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 Est il interdit d'avoir pour amie(s) des non-musulmans ?

21/6/2013

Est il interdit d'avoir pour amie(s) des non-musulmanes, par exemple des chrétiens, des juifs, ou autres, que l'on côtoie (collègues de travail) ou que l'on connaît depuis l'enfance ?

Les juifs et les chrétiens qui ont eu connaissance du plus récent message venant de Dieu (en l'occurence celui apporté par Muhammad) et qui ont choisi de ne pas y adhérer sont kâfir.

Le musulman ne peut pas aimer (mahabba 'aqliyya) la croyance de kufr.

Cependant, peut-il, tout en n'aimant pas (bughdh 'aqlî) la croyance de kufr, aimer (mahabba 'aqliyya) une ou plusieurs personne(s) qui adhère(nt) à cette croyance de kufr ? peut-il ne pas aimer ce qu'une personne fait comme actions extérieures et/ou a comme croyances, et aimer quand même cette personne pour ce qu'elle est par ailleurs ?

Il le peut, en effet, mais il y a à cela certaines nuances.

Explications...

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I) Quelques-unes des raisons entraînant l'affection d'un être humain pour un autre être humain :

L'affection qu'un humain a pour un autre humain peut avoir plusieurs raisons :
– à cause de la foi, de la piété et des qualités spirituelles de cet humain ;
– en tant que sentiment qu'un homme peut éprouver pour une femme et qu'une femme peut éprouver pour un homme ;
– à cause d'un lien de parenté que le premier humain a pour le second ;
– à cause des qualités humaines que le second humain a ;
– à cause d'un grand service que ce second humain a rendu au premier ;
– à cause d'une longue fréquentation que les deux ont eue (dans le cadre du travail, des études, du voisinage, etc.).

Avoir de l'affection pour la première raison, cela est, en islam, évidemment institué : cette raison est clairement mentionnée dans de nombreux hadîths, et il s'agit d'une mahabba 'aqliyya(voir point suivant) : elle est volontaire, réfléchie, elle doit être entretenue, etc.

L'affection liée à la seconde raison – celle qui existe entre un homme et une femme – est de nature avant tout physique mais touche ensuite l'âme. Cette affection a été mentionnée – sans que cela y soit dit "autorisé" ou "non autorisé" – dans le hadîth parlant des trois hommes prisonniers d'une grotte où ils s'étaient réfugiés, où chacun demande à Dieu de les en faire sortir à cause de telle bonne action qu'il avait faite à un moment de sa vie : l'un parle alors d'une femme qu'il "aimait du plus fort qu'un homme puisse aimer une femme" (al-Bukhârî). Lire un article en relation avec ce point.

Avoir de l'affection pour les autres raisons, lorsque l'être humain en question est musulman, cela est évidemment soit demandé (matlûb), soit autorisé (mubâh, ou bien jâ'ïz). On peut et on doit avoir de l'affection pour ses parents musulmans, pour les autres personnes musulmanes de sa parenté. On peut et on doit avoir de l'affection pour le musulman qui a de grandes qualités humaines (douceur, de compagnie agréable, etc.). Si un coreligionnaire nous a rendu un service, il est normal et souhaitable qu'on ait de l'affection pour lui. L'époux doit avoir de l'affection pour son épouse musulmane, et l'épouse doit avoir de l'affection pour son époux musulman. De même, on peut avoir de l'affection pour le collègue musulman, pour le voisin musulman, pour son camarade de classe musulman, etc.

Mais qu'en est-il d'être ami de, d'avoir de l'affection pour un être humain qui n'est pas musulman mais qui a de grandes qualités humaines, qu'on a appris à apprécier parce qu'on travaille avec lui, par exemple ?

