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 Quel est le sens et le statut de " tawassul"?

10/11/2013


Le thème de la wasîlah [1] a suscité récemment de nombreuses divergences, notamment après la publication du livre d'Ibn Taymiyah inititulé Al-Wasîlah. Certains l'ont déclarée licite tandis que d'autres la déclarent illicite. Les deux parties se sont attachées de manière outrancière à leurs opinions respectives, alors que l'outrance mène au sectarisme, cela, si elle n'est pas elle-même le sectarisme. Cette attitude a des conséquences fâcheuses, le déchirement des musulmans dans le meilleur des cas et, au pire, l'excommunication réciproque souvent traduite, sur le terrain concret, par des actes de violence.

Le sectarisme des deux partis les a poussés à amasser de manière excessive les preuves soutenant leurs points de vue respectifs - fussent-elles rapportées selon de faibles chaînes de narration -, à interpréter à outrance les narrations authentiques afin qu'elles correspondent à leur opinion, ne serait-ce que vaguement, et à s'appuyer sur les agissements de certaines grandes personnalités quand bien même cela ne serait pas recevable en matière de législation. Or, cette situation ne peut être approuvée par la religion qui appelle à l'union des rangs, à la modération, à l'exclusion du fanatisme et de l'outrance.

Il est des textes sans équivoque dont l'authenticité est certaine et le sens manifeste, et il est des fondements indiscutables constituant les caractéristiques essentielles de la religion. On doit s'y référer dans tous les différends afin de rapprocher les points de vue et atténuer la virulence du sectarisme. Le Très-Haut dit en effet :« C'est Lui Qui a fait descendre sur toi le Livre : il s'y trouve des versets sans équivoque, qui sont la matrice du Livre, et d'autres versets équivoques. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l'égarement, mettent l'accent sur les versets équivoques cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n'en connaît l'interprétation, à part Allâh. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : "Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur !" Mais, seuls les doués d'intelligence s'en rappellent. » [2]

À l'instar des Khârijites [3], les outranciers qui réprouvent le tawassul se servent de versets révélés au sujet des infidèles et les appliquent à l'individu musulman ayant agréé Allâh comme Seigneur, l'islam comme religion et Muhammad - paix et bénédictions sur lui - comme Messager. Ils jettent ainsi l'anathème sur de nombreux musulmans en s'appuyant sur des textes révélés à propos des mécréants. Al-Bukhârî rapporte que 'Abd Allâh Ibn 'Umar - qu'Allâh l'agrée - disait : « Les pires créatures d'Allâh sont les Khârijites : ils se servent de versets révélés au sujet des infidèles et les appliquent aux musulmans. » 'Abd Allâh Ibn 'Abbâs - qu'Allâh l'agrée - tenait des propos similaires. Les détracteurs du tawassul se servent par exemple de la Parole d'Allâh - Exalté soit-Il - citant les propos des mécréants : « Nous ne les adorons que pour qu'ils nous rapprochent davantage d'Allâh » pour affirmer que celui qui supplie Allâh par l'entremise d'un individu est coupable de polythéisme, alors qu'en réalité le supplicateur n'adore pas l'entremetteur.

De l'autre côté, les outranciers en matière de tawassul exagèrent leur amour pour les hommes de piété, au point de leur donner un rang qu'ils ne méritent pas, en leur attribuant par exemple un pouvoir de gérance de l'univers, bien qu'admettant que tout cela n'a lieu que par la Volonté d'Allâh - Exalté soit-Il ; la croyance en l'élévation de leur rang a ainsi failli leur faire oublier leur Seigneur. Or, le Messager - paix et bénédictions sur lui - mit en garde contre l'excès d'amour à son égard, alors que son amour figure parmi les premiers devoirs du croyant, conformément au hadîth :« Trois choses, quiconque les possède goûtera à la douceur de la foi : le fait qu'Allâh et Son Messager lui soient plus chers que quiconque, le fait qu'il aime autrui pour l'amour d'Allâh uniquement, le fait qu'il déteste de revenir à la dénégation comme il détesterait qu'on le jette dans le feu. » Puis, il dit : « Ne m'encensez pas comme les chrétiens ont encensé le Christ, fils de Marie. Dîtes simplement que je suis le Serviteur et le Messager d'Allâh. »

La ligne médiane à laquelle nous devons tous nous arrêter et sur laquelle nous devons nous retrouver dans l'amour fraternel est la suivante :

Croire en l'Unicité d'Allâh - Exalté soit-Il - sans nul qui Lui soit associé dans Sa Royauté. Il est le Créateur par excellence, le Pourvoyeur par excellence, Celui Qui est capable d'octroyer le bien et d'infliger le mal. Tout lui revient entièrement. Toute chose portant atteinte à cette Unicité est proscrite.

Lui vouer un culte exclusif. Nous ne Lui associons personne dans ce domaine, comme le signifient les versets : « C'est Toi que nous adorons et c'est de Toi que nous implorons le secours » [4] et « Dis : "Je ne détiens pour moi-même ni profit ni dommage, sauf ce qu'Allâh a voulu. Et si je connaissais l'Inconnaissable, j'aurais eu des biens en abondance et aucun mal ne m'aurait touché. Je ne suis, pour les gens qui croient, qu'un avertisseur et un annonciateur". » [5]

Croire qu'Allâh honore qui Il veut parmi Ses Serviteurs. Et parmi ces honneurs, il y a l'acceptation et l'exaucement de leurs invocations : Allâh a ainsi accepté les invocations des Messagers qui lui quémandaient de leur octroyer le bien et de les protéger du mal. Dans ce genre, la sourate 21, Al-Ambiyâ', relate comment Noé pria Allâh pour qu'Il le fasse triompher de ses ennemis et qu'Il le sauve de la noyade avec ceux qui ont cru en lui. La même sourate relate également comment Job pria Allâh pour qu'Il le soulage du mal qui l'avait frappé, comment Jonas pria Allâh pour qu'Il le fasse sortir sain et sauf du ventre de la baleine, ou comment Zacharie pria Allâh pour qu'Il lui donne une descendance. Les sourates 2 et 14,Al-Baqarah et Ibrâhîm, relatent également comment Abraham et Ismaël prièrent Allâh, Lui demandant la sécurité pour les terres sacrées, l'instauration du pèlerinage vers cette destination, et l'envoi d'un Messager de leur descendance dans la nation musulmane.

