"> L'érotisation de la - Musulman et fier de l\'être - Bloguez.com
 

 L'érotisation de la société

22/3/2014

Introduction

   La société moderne se targue d’avoir repoussé tous les tabous et toute morale restrictive. Elle prétend être parvenue à une liberté jamais atteinte par l’humanité.


Pour ne citer que le cas de la société française, il est indéniable que la révolution sexuelle de1964 à 1973 a combattu et vaincu bien des ostracismes et sujétions (machisme, inhibition, culpabilité et honte sexuelles, homophobie). Elle a conféré aux femmes des droits incontestables et a modifié la perception de la sexualité qui, de la fonction reproductrice, se transforme en fonction liante permettant un épanouissement personnel. Néanmoins, selon Jean-Claude Guillebaud, la révolution sexuelle reposait sur un fantasme : «Ni la perversion, ni la pulsion de violence, ni l’instinct de possession, ni la pédophilie, ni la jalousie, ni le voyeurisme, ni l’impuissance n’existent à l’état normal. La nature humaine est naturellement bonne ; la sexualité est naturellement saine […] et il suffit de libérer les pulsions sexuelles pour libérer l’humanité de ces désordres […] un contresens qui continue de hanter l’époque. Libérer le désir, rejeter l’ordre ancien et sa morale, congédier les interdits, jouir sans entraves et sans loi : oui l’utopie était belle. L’erreur fut de croire qu’elle était sans conséquence… »

   Car en vérité, la révolution sexuelle a-t-elle vraiment été libératrice ou a-t-elle plutôt déclenché l’hypersexualisation des sociétés française et européenne pour contaminer l’ensemble du monde ?

   De quelle logique découle en réalité l’érotisation de la société qui se propage à vitesse grand « V » par le truchement des médias, l’art, la mode et la littérature ? Quels en sont les dérapages ? Qui sont les victimes ? Et quels en sont les remèdes ?

La logique du diktat du libre marché

   Déjà, dans les années 1920-1930, le corps féminin a été utilisé à des fins mercantiles pour vanter et vendre divers produits (bijoux, cosmétiques, vêtements, revues, diètes minceur, etc.). C’est à cette époque que sont apparues les normes esthétiques actuelles (jeunesse, minceur, hâle) et la revendication des femmes au droit à être séduisantes : « A l’image des femmes chastes et vertueuses se substitue celle d’une population féminine de plus en plus préoccupée de mettre ses charmes en valeur. » [Jean-Claude Guillebaud].

s28

Jean-Claude Guillebaud, écrivain essayiste et journaliste français, est né à Alger en 1944. Il s’est illustré pour ses importants reportages idéologiques. Il a travaillé au quotidien Sud Ouest, au Monde et au Nouvel Observateur ; il a dirigé Reporters sans frontières. En 1972, il est lauréat du Prix Albert Londres. Il parraine la Coordination pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Chroniqueur, il traite de la vie des médias au Nouvel Observateur (supplément télévision) et de l’observation de la société et de la vie politique française dans l’hebdomadaire catholique La Vie. En 2007, il parraine l’agence de presse associative Reporters d’Espoirs qui dénonce les aspects les plus obscurs de la société du spectacle.

   Le contexte socio-économique a favorisé cette situation :
· Le chômage était important et touchait plus les femmes que les hommes : les rares emplois étaient prioritairement réservés à ces derniers.
· Au sortir de la première guerre mondiale, la population féminine excède la population masculine. L’urbanisation et la dislocation de la famille élargie ont généré plus de dépendance des femmes à l’égard des hommes pour leur subsistance. Dans cette conjoncture, un physique avantageux ou mis en valeur devenait un atout pour celles en recherche d’un conjoint et pour celles qui voulaient s’assurer la fidélité d’un compagnon qui était leur seule sécurité financière et affective. Dans les années 1960, les libertaires prônaient l’amour libre et recouraient à des excès vestimentaires, dans un contexte différent des années 1920-1930 : idéalistes, ils rêvaient d’évolution et leurs revendications s’inscrivait dans un mouvement politique et féministe.
De nos jours, c’est le Marché qui dicte ses lois, mais rien, surtout pas la dépendance financière, ne légitime l’érotisation des jeunes filles.