Déjà, avant de répondre à cette question, il faut souligner que le fait qu'un non-musulman ait de grandes qualités humaines, cela est entièrement reconnu dans le hadîth qui dit : "J'ai été suscité parmi les meilleures générations des fils de Adam, génération après génération, jusqu'à ce que je sois dans la génération dans laquelle je suis" (al-Bukhârî 3364) ; ici, le Prophète a voulu parler de ses ascendants (et non de ses Compagnons). Le Prophète a également dit par ailleurs : "Dieu a choisi (iSTafâ), parmi les descendants de Ismaël : Kinâna [= Kinâna et sa descendance]. Et Il a choisi, parmi (toute la descendance de) Kinâna : Quraysh [= Fihr ibn Mâlik  et sa descendance]. Et Il a choisi, parmi (toute la descendance de) Quraysh : les fils de Hâshim [= la descendance de Hâshim]. Et Il m'a choisi parmi les fils de Hâshim [= toute la descendance de Hâshim]" (Muslim 2276). Ces deux hadîths signifient que c'est d'entre les meilleures personnes existant dans toute la génération des hommes se trouvant sur terre qu'il est né.
Or, parmi les ancêtres immédiats du Prophète, son père Abdullâh (MF 4/325-328), son grand-père Abd ul-Muttalibson arrière grand-père Hâshim, étaient Polythéistes. Alî al-qarî écrit que, dans ces deux hadîths, le fait qu'il ait été dit que ces personnes ont été choisies ("istifâ'iyya") et qu'elles font partie des "meilleures personnes parmi toute la génération"("khayriyya"), cela, c'est "par rapport aux qualités" qu'elles avaient, et non pas dans l'absolu, puisqu'elles étaient par ailleurs Polythéistes (Mirqât ul-mafâtîh, 10/419, n. é.).

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II) Rappel : il existe deux types d'affection : la Mahabba Tab'iyya et la Mahabba 'Aqliyya :

– Il y a l'affection (mahabba) qu'un être humain éprouve pour un autre humain et qui est présente chez lui sans qu'il ait besoin de l'entretenir ou de la développer. En un mot : sans qu'il ait besoin de faire effort de volonté. Une telle affection est dite : "mahabba tab'iyya".
Son opposé est le "bughdh ta'bî".

– Et puis il y a l'affection qu'un être humain cherche à développer en lui, par le biais de sa volonté :
--- par le fait de penser volontairement aux qualités de l'être aimé,
--- par le fait de faire les éloges de cet être,
--- par le fait de faire des cadeaux à cet être et/ou d'accepter des cadeaux que cet être nous fait ("Faites-vous des cadeaux, vous aurez de l'affection les uns pour les autres" : Sahîh ul-jâmi' is-saghîr, n° 3004),
--- etc.,
et ce :
----- que cet être humain ressentait déjà auparavant de l'affection pour le second humain et veut donc entretenir ou développer cette affection,
----- ou qu'il ne ressentait rien pour lui mais désire maintenant créer cette affection pour lui, parce qu'il la juge importante,
----- ou même qu'il détestait jusqu'alors pas cet être, mais cherche désormais à créer de l'affection pour lui, parce qu'il la juge importante.
Une telle affection est dite : "mahabba 'aqliyya".
Son opposé est le "bughdh 'aqlî".

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Si un musulman éprouve de l'affection de type mahabba tab'iyya pour un être humain et que cette affection est demandée (matlûb) par l'islam, alors ce musulman doit développer cette affection par les moyens susmentionnés.
Ainsi en est-il de l'affection pour ses parents musulmans, ou pour son épouse musulmane.

Si un musulman éprouve de l'affection de type mahabba tab'iyya pour un être humain et que cette affection est autorisée (mubâh, ou bien jâ'ïz), alors il lui est autorisé (mubâh, ou bien jâ'ïz) de développer cette affection par les moyens susmentionnés.
Ainsi en est-il de l'affection pour un ami musulman qui n'est pas de mauvaises moeurs.

