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 Sommes-nous condamnés à devenir de plus en plus bêtes ?

17/5/2013

La technologie progresse à une vitesse folle alors que l'intelligence pourrait reculer. Un véritable paradoxe. Vers quoi évolue notre cerveau ? © Heidi Cartwright, Wellcome Images, Flick, cc by nc nd 2.0

Le chercheur américain Gerald Crabtree est un pessimiste. Selon lui, depuis le développement de l’agriculture, l’humanité perd peu à peu ses capacités intellectuelles. La faute à un manque de sélection des gènes qui nous rendent intelligents.

L’humanité n’a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. À une époque pas si reculée, tous nos ancêtres vivaient dans des tribus de chasseurs-cueilleurs, comme il en existe encore aujourd’hui en divers points du globe. Grâce à ce gros cerveau, une partie des Hommes s’est affranchie de cette vie de nomade en apprenant à cultiver les plantes et à élever les animaux.

Ce tournant dans notre histoire pourrait être à double tranchant, à en croire les réflexions du scientifique américain de l’université Stanford, Gerald Crabtree. Selon ses hypothèses, qu’il développe dans deux articles de la revue Trends of Genetics, l’ère de la civilisation s’accompagne d’une diminution continue de nos capacités intellectuelles.

Des milliers de gènes de l’intelligence…

Sa théorie est la suivante. Depuis l’aube de l’humanité, le moteur de la survie est l’inventivité. Les Hommes les plus adroits dans la création d’outils ou la mise en place de lieux de refuge devenaient de meilleurs chasseurs, des cueilleurs plus habiles et de moins bonnes proies. La moindre erreur pouvant engendrer la mort, les plus adroits s’en sortaient le mieux.

Ainsi, l’intelligence, sous le contrôle de nombreux gènes, jouait un rôle fondamental dans la sélection naturelle. Les fragments chromosomiques les plus avantageux passaient de génération en génération. Aujourd’hui, quelques années après le séquençage complet de l’ADN humain, les scientifiques estiment que l’on trouve entre 2.000 et 5.000 gènes directement liés à nos facultés intellectuelles. C’est énorme : cela représente entre 8 % et 20 % de l’ensemble du génome !

Le peuple bochiman, dans le désert du Kalahari, vit toujours de la chasse et de la cueillette. Si l'hypothèse de Crabtree est vérifiée, peut-être pourrait-on prouver que les Bochimans sont plus intelligents que les membres de nos sociétés vivant de l'agriculture et de l'élevage dans des groupes humains de forte densité... © Charles Roffey, Fotopédia, cc by nc sa 2.0
Cette diversité a fait notre force, mais pourrait aussi faire notre faiblesse. Étant donné le nombre, la probabilité d’une mutation génétique sur l’un d’eux devient plus importante. Les estimations récentes considèrent qu’entre chaque génération, 60 mutations viennent modifier les séquences d’ADN. Gerald Crabtree y est allé de ses propres calculs : à un tel taux, il faut entre 20 et 50 générations pour qu’un des gènes de l’intelligence soit altéré. Ainsi, en postulant que le pic d’intelligence date d’il y a 3.000 ans (120 générations), chacun d’entre nous aurait hérité de deux à six mutations.

… de moins en moins soumis à la sélection naturelle

Or, notre mode de vie de ces derniers millénaires laisse moins la part belle aux facultés cognitives qu’avant. Non pas que nous n’en avons pas besoin ni ne continuons à créer. Simplement, cela ne devient plus un enjeu de survie aussi crucial qu’auparavant, affirme Gerald Crabtree. De ce fait, l’impact de la sélection naturelle sur ces fragments d’ADN se fait moins prégnant. Une mutation altérant légèrement nos capacités intellectuelles pourrait très bien s’y glisser sans que cela affecte le nombre de descendants. De fil en aiguille, l’espèce humaine serait en train de faire marche arrière, certes très doucement, mais sûrement.

Une hypothèse plutôt inattendue, mais qui pourrait éventuellement se tenir. Cependant, les études récentes révèlent que le QI, l’un des indicateurs pour évaluer l’intelligence, n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies. Des résultats en contradiction avec les propos de Crabtree. Mais le chercheur a une explication. Cela résulterait de meilleurs soins prénataux, d’une meilleure alimentation (avec notamment l’introduction de l’iode dans le sel, évitant les cas de crétinisme) ou du retrait de certains polluants comme le plomb, mauvais pour le cerveau.

L'empathie, la solidarité, d'autres moteurs de la survie

Légèrement provocatrice, cette théorie est aussi un peu réductrice, car l’intelligence est un paramètre extrêmement complexe à définir. En plus, elle ne constitue pas une caractéristique qui se transmet à l’identique à la descendance. Son héritabilité, jugée une fois encore sur les résultats de tests de QI, serait comprise entre 50 et 70 %, bien moins que la couleur des yeux. Une bonne partie de l’intellect dépend aussi du développement de l’individu, de son éducation, des stimulations reçues ou encore de son bien-être.

Certains éléments sont avancés par le chercheur et reposent eux-mêmes sur des suppositions qui ne sont pas forcément prouvées, ce qui les rend contestables. Sait-on si, vraiment, les individus aux capacités intellectuelles les plus avancées avaient davantage de descendants ?

La vérité est peut-être plus complexe, l'espèce humaine étant sociale et solidaire. Une théorie moderne, expliquée par le primatologue néerlandais Frans de Waal, suppose que c'est notre empathie, et donc notre propension à nous tourner vers les autres en difficulté, qui a été la clé de notre survie. Il s'agit de mettre nos compétences (qu'elles soient intellectuelles, physiques ou sociales) au service de la société. Des fouilles ont par exemple révélé que des infirmes avaient survécu jusqu'à des âges leur permettant de se reproduire. L'intelligence était-elle vraiment l'élément clé de la sélection naturelle ? On ne peut l'affirmer. C'est tout le raisonnement qui pourrait alors tomber à l'eau...

 

 

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/biologie-3/d/sommes-nous-condamnes-a-devenir-de-plus-en-plus-betes_44254/

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