Les dérapages

   L’ère actuelle subit une provocation et une sollicitation sexuelles permanentes avec pour corolaire une banalisation affligeante du sexe-marchandise et de la pornographie. 70% du contenu du Web concerne le sexe ou y est lié. Les sites pornographiques sont en recrudescence et l’industrie du divertissement pour adultes génère quelques trois à cinq milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel.Sous l’appellation insidieuse de « porno chic », c’est dans les années 1990 qu’est née la pornographisation, à savoir le recyclage d’archétypes pornographiques dans la publicité, la mode, la littérature, la presse écrite, la télévision, internet, les comportements et les fantasmes sexuels, etc.

s29

Protégeons les enfants…

   Ces domaines participent tous, non plus à la suggestion, mais plutôt à l’exhibition et à l’ordonnance de normes à suivre en matière de sexualité. Pour ne pas être taxé de ringardise, les jeunes et les moins jeunes sont constamment, assidûment, pressés d’adopter de nouvelles pratiques sexuelles et de consommer les produits de l’industrie du sexe : films, gadgets sexuels, etc. Les médias se chargent de multiplier les reportages complaisants sur des stars du porno, les prostituées heureuses de l’être et les industries du sexe. Les magazines féminins, entre autres, testent et promeuvent les produits des sex-shops. Leur message est le suivant : presque tout le monde a une vie sexuelle excitante et riche, excepté vous ! Vous connaîtrez l’épanouissement sexuel et personnel en adoptant d’autres postures et pratiques sexuelles, en vous inspirant de la pornographie, en usant et abusant des gadgets sexuels !
Ce qui est mis en avant c’est la connaissance technique du corps et la performance sexuelle : la sexualité du devoir conjugal a glissé vers la sexualité du devoir de performance.

Les victimes

1. Les pré-adolescentes et adolescentes

   Entre huit et treize ans, les filles construisent leur identité, leur valeur personnelle, leurs intérêts. Cette tranche d’âge se caractérise par le désir d’être conforme, le désir d’être normal. Or, le Marché a vite compris qu’il lui faut fidéliser très tôt cette population vulnérable pour qu’elle adopte des habitudes de consommation voulues : ainsi, les pré-adolescentes d’aujourd’hui ont un univers qui leur est propre en matière de style, de musique, de revues, de gadgets, de « mal-bouffe », etc. La publicité et les produits destinés aux jeunes filles véhiculent un même message : c’est normal qu’elles soient sexy, qu’elles s’habillent sexy et adoptent des attitudes sexy pour plaire aux garçons et être disponibles sexuellement à tout âge.
A peine sorties de l’enfance, les adolescentes sont propulsées dans un monde d’adulte sans avoir eu le temps d’explorer leur propre désir. Au même âge, les garçons sont protégés des sollicitations médiatiques, tandis que les adolescentes ressemblent à s’y méprendre à des femmes sexuées : ce sont de très bonnes clientes pour les salons de bronzage, les centres de conditionnement physique, les studios de body piercing et l’industrie des cosmétiques. Proies idéales des marchands de mode, elles s’affublent de mini-débardeurs, de string ; métamorphosées en mini-femmes fatales, elles exposent leur nombril à l’air, apprennent à se mettre en valeur et à séduire : prisonnières du regard de l’autre pour exister, elles deviennent des objets du désir, alors qu’elles n’ont pas encore les moyens d’être sujets de désir. Les parents sont parfois dépassés, parfois complices face à la pression sociale. Eux qui pourtant exècrent les pédophiles donnent à voir leurs enfants comme objets sexuels : les enfants érotisés risquent de devenir des enfants consommables, des marchandises sexuelles, mais également des consommateurs de pornographie.

    Les professionnels de la santé et de l’éducation constatent des effets inquiétants de la sexualisation précoce chez les jeunes filles :
· trouble du schéma corporel (syndrome du top model : idéal esthétique insensé et incompatible avec la santé que les filles s’efforcent d’atteindre en s’automutilant de leurs formes naturelles par la restriction alimentaire) ;
· chirurgie plastique pour augmenter le volume mammaire et injection de Botox ;