Une autre forme que prend cet honneur qu'Allâh réserve à une élite parmi ses Serviteurs est l'acceptation, par Sa Permission, de l'intercession en faveur de tiers : « Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa Permission ? » [6] ; « Et ils n'intercèdent qu'en faveur de ceux qu'Il a agréés » [7] ; « L'intercession auprès de Lui ne profite qu'à celui en faveur duquel Il la permet. » [8]

L'honneur peut également consister à ne pas châtier ceux qui le méritent, eu égard à la présence parmi eux de gens aimés d'Allâh, comme dans la Parole du Très-Haut : « Ce n'est pas Allâh qui les ira les châtier, alors que tu es parmi eux. » [9]

Croire qu'Allâh est capable de déroger aux lois courantes et ordinaires dont les hommes sont coutumiers et qui régissent leurs affaires dans ce monde. Lorsque cette rupture de l'ordinaire, l'événement extraordinaire, survient en faveur d'un Prophète, on l'appelle mu'jizah ou miracle, et lorsque cela survient en faveur d'un individu saint et pieux, on l'appelle karâmah ou prodige. Le Coran et la Sunnahrecèlent de nombreux récits de miracles et de prodiges.

Tous ceux entre les mains desquels se produisent des miracles et des prodiges croient qu'Allâh - Exalté soit-Il - en est la cause, et qu'eux-mêmes ne possèdent aucun pouvoir propre dans l'accomplissement de ces événements extraordinaires, si ce n'est par le Pouvoir de Dieu - Exalté soit-Il. Nul d'entre eux ne se les attribue réellement à lui-même, bien que cela puisse se faire de manière métaphorique. Ceci est parfaitement clair dans le propos de Jésus - paix sur lui : « En vérité, je viens vers vous avec un signe de la part de votre Seigneur. Pour vous, je forme de la glaise comme la figure d'un oiseau, puis je souffle dedans ; et, par la Permission d'Allâh, cela devient un oiseau. Et je guéris l'aveugle-né, et le lépreux, et je ressuscite les morts, par la Permission d'Allâh. » [10]

L'adoration d'Allâh doit se faire selon la manière qu'Il a agréée pour se rapprocher de Lui. Toute autre forme est inadmissible. La forme qu'Il a agréée figure dans Son Livre et dans la Tradition de Son Prophète ; il en est une partie claire ne souffrant d'aucune ambiguïté, et une autre ayant nécessité quelques clarifications de la part des Imâms juristes. Il n'est point admissible de s'écarter de ce sur quoi il y a unanimité, ni de ce qui est fondé sur des preuves certaines et univoques. Tout ce qui sort de ce cadre admet une part d'ijtihâd [11]. Par ailleurs, il n'est point permis d'affirmer catégoriquement que celui qui diverge dans ce domaine désobéit à Allâh et à Son Messager : ce point est amplement détaillé dans les ouvrages de fondements de la jurisprudence (usûl al-fiqh).

On doit tenir compte de l'intention lorsqu'on juge tout acte émanant d'un Serviteur, conformément à la sentence du Prophète : « Les actions sont jugées d'après les intentions, et il en sera tenu compte à chaque homme dans la mesure de son intention. » Si nous ignorons l'intention du Serviteur et s'il nous est permis de le juger conformément à ses actes apparents et extérieurs, alors le jugement ne saurait être catégorique ni prêter à des conséquences graves sur sa vie, ses biens, son honneur, ou sa religion. On rapporte de manière authentique que le Prophète - paix et bénédictions sur lui - dit : « Il ne m'a point été commandé de sonder le cœur des gens ni d'ouvrir leurs poitrines. » Seul Allâh - Exalté soit-Il - peut émettre un jugement exact sur le Serviteur car Il est à même de connaître son intention. Mais lorsque le Serviteur exprime son intention et son dessein, alors le jugement que nous portons sur lui est juste, ou approchant la justesse.

La connaissance des styles explicites et implicites dans la langue arabe est utile dans ce domaine. Par exemple, si quelqu'un dit : "C'est la pluie qui fait pousser les plantes", en attribuant littéralement la capacité de faire pousser les plantes à la pluie, sans intervention du Pouvoir et de la Volonté d'Allâh, alors un tel propos relève de l'hérésie. Mais si cette personne croit que les plantes poussent par le Pouvoir d'Allâh et que la pluie n'est qu'une cause à la croissance des plantes, alors nul reproche ne peut lui être adressé et il n'est point permis de jeter l'anathème sur cette personne. Notons à ce titre que l'usage des métaphores et du style implicite est très fréquent chez les Arabes et qu'il existe dans le Noble Coran et dans la Tradition prophétique.

Si nous constatons une erreur au niveau du culte, que celle-ci porte sur une parole ou sur un acte, nous devons attirer l'attention de celui qui la commet, car cela relève d'un devoir dont Allâh nous a demandés de nous acquitter, à savoir : enjoindre le bien et réprouver le mal. Celui qui sait qu'il s'agit d'une erreur doit mettre en garde contre elle. Le Très-Haut dit à cet effet : « Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, enjoignant le convenable, et réprouvant le blâmable. Car ce seront eux qui réussiront. » [12] La mise en garde doit se faire selon la manière indiquée par Allâh - Exalté soit-Il - à Son Prophète - paix et bénédictions sur lui : « Par la sagesse et la bonne exhortation appelle les gens au Sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. » [13] Si l'on est face à une personne ignorant le statut juridique de son acte, elle a besoin d'être instruite ; l'instruction doit être empreinte de sagesse et prodiguée d'une manière appropriée. Si l'on est en présence d'une personne connaissant le statut de son acte mais faisant preuve de négligence dans la mise en pratique, alors une exhortation fondée sur l'incitation au bien et la dissuasion du mal lui convient davantage, moyennant un discours poli et proportionné en fonction de l'importance de la question et de l'état de celui qui reçoit le conseil. Si l'on a en face de soi une personne inflexible, ne manquant pas de connaissance, à qui l'exhortation ne profite pas, et usant de débat et de polémique, alors le débat avec elle doit se faire de la meilleure façon, et l'on doit choisir pour cela le meilleur style de dialogue, car les deux partis ont un statut égal et le gagnant est celui qui propose le meilleur discours et observe la meilleure attitude.