Si un musulman éprouve de l'affection de type mahabba tab'iyya pour un être humain mais qu'il lui est interdit d'aimer cet être humain, alors il doit ne rien faire, vis-à-vis de cet humain, des moyens susmentionnés qui pourraient développer ou maintenir cette affection. Plus encore, il doit faire dominer cette mahabba tab'iyya par lebughdh 'aqlî.
Ainsi, le musulman ne peut pas aimer un humain qui le combat à cause de l'islam, ou qui insulte Dieu, ou Son Messager, etc. Si cet être humain est son père, alors cela signifie que s'il éprouve à son égard de la mahabba tab'iyya (ce qui est normal, vu le lien de parenté qui existe entre eux), celle-ci doit être dominée par le bughdh 'aqlî : les deux ne relèvent pas du même ordre : l'une est tab'î, l'autre 'aqlî ; mais la 'Aql doit dominer la Tab'.
Cependant, si on estime pouvoir adoucir ce père, alors on peut lui donner des cadeaux, des présents : le Prophète donnait ainsi des présents à ceux dont il estimait qu'il pouvait gagner leur coeur (ta'lîfan li-l-qulûb) : on peut lui offrir des présents pour gagner son coeur et l'amener justement à cesser d'insulter Dieu ou Son Messager, mais, tant qu'il ne cesse pas concrètement de le faire, on n'aura pas de mahabba 'aqliyya pour lui, même si on lui offre ces présents.

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III) Maintenant est-il possible de ne pas aimer (Bughdh 'Aqlî) la croyance de kufr d'une personne kâfir, et d'avoir en même temps de l'affection (de type Mahabba 'Aqliyya) pour la même personne, pour ce qu'elle est par ailleurs ?

A cette question, certains coreligionnaires répondent par : "Non. Cela n'est pas possible. Si on n'aime pas la croyance de kufr, on doit aussi ne pas aimer la personne qui est kâfir. Il est impossible – sur le plan islamique, voire même sur le plan humain – de ne pas aimer ce qu'une personne fait comme actions extérieures et/ou a comme croyances, et aimer une autre part de cette personne et avoir donc de l'affection pour cette personne."

Or c'est vrai que c'est ce que certains illustres ulémas disent.

Pour ma part je ne suis cependant pas convaincu par cet avis et cette argumentation. Je trouve que ce que al-Qaradhâwî dit sur le sujet est plus pertinent (cf. Al-Halâl wa-l-harâm, pp. 294-295).

Le fait est que dans le Coran Dieu a autorisé au musulman de se marier avec une juive ou une chrétienne, du moment qu'elle est chaste ("الْيَوْمَ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ حِلٌّ لَّكُمْ وَطَعَامُكُمْ حِلُّ لَّهُمْ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الْمُؤْمِنَاتِ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ إِذَا آتَيْتُمُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ مُحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ وَلاَ مُتَّخِذِي أَخْدَانٍ وَمَن يَكْفُرْ بِالإِيمَانِ فَقَدْ حَبِطَ عَمَلُهُ وَهُوَ فِي الآخِرَةِ مِنَ الْخَاسِرِينَ" : Coran 5/5).
Et par ailleurs Il a dit qu'entre l'époux et l'épouse il y a de l'affection (mawadda) ("وَمِنْ آيَاتِهِ أَنْ خَلَقَ لَكُم مِّنْ أَنفُسِكُمْ أَزْوَاجًا لِّتَسْكُنُوا إِلَيْهَا وَجَعَلَ بَيْنَكُم مَّوَدَّةً وَرَحْمَةً إِنَّ فِي ذَلِكَ لَآيَاتٍ لِّقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ" : Coran 30/21) : il s'agit d'une affection requise (matlûb), donc d'une mahabba non pas seulement tab'iyya mais aussi'aqliyya.

Or il n'y a pas d'exception pour le kufr de son épouse juive ou chrétienne. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que son épouse juive ou chrétienne, il serait exceptionnellement autorisé d'aimer la croyance de kufr qu'elle a. Même si son épouse, juive ou chrétienne, on l'aime – ce qui est attendu –, on doit ne pas aimer la croyance de kufr qu'elle a.

Preuve est donc faite que, en islam, il n'est pas impossible de : ne pas aimer (bughdh 'aqlî) la croyance de kufr, tout en ayant de l'affection (mahabba 'aqliyya) pour la personne qui adhère à ce kufr, pour ce qu'elle est par ailleurs.

