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 Que signifie l'interdiction de prendre des non-musulmans comme Awliyâ' ?

23/8/2015

moualate

Les termes ou formules "wilâya" / "muwâlât" / "tawallî" / "prendre comme awliyâ'" présentes dans le Coran sont de la même racine, mais peuvent signifier des choses qui sont différentes et/ou qui sont d'intensités différentes.

Il est un sens de "walî" qui, lui, ne doit exister de la part de l'homme que vis-à-vis de Dieu, et pas vis-à-vis d'un être autre que Lui (lire notre article sur le sujet).

Dans les versets auxquels vous faites allusion, le terme "walî" est employé avec le sens qui peut exister entre un humain et un autre ; seulement il y est globalement dit que le musulman ne doit pas prendre des non-musulmans, délaissant alors les musulmans, comme awliyâ'.

Qu'est-ce que cela signifie-t-il ?

Si on se réfère à des commentaires qui ont été faits de cette formule "prendre, ou au contraire, ne pas prendre des hommes comme awliyâ'", le terme "walî" y a 3 sens différents...

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I) Trois sens différents de "walî" (lorsqu'il désigne la réalité qui peut exister entre un humain et un autre) :

– Sens A) "Prendre quelqu'un comme walî" a le sens de "prendre ce quelqu'un comme ami proche" ; "muwâlah" est alors contraire de "mu'âdâh". Ibn Taymiyya écrit ainsi : "La wilâya est l'opposé de la 'adâwa. Le fondement de la wilâya est l'affection (al-mahabba) et la proximité (al-qurb). Et le fondement de la 'adâwa est le fait de détester (al-bugdh) et l'éloignement (al-bu'd)" (Al-Furqân bayna awliyâ' ir-Rahmân wa awliyâ' ish-shaytân, p. 5). "Le walî est celui qui est proche (al-qarîb)" (Ibid.).

– Sens B) Ibn Jarîr at-Tabarî a traduit le terme arabe "awliya'" de la formule "prendre comme awliyâ'" présente dans les versets coraniques sus-évoqués par les termes : "a'wân" ; "ansâr/nussarâ'" ; "zuhûr" ; "hulafâ'" : "prendre quelqu'un comme walî" signifie alors : "prendre ce quelqu'un comme son auxiliaire, son aide, son allié" (Tafsir ut-Tabarî, commentaire de 3/28, de 5/51 et de 60/10).

– Sens C) Le "Tawallî" de quelqu'un a également le sens, moindre, de "birru-hû", c'est-à-dire : "faire preuve de bienfaisance à l'égard de ce quelqu'un" (par exemple lui offrir des cadeaux, etc.). Un verset se lit ainsi : "لَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ لَمْ يُقَاتِلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَلَمْ يُخْرِجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ أَن تَبَرُّوهُمْ وَتُقْسِطُوا إِلَيْهِمْ إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ. إِنَّمَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ قَاتَلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَأَخْرَجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ وَظَاهَرُوا عَلَى إِخْرَاجِكُمْ أَن تَوَلَّوْهُمْ وَمَن يَتَوَلَّهُمْ فَأُوْلَئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ" : "Dieu ne vous interdit pas d'être bienfaisants (tabarrû) et équitables (tuqsitû) envers ceux qui ne vous ont pas combattu à cause de la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Dieu vous interdit seulement de prendre pour alliés (tawallaw) ceux qui vous ont combattu à cause de la religion, vous ont chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion" (Coran 60/8-9). Il y a ici une mise en parallèle (en rhétorique "un paralléllisme", en arabe : "مقابلة"), par laquelle l'action qu'il n'est pas interdit de faire vis-à-vis de ceux qui n'ont pas combattu les musulmans ni ne les ont chassés de leurs demeures, est cette action là même qu'il est interdit de faire vis-à-vis de ceux qui ont combattu les musulmans ou bien les ont chassés de leur demeure. Or cette action a été désignée dans le premier cas par les termes "al-birr" et "al-qist", et dans le second cas par le terme "tawallî". Le tawallî constitue donc, dans ce verset précisément, le birr.

