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 Divinité visible et divinité cachée dans le cœur

1/4/2013

Lorsque l'idolâtrie a vu le jour chez les hommes, elle consistait à associer à la divinité de Dieu des entités spirituelles. En effet, aussi bien sous la forme prise chez les contemporains de Noé (adoration d'âmes de saints défunts) que sous celle prise sous ceux d'Abraham (adoration d'astres), elle consistait à détourner vers des entités spirituelles les prières revenant à Dieu. Les messagers de Dieu sont alors venus rappeler aux hommes que si les demandes relatives aux causes habituelles (hissiyya) pouvaient bien être adressées aux hommes, toute demande ne passant par aucune cause habituelle était réservée à Dieu, et ne devait donc être adressée à aucune autre entité spirituelle.

Si le fait de rendre le culte à d'autres entités spirituelles existe toujours dans le monde d'aujourd'hui, il est, dans les sociétés occidentales "désenchantées" contemporaines, des gens pour qui l'existence même des entités spirituelles est, sinon niée, du moins reléguée à l'arrière plan de leur sphère d'intérêt : leur attention n'est plus tournée que vers l'homme et vers les causes matérielles. Peut-on, dès lors, parler encore à ces gens de "divinités" et de "culte" ?

Comme nous l'avons vu dans l'article traitant de ce qu'est la divinité, le culte, le monothéisme et le polythéisme, des actes ont été établis par le Prophète (que Dieu le bénisse) comme étant "pré-supposés actes de culte" : celui qui les fait vis-à-vis d'un être est considéré comme rendant un culte à cet être, quelle qu'ait été son intention.

Cependant, il ne faut pas oublier qu'au-delà de ces pré-supposés (mazinna), il y a la réalité de ce qui constitue un culte. Et cette réalité, elle est claire : rendre un culte à quelque chose comporte le fait d'accorder à celle-ci "l'extrême soumission et l'extrême amour" (Al-'Ubûdiyya, Ibn Taymiyya, pp. 33-34). "Celui qui se soumet (khadha'a) à un homme en ne l'aimant pas (bughdhihî lahû), il n’est pas 'âbid de cet homme. Et s'il aime quelque chose et ne se soumet pas à elle, il n'est pas son 'âbid" (Al-'Ubûdiyya, p. 34). La divinité est donc ce à quoi le cœur s’attache en lui donnant l’extrême amour et l’extrême magnificence… Dès lors, n'adorer que Dieu et considérer que rien d'autre que Lui ne doit être divinisé, c'est non seulement ne pas faire des actes pré-supposés "actes de culte" vis-à-vis d'une entité invisible autre que Lui, mais c'est aussi garder l'amour premier et essentiel de son cœur pour Dieu, et faire dépendre de cet amour suprême l'attachement à toute autre chose.

Or, s'il arrive que des hommes associent à Dieu des entités spirituelles dont ils se représentent l'existence par le moyen de statues, il arrive également que d'autres hommes, bien que ne croyant absolument pas à l'existence d'être invisibles, rendent un culte à des choses matérielles : ceci dans le sens où ils leur dédient l'attachement et la considération suprêmes de leur cœur.

C'est justement là une autre forme d'idolâtrie, dissimulée (khafî) cette fois, qui consiste à détourner vers autre que Dieu sa considération de grandeur et son amour extrême. Si le premier cas est un associationnisme apparent (shirk jalî), le second est également un associationnisme, mais dissimulé (shirk khafî).