(Certains ulémas disent certes qu'un tel mariage, bien qu'autorisé, est déconseillé ; cependant, ils ont dit cela pour raisons extérieures : li 'âridh, et non pas en soi : layssa fî nafsihî. Ibn Jarîr at-Tabarî écrit quant à lui, comme condition à l'autorisation d'un tel mariage : "à condition qu'elle soit dans une situation où celui qui fait ce mariage n'ait pas à craindre, pour l'enfant (qui naîtra), qu'il soit amené à être dans le kufr" : Tafsîr ut-Tabarî.)

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Certains coreligionnaires répondent à cela que le cas du mariage avec une juive ou une chrétienne étant autorisé, l'affection pour la juive ou la chrétienne qui est son épouse est exceptionnellement autorisée, tandis que l'affection (mahabba 'aqliyya) pour tout autre non-musulman reste interdite, même s'il ne combat pas l'islam et même s'il se trouve en lui une des autres raisons suscitées (c'est son parent, ou son collègue, ou son voisin, ou son camarade d'enfance, ou autre chose de ce genre).

Or cela ne semble pas pertinent, car, justement, des ulémas ont écrit qu'il est interdit de se marier avec une juive ou une chrétienne dont le groupe auquel elle appartient est en guerre contre les musulmans (harbiyya). Le fait de pouvoir prendre comme épouse une non-musulmane (juive ou chrétienne) n'est selon eux pas inconditionnel mais au contraire conditionné au fait qu'elle ne fasse pas partie d'un groupe qui est en guerre avec les musulmans. Sinon, si une juive ou une chrétienne est harbiyya, il est interdit de l'épouser et donc d'avoir de l'affection pour elle (fin de citation de l'avis de ces ulémas). C'est ainsi qu'il n'est par exemple pas autorisé aujourd'hui à un musulman de se marier avec une juive qui est sioniste, ni avec une chrétienne qui est sioniste ou qui est d'une mentalité ouvertement islamophobe.

Le pivot (manât) par rapport à l'affection autorisée et l'affection non-autorisée semble donc bien être le caractère "ennemi" ou le caractère "non-ennemi" de la personne non-musulmane. Il faut donc faire la distinction, parmi tous ceux qui sont kâfir, entre ceux qui sont réellement ennemis – parce qu'ils combattent l'islam intellectuellement ou combattent les musulmans par les armes – et ceux qui ne le sont pas. Les premiers, on ne les aime pas. Les seconds, on peut tout à fait être amis (sadîq) avec eux, avoir de l'affection (mahabba 'aqliyya) pour eux pour une des raisons suscitées (par exemple des qualités qu'ils ont) (tout en n'aimant pas la croyance de kufr qu'ils ont également).

Le Prophète (sur lui soit la paix) a refusé d'accepter le présent offert par certains Polythéistes ("Nous n'acceptons pas le présent de Polythéistes" a-t-il alors dit : Abû Dâoûd, 3057, at-Tirmidhî, 1577), alors qu'il a accepté le présent offert par d'autres Polythéistes (voir les hadîths rapportés par al-Bukhârî in Kitâb ul-hibabâb n° 28 : "Qabûl ul-hadiyya min al-mushrikîn"). Abû 'Ubayd est d'avis que les présents que le Prophète a acceptés provenaient de Polythéistes ayant conclu un traité de paix ou ayant honoré son ambassadeur, tandis que le Prophète n'a pas accepté le présent offert par un Polythéiste en situation de conflit armé avec lui ("mushrik muhârib") (Zâd ul-ma'âd 5/78-79).
Par contre ce dernier propos peut peut-être être nuancé par le cas où le Prophète espérait pouvoir adoucir le coeur de cet homme en conflit armé avec les musulmans : il lui faisait alors lui-même des présents, ou acceptait son présent. En fait il y a une différence entre le fait d'être bienfaisant pour honorer, li-l-ikrâm, ce que l'on peut faire vis-à-vis d'un non-musulman qui n'est pas ennemi (Ahkâm ul-qur'ân, 4/228) mais pas d'un ennemi, et le fait d'offrir un présent seulement pour adoucir la personne, li ta'lîf il-qalbli daf' ish-sharr.

