

Nous sommes aussi nombreux à rêver de la mort de personnes chères. Sauf exception, il ne s’agit pas de souhaits actuels, mais de désirs enfantins qui remontent à l’époque où nous aurions adoré être débarrassé d’un parent rival ou d’un petit frère encombrant. « Le rêve est un morceau de la vie d’âme infantile », écrit Freud. Quant aux rêves où nous avons la sensation de voler puis de tomber, ils sont, dans l’inconscient collectif, des commémorations du mythe d’Icare. Alors qu’Icare et son père Dédale s’enfuient par la voie des airs pour échapper à Minos, roi de Crète, le fils n’écoute pas les conseils paternels (« Ne vole ni trop haut ni trop bas »). Il s’approche trop du soleil, la cire qui maintient ses ailes fond et il s’écrase. « Il se conduit en “petit con” », affirme Norbert Chatillon, qui souligne qu’Icare fut incapable de prendre son envol car Dédale ne cessait de penser à sa place. « Nous parlons de la chute d’Icare, or la difficulté qui se pose à tout individu, c’est l’envol : apprendre à voler de ses propres ailes », poursuit le psychanalyste. Autrement dit, s’autonomiser.

Selon Virginie Megglé, les cauchemars seraient d’ailleurs « la mise en scène de ces épreuves initiatiques que nous devons affronter de la naissance à notre dernier jour ». Ils ressuscitent nos craintes les plus originelles et nous parlent de la nécessité d’apprendre à exister par nous-même. Ils traduisent nos réticences à nous lancer dans l’univers du désir et de l’action. Et quand, terrorisé, nous sortons d’un cauchemar, c’est toujours l’enfant que nous étions qui se réveille dans le corps de l’adulte que nous sommes devenu.

Des occasions de grandir

Le tout-petit peut éprouver des terreurs nocturnes si un épisode de la journée l’a fortement impressionné, mais les premiers vrais cauchemars n’apparaissent que vers 5 ou 6 ans : à l’âge du complexe d’OEdipe. Les désirs incestueux de l’enfant le travaillent la nuit, tandis que, dans la journée, diverses phobies apparaissent. Les mauvais rêves signalent que le moi conscient a saisi que certains désirs doivent impérativement être éliminés, car contraires à la morale. Or ils ne manquent pas de resurgir à la faveur du sommeil, quand la conscience est affaiblie. Transgressifs, et donc effrayants, ils ont pourtant leur utilité. Car pour se construire psychiquement et grandir, nous devons nous confronter à eux !

 

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