Que l'idole soit spirituelle ou matérielle, l'explication est simple : l'homme est tel qu'il ne peut se passer de donner son cœur (amour et magnificence) à quelque chose : tourné naturellement vers le spirituel, il donnera son cœur à celui qu'il invoque et devant qui il se prosterne ; devenu athée ou agnostique, il compensera la non-satisfaction de sa spiritualité par un plus grande attachement encore à une chose matérielle, ou à une valeur humaine, à laquelle il dédiera son cœur et son existence. Les deux formes d'idolâtrie ont un point commun évident : l'oubli de Dieu au point de donner à autre que Lui la place qui Lui revient. "L'homme se prend des buts et des objectifs. Et chacun de ces objectif que se prend l'homme est relié à quelque chose qu'il aime plus que toute autre chose. Dès lors, l'homme qui ne prend pas comme divinité Dieu en lui consacrant son amour suprême et indépendant, consacrera forcément cet amour suprême à autre chose qu'à Dieu. Il deviendra alors "serviteur" ('abd) de cette chose : il s'agira soit de ce que les hommes ont pris comme divinités en dehors de Dieu (idoles, soleil, étoiles, etc.), soit de l'argent ou de l'honneur, ou des beautés des corps..." (Al-'Ubûdiyya, p. 138). L'argent, l'honneur, la beauté des corps : c'est l'excès d'attachement à ces choses qui en fait des idoles. C'est bien pourquoi le Prophète (sur lui la paix) a dit : "Malheur à l'esclave de la pièce d'or, à l'esclave de la pièce d'argent et à l'esclave du manteau..." (al-Bukhârî, également cité dans Al-'Ubûdiyya). Etre 'abd(serviteur, esclave) de quelque chose, c'est lui donner dans son cœur toute la place qui revient à Dieu, ou une place excessive (ensuite, selon l'intensité de ce "culte", ce peut être un shirk akbar, comme nous venons de le voir dans le cas de l'athée, et ce peut parfois être seulement un shirk asghar, comme dans le cas du croyant dont le tawhîd est incomplet).

Le Prophète (sur lui la paix) a parlé explicitement du petit associationnisme (shirk asghar), et ce à propos de l'ostentation (riyâ') ; cependant, selon une des deux définitions citées par Ibn ul-'Uthaymîn, l'associationnisme petit (ash-shirk ul-asghar) n'est pas seulement ce que le Prophète a explicitement nommé tel, mais est élargi à tout ce qui d'une part constitue un excès par rapport au monothéisme complet, mais d'autre part ne constitue pas un cas de grand associationnisme (Al-Qawl ul-mufîd 'alâ Kitâb it-tawhîd, pp. 197-198).

De même, le Prophète a explicitement employé les termes "associationnisme dissimulé" à propos de l'ostentation (Ibn Mâja, 4204, Ahmad, 10822) ; ici encore, des ulémas ont repris le concept et l'ont élargi au fait de dissimuler l'associationnisme en son cœur. Ainsi, selon un des deux avis relatés par Ibn ul-'Uthaymîn, l'associationnisme dissimulé (ash-shirk ul-khafî) peut être petit (asghar), comme il peut être grand (shirk akbar(Al-Qawl ul-mufîd 'alâ Kitâb it-tawhîd, p. 198). 

En islam, croire en l'absolue unicité de Dieu, c'est refuser non pas l'existence de toute autre chose que Lui, mais c'est refuser de donner à autre chose que Lui la place qui, dans le cœur, Lui revient. Chaque musulmane et chaque musulman ne sont sans doute pas arrivés au stade du monothéisme complet (at-tawhîd ul-kâmil). Celui-ci doit cependant être leur objectif à tous.

Il ne s'agit pas de garder son cœur libre de tout attachement à ce qui n'est pas Dieu, mais libre de tout attachement excessif à ce qui n'est pas Dieu. Il ne s'agit pas de plus rien aimer du tout en dehors de Dieu. Ceci est impossible pour l'homme, créé de sorte qu'il est naturellement attaché aux choses terrestres telles que famille, nourriture licite, etc. Il s'agit de ne pas consacrer à ces choses un amour comme celui qui est réservé à Dieu (al-hubb ka hubbillâh), ni un amour "à côté" de l'amour qu'on a pour Dieu (al-hubb ma'allâh), mais de les aimer à cause de l'amour qu'on a pour Dieu (al-hubb lillâh). C'est ainsi que l'attachement à toute chose de ce monde se trouve relativisé ("tâbi'").

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

 

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