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II) Est-ce à dire que, en vertu des versets dont nous parlons, la réalité à laquelle renvoie chacun de ces 3 sens ne devrait pas être vécue entre un musulman et des non-musulmans : un musulman ne devrait donc jamais aimer un non-musulman (sens A) ? jamais le prendre comme son auxiliaire (sens B) ? jamais être bienfaisant à son égard (sens C) ?

Les choses ne sont pas ainsi.

Déjà, pour le sens C, le verset fait explicitement la distinction entre les non-musulmans qui combattent les musulmans et ceux qui ne les combattent pas (nous allons y revenir plus bas).

Ensuite, ce qu'il faut dire ici est que la réalité à laquelle renvoie le sens A (l'affection, mahabba, la proximité, qurb), la réalité à laquelle renvoie le sens B (prendre comme auxiliaire, nusra, prendre comme allié, hilf) ainsi que la réalité à laquelle renvoie le sens C (être bienfaisant, birr), tout cela peut être d'intensités différentes, et, partant, revêtir des expressions différentes :

– Intensité 3 :
--- Quelqu'un est ami proche (sens A) / auxiliaire (sens B) / bienfaisant (sens C) par rapport à une personne au point qu'il adopte les croyances de cette personne, ou qu'il est d'accord (râdhî) avec les croyances qu'a cette personne, ou au moins qu'il lui dit qu'elle est, elle aussi, sur la vérité ;

– Intensité 2 :
--- Quelqu'un est ami proche (sens A) / auxiliaire (sens B) / bienfaisant (sens A) par rapport à une personne (bârr) au point qu'il aide cette personne contre par exemple un de ses proches à lui (alors que son proche n'a commis aucune injustice envers cette personne, il y a juste compétition entre les deux) ; ou au point que, à un moment donné, il se met à lui parler et lui communiquer les faiblesses de par exemple sa famille à lui ;

– Intensité 1 :
--- Quelqu'un est ami (sens A) d'une personne au point de l'aider face à des difficultés, de l'inviter chez lui, de lui faire des présents, etc., mais en même temps, sait raison garder, et ne tombe pas dans ce à quoi consiste l'intensité 2 ni l'intensité 3.
--- Quelqu'un prend quelqu'un comme son auxiliaire (sens B) mais sait aussi raison garder, et ne tombe pas dans ce à quoi consiste l'intensité 2 ni l'intensité 3.
--- Quelqu'un est bienfaisant (sens C) vis-à-vis de quelqu'un d'autre, mais de tombe pas dans ce à quoi consiste l'intensité 2 ni 3.

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Par ailleurs, ce non-musulman :

– cas i) soit ne combat pas les musulmans ;
– cas ii) soit combat les musulmans.

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III) Différent est le cas de l'équité (al-insâf ) et de l'honnêteté (îfâ' ul-'ahd) :

Celles-ci sont dues vis-à-vis de tout être humain, fût-il un non-musulman qui combat les musulmans (soit le cas ii aussi).

Ibn ul-'Arabî écrit ainsi à propos des termes "wa tuqsitû ilayhim" présents dans le verset 60/8 : "Il ne veut pas dire par ceci : "ce qui relève de l'équité (al-'adl)", car l'équité (al-'adl) est obligatoire vis-à-vis de celui qui a combattu (les musulmans) et de celui qui n'a pas combattu (les musulmans)" (Ahkâm ul-qur'ân 4/228 ; également repris dans Tafsîr ul-Qurtubî). Dès lors, si le musulman a, à un non-musulman qui le combat, donné sa parole à propos de quelque chose, il doit tenir parole.

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III) Par contre, pour ce qui est de la Tawallî (prendre un non-musulman pour ami (sens A) ou auxiliaire (sens B), ou être bienfaisant à son égard (sens C) :

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– Cas i) Si le non-musulman en question ne combat pas les musulmans, alors, par rapport à la Tawallî :

--- ce sont les intensités 2 et 3 qui sont interdites et qui sont visées par les versets en question ;
--- par contre l'intensité 1 reste autorisée : que ce soit de le prendre comme ami (sens A de Tawallî), de le prendre comme auxiliaire (sens B), ou d'être bienfaisant envers lui (sens C).