L'un des facteurs importants favorisant le rapprochement des points de vue, et la réunion des penseurs autour d'une parole juste, consiste à bien définir les concepts et le sens des termes. C'est pourquoi nous commencerons par expliciter le sens de la wasîlah et du tawassul et ce qu'on entend par ces termes, puis nous mentionnerons leur statut juridique conformément au sens énoncé.
La signification de la wasîlah et du tawassul

On peut lire dans Mukhtâr As-Sihâh [14] que le terme wasîlah désigne le moyen par lequel on se rapproche d'autrui ; il admet comme pluriel wasîl et wasâ'il. Letawassul est un singulier ; on dit d'un indididu « wassala fulânun ilâ rabbihî wasîlah » ou « tawassala ilayhi bi-wasîlah », signifiant qu'il se rapproche d'Allâh à travers une œuvre pie.

On peut lire également dans Al-Qâmûs Al-Muhît [15] que le terme wasîlah désigne un rang auprès du roi. On dit d'un individu « tawassala ilallâhi ta'âlâ » lorsqu'il accomplit une œuvre pie afin de se rapprocher d'Allâh.

Le terme wasîlah figure dans le Coran à deux endroits. Le premier est celui du verset : « Ô les croyants ! Craignez Allâh, cherchez le moyen de vous rapprocher (al-wasîlah) de Lui » [16]. Le second, celui du verset : « Ceux qu'ils invoquent cherchent eux-mêmes, à qui mieux, le moyen de se rapprocher (al-wasîlah) le plus de leur Seigneur. » [17] Le terme figure également dans la Sunnah, dans cette parole du Prophète - paix et bénédictions sur lui : « Si vous entendez le muezzin, répétez ce qu'il dit, puis priez pour moi car quiconque prie pour moi, Allâh priera pour lui dix fois. Ensuite, demandez à Allâh de m'accorder la wasîlah, qui est un rang au Paradis auquel un unique Serviteur d'Allâh accèdera. Et j'espère que ce sera moi - car celui qui demandera pour moi la wasîlah aura mérité mon intercession. »

Pour ce qui est de son sens dans le hadîth, cela est évident puisque le Prophète l'a clarifié. Mais dans les deux versets, la signification de ce terme varie entre deux acceptions. La première est qu'il s'agit de l'œuvre pie grâce à laquelle l'individu atteint son objectif, le meilleur objectif aux yeux du croyant étant l'Agrément d'Allâh - Exalté soit-Il. La seconde est qu'il du statut ou du rang que l'on atteint grâce à l'œuvre pie.

Al-Qurtubî commente le premier verset en disant : "La wasîlah est un terme construit selon le schème fa'îlah et dérivé de « tawassaltu ilayh », c'est-à-dire « je me suis rapproché de lui ». 'Antarah [18] dit :
Innar-rijâla lahum ilayki wasîlatun ay-ya'khudhûki takahhalî wa-takhaddabî

Traduction :

Les hommes cherchent le moyen de se rapprocher de toi pour t'emmener, mets-toi donc du khôl et fais-toi belle.

Ainsi la wasîlah désigne-t-elle l'œuvre pie, comme l'affirmèrent Al-Hasan, Mujâhid, Qatâdah, 'Atâ', As-Suddî et d'autres." Al-Qurtubî commente le second verset en disant que dans ce verset, "on demande la proximité d'Allâh et on L'impore pour obtenir le paradis qui n'est autre que la wasîlah. Ainsi, la wasîlah désigne la fin visée par l'œuvre pie".

Dans An-Nihâyah, après voir cité le hadîth précédent, Ibn Al-Athîr mentionne ces trois significations : « La wasîlah, au sens premier du terme, désigne le moyen permettant de parvenir à une chose ou de se rapprocher d'elle. Dans le hadîth, il signifie la proximité d'Allâh - Exalté soit-Il. On dit également qu'il s'agit de l'intercession le jour de la résurrection, ou encore l'un des rangs du paradis, comme dans le hadîth. »

Ainsi voit-on que la wasîlah peut désigner la voie menant à une fin, ou la fin elle-même, sans spécification de cette dernière, ou dans un sens spécifique qui est celui d'un rang dans le paradis. Il n'y a acune divergence entre les musulmans sur cette désignation. La divergence concerne le premier sens, lorsqu'il s'agit de désigner la voie ou la manière par laquelle l'individu atteint l'Agrément d'Allâh - Exalté soit-Il. Quoiqu'il en soit, nul doute que cette voie se fonde, dans l'ensemble, sur deux choses : premièrement, la foi ; deuxièmement, la piété ou les œuvres pies. Le Très-Haut dit en effet : « Ceux qui croient et font de bonnes œuvres auront pour résidence les Jardins du Paradis » [19] ; « Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons certes, en fonction des meilleures de leurs actions. » [20] La divergence tourne autour de certains termes ou de certaines phrases concernant la foi et la piété, dont voici les plus importants.

Le tawassul à Allâh par l'entremise du Prophète et des Prophètes en général

Il ne fait aucun doute que le Messager d'Allâh - paix et bénédictions sur lui - est la voie qui nous conduit vers Allâh, dans la mesure où il est notre maître et notre guide ; l'obéissance et l'amour qui lui sont dus sont fondés sur l'amour que ressent le Serviteur envers Allâh : « Dis : "Si vous aimez vraiment Allâh, alors suivez-moi, Allâh vous aimera et vous pardonnera vos péchés. » [21] ;« Quiconque obéit au Messager aura obéi à Allâh » [22]. De même, les invocations du Prophète en notre faveur font partie des moyens qui nous rapprochent d'Allâh, tout comme son intercession globale le Jour de la Résurrection, ou son intercession particulière en faveur de certains membres de sa communauté, ceux qui demandent que la wasîlah lui soit accordée à l'issue de l'appel à la prière, comme cela est mentionné dans le hadith précédent rapporté par Muslim. Aucun musulman ne diverge à ce sujet.

La divergence naît à propos de la parole de certaines personnes : « Ô Allâh, je T'implore par l'entremise de Ton Prophète de me pardonner » ou « Je demande son intercession en ma faveur auprès de Toi ». De telles paroles admettent deux interprétations.

