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 Manger change-t-il nos émotions ?

10/11/2013

«Dès que j’ai arrêté le gluten, j’ai ressenti une amélioration de mon état général, raconte Sandrine, 39 ans. Plus de maux de ventre ni de maux de tête, moins de fatigue chronique avec, en prime, une vraie sensation de légèreté. » Les nutritionnistes et généralistes observent une augmentation des intolérances au gluten – terme générique qui désigne les protéines que l’on trouve dans le blé, le seigle, l’orge, l’avoine, l’épeautre. Et sur les forums Internet, les nombreux témoignages le désignent comme responsable de « déficits de l’attention, problèmes scolaires, troubles du comportement, dépressions… » Depuis vingt ans, une association suisse, l’École Stelior, soutenue par un collège de scientifiques, accuse le gluten d’aggraver des maladies comme l’autisme ou la schizophrénie. Mais il ne serait pas le seul à être mis en cause : le glutamate, l’aspartame ou encore le lactose, la caséine, les sucres et les colorants pourraient également affecter notre santé psychique.

La littérature scientifique regorge d’études, d’observations, de descriptions concernant les liens directs entre alimentation, fonctionnement du cerveau et comportement. En dépit du grand nombre de données disponibles, très peu sont suivies de recommandations sanitaires. Pourquoi ? « Pour deux raisons, explique le docteur Laurent Chevallier, consultant en nutrition, praticien au CHU de Montpellier, responsable de la commission alimentation du Réseau environnement santé (RES) et auteur de Je maigris sain, je mange bien (Fayard, 2011). La première est que nombre de ces études ne sont pas réalisées dans les règles de l’art. À savoir en double aveugle contre placebo, par exemple – ce qui ne les rend pas recevables par la communauté scientifique et les autorités sanitaires. La seconde est que le cerveau et les fonctions cognitives sont restés une terra incognita jusqu’à une époque très récente. »

Des molécules bienfaisantes

C’est l’avènement de l’imagerie médicale (IRM, scanner) qui a permis de réduire l’abîme entre la connaissance de la structure du cerveau et les fonctions cognitives. Désormais, les chercheurs sont capables d’identifier dans notre alimentation des molécules susceptibles d’influencer les hormones et les neurotransmetteurs, donc notre comportement. Ce qui crédibilise les théories associant nutrition et santé mentale.

 

Aujourd’hui, il est avéré que les oméga-3, les antioxydants, les probiotiques et les polyphénols, les vitamines, les minéraux et les oligoéléments, outre leurs bienfaits sur la santé, ont des répercussions positives sur notre comportement : moins d’agressivité, d’agitation, de sautes d’humeur et de dépression… Pour preuve, l’expérience menée par Bernard Gesch*, chercheur en nutrition et en criminologie à l’université d’Oxford, en Angleterre, qui montre de manière spectaculaire l’impact d’un changement d’alimentation sur le comportement agressif de jeunes prisonniers. Impressionnée par ces résultats, une fondation britannique (Wellcome Trust) a financé une autre étude de très grande envergure sur des jeunes prisonniers réputés violents, en y intégrant des tests comportementaux et cognitifs. Les conclusions seront publiées au printemps prochain. D’après Laurent Chevallier, ces expérimentations pourraient être étendues à d’autres groupes, notamment dans les écoles des quartiers sensibles, dès lors que le « simple fait de modifier l’alimentation de personnes en difficulté semble réduire le taux d’incivilités ». Une suggestion dont la pertinence est déjà éprouvée dans un lycée américain du Wisconsin qui a complètement changé la nature des repas servis aux élèves. Au menu, des protéines naturelles, des céréales complètes, des fruits et légumes, le tout préparé sur place sans colorants, ni conservateurs, ni fritures, ni sodas. Résultat : les jeunes sont moins indisciplinés, plus concentrés, et affichent de meilleurs résultats scolaires.

*« Influence of supplementary vitamins, mineral and essential fatty acids on the antisocial behaviour of young adult prisoners » de Bernard Gesch et al., in The British Journal of Psychiatry, 2002.

 

Des industriels réticents

Si ces changements sont liés aussi à d’autres mesures prises par le lycée, qui encourage l’activité physique et l’implication des parents, l’alimentation apparaît néanmoins comme l’un des principaux facteurs de mieux-être. Aux États-Unis, mais également en Suède et au Danemark, d’autres établissements ont choisi de modifier leurs menus en conséquence.