A propos des versets suscités, Ibn Jarîr at-Tabarî précise ainsi que ce dont ces versets parlent, c'est de faire la Tawallî de non-musulmans contre les musulmans (soit ce que nous avons désigné ici comme "l'intensité 2").

Ainsi, un passage du Coran, le 5/51-56, se lit ainsi :

"يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَتَّخِذُواْ الْيَهُودَ وَالنَّصَارَى أَوْلِيَاء بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاء بَعْضٍ وَمَن يَتَوَلَّهُم مِّنكُمْ فَإِنَّهُ مِنْهُمْ إِنَّ اللّهَ لاَ يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ {5/51} فَتَرَى الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِم مَّرَضٌ يُسَارِعُونَ فِيهِمْ يَقُولُونَ نَخْشَى أَن تُصِيبَنَا دَآئِرَةٌ فَعَسَى اللّهُ أَن يَأْتِيَ بِالْفَتْحِ أَوْ أَمْرٍ مِّنْ عِندِهِ فَيُصْبِحُواْ عَلَى مَا أَسَرُّواْ فِي أَنْفُسِهِمْ نَادِمِينَ {5/52} وَيَقُولُ الَّذِينَ آمَنُواْ أَهَؤُلاء الَّذِينَ أَقْسَمُواْ بِاللّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ إِنَّهُمْ لَمَعَكُمْ حَبِطَتْ أَعْمَالُهُمْ فَأَصْبَحُواْ خَاسِرِينَ {5/53} يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ مَن يَرْتَدَّ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَسَوْفَ يَأْتِي اللّهُ بِقَوْمٍ يُحِبُّهُمْ وَيُحِبُّونَهُ أَذِلَّةٍ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ أَعِزَّةٍ عَلَى الْكَافِرِينَ يُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللّهِ وَلاَ يَخَافُونَ لَوْمَةَ لآئِمٍ ذَلِكَ فَضْلُ اللّهِ يُؤْتِيهِ مَن يَشَاء وَاللّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ {5/54} إِنَّمَا وَلِيُّكُمُ اللّهُ وَرَسُولُهُ وَالَّذِينَ آمَنُواْ الَّذِينَ يُقِيمُونَ الصَّلاَةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَهُمْ رَاكِعُونَ {5/55} وَمَن يَتَوَلَّ اللّهَ وَرَسُولَهُ وَالَّذِينَ آمَنُواْ فَإِنَّ حِزْبَ اللّهِ هُمُ الْغَالِبُونَ {5/56}"
"O les Croyants, ne prenez pas comme awliyâ' les juifs et les chrétiens : ils sont awliyâ' les uns des autres. Et celui d'entre vous qui les prend comme awliyâ', celui-là est un des leurs. Dieu ne guide pas les gens injustes.
Tu verras d'ailleurs ceux dans les cœurs de qui se trouve une maladie [spirituelle] se précipiter vers eux, disant : "Nous craignons qu'un revers nous atteigne." Mais peut-être que Dieu fera venir la victoire ou un ordre émanant de Lui, alors ceux-là se mettront à regretter ce qu'ils avaient dissimulé en eux-mêmes. Et les croyants diront (alors) : "Est-ce là ceux qui juraient par Dieu de toute leur force qu'ils étaient avec vous ?" Leurs actions sont devenues vaines, et ils sont donc devenus perdants.
O les Croyants, quiconque parmi vous apostasie de sa religion : Dieu fera venir un peuple qu'Il aime et qui L'aime, humble envers les croyants et puissant envers les mécréants, qui lutte dans le sentier de Dieu, ne craignant le blâme d'aucun blâmeur. Telle est la grâce de Dieu. Il la donne à qui Il veut. Dieu est Immense et Omniscient.
Votre walî [= vos awliyâ'] n'est que Dieu, Son messager, et les Croyants qui accomplissent la prière, s'acquittent de la zakat, et s'inclinent (devant Dieu). Et quiconque prend pour awliyâ' Dieu, Son messager et les croyants, alors (celui-là fait partie du groupe de Dieu, et) c'est le groupe de Dieu qui sera victorieux" (Coran 5/51-56).