s31

. dépression ;
· augmentation des troubles alimentaires (boulimie, anorexie, carences alimentaires, troubles métaboliques, risques accrus d’ostéoporose) ;
· tabagisme, prise d’alcool et de drogues ;
· perte de l’estime de soi liée à la détresse psychologique et liée aux idées suicidaires : la préoccupation permanente de l’apparence, de l’attraction physique, du poids et des mensurations entraînent un sentiment de honte, une diminution de l’acuité mentale, de l’anxiété ;
· taux de suicide plus élevé chez les filles que chez les garçons. Le discours médiatique laissant croire à une émancipation des filles, à un « girl-power » qui les encourage à prendre leur place et à s’affirmer, est un leurre : les filles sont inconscientes des demandes contradictoires des messages sexuels : il leur est demandé ouvertement d’être séduisantes et en même temps d’être passives et dépendantes. Elles ne sont pas aidées à sortir du rôle traditionnel les obligeant généralement à prendre soin des besoins des hommes en niant leurs propres besoins.
· phobie scolaire ;
· relations sexuelles précoces et problèmes rattachés à la contraception, avec l’idée que la sexualité et l’amour sont centrés sur la consommation ;
· maladies sexuellement transmissibles ;
· interruption volontaire de grossesse ;
· violence dans les relations amoureuses ;
· risques accru pour les filles d’agressions sexuelles, de pédophilie, de prostitution, de pornographie : une fille de dix-onze ans précocement sexuée a conscience de son pouvoir de séduction sur la gent masculine, mais il s’agit de sa part d’une demande affective, de la reconnaissance de sa valeur et non d’une sollicitation sexuelle.

   L’hypersexualisation des jeunes filles va de pair avec la pornographisation des codes sociaux : les adolescentes en sont les principales victimes, car considérées comme « coincées », « out » lorsqu’elles ne se soumettent pas aux normes sexuelles véhiculées par la pornographie qui affecte la culture en profondeur et modélise les conduites sexuelles, et au-delà du sexe, les comportements des femmes et des hommes. Ainsi, pour bon nombre d’individus, la pornographie est l’unique lieu d’éducation sexuelle.
Paradoxalement, bien que nécessaires, les campagnes de prévention du sida — que Jean-Claude Guillebaud qualifie de « pornographie sanitaire » —, réduites à une approche fonctionnelle et hygiéniste de la sexualité, ont entraîné quelques effets pervers et délivré un message à double contrainte. La diffusion d’une parole publique très explicite sur la sexualité a induit des scénarios auprès des jeunes et certains se ““les ont appropriés comme si c’était une obligation : pour les adolescents, si le comportement existe, il faut l’adopter (obligation de performance). Dans les cours d’écoles, des enfants de six à douze ans se livrent à des attouchements sexuels sur d’autres, procédant jusqu’à la sodomie.
Le phénomène effraie et suscite fort heureusement des réactions saines de la part des mondes adulte et associatif qui commencent à développer des programmes d’intervention pour aider les jeunes à déjouer les pièges des expressions sexuelles.

2. Les pré-adolescents et adolescents

   Leur monde est volontairement teinté de rouge et de noir où se bousculent la violence, les super héros, les voitures, les sports extrêmes, les bandes-dessinés, le hip hop, le rap au message sexiste, virulent et dégradant pour les femmes. Moins préoccupés par leur apparence, ils adoptent volontiers des vêtements extra-larges, une attitude grossière et un langage ordurier… ça les rend populaires.
Même si les pré-adolescents sont plus tardivement les proies des industries du sexe que les filles au même âge, ils n’échappent pas à la logique du libre marché et à son formatage.
Pour les garçons comme pour les filles, plus la consommation de la pornographie est précoce, plus le corps sera transformé et emblématisé (tatouage, piercing).

Les adultes

La sexualité est essentiellement une activité relationnelle et interpersonnelle. La pornographie, comme l’érotisme en général, est une sexualité fantasmée, narcissique ou masturbatoire (c’est-à-dire avec soi-même), une relation entre moi et une personne imaginaire, une personne de papier ou d’écran de télévision. La pulsion sexuelle d’une personne accoutumée, droguée à l’érotisme et à la pornographie tend à s’hypertrophier et à être constamment en éveil : l’individu projette ses fantasmes sexuels sur tout ce qu’il rencontre. Le cas des pères de famille est préoccupant : le transfert de leurs fantasmes sexuels sur leur épouse peut le conduire à l’érotisation de leur attachement affectif pour leur progéniture. C’est pourquoi de nombreux pères de famille consommant de la pornographie en viennent à abuser sexuellement de leurs enfants.
Beaucoup de témoignages confirment que la pornographie cause une désagrégation quasi-schizoïde de la sexualité du consommateur : celui-ci s’enferme peu à peu dans un univers masturbatoire et perd tout intérêt pour sa conjointe, ses enfants, ses responsabilités familiale et affective. La pornographie favorise directement ou indirectement la recrudescence des divorces, l’augmentation de l’homosexualité, de la bisexualité, de la sodomie, de la prostitution, du sida.
L’érotisation et la pornographisation de la société causent de véritables préjudices humains et matériels.