Pareillement, Asmâ' bint Abî Bakr informa le Prophète (sur lui soit la paix) que sa mère, Qutayla, polythéiste mecquoise, voulait lui rendre visite, "désireuse (d'entretenir les liens de parenté)"("râghiba") : elle voulait savoir si elle pouvait accepter les présents qu'elle avait apportés et lui faire à son tour des présents. Le Prophète répondit par l'affirmative (al-Bukhârî 2477, 5633, 5634, Muslim, 1003 ; voir aussi Fat'h ul-bârî 5/287-288). C'est cela qui est concerné, dit Ibn 'Uyayna, par le verset suivant du Coran : "Dieu ne vous interdit pas d'être bienfaisants (tabarrû) et équitables (tuqsitû) envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures" [Coran 60/8-9] (al-Bukhârî, 5633). Al-Bukhârî lui-même, dans un titre (tarjama) qu'il a déduit de ce hadîth, après avoir écrit : "Offrir un présent aux Polythéistes", a cité ce verset 60/8-9 (Kitâb ul-hibabâb n° 29). Cela relève, écrit Ibn Hajar, du birr (Fat'h ul-bârî 5/287).
Cette autorisation de faire preuve de bienfaisance (birr) concerne les non-musulmans qui ne sont pas en situation de conflit armé avec des musulmans (fût-ce à l'occasion d'une simple trêve à durée déterminée, ayant été signée après des conflits armés) (c'est l'une des explications visibles dans Ahkâm ul-qur'ân 4/228 ; Tafsîr ul-Qurtubî 18/59 ; Zâd ul-massîr 8/6).

On voit, ici encore, que l'acceptation de présents et le fait d'en offrir soi-même est lié au fait que le non-musulman en question ne combat pas l'islam. Si le non-musulman combat l'islam, on doit agir humainement et avec équité avec lui, mais on n'a pas à chercher à lui être bienfaisant, par exemple lui offrir des présents pour l'honorer (ikrâman) (on peut lui faire quand même des présents, mais c'est alors pour gagner son coeur, l'adoucir : ta'lîfan li qalbihî wa daf'an li sharrihî).

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IV) Un verset que certains coreligionnaires citent parfois, l'opposant à ce nous venons de dire :

Ce verset est le suivant : "لا تَجِدُ قَوْمًا يُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ يُوَادُّونَ مَنْ حَادَّ اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَلَوْ كَانُوا آبَاءهُمْ أَوْ أَبْنَاءهُمْ أَوْ إِخْوَانَهُمْ أَوْ عَشِيرَتَهُمْ أُوْلَئِكَ كَتَبَ فِي قُلُوبِهِمُ الْإِيمَانَ وَأَيَّدَهُم بِرُوحٍ مِّنْهُ وَيُدْخِلُهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمْ وَرَضُوا عَنْهُ أُوْلَئِكَ حِزْبُ اللَّهِ أَلَا إِنَّ حِزْبَ اللَّهِ هُمُ الْمُفْلِحُونَ" : "Tu ne trouveras pas des gens croyant en Dieu et au Jour dernier aimer (yuwâddûna) ceux qui font lamuhâdda vis-à-vis de Dieu et de Son Messager, fussent-ils leurs pères, leurs fils, leurs frères ou les gens de leur tribu. Ceux-là [= les premiers], Dieu a établi la foi dans leur cœur, et les a aidés par un esprit venant de Lui" (Coran 58/22).

Ces frères et sœurs ont compris de ce verset que, si on a réellement foi en Dieu et Son Messager, on ne peut pas aimer une personne qui a renié (kufr akbar) Dieu et Son Messager.