On distingue clairement ici la mise en opposition de "prendre comme awliyâ' des juifs ou des chrétiens" (verset 51), et "prendre comme awliyâ' Dieu, Son Messager et les musulmans" (versets 55-56).

On s'aperçoit aussi que cette muwâlât qu'il est interdit de faire vis-à-vis de non-musulmans, cela constitue de l'apostasie : au verset 51, cela est ainsi formulé : "Et celui d'entre vous qui les prend comme awliyâ', celui-là est un des leurs" ; de même, au milieu du passage, au verset 54, Dieu parle de "celui qui apostasie de sa religion", l'islam.

Ibn Jarîr at-Tabarî a traduit "awliya'" par "nussarâ'" ("auxiliaires") / "hulafâ'" ("alliés"). Mais de quoi s'agit-il : de simplement les prendre comme amis ? de simplement s'allier à eux ?
At-Tabarî apporte une nuance. La phrase (verset 51) qui se lit ainsi : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَتَّخِذُواْ الْيَهُودَ وَالنَّصَارَى أَوْلِيَاء" : "O les croyants, ne prenez pas pour awliyâ' les juifs et les chrétiens" (Coran 5/51), at-Tabarî l'explique ainsi : "والصواب من القول في ذلك عندنا أن يقال: إن الله تعالى ذكره نهَىَ المؤمنين جميعا أن يتخذوا اليهود والنصارى أنصارًا وحلفاءَ على أهل الإيمان بالله ورسوله وغيرَهم" : "Dieu – Elevé soit Son Souvenir – a interdit à tous les croyants de prendre les juifs et les chrétiens, et autre qu'eux, comme auxiliaires et alliés CONTRE les gens qui ont foi en Dieu et en Son Messager" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de 5/51).

Ce verset invite donc les Croyants à ne pas faire comme les Hypocrites, et leur dit que faire ainsi, c'est faire acte d'Hypocrisie (nifâq akbar) : "وَمَن يَتَوَلَّهُم مِّنكُمْ فَإِنَّهُ مِنْهُمْ" : "Et celui d'entre vous qui les prend comme awliyâ', celui-là est un des leurs" (Coran 5/51) ; en commentaire de cette phrase, at-Tabarî écrit : "يقول: فإن من تولاهم ونصرَهم على المؤمنين، فهو من أهل دينهم وملتهم" : "(Dieu) veut dire (ici) : Celui qui les prend comme awliyâ et les aide CONTRE les Croyants, celui-là fait partie des gens de leur religion" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de 5/51). Un tel acte est donc acte de kufr akbar. (Cependant, la personne qui l'a fait ne sera pas considérée kâfir tant que iqâmat ul-hujja n'a pas eu lieu, vu qu'elle a peut-être fait une ta'wîl yu'tabaru bihî. C'est bien pourquoi, lorsque Hâtib ibn Abî Balta'a - radhiyallâhu 'anh - envoya aux Mecquois une missive les informant de la venue imminente du Prophète venant conquérir la Mecque, voulant par cela assurer la sécurité de sa famille restée là-bas alors même qu'il n'était pas mecquois d'origine, Dieu dit que cela avait constitué de la muwâlât vis-à-vis de non-musulmans - voir sourate Al-Mumtahana. Omar - radhiyallâhu 'anh - s'écria que Hâtib était un Hypocrite, mais le Prophète - 'alayhi-s-salâm - l'excusa pour sa ta'wîl : lire notre article détaillé sur le sujet.)

Ce que at-Tabarî a écrit là correspond à ce que nous avons décrit comme constituant l'intensité 2 plus haut évoquée : il s'agit non pas seulement de leur apporter une aide, mais de leur apporter une aide contre les musulmans ; ou de les informer des faiblesses des musulmans.
(Cela englobe donc a fortiori l'intensité 3 (considérer que les croyances du non-musulman sont elles aussi vraies et justes).)
Cela est donc interdit vis-à-vis du non-musulman.

Par contre, l'intensité 1 reste autorisée vis-à-vis de non-musulmans qui ne combattent pas l'islam et les musulmans (cas i)...