Premièrement, l'invocation par l'entremise du Prophète - paix et bénédictions sur lui - afin qu'il fasse des invocations en faveur du demandeur. Nul ne doute que cela est licite notamment de son vivant. Les Compagnons lui demandaient en effet de faire des invocations en leur faveur, ce qu'il faisait et était exaucé. Al-Bukhârî rapporta selon Anas qu'un homme vint voir le Prophète - paix et bénédictions sur lui - pendant qu'il prononçait le sermon du vendredi du haut de sa chaire et lui dit : « Ô Messager d'Allâh ! Les biens ont péri et les enfants ont faim. Invoque donc Allâh en notre faveur. » Sur ce, le Prophète fit des invocations suite auxquelles il plut pendant une semaine. Le bédouin lui dit alors : « Les constructions se sont écroulées et les biens se sont noyés. Invoque donc Allâh en notre faveur. » Le Prophète fit alors l'invocation : « Ô Allâh, que la pluie soit autour de nous et non sur nous. », ce sur quoi les nuages s'éloignèrent. Al-Bukhârî rapporta, toujours selon Anas, que 'Umar Ibn Al-Khattâb avait pour habitude, lorsque la sécheresse s'installait, de demander la pluie par l'entremise d'Al-'Abbâs disant : « Ô Allâh, nous avions pour habitude, lorsque nous étions frappés de sécheresse, de T'invoquer par l'entremise de notre Prophète et Tu étanchais notre soif. Maintenant nous T'invoquons par l'entremise de l'oncle de notre Prophète, étanche donc notre soif. », et c'était chose faite. Al-'Abbâs faisait des invocations, tandis que les autres disaient "âmîn", suite à quoi il pleuvait.

Deuxièmement, l'invocation par l'entremise de la personne du Prophète - paix et bénédictions sur lui - c'est-à-dire que le demandeur s'adresse à son Seigneur L'implorant de l'exaucer par générosité envers le Prophète et en vertu du rang dont celui-ci jouit auprès de Lui. En cela, le Prophète est semblable aux autres prophètes. Le demandeur dirait : « Ô Allâh ! Je T'implore par Ton Prophète, ou par le rang de Ton Prophète, de me pardonner. » Cette phrase admet deux interprétations.

Cela correspond à un serment dont la préposition est la lettre bâ' comme lorsqu'on dit « billâhi an tajlis » ("Je t'adjure par Allâh de t'asseoir"). Or, la majorité interdit que l'on prête serment par autre qu'Allâh. Le Prophète - paix et bénédictions sur lui - dit en effet : « Que celui qui jure le fasse par Allâh ou qu'il se taise. » Ahmad Ibn Hanbal, quant à lui, permit dans l'une des narrations qui lui sont attribuées, de jurer par les Prophètes.

Cela ne correspond pas à un serment, le bâ' dénote alors d'une causalité, le sens de la phrase étant « Ô Allâh, je Te demande à cause de Ton Prophète d'être généreux envers moi. » Si cela signifie : « à cause de ma foi, mon amour et mon obéissance à Ton Prophète », alors cela est irréprochable car il s'agit d'un tawassul moyennant l'œuvre pie du demandeur, et qui est de nature à le rapprocher d'Allâh. Mais si l'on entend par cela : « à cause de sa personne ou à cause du rang dont il jouit auprès d'Allâh », c'est justement sur cela que les divergences firent rage entre les savants.

Certains rejettèrent cette pratique arguant que le rang en lui-même ne donne pas le droit à l'intercession. En tête de ce groupe figure Ibn Taymiyah qui dédia une épître à ce sujet où il tenta de récuser les narrations des compagnons qui appuient sa licéité, soit en mettant en doute l'authenticité de leur chaîne de narrateurs, soit en attribuant cela aux compagnons seulement, soit en l'attribuant à des gens dont les actes et la parole n'ont pas valeur d'argument, soit en ayant recours à l'interprétation, c'est-à-dire en ramenant les récits authentiques à un tawassul par les invocations du Prophète ou par les invocations de quelqu'un d'autre, concernant par exemple la demande de pluie faite par 'Umar par l'entremise des invocations d'Al-'Abbâs, ou encore dans le hadîth de l'aveugle, comme nous le verrons plus loin, ou concernant le tawassulfait par les hommes, le jour de la résurrection, par l'entremise des prophètes, afin qu'ils intercèdent en leur faveur auprès d'Allâh c'est-à-dire qu'ils invoquent Allâh en leur faveur, et que le Prophète - paix et bénédictions sur lui - invoquera son Seigneur après avoir relevé sa tête d'une prosternation sous le Trône ; son Seigneur lui dira alors : « Lève la tête et demande, tu seras exaucé. Intercède, ton intercession sera agréée. » Il dira alors : « Ma communauté, Seigneur ! »

D'autres jugèrent cette pratique correcte, dont Al-'Izz Ibn 'Abd As-Salâm qui déclara dans ses Fatâwâ : « Il n'est pas permis de faire le tawassul auprès d'Allâh par l'entremise de l'une de ses créatures, excepté le Messager - paix et bénédictions sur lui - sous réserve que le hadîth de l'aveugle soit authentique. » Ces savants s'appuyèrent sur les narrations relatives à ce sujet dont :

Les Gens du Livre parmi les Banû Quraydhah et Banû An-Nadîr faisaient des invocations par l'entremise du Prophète - paix et bénédictions sur lui - avant sa venue afin qu'Allâh leur donne la victoire sur leurs ennemis. Le Très-Haut dit au sujet des juifs : « Et quand leur vint d'Allah un Livre confirmant celui qu'ils avaient déjà, - alors qu'auparavant ils cherchaient la suprématie sur les mécréants (grâce à l'appui du dernier Messager) » [23] Ainsi lorsqu'ils combattaient les païens, priaient-ils : « Seigneur, fais-nous triompher grâce au prophète que tu enverras à la fin des temps », et Allâh leur accordait la victoire.

