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 la circulation pulmonaire et la dissection anatomique: deux contributions de la médecine arabe

26/11/2013

La dissection humaine à visée anatomique n'était pas plus un objet de recherche dans la société musulmane d'alors que dans le monde chrétien de la même époque ; ceci était de tant à des coutumes et tabous culturels généraux qu'à des structures spécifiquement religieuses. En conséquence, il ne faut pas s'attendre à des découvertes anatomiques fondamentales, il n'y en a effectivement aucune. Néanmoins, deux contributions notables à l'histoire de l'anatomie humaine ont été apportées par des médecins arabes.

La plus remarquable concerne la circulation pulmonaire, décrite par Ibn al-Nafis ; celui-ci s'est en effet servi du seul raisonnement pour montrer de quelle manière devait se produire la circulation pulmonaire, en se servant de ce qu'avait établi Galien. Galien avait soutenu qu'il devait y avoir un passage entre les deux ventricules cardiaques, mais que ce passage n'était pas visible. Ibn al-Nafis discuta le fait qu'on pouvait trouver là un passage entre les deux ventricules, et, en conséquence, pensa que le sang du ventricule droit devait atteindre le ventricule gauche par d'autres moyens, à savoir par la voie des poumons. Ibn al-Nafis donna cette conclusion perspicace dans son commentaire sur l'anatomie du Qanun. Mais ce travail particulier ne fut pas aussi répandu dans la communauté médicale de son temps que son commentaire sur la totalité du Qiinen, ni même que son abrégé de ce dernier livre; l'intuition qu'il eut sur l'existence de la circulation pulmonaire demeura presque inconnue au sein des écrits arabes; il semble que deux auteurs seulement,, aient eu connaissance de cette théorie.

Néanmoins, elle a  probablement exercé une influence sur les théories anatomiques européennes. La seconde découverte résultat d'une observation faite par hasard. L'érudit 'Abd al-Latef al-Baghdadi, aux multiples talents, qui enseignait la médecine à Damas, écrivit une description de l'Egypte comportant ses observations personnelles sur la famine qui y advint en 597/1200. Pendant cette période, il put voir un grand nombre de squelettes, trouvant ainsi une occasion rare de pouvoir les examiner ; il en vint à conclure que Galien avait été inexact dans sa description de la constitution des os de la machoire inférieure et du sacrum. Cette observation demeura inaperçue dans la littérature ultérieure, peut-être en raison de son caractère inattendu dans un livre de géographie descriptive.

L'ETUDE DE L'ANATOMIE DANS LE MONDE ARABE

Dans les deux cas précédemment cités, les médecins ne remirent en question ni les principes de base de la pensée de Galien, ni leur application universelle, bien qu'ils en aient corrigé quelques aspects. Les concepts anatomiques mis en xuvre par les médecins arabes demeurèrent fondamentalement attachés à ceux de Galien, tout comme pour la médecine, en dépit de l'expérience considérable de ces praticiens pour la chirurgie. De nombreux docteurs de la loi musulmane louèrent l'étude de l'anatomie comme moyen pour démontrer le dessein et la sagesse de Dieu. Ainsi attribue-t-on un sentiment de cette sorte au philosophe et médecin Ibn Rushd (mort en 595/1198), connu sous le nom latin d'Averroès, quand il dit : "Quiconque s'occupe de la science de l'anatomie accroit sa foi en Dieu. "

Ce qu'il veut dire par " science de l'anatomie" ('ilm al-tashrih), dans une telle affirmation, n'est pas la dissection approfondie d'un animal en vue de déterminer sa structure, mais plutôt l'élaboration des idées de Galien concernant la structure et la fonction animales. Galien avait présenté le sujet, particulièrement dans son De l'utilité des parties, d'une manière très théologique, en mettant l'accent sur les structures et les fonctions, de même que sur la volonté constante de démontrer le dessein du Créateur. Cette approche de l'anatomie descriptive trouva une audience particulière parmi les philosophes-médecins musulmans. Toutefois, un appel énergique aux médecins pour qu'ils entreprennent des dissections anatomiques se trouve dans un traité écrit pour Saladin par un de ses médecins, Ibn Jumay' al-Isra'ili. Ce traité s'inquiétait de l'état déplorable de la médecine de l'époque et proposait des mesures pour y remédier. Entre autres, Ibn Jumay' requiert les exigences suivantes pour un bon médecin :

"Il doit connaître l'énumération des parties du corps humain une par une et savoir, grâce à la perception [hiss] et à l'observation [mushahada] quelles sont les caractéristiques de chacune d'entre elles, pour leur couleur, leur état normal et ce qui s'y rapporte, pour leur structure, c'est-à-dire leur forme et leur caractère lisse ou rugueux; savoir s'il existe une cavité ou un canal et ce que contient cette cavité ou ce canal; connaître l'importance de la taille et le nombre de chacune des parties qui la constituent, si cela se trouve, la position de la partie, c'est-à-dire sa position dans le corps et l'association ou le rapport éventuels qu'il peut y avoir entre elle et les autres parties des autres membres, sa fonction et la ou les utilités pour lesquelles elle est nécessaire. La recherche de ces choses par la perception ne peut venir que par la dissection anatomique de corps humains [tashrih al-abdan al-bashariyya]. La dissection anatomique de ces cadavres ne se fait pas toujours aisément et commodément à toutes les époques, et elle n'est suffisante pour la connaissance de ces matières que si elle est précédée par une pratique intensive de la dissection anatomique sur d'autres animaux similaires, dont les parties du corps sont pour la plupart semblables à celles de l'homme, le grand singe par exemple, en présence d'enseignants entrainés en la matière, comme l'excellent Galien l'a clairement et brièvement souligné. "

Bien que ceci apparaisse comme un appel explicite à la dissection humaine post mortem, il est cependant difficile d'apprécier s'il représente seulement une simple réécriture des exposés et des recommandations de Galien ou s'il reflète certaines pratiques en Egypte au VIe/XIIe siècle. Tous les ouvrages médicaux comportaient des chapitres relatifs à l'anatomie, et quelques monographies étaient entièrement consacrées à ce sujet. En dehors des illustrations schématiques sur l'xil ou sur le dessin des sutures du crâne, les traités de médecine arabes n'ont aucune illustration anatomique. Il existe toutefois des séries de dessins anatomiques d'une page entière, avec des légendes en perso-arabe, qui illustrent les artères, les veines, les nerfs, les os, les muscles et une femme enceinte. Ces illustrations semblent appartenir aux traditions anatomiques gréco-romaines et sont en relation étroite avec des dessins anatomiques en latin datant du tout début du XIIe siècle.

 

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