– En effet, pour ce qui est de prendre comme amis (sens A) des non-musulmans qui ne combattent pas les musulmans (cas i), nous en avons déjà parlé dans un article précédent, où nous avons exposé que cela est autorisé tant que cela est d'intensité 1 (et ne consiste pas en l'intensité 2 : avoir une affection qui entraîne ce qui est interdit, ni en l'intensité 3 : considérer les croyances de ce non-musulman comme vraies aussi).

– De même, pour ce qui est de prendre comme auxiliaires (sens B) des non-musulmans qui ne combattent pas les musulmans (cas i), cela reste aussi autorisé tant que cela est d'intensité 1.

– De même encore pour la bienfaisance, birr / ihsân (sens C) faite vis-à-vis de non-musulmans qui ne combattent pas l'islam (cas i) : elle est autorisée tant qu'elle est d'intensité 1. Les deux versets du Coran parlant de cela sont ceux déjà cités plus haut (dans le sens C) : "لَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ لَمْ يُقَاتِلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَلَمْ يُخْرِجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ أَن تَبَرُّوهُمْ وَتُقْسِطُوا إِلَيْهِمْ إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ. إِنَّمَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ قَاتَلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَأَخْرَجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ وَظَاهَرُوا عَلَى إِخْرَاجِكُمْ أَن تَوَلَّوْهُمْ وَمَن يَتَوَلَّهُمْ فَأُوْلَئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ" (Coran 60/8-9). Si par contre cette bienfaisance est d'intensité 2 (et est donc contre des musulmans), alors elle est interdite vis-à-vis de tout non-musulman, même s'il ne combat pas l'islam (cas ii).

Dès lors, ce n'est donc pas cette intensité 2 (être bienfaisant à leur égard contre des musulmans) que ce verset 60/8 autorise vis-à-vis des non-musulmans qui ne combattent pas les musulmans (cas i) et interdit vis-à-vis des non-musulmans qui les combattent (cas ii). Ce que ces versets 60/8-9 autorisent, c'est la bienfaisance (birr / ihsân) qui est d'intensité 1 (c'est-à-dire qui est faite à des non-musulmans sans être contre des musulmans) : ces versets enseignent qu'une telle bienfaisance (de cette intensité 1) est autorisée vis-à-vis des non-musulmans qui ne combattent pas les musulmans (cas i), mais reste interdite vis-à-vis des non-musulmans qui combattent les musulmans (soit le cas ii plus haut cité), car cela sera fatalement aux dépens de ceux que ces gens combattent : les musulmans. Cela rejoindrait alors inéluctablement l'intensité 2, qui est systématiquement interdite.

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– Cas ii) Un non-musulman qui est en conflit armé avec des musulmans :

Le musulman ne peut pas être son ami (sens A de Tawallî), ni le prendre comme auxiliaire (sens B), même si cela est d'intensité 1, car cela risque fort (dharî'a) de conduire à l'intensité 2, vu le caractère particulier de ce non-musulman. A l'égard d'une telle personne, même faire preuve de bienfaisance (ihsân, sens C de Tawallî), même d'intensité 1, est interdit : il s'agit de la bienfaisance qui l'honore (ikrâm) ou le renforce (taqwiya).

Par contre, à un ou des non-musulmans qui combatte(nt) les musulmans (cas i), il n'est pas interdit d'envoyer de la nourriture ou de la boisson parce qu'ils souffrent d'une famine conséquente, pour simplement les aider humainement. Le fait est que, d'après une des interprétations, c'était alors même que le Prophète avait déjà émigré à Médine et que les Quraysh étaient en conflit armé contre lui que, approché par quelqu'un se plaignant à lui de la famine dont les Mecquois souffraient à cause de la sécheresse, le Prophète accepta d'invoquer Dieu qu'Il leur accorde la pluie (Fat'h ul-bârî 2/657-660). De même, quand Thumâma se convertit à l'islam, puis se rendit à la Mecque y accomplir le petit pèlerinage, des Mecquois lui dirent : "Tu es devenu Sâbi' ?" Il répondit : "Non, je suis devenu Musulman en compagnie de Muhammad le Messager de Dieu. Par Dieu, de al-Yamâma, pas un grain de blé ne vous viendra (plus) jusqu'à ce que le Messager de Dieu en donne l'autorisation" (al-Bukhârî 4114, Muslim 1764). Et, rentré à al-Yamâma, il interdit effectivement les ventes de blé à la Mecque. Des Mecquois écrivirent alors au Prophète et lui demandèrent, au nom de l'entretien des relations familiales (silat ur-rahim) qu'il enseignait, de donner son autorisation. Le Prophète envoya alors une lettre à Thumâma lui demandant de laisser le blé être exporté à la Mecque (Fat'h ul-bârî 8/111).