D'après 'Uthmân Ibn Hunayf, « un homme aveugle demanda au Prophète - paix et bénédictions sur lui - de prier Allâh de le guérir . Il lui ordonna alors de faire ses ablutions et de bien les soigner, puis d'invoquer disant : "Ô Allâh, je Te demande et je m'adresse à Toi, par l'entremise de Ton Prophète Mohammad, le Prophète de la Miséricorde ; ô Messager d'Allâh, je me suis adressé par ton entremise à mon Seigneur afin que mon besoin soit comblé. Ô Allâh, fais-le intercéder en ma faveur." » Dans une variante :« si tu as un besoin différent, précise le de la même façon. » 'Uthmân dit : « Par Allâh, notre assemblée ne s'était point dispersée avant que cet homme ne revienne en pleine possession de sa vue, comme s'il n'avait jamais été souffrant. »

On rapporta également que 'Uthmân Ibn Hunayf recommanda à un homme de dire cette prière, si bien que 'Uthmân Ibn 'Affân s'occupa de son besoin. [24] Les opposants à cet avis objectèrent que la guérison n'est pas due à cette invocation, elle serait plutôt due au tawassul moyennant l'invocation du Prophète et son intercession, et que si d'autres aveugles usaient du même tawassul moyennant les invocations du Prophète - paix et bénédictions sur lui - en implorant par son entremise, cela ne changerait rien à leur condition. On répondit à cette objection que rien ne s'oppose à ce que la guérison soit due à l'invocation de l'aveugle à son Seigneur moyennant l'intercession du Prophète. C'est la raison pour laquelle il dit :« Ô Allâh, fais-le intercéder en ma faveur ». L'aveugle était sincère et recueilli dans son invocation tant et si bien qu'Allâh l'exauça. Si d'autres personnes étaient sincères et recueillies dans leurs invocations, rien ne s'opposerait à l'exaucement. Et puisque la question admet des possibilités, l'interdiction ne s'impose en aucune façon.

Le Prophète - paix et bénédictions sur lui - enseigna à Abû Bakr - qu'Allâh l'agrée - de dire : « Ô Allâh, je Te demande par Mohammad Ton Prophète et par Abraham Ton Ami... » On objecta à cela que ce hadîth n'est pas authentique.

Le tawassul à Allâh par le droit du Prophète et des prophètes en général

Certains savants assimilèrent cette pratique au tawassul par la personne du Prophète ou des prophètes en général, ou par le rang dont ils jouissent auprès d'Allâh, auquel cas les propos tenus précédemment restent d'actualité.

Un groupe de savants, comme Ibn Taymiyah et ses disciples, condamnèrent cette pratique, et avant eux Abû Hanîfah et ses compagnons qui sont d'avis que :on ne Le prie pas par une créature. On s'interdit alors de dire : « Je Te demande par le droit des Tes prophètes ». Al-Qaddûrî dit dans Sharh Al-Karkhî dans le chapitre des choses détestables (al-karâhah) : « Il ne convient point d'invoquer Allâh sauf par Lui et je déteste qu'on dise : "par le siège de la Puissance dans Ton Trône" ou "par le droit de Ta création" » Or ceci est la parole d'Abû Yûsuf, lequel dit : « "Le siège de la Puissance dans Ton Trône" correspond à Allâh ; je ne déteste point cette formulation. Je déteste plutôt qu'on dise : "par le droit d'untel" ou "par le droit de Tes prophètes et envoyés" ou "par le droit de la Maison Sacrée ou du Sanctuaire". » Al-Qaddûrî dit qu'il n'est pas permis de L'implorer par Ses créatures, car la créature n'a aucun droit sur le Créateur, cela n'est donc pas permis en définitive.

Ibn Taymiyah commenta cela dans son épître disant en substance : l'opinion d'Abû Hanîfah et ses compagnons, selon laquelle il n'est pas permis d'invoquer Allâh moyennant l'une de Ses créatures, admet deux interprétations : Premièrement, qu'il est interdit d'adjurer une créature par une autre créature, et a fortiori d'adjurer le Créateur par une créature, sachant qu'il est illicite selon la majorité de prêter serment sur les créatures - ceci correspond à l'opinion d'AbûHanîfah, l'une des deux opinions d'Ash-Shâfi'î et Ahmad et fait l'unanimité des compagnons d'après certains rapports. Deuxièmement, cela est détestable (makrûh karâhat tanzîh). La première opinion est la plus juste car jurer par autre qu'Allâh relève de l'associationnisme.

Pour ce qui est de jurer par les Prophètes, on rapporta deux opinions d'après Ahmad, que le serment ainsi formulé ne tient pas, ce qui correspond à l'opinion de la majorité, à savoir Mâlik, Abû Hanîfah et Ash-Shâfi'î ; la seconde étant que le serment tient, opinion retenue par nombre de ses compagnons dont Al-Qâdî et ses disciples.

À ceux qui affirmèrent que l'Imâm Mâlik autorisa le tawassul moyennant les Prophètes, c'est-à-dire invoquer Allâh par leur entremise, Ibn Taymiyah répondit que la réponse de Mâlik à Abû Ja'far Al-Mansûr - qui lui avait demandé : "Est-ce que je m'oriente vers la qiblah en formulant mes invocations ou bien vers le Messager d'Allâh ?" - : "Pourquoi détournerais-tu ta face de lui, alors qu'il est ta voie (wasîlah) et la voie de ton père Adam - paix sur lui - vers Allâh le jour de la résurrection ? Au contraire, oriente-toi vers lui et demande son intercession afin qu'Allâh agrée ta requête d'intercession. Le Très-Haut dit : « Si, lorsqu'ils ont fait du tort à leurs propres personnes ils venaient à toi en implorant le pardon d'Allah et si le Messager demandait le pardon pour eux, ils trouveraient, certes, Allah, Très Accueillant au repentir, Miséricordieux. » [25]" présente une chaîne de transmission interrompue. Ibn Taymiyah détailla les points de faiblesse de cette narration arguant que lorsque Mâlik et d'autres disaient de s'orienter vers le Messager, cela revenait à s'orienter vers la qiblah pendant les invocations.

Or, cette narration fut citée dans Shawâhid Al-Haqq fil-Istighâthah bi-Sayyid Al-Khalq (Les preuves véridiques quant à l'appel au secours du Seigneur des Hommes) d'An-Nabahânî. Al-Qâdî 'Iyâd la cita dans Ash-Shifâ' (La Guérison) selon une chaîne de transmission authentique, dont les maillons sont fiables (thiqât), et exempte de tout fabricateur ou menteur. De même, Ibn Hajar dit dansAl-Jawhar Al-Munadhdham (Les Joyaux Ordonnés) : « Cela fut transmis de l'Imâm Mâlik selon une chaîne de transmission authentique ne souffrant d'aucune faille. » Az-Zurqânî dit dans Sharh Al-Mawâhib Al-Laduniyyah (Commentaire des Dons Divins) : « Cela fut rapporté par Ibn Fihr selon une bonne chaîne de transmission. » Elle fut également rapportée par As-Subkî dans Shifâ' As-Siqâm fî Ziyârat Khayr Al-Anâm (La Guérison des Maux dans la Visite du Meilleur Homme) et par As-Samhûdî dans Khulâsat Al-Wafâ (Synthèse de la Loyauté). An-Nabahânî expliqua tout cela dans son livre Shawâhid Al-Haqq, page 187. Cette narration fut également rapportée dans Al-Mughnî d'Ibn Qudâmâ, volume 3, page 590.