Or ce verset parle de ceux qui font "muhâdda" avec Dieu et Son Messager. Et la muhâddaest particulière par rapport au seul kufr akbar.
En commentaire d'un autre verset qui parle lui aussi de muhâdda "Ne savent-ils pas que celui qui fait muhâdda avec Dieu et Son Messager, celui-là aura le feu de la Géhenne dans lequel il restera perpétuellement" (Coran 9/63), Ibn Taymiyya écrit ainsi : "ودل ذلك على أن الإيذاء والمحادة كفر لأنه أخبر أن له نار جهنم خالدا فيها ولم يقل "هي جزاؤه" وبين الكلامين فرق. بل المحادة هي المعاداة والمشاقة وذلك كفر ومحاربة فهو أغلظ من مجرد الكفر" : "Ceci indique que le îdhâ' et la muhâdda constituent du kufr. (...) Plutôt même, la muhâdda est de la mu'âdâh et de la mushâqqa: cela constitue du kufr et de la muhâraba ; cela est donc plus épais (aghlaz) que le kufr [simple]" (As-Sârim, p. 27).
On peut donc dire que toute muhâdda est du kufr, mais que tout kufr ne s'accompagne pas forcément de muhâdda.

Le verset 58/22 interdit donc d'avoir de l'affection (muwâdda, donc mahabba 'aqliyya) pour ceux qui font preuve de muhâdda vis-à-vis de Dieu et de Son Messager, ce qui constitue du kufrplus de la muhâraba.
Cependant, ce verset ne dit rien de ceux qui ont le kufr mais ne font pas preuve de muhâdda.

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V) Un hadîth que d'autres coreligionnaires citent parfois, en déduisant qu'il est interdit d'avoir de l'affection pour celui qui ne croit pas :

"L'homme est sur le dîn de son ami intime (khalîl). Que chacun d'entre vous regarde donc qui il prend comme ami intime (yukhâlil)" (Abû Dâoûd 4833, at-Tirmidhî 2379).

Ces frères et sœurs en déduisent que le Prophète (sur lui soit la paix) a ici interdit de prendre comme ami un non-musulman, de même qu'un musulman qui se laisse aller de façon permanente et ouverte à des mauvaises actions.

Or s'il est vrai que ce hadîth interdit de prendre comme khalîl celui qui n'a pas asl ud-dîn – il s'agit du non-musulman – ou celui qui n'a pas kamâl ud-dîn al-wâjib – il s'agit du musulman qui se laisse aller de façon permanente et ouverte à des mauvaises actions –, ce hadîth interdit justement de le prendre comme khalîl. Il ne dit en revanche rien d'avoir de la mahabba 'aqliyya pour lui à un niveau demeurant de "simple sadâqa"Or "khalîl" désigne la personne pour qui on a une affection très poussée : la "khulla" est beaucoup plus accentuée que la "sadâqa" ; la "khulla" est différente de la "mahabba mutlaqa".

C'est bien pourquoi le Prophète (sur lui soit la paix) lui-même a dit d'une part, à 'Amr ibn ul-As, que celui des hommes pour lequel il a le plus d'affection (mahabba) est Abû Bakr(al-Bukhârî 3462, Muslim 2384), mais a également, d'autre part, dit, 5 jours avant de mourir :"Je suis innocent devant Dieu d'avoir un khalîl parmi vous. Et si j'en étais à prendre un khalîl parmi ma Umma, je prendrais Abû Bakr comme khalîl…"(Muslim 532) ; "Si j'en étais à prendre un khalîl à part mon Rabb, je prendrais Abû Bakr comme khalîl ; mais…" (al-Bukhârî 3454) / "Si j'en étais à prendre un khalîl parmi les hommes, je prendrais Abû Bakr comme khalîl ; mais…" (al-Bukhârî 455). (Il n'est pas interdit au musulman d'avoir un khalîl parmi les humains : le hadîth cité plus haut le prouve : "Que chacun d'entre vous regarde donc qui il prend comme khalîl" ; ce que le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a voulu dire ici c'est que, lui, par égard pour la plénitude de son lien avec Dieu, a voulu n'avoir avec aucun humain un lien qui soit de niveau "khulla", ayant réservé cela à Dieu.)