En un mot, ce qu'il est interdit vis-à-vis du non-musulman en conflit armé (cas i), c'est la bienfaisance qui est faite pour l'honorer (comme on peut en faire vis-à-vis d'un non-musulman qui n'est pas ennemi : il est autorisé de lui faire un cadeau pour l'honorer : Ahkâm ul-qur'ân, 4/228), ou la bienfaisance qui va le renforcer. Par contre, venir en aide à ce non-musulman qui combat les musulmans, dans une mesure strictement humanitaire, cela n'est pas interdit.

De même, il n'est pas interdit qu'il y ait commerce entre les musulmans d'un pays musulman et des hommes ressortissant d'un pays ennemi de celui-ci, pourvu qu'on ne lui vende rien qui le renforce dans son combat contre des musulmans (les anciens juristes interdisaient ainsi la vente d'armes à la Dâr ul-harb ; certains d'eux interdisaient aussi la vente de fer à la Dâr ul-harb : lire notre article sur la question d'aider ce qui est mal). Al-Bukhârî écrit ainsi : "باب الشراء والبيع مع المشركين وأهل الحرب" (Al-Jâmi' us-sahîh, kitâb ul-buyû', bâb n° 99) ; en commentaire, Ibn Battâl écrit : "معاملة الكفار جائزة، إلا بيع ما يستعين به أهل الحرب على المسلمين" (FB 4/517-518). Il se peut cependant que, par maslaha, l'autorité musulmane de ce pays musulman décide de limiter le commerce avec la Dâr ul-harb au strict minimum vital (conformément à ce que nous avons vu avec l'exportation de blé à la Mecque) et interdise le reste, l'objectif étant d'affaiblir économiquement l'ennemi.

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IV) D'autres passages coraniques allant dans le même sens :

"فَتَرَى الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِم مَّرَضٌ يُسَارِعُونَ فِيهِمْ يَقُولُونَ نَخْشَى أَن تُصِيبَنَا دَآئِرَةٌ فَعَسَى اللّهُ أَن يَأْتِيَ بِالْفَتْحِ أَوْ أَمْرٍ مِّنْ عِندِهِ فَيُصْبِحُواْ عَلَى مَا أَسَرُّواْ فِي أَنْفُسِهِمْ نَادِمِينَ" : "Tu verras d'ailleurs ceux dans les cœurs de qui se trouve une maladie [spirituelle] se précipiter vers eux" (Coran 5/52).
"Se précipiter vers eux" signifie, écrit at-Tabarî : "se précipiter de les prendre comme awliyâ'". Et cette "maladie", rapporte at-Tabarî de as-Suddî, est celle du doute (shakk) (relation 12210). Le propos, écrit at-Tabarî un peu plus loin, est à comprendre ainsi : "Tu verras, ô Muhammad, ceux dans les cœurs de qui se trouve un doute et une maladie de foi, à propos de ton prophétat et du fait de croire vrai ce que tu as apporté de la part de ton Pourvoyeur, se précipiter de faire la muwâlâh de juifs et de chrétiens et de faire leur musâna'ah. Ces Hypocrites disent : "Nous nous empressons de faire la muwâlah de ces juifs et de ces chrétiens par crainte d'un revers qui tomberait sur nous venant de notre ennemi" (Tafsîr ut-Tabarî). At-Tabarî écrit de ce verset : "والصواب من القول في ذلك عندنا أن يقال: إن ذلك من الله خبر عن ناس من المنافقين كانوا يوالون اليهودَ والنصارى ويغشُّون المؤمنين" : "Ceci est une information de la part de Dieu à propos de personnes parmi les Hypocrites (Munâfiqûn) qui s'alliaient aux juifs et aux chrétiens et trahissaient les Croyants..." (Ibid.).