Un autre groupe de savants ne condamnent pas le tawassul par le droit du Prophète ou celui des Prophètes, puisqu'ils ont un droit sur Allâh, tout comme les autres gens ont des droits sur Allâh - Gloire à Lui. Le Très-Haut dit : « et c'était Notre devoir de secourir les croyants » [26] et Il dit : « Votre Seigneur S'est prescrit à Lui-même la miséricorde. Et quiconque d'entre vous a fait un mal par ignorance, et ensuite s'est repenti et s'est réformé... Il est, alors, Pardonneur et Miséricordieux » [27]. De même, dans le hadîth figurant dans les deux Sahîh, le Prophète - paix et bénédictions sur lui - dit : « Ô Mu'âdh, connais-tu le droit d'Allâh sur Ses serviteurs ? » Il répondit : « Allâh et Son Messager le savent mieux. » Le Prophète poursuivit : « Son droit sur eux consiste à ce qu'ils L'adorent sans rien Lui associer. Et sais-tu quels sont les droits des serviteurs sur Allâh s'ils font cela ? Leur droit consiste à ce qu'Il ne les tourmente point ! »

Ce droit englobe tous les serviteurs, y compris les Prophètes et les Messagers. Il est comparable à leur prestige ou à leur rang, et l'on peut faire le tawassul par ce biais. Parmi les arguments qui appuient cette opinion, il y a ce qui suit :

Anas - qu'Allâh l'agrée - rapporta : « Lorque mourut Fâtimah Bint Asad - qu'Allâh les agrée tous deux -, la femme qui avait élevé le Prophète - paix et bénédictions sur lui - et la mère de 'Alî Ibn Abî Tâlib - qu'Allâh l'agrée -, le Messager se rendit à son chevet et dit : "Qu'Allâh te fasse miséricorde, toi qui fut ma mère après ma mère." » Puis il rapporta les éloges qu'il fit à son sujet et le fait qu'il la fit envelopper dans sa cape et ordonna que sa tombe soit creusée. Puis lorsqu'ils atteignirent la terre ferme, le Prophète la creusa et s'y assit disant : « Allâh Qui donne la vie et fait mourir, et Qui est Vivant et ne meurt point, pardonne à ma mère Fâtimah Bint Asad et élargit son entrée, par le droit de Ton Prophète et celui des Prophètes qui m'ont précédé, Tu es certes le plus Miséricordieux des miséricordieux. » Ce hadîth fut rapporté par At-Tabarânî dans Al-Kabîr et dans Al-Awsat et par Ibn Hibbân et Al-Hâkim ; ils le déclarèrent authentique.

Al-Bayhaqî rapporta, selon une chaîne de transmission authentique, dansDalâ'il An-Nubuwwah (Les preuves de la prophétie) - ouvrage dont Al-Hâfidh Adh-Dhahâbî dit : « Prends le pour référence car il ne contient que guidance et lumière » - que : D'après 'Omar Ibn Al-Khattâb - qu'Allâh l'agrée -, le Messager d'Allâh - paix et bénédictions sur lui - dit : « Lorsque Adam commit le péché, il dit : "Ô Allâh, je Te prie par le droit de Mohammad de me pardonner." Allâh - Exalté soit-Il - lui dit : "Ô Adam, comment connais-tu Mohammad alors que Je ne l'ai point encore créé ?" Il dit : "Seigneur, lorsque Tu m'as créé, j'ai levé la tête et j'ai vu inscrit sur les piliers de Ton Trône la mention "Il n'y a de divinité qu'Allâh, Mohammad est le Messager d'Allâh" Alors j'ai su que Tu n'as accolé à Ton Nom que la créature que Tu aimes le plus." Allâh - Exalté soit-Il - dit : "Tu as dit vrai ô Adam, il est la créature que J'aime le plus, et puisque tu t'es adressé à Moi par son droit, Je te pardonne ; si ce n'était pour lui, Je ne t'aurais point créé." »
. Ce hadîth fut également rapporté par Al-
H
âkim qui le déclara authentique et par A
t
-
T
abarânî qui y ajouta :
« et il sera le dernier Prophète parmi tes descendants. »
. Tantôt l'attribution de ce hadîth remonte au Prophète et tantôt elle s'arrête au niveau de 'Omar. Les objecteurs répondirent que l'authentification de ce hadîth fait partie des choses que l'on reprocha à Al-
H
âkim.

Ibn Mâjah rapporta selon une chaîne de transmission authentique, d'après Abû Sa'îd Al-Khudrî - qu'Allâh l'agrée -, que le Messager d'Allâh - paix et bénédictions sur lui - dit : « Celui qui sort de chez lui pour se rendre à la prière et dit : "Ô Allâh, je T'implore par le droit de ceux qui T'implorent, par le droit de ma marche vers Toi, car je ne suis point sorti par arrogance, ni par hypocrisie, ni par m'as-tu vu, mais pour me prémunir contre Ta colère et pour obtenir Ton agrément ; je T'implore de me préserver du Feu et de me pardonner mes péchés car nul ne pardonne les péchés sinon Toi", Allâh tournera Sa Face vers lui et soixante-dix mille anges imploreront le pardon en sa faveur. », hadîth cité par As-Suyûtî dans Al-Jâmi' Al-Kabîr Le commentateur du livre Al-Wasîlahd'Ibn Taymiyah dit que la chaîne de transmission de ce hadîth est faible.

Il existe d'autres hadîths comme « Si vous implorez Allâh, implorez Le par mon prestige car mon prestige est grand auprès de Lui » Ibn Taymiyah qualifia cette narration de mensongère. Quant au hadîth de la prière de la préservation comprenant « Je T'implore par le droit de Ton Prophète... », il le désavoua. Par ailleurs, le hadîth des quatre hommes qui implorèrent auprès de la ka'bah, rapporté par Ibn Abî Ad-Dunyâ dans Mujâb Ad-Da'wâ (Les prières exaucées), Ibn Taymiyah le qualifia de mensonge.