Ibn Hajar écrit : "Il y a divergence à propos des (termes) "mawadda", "khulla", "mahabba" et "sadâqa" : sont-ils synonymes ou différents ? Les spécialistes (ahl ul-lugha) disent : "La "khulla" constitue le degré le plus élevé." C'est ce qu'indique le hadîth mentionné dans ce point, de même que la parole du (Prophète), que la paix soit sur lui : "Si j'en étais à prendre un khalîl à part mon Rabb…" : il indique qu'il n'avait pas de khalîl parmi les fils de Adam, alors qu'il est est établi qu'il avait de la mahabba pour un groupe de Compagnons tels que Abû Bakr, Fâtima, Aïcha, al-Hassan, al-Hussayn et autre qu'eux" (Fat'h ul-bârî 7/30).

"Khalîl" désigne donc non pas simplement un homme pour lequel on a de l'affection et avec qui on est lié d'amitié, mais un homme pour lequel on a une très grande et très intime affection ; cela est beaucoup plus accentué que "sadîq".

Le hadîth interdisant de prendre celui qui n'a pas asl ud-dîn comme khalîl se comprend dès lors par le fait qu'il ne faudrait pas que l'affection pour ce non-musulman (même non-combattant) soit telle que le musulman ne sache plus raison garder et que cette affection le pousse à dire ou à penser : "Sa religion aussi est vraie, la mienne aussi est vraie" ; ou encore : "Peut-être même que ce que sa religion dit sur tel point est plus vrai que ce que l'islam dit". C'est à cela que la khullamène. Et c'est pourquoi elle est interdite.

Cela est valable même par rapport à son épouse juive ou chrétienne : il ne faut pas que l'affection que l'on a pour elle entraîne ce que l'on vient de décrire. Mon professeur Cheikh Ya'qûb Gora disait que cela semble être la raison pour laquelle, dans le verset 5/5, immédiatement après l'autorisation de se marier avec une juive ou une chrétienne, on lit le rappel de la gravité du fait de quitter la foi. Dieu dit : "Et [il vous a été rendu licite de vous marier avec] les (femmes) chastes parmi les croyantes [= les musulmanes] et les (femmes) chastes faisant partie de ceux qui ont reçu le Livre avant vous [= les juives et les chrétiennes], si vous leur donnez leur douaire, ceci étant (sous la forme) d'un mariage et non en gens de mauvaise vie ni en preneurs d'amantes. Et celui qui fait kufr par rapport à la foi, alors vaine devient son action, et il sera dans l'au-delà parmi les perdants" (Coran 5/5).

De même, il ne faut pas que, pour contenter son ami ou pour honorer sa mémoire, on se mette à faire une action (far') qui lui plaît (ou lui aurait plu) même si cela déplaît à Dieu (par exemple prendre un apéritif avec lui, être témoin à la cérémonie religieuse de son mariage, participer, en se trouvant à l'intérieur de la salle, à la cérémonie religieuse de ses funérailles, etc.).

Sinon, si on sait raison garder, alors Sa'd ibn Mu'âdh, compagnon du Prophète, parmi les Auxiliaires à Médine, était ami (sadîq) de Umayya ibn Khalaf, polythéiste de la Mecque, et l'un descendait chez l'autre quand il se rendait dans sa ville (rapporté par al-Bukhârî, 3734 : Kitâb ul-maghâzî, Badr ; on y lit ce terme "sadîq").

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VI) Une nuance supplémentaire :

Même en ce qui concerne des non-musulmans non-combattants, et même à un niveau de "sadâqa" et non pas de "khulla", il ne faut pas avoir comme amis (sadîqseulement ouprincipalement des non-musulmans et non plus des musulmans, ni ne fréquenter que des non-musulmans, en se coupant des musulmans : la grande fréquentation influe sur ses perceptions et sa façon d'être (lire notre article traitant de cela).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

 

http://www.maison-islam.com/articles/?p=647

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