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 "Droits de Dieu" et "droits de la personne"

31/1/2013

 Il existe 2 sens à la formule "droit de Dieu" :

un sens général, en vertu duquel tout ce que Dieu a demandé d'adopter, tout ce qu'Il a demandé de faire et tout ce dont Il a demandé de se préserver, tout cela relève des "droits de Dieu", même s'il s'agit de subvenir aux besoins de créatures et de se préserver de faire du tort à autrui ;
et un sens plus restreint.

Dans un célèbre hadîth, le Prophète (sur lui soit la paix) a dit à Mu'âdh que le droit de Dieu sur les hommes est que ceux-ci fassent Sa 'ibâda et ne Lui associent rien (rapporté par al-Bukhârî et Muslim). Or la 'ibâda complète de Dieu se fait primo par le fait de Le diviniser et de ne rien diviniser d'autre que Lui, et secundo par le fait de pratiquer – avec sincérité pour Dieu – toute action intérieure et extérieure qu'Il agrée chez l'homme, que cette action relève du domaine spirituel, du domaine cultuel, physique ou familial, ou encore du domaine des relations de l'homme avec ses semblables ou les autres créatures (lire Al-'Ubûdiyya, Ibn Taymiyya, p. 23). Dès lors, le fait pour l'homme d'agir en bien avec les autres hommes, de même qu'avec les animaux, relève également de la 'ibâda, donc également du droit que Dieu a sur lui.

(C'est d'ailleurs pourquoi des ulémas précisent que si on a lésé le droit établi d'un homme (sur le plan physique – par le fait de l'avoir blessé –, ou moral – par le fait de l'avoir calomnié, par exemple –, ou matériel – par le fait d'avoir détruit un bien lui appartenant –), on doit d'abord se faire pardonner par cet homme (ce qui peut exiger de le dédommager avant de recevoir son pardon), mais on doit aussi, ensuite, demander pardon à Dieu pour avoir enfreint l'interdiction qu'Il a faite de faire ce genre de tort à autrui.)

Tout cela relève du "droit de Dieu" en son sens général. Le concept "droit de la personne" est alors particulier, de sorte que le premier englobe le second et le dépasse (baynahumâ 'umûm wa khussûs mutlaqan). C'est seulement par rapport à ce sens général de "droits de Dieu" que votre objection prend place.

Cependant, il existe un sens plus restreint à la formule "droit de Dieu". Selon ce second sens, le "droit de la personne" est distinct du "droit de Dieu" (baynahumâ tabâyun) : ce qui est "droit de Dieu" n'est pas "droit de la personne", et ce qui y est "droit de la personne" n'y est pas "droit de Dieu". (Al-