Les remèdes à l’érotisation des enfants

Les excès vestimentaires et le malaise de certains enseignants à déambuler devant des fillettes de plus en plus sexy et adoptant des attitudes de séduction ont amené certains établissements à opter pour un uniforme scolaire ou à se montrer plus stricts pour leur code vestimentaire. Les nouvelles règles sont accompagnées de discussions avec les élèves et de séances d’information auprès des parents : des images filmées des enfants dans les couloirs sont projetées à ce moment-là pour une prise de conscience du problème.
· Toute la société (les gouvernements, les milieux de la santé et de l’éducation, les parents, les médias, l’industrie de la mode et de la publicité, etc.) est conviée à recadrer ses croyances, ses valeurs et à établir une nouvelle symbolique pour éviter « le tout permis » et le retour à un ordre moral restrictif. Les familles à elles seules ne peuvent inverser la tendance.
· L’éducation sexuelle doit être globale : prise en considération de toutes les dimensions de la sexualité dont l’érotisme ne visant pas les prouesses sexuelles, mais plutôt la prise de conscience de soi et de l’autre en tant que sujet (et non objet) de désir et de plaisir. Les réponses ne sont pas toujours nécessaires : l’éducateur peut susciter des questionnements, apporter des pistes de réflexions et indiquer des limites.

s32

· Ne pas culpabiliser les parents dans leur fonction éducative, mais les épauler et renforcer leurs habiletés parentales.
· Ne pas laisser uniquement aux mères la responsabilité de donner l’exemple. Toute la société a une responsabilité.
· Utiliser les vidéo-clips, les magazines, etc. comme supports pédagogiques plutôt que de les censurer pour développer l’esprit critique. Les amener à réfléchir sur l’image des femmes projetée dans la publicité et les différents médias ; sur le rôle attribué aux hommes et aux femmes dans la société.
· Guider les jeunes vers l’autonomie affective et une image de soi positive ; leur apprendre à s’affirmer autrement que par l’apparence. Le « girl-power » prôné par la publicité est aliénant et illusoire : le véritable pouvoir réside dans la confiance en ses capacités propres, l’estime de soi, l’indépendance, l’autonomie, le contrôle de son existence et son engagement dans la communauté.
· Aborder l’insatisfaction corporelle des jeunes pour éviter des comportements nuisibles à leur santé : la minceur n’est pas un modèle esthétique ; la beauté réside dans le fait d’être soi-même, de rayonner de bien-être ; le travail sur soi ne passe pas par une restriction alimentaire, mais par le développement du sens critique.
· Donner conscience aux jeunes de leur pouvoir de consommateurs pour ne pas subir la dictature des médias et de la publicité : aucune industrie ne peut survivre à un boycottage massif de ses produits.
· Encourager les jeunes à s’investir dans une cause sociale.
· Eduquer le regard posé sur l’enfant.
· Ne pas s’impliquer activement dans la société est déjà en soi du laxisme complice. Les associations reconnues d’utilité publique ou de simples citoyens peuvent interpeler les élus (le maire, les conseillers généraux, les députés) et la police ou la gendarmerie pour procéder à l’enlèvement des affiches ou écrits licencieux : le code pénal sanctionne l’exposition des messages à caractère violent, pornographique ou portant gravement atteinte à la dignité humaine et susceptible d’être vu ou perçu par un mineur.
· Avant de voter pour un élu local, il faut exiger qu’il s’exprime clairement sur le sujet de la pornographie et lui exposer ses convictions.

s33

Conclusion

   L’érotisation répond donc à une recherche du désir, stimulée par la séduction. La société encourage certaines érotisations et lutte contre d’autres (érotisation du viol ou de la violence).
Dans ce processus, souvent la réalité vécue est occultée à la faveur d’une mythomanie généralisée résultant d’un vide abyssal de la personnalité. Ce qui est mis en exergue d’une manière ostentatoire, c’est la plasticité de la personne, au point de la réduire à une marchandise sexuelle. Il est urgent de réfléchir et de réagir à la problématique pour combattre la chosification de l’humain en général et de l’enfant en particulier, première victime de la société mercantile, de la société de consommation et de la recherche aveugle du profit.

 

 

 

http://www.al-wassat.com

 
Category : A propos de l'islam: | Write a comment | Print

Comments