Les objecteurs au tawassul par le droit du Prophète et celui des prophètes disent : « Il est vrai que le droit des prophètes sur Allâh ne fait aucun doute, mais il signifie l'élévation du rang et l'acceptation des intercessions et des invocations par Sa volonté, comme dans la Parole du Très-Haut : « Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? » [28] Mais affirmer que ce droit en soi implique l'exaucement des prières de quiconque en use pour implorer Allâh, cela reste discutable. » À cela on peut répondre que cette interprétation du droit des Prophètes est arbitraire et ne s'appuie sur aucune preuve. Qu'est-ce qui s'oppose à ce que leur personne ou leur présence soient un moyen de réaliser le bien comme dans la Parole du Très-Haut : « Allâh n'est point tel qu'Il les châtierait, alors que tu es parmi eux. », tout comme la présence d'Al-'Abbâs en soi lors de la demande de la pluie eut pour effet d'obtenir la miséricorde d'Allâh en faveur de Ses serviteurs, car le rang de 'Omar n'est pas moins élévé que celui d'Al-'Abbâs pour ce qui est de l'exaucement des invocations, si letawassul par son entremise signifiait uniquement le tawassul par ses invocations.

Le tawassul par les hommes, hormis les prophètes

Si le tawassul auprès d'Allâh moyennant les hommes pieux consiste à leur demander de prier pour soi, alors rien ne s'y oppose. Le Prophète - paix et bénédictions sur lui - a en effet demandé à 'Omar - qu'Allâh l'agrée - de ne pas l'oublier dans ses invocations lorsque ce dernier lui demanda l'autorisation d'accomplir la 'Umrah. De même, il demanda à Uways Al-Qaranî de demander le pardon pour lui, tout comme il ordonna à sa communauté de prier pour qu'il obtienne le rang de la wasîlah à l'issue de l'appel à la prière, comme nous l'avons mentionné précédemment dans le hadith rapporté par Muslim.

Lorsque le tawassul se fait par le biais de leurs personnes ou de leur prestige, si cela est une forme de serment alors cela n'est pas permis, car les serviteurs ne sont pas autorisés à prêter serment par autre qu'Allâh - avec un point de divergence mentionné précédemment concernant les prophètes. S'il ne s'agit pas d'un serment, alors les deux avis concernant les Prophètes s'appliquent à cette question. Certains établirent cette pratique et l'appuyèrent par le tawassul effectué par 'Omar par l'entremise d'Al-'Abbâs pour obtenir la pluie, et aussi par letawassul de Mu'âwiyah et ses compagnons par Yazîd Ibn Al-Aswad Al-Jarshî, mais aussi par le hadîth susmentionné à propos de la sortie à la mosquée « Ô Allâh, je T'implore par le droit de ceux qui T'implorent... » et le fait qu'il n'existe aucun texte interdisant cette forme de tawassul. D'autres désavouèrent letawassul moyennant les personnes, tantôt en critiquant la chaîne de transmission des textes qui fondent cette pratique, et tantôt en interprétant leur sens comme étant un tawassul moyennant leurs invocations, arguant que certains serviteurs jouissent d'un tel rang auprès d'Allâh que leurs invocations sont exaucées. On rapporta dans les deux Sahîh que le Prophète - paix et bénédictions sur lui - dit :« Il est parmi les serviteurs d'Allâh certains qui s'ils L'adjurent Il les exauce ». Dans le Sahîh de Muslim, cela concerne Uways Al-Qaranî. Il y a aussi parmi ces gens Al-Barrâ' Ibn Mâlik lorsque le combat atteignit son summum entre les musulmans et les mécréants. On lui dit : « Ô Barrâ', adjure ton Seigneur ! » Il dit alors : « Seigneur ! Je T'adjure de les soumettre à nous et de faire de moi le premier martyr ! » Allâh l'exauça : l'ennemi fut défait et Al-Barrâ' tomba en martyr.

Le tawassul par les morts

Le tawassul mentionné ci-dessus concerne les hommes de leur vivant. En ce qui concerne les morts, on distingue deux catégories : ceux qui sont vivants dans leur tombe, et ceux qui ne le sont pas.

Parmi ceux qui sont vivants dans leur tombe, il y a les prophètes - comme nous le verrons ultérieurement. Le tawassul par leur biais a le même statut que letawassul par leur biais avant leur enterrement.

Certains l'autorisèrent sur la base du récit rapporté par Al-Bayhaqî dans Dalâ'il An-Nubuwwah : « Une sécheresse frappa les musulmans sous le califat de 'Omar. Un homme se rendit alors auprès de la tombe du Prophète - paix et bénédictions sur lui - et dit : "Ô Messager d'Allâh ! Demande à Allâh d'étancher la soif de ta communauté, car les gens ont péri !" Il vit alors le Messager en rêve lui disant : "Rends toi auprès de 'Omar, transmets lui le salâm, et dis lui qu'ils seront abreuvés et dis lui de s'appliquer." L'homme alla voir 'Omar et lui transmis le message, ce sur quoi 'Omar pleura et dit : "Seigneur ! Je ne suis point négligent, sauf quand cela est au-dessus de mes forces." »

Certains s'y opposèrent, dont Ibn Taymiyah qui dit : Si cela était autorisé, 'Omar n'aurait point eu recours à Al-'Abbâs, il pouvait en effet faire le tawassul par l'entremise du Prophète après sa mort. À cela on répondit que 'Omar procéda de la sorte pour montrer qu'il est permis de prier pour obtenir la pluie moyennant une autre personne que le Prophète - paix et bénédictions sur lui - car certains pourraient croire qu'il n'est pas permis de le faire moyennant une autre personne que le Prophète - paix et bénédictions sur lui. Si 'Omar avait demandé la pluie par l'entremise du Prophète, certains auraient compris qu'il n'est point licite de demander la pluie par l'entremise d'un autre individu que lui. Sans compter que la personne moyennant laquelle on demande la pluie doit être au même endroit que les gens. Or, ils étaient rassemblés loin de la mosquée prophétique.

En ce qui concerne les gens qui ne sont pas vivants dans leur tombe, cela n'a pas de sens de leur demander de prier pour soi. Le tawassul moyennant leur personne et leur prestige a le même statut que le tawassul moyennant la personne et le prestige des prophètes, et Allâh connaît mieux les honneurs qu'Il leur réserve et Il est le seul à pouvoir les juger, quant à nous, nous ne pouvons que les juger de leur vivant sur leurs œuvres apparentes.