Ils craignaient en fait un retournement de situation, la défaite des musulmans, et c'est ce qui les poussa à assurer ainsi leurs arrières en disant à des non-musulmans : "En fait nous sommes avec vous". Cela était dû au fait qu'ils n'étaient pas convaincus de la véracité du prophétat de Muhammad et du message qu'il a apporté de Dieu. C'est cela, la maladie qui se trouve en leur cœur, la maladie du doute ; il s'agissait d'Hypocrites.

La même réalité est ainsi décrite dans des versets d'un autre passage, où Dieu dit : "بَشِّرِ الْمُنَافِقِينَ بِأَنَّ لَهُمْ عَذَابًا أَلِيمًا الَّذِينَ يَتَّخِذُونَ الْكَافِرِينَ أَوْلِيَاء مِن دُونِ الْمُؤْمِنِينَ أَيَبْتَغُونَ عِندَهُمُ الْعِزَّةَ فَإِنَّ العِزَّةَ لِلّهِ جَمِيعًا" : "Annonce aux Hypocrites qu'ils auront un châtiment douloureux ; ceux-là qui prennent les Incroyants comme awliyâ' au lieu des Croyants. Est-ce qu'ils recherchent auprès d'eux la Puissance ? La Puissance appartient entièrement à Dieu" (Coran 4/138-140). Un peu plus loin Dieu dit : "الَّذِينَ يَتَرَبَّصُونَ بِكُمْ فَإِن كَانَ لَكُمْ فَتْحٌ مِّنَ اللّهِ قَالُواْ أَلَمْ نَكُن مَّعَكُمْ وَإِن كَانَ لِلْكَافِرِينَ نَصِيبٌ قَالُواْ أَلَمْ نَسْتَحْوِذْ عَلَيْكُمْ وَنَمْنَعْكُم مِّنَ الْمُؤْمِنِينَ" : "Ceux qui attendent à votre sujet. Aussi, si vous avez une victoire de la part de Dieu, ils disent : "N'étions-nous pas avec vous ?" Et si les incroyants ont un avantage, ils (leur) disent : "N'avons-nous pas mis la main sur vous pour vous protéger des croyants ?"" (Coran 4/141). Dans un autre passage, parlant toujours des Hypocrites, Dieu dit : "Et parmi les hommes, il y en a qui disent : "Nous croyons en Dieu et au Jour dernier !" alors qu'ils ne croient pas. Ils cherchent à tromper Dieu et les croyants; mais ils ne trompent qu'eux-mêmes, et ils ne s'en rendent pas compte. Il y a dans leurs cœurs une maladie [de doute et d'hypocrisie], et Dieu les a augmentés en maladie. Ils auront un châtiment douloureux, pour avoir menti" (Coran 2/8-10). Et plus loin Il dit : "وَإِذَا لَقُواْ الَّذِينَ آمَنُواْ قَالُواْ آمَنَّا وَإِذَا خَلَوْاْ إِلَى شَيَاطِينِهِمْ قَالُواْ إِنَّا مَعَكْمْ إِنَّمَا نَحْنُ مُسْتَهْزِؤُونَ" : "Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : "Nous croyons" ; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent : "Nous sommes avec vous ; nous ne faisions que nous moquer [des musulmans]"" (Coran 2/14).