Entre les premiers constats faisant état de l’influence néfaste des additifs sur le comportement des enfants, par Benjamin Feingold, un pédiatre américain, et les premières recommandations sanitaires (telles que « Peuvent avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention des enfants » sur les étiquettes de paquets de bonbons et autres boissons), il s’est écoulé… trente ans. Il aura fallu une étude publiée dans la très sérieuse revue scientifique britannique The Lancet (« Food additives and hyperactive behaviour in 3 years old and 8-9 years old children in the community : a randomised double-minded, placebo-controlled trial », en 2007, accusant six colorants artificiels et un conservateur dans les bonbons et dans certaines boissons d’augmenter l’hyperactivité infantile, pour mettre le feu aux poudres. Pourquoi tant de temps ? « Les enjeux économiques ne sont pas les mêmes selon les secteurs d’activité, soutient Laurent Chevallier. Plutôt que d’obliger des industriels à revoir la formulation de leurs produits, il est plus simple d’accuser les écrans vidéo, quand ce n’est pas l’éducation laxiste des parents. »

La dépression au menu

Rares sont les psychiatres qui tiennent compte du régime alimentaire de leurs patients dépressifs. Si nous acceptons l’idée qu’un corps mal nourri est davantage sujet aux infections, il nous est plus difficile d’admettre qu’un cerveau dénutri est davantage sensible au stress, aux difficultés du quotidien, qu’il devient moins performant et plus vulnérable à l’anxiété. Pourtant, les études désignent la malbouffe comme facteur de mal-être. La plus significative (« Dietary pattern and depressive symptoms in middle age » de T. Akbaraly, E. Brunner et al., in The British Journal of Psychiatry, 2009) émane de chercheurs qui, pendant cinq ans, ont suivi trois mille quatre cent quatre-vingt-six personnes. Séparées en deux groupes, elles avaient deux régimes alimentaires distincts, les unes à base de produits frits et transformés, les autres une alimentation de type méditerranéenne, riche en légumes, en fruits et en poissons. Le constat est sans appel : une alimentation transformée augmente de 58 % le risque de dépression par rapport à une alimentation normale ; alors que la consommation de légumes, fruits et poissons diminue ce même risque de 26 %. Antioxydants, polyphénols et acides gras polyinsaturés, mais aussi oméga-3 et probiotiques semblent être impliqués dans la dépression. En manquer, c’est augmenter le risque, en avoir suffisamment, c’est le diminuer. Pour Gérard Apfeldorfer, psychiatre et psychothérapeute spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire, il ne faut pas que la mise en évidence des liens entre alimentation et comportement conduise à l’« orthorexie » (l’obsession du manger sain) ou à une vision trop manichéenne de la nourriture. Il est vrai que les aliments riches en interdits (sucres et corps gras) sont souvent ceux qui nous font le plus envie. Ainsi, plus le plaisir est grand, plus la punition sera conséquente : infarctus, cancer, obésité… Auxquels viennent désormais s’ajouter dépression, agressivité, problèmes de concentration… « Notre angoisse fondamentale est sans doute d’être transformé par ce que nous mangeons », analyse le psychiatre. Une peur existentielle que les nouvelles données scientifiques continuent d’alimenter pour le pire, mais aussi, et ne l’oublions pas, pour le meilleur.

Pour ne pas s’empoisonner la vie

Pour préserver sa santé physique et son équilibre mental, il vaut mieux se défaire d’une alimentation trop riche en additifs, sucres et graisses saturées, et changer progressivement de comportement, suggère Thomas Uhl, naturopathe et fondateur du centre de détox et de bien-être La Pensée sauvage.

Le premier réflexe à adopter est de s’assurer de la qualité irréprochable des huiles que nous avalons. En effet, notre masse cérébrale et nerveuse, mais aussi les membranes de nos cellules (en particulier celles de la peau) sont constituées à 70 % de lipides. Prendre une cuillerée à café d’huile de colza bio par jour, complétée (pour le goût !) d’huiles d’olive, de germe de blé, de lin, de noisette, mais aussi consommer du poisson gras au moins deux fois par semaine, limiter les sucreries chimiques bourrées d’additifs et se faire plaisir avec de la confiserie maison ou à l’ancienne… Voilà la meilleure façon de ne pas perdre la raison devant son assiette !

 

http://www.psychologies.com/Nutrition/Equilibre/Alimentation-equilibree/Articles-et-Dossiers/Manger-change-t-il-nos-emotions/4Des-industriels-reticents

 

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