Si le tawassul est fait par le biais de l'amour qu'on leur porte et l'imitation de leur noble comportement, cela revient à ce que l'individu fasse le tawassul moyennant ses œuvres pies, chose dont la légitimité n'est point contestée, à l'instar des réfugiés de la grotte qui se retrouvèrent enfermés par un rocher, ils prièrent Allâh moyennant leurs œuvres pies et furent ainsi libérés.

Enfin, on interrogea Sheikh Mohammad Ibn 'Abd Al-Wahhâb sur le verdict (de son groupe) au sujet de l'istisqâ' (la demande de la pluie), à savoir qu'il n'y a pas de mal à faire le tawassul moyennant les gens pieux, et concernant la parole d'Ahmad limitant le tawassul à la personne du Prophète - paix et bénédictions sur lui - uniquement, compte tenu de leur opinion interdisant d'appeler au secours toute créature, il répondit : « La différence est très claire et cela n'a rien à voir avec notre situation actuelle. Le fait que certains autorisent le tawassul par les gens pieux, alors que d'autres limitent cela au Prophète - paix et bénédictions sur lui - et que la plupart des savants l'interdisent et le détestent, il s'agit là d'une question de fiqh. Bien que nous considérions que la majorité a raison de détester cela, nous ne blâmons pas celui qui agit ainsi car le blâme n'a pas sa place dans les questions d'ijtihâd. Nos blâmes s'adressent à celui qui invoque la créature avec plus d'insistance qu'il n'invoque Allâh - Exalté soit-Il - et qui se rend auprès d'une tombe et fait des supplications auprès du tombeau du Sheikh 'Abd Al-Qâdir ou d'autres implorant la levée des difficultés et le secours des désespérés et la réalisation des vœux. Cela n'a rien à voir avec celui qui invoque Allâh, lui vouant un culte sincère, et n'invoque personne avec Allâh et dit : "Ô Allâh je T'implore par Ton Prophète, ou par Tes prophètes, ou par Tes serviteurs pieux", ou qu'il se rende auprès d'une tombe connue ou auprès d'une autre tombe et formule des invocations à sa proximité, en n'y invoquant qu'Allâh tout en lui vouant un culte sincère. Cela n'a rien à voir avec ce que nous vivons aujourd'hui. » Cet extrait provient des Fatâwâ de Sheikh Mohammad Ibn 'Abd Al-Wahhâb, dans la collection des Mu'allafât, 3ème partie, page 68, publiée par l'Université Islamique de l'Imâm Mohammad Ibn Su'ûd, pendant la semaine du Sheikh Mohammad Ibn 'Abd Al-Wahhâb.

Telle est la fatwa d'Ibn 'Abd Al-Wahhâb et tels sont les propos d'Ibn Taymiyah dans son attaque contre le tawassul. Si nous nous référons aux principes posés en préambule, nous serons en mesure de nous retrouver autour des vérités susmentionnées, sous réserve que soit réunie la bonne intention de la part de ceux qui légitiment le tawassul et de la part de ceux qui s'y opposent. Allâh dit la vérité et guide vers le droit chemin. Le lecteur désirant avoir de plus amples détails peut se référer au livre Bayânun lin-Nâs min Al-Azhar Ash-Sharîf, volume 2.
P.-S.

Traduit de l'arabe du site islamonline.net.
Notes

[1] En substance, le terme tawassul désigne le fait d'emprunter et de mettre en avant une wasîlah - un chemin ou un moyen - susceptible de rendre les invocations plus recevables auprès d'Allâh à Qui on s'adresse et vers Qui on se dirige.

[2] Sourate 3, Âl 'Imrân, La Famille d'Amram, verset 7.

[3] Le Khârijisme est une secte musulmane apparue au début de l'Islam dont les adeptes considéraient que les péchés majeurs faisaient sortir de la religion.

[4] Sourate 1, Al-Fâtihah, La Liminaire, verset 5.

[5] Sourate 7, Al-A'râf, Les Limbes, verset 188.

[6] Sourate 2, Al-Baqarah, La Génisse, verset 255.

[7] Sourate 21, Al-Ambiyâ', Les Prophètes, verset 28.

[8] Sourate 34, Saba', Saba, verset 23.

[9] Sourate 8, Al-Anfâl, Le Butin, verset 33.

[10] Sourate 3, Âl 'Imrân, La Famille d'Amram, verset 49.

[11] Le ijithâd désigne l'effort d'appréciation personnel des textes canoniques pour en tirer un avis juridique donné, en l'absence de preuves formelles.

[12] Sourate 3, Âl 'Imrân, La Famille d'Amram, verset 104.

[13] Sourate 16, An-Nahl, Les Abeilles, verset 125.

[14] Le Mukhtâr As-Sihâh d'Ar-Râzî est un dictionnaire connu de la langue arabe.

[15] Al-Qâmûs Al-Muhît d'Al-Fayrûz Âbâdî est un dictionnaire connu de la langue arabe.

[16] Sourate 5, Al-Mâ'idah, La Table servie, verset 35.

[17] Sourate 17, Al-Isrâ', Le Voyage nocturne, verset 57.

[18] 'Antarah Ibn Shaddâd est un célèbre poète et chevalier arabe anté-islamique, dont l'épopée est très connue dans les milieux populaires arabes.

[19] Sourate 18, Al-Kahf, La Caverne, verset 107.

[20] Sourate 16, An-Nahl, Les Abeilles, verset 97.

[21] Sourate 3, Âl 'Imrân, La Famille d'Amram, verset 31.

[22] Sourate 4, An-Nisâ', Les Femmes, verset 80.

[23] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 89.

[24] Cet hommedemanda à plusieurs reprises à êtrereçupar 'Uthmân Ibn 'Affân, qui était alors Calife, pour lui exposer un problème, mais en vain. Lorsque 'Uthmân Ibn Hunayf lui indiqua cette prière, il fut aussitôt reçu par le Calife et son problème fut réglé. NdT.

[25] Sourate 4, An-Nisâ', Les femmes, verset 64.

[26] Sourate 30, Ar-Rûm, Les Romains, verset 47.

[27] Sourate 6, Al-An'âm, Les bestiaux, verset 54.

[28] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 255.

 

http://www.islamophile.org/spip/Le-sens-et-le-statut-du-tawassul.html

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