"وَوَمِنَ النَّاسِ مَن يَقُولُ آمَنَّا بِاللَّهِ فَإِذَا أُوذِيَ فِي اللَّهِ جَعَلَ فِتْنَةَ النَّاسِ كَعَذَابِ اللَّهِ وَلَئِن جَاء نَصْرٌ مِّن رَّبِّكَ لَيَقُولُنَّ إِنَّا كُنَّا مَعَكُمْ أَوَلَيْسَ اللَّهُ بِأَعْلَمَ بِمَا فِي صُدُورِ الْعَالَمِينَ وَلَيَعْلَمَنَّ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَلَيَعْلَمَنَّ الْمُنَافِقِينَ" : "Et parmi les hommes, il en est qui disent : "Nous croyons en Dieu", puis, s'ils subissent du tort pour la cause de Dieu, ils mettent l'épreuve (subie) de la part des hommes au même (niveau que) le châtiment de Dieu, [cèdent devant ces hommes et apostasient] ! Et si une aide de ton Seigneur vient, ils diront assurément : "Nous étions avec vous !". Dieu n'est-Il pas le plus Savant de ce qu'il y a dans les poitrines des (hommes) des mondes !" Dieu saura assurément ceux qui ont apporté foi (réellement du cœur) et Il saura assurément les Hypocrites" (Coran 29/10-11).

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V) Un autre passage coranique, le 3/28, et son commentaire par at-Tabarî :

Dans le verset 3/28, une phrase se lit ainsi : "لاَّ يَتَّخِذِ الْمُؤْمِنُونَ الْكَافِرِينَ أَوْلِيَاء مِن دُوْنِ الْمُؤْمِنِينَ" : "Les croyants ne doivent pas prendre pas pour awliyâ' des incroyants, délaissant les croyants" (Coran 3/28). At-Tabarî la commente comme suit : "ومعنى ذلك: لا تتخذوا، أيها المؤمنون، الكفارَ ظهرًا وأنصارًا توالونهم على دينهم، وتظاهرونهم على المسلمين من دون المؤمنين، وتدلُّونهم على عوراتهم" : "Le sens de cela est : O les croyants, ne prenez pas, délaissant les croyants, les non-musulmans comme auxiliaires avec qui vous vous allieriez pour leur religion, que vous aideriez contre les musulmans et que vous informeriez des défauts / faiblesses de ceux-ci."
Et de la phrase qui vient juste après, qui se lit ainsi : "وَمَن يَفْعَلْ ذَلِكَ فَلَيْسَ مِنَ اللّهِ فِي شَيْءٍ" : "Car celui qui fait ainsi n'est en rien de Dieu" (Coran 3/28), at-Tabarî écrit : "يعني بذلك: فقد برئ من الله وبرئ الله منه، بارتداده عن دينه ودخوله في الكفر" : "Il veut dire par cela : "Celui-là a désavoué Dieu, et Dieu l'a désavoué, par le fait qu'il a apostasié de sa religion et est entré dans le kufr"" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de 3/28).

La suite du verset, "إِلاَّ أَن تَتَّقُواْ مِنْهُمْ تُقَاةً" : "Sauf si vous Tattaqû de leur part Tuqâtan" / "Taqiyyatan", indique que ce qui est précisément évoqué ici (et est ici déclaré interdit), c'est l'intensité 3, laquelle devient autorisée en cas de contrainte (Taqiyyatan). Lire notre article détaillé au sujet de la Taqiyya.

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VI) Conclusion :

Les versets que vous avez cités et qui interdisent la muwâlât avec des non-musulmans interdisent d'être ami de non-musulmans (sens A), ou de prendre comme auxiliaires des non-musulmans (sens B), ou d'être bienfaisants (sens C) envers des non-musulmans lorsque cela est fait aux dépens des musulmans (intensité 2), ou est fait de telle façon que cela conduit à penser ou à dire que leurs croyances aussi sont vraies et justes (intensité 3).

Ces versets n'interdisent pas d'être leur ami (sens A), de les prendre comme auxiliaires (sens B) ou d'être bienfaisants envers eux (sens C) d'une façon qui soit mesurée (intensité 1), c'est-à-dire ne va pas jusqu'à l'intensité 2 ou 3.

Tout cela tant que ces non-musulmans ne sont pas des gens qui combattent les musulmans (cas ii).

Car si ces non-musulmans combattent les musulmans (cas i), alors même l'intensité 1 est interdite, et seules l'équité (al-'adl) et l'honnêteté doivent être pratiquées envers eux.

 

http://www.maison-islam.com/articles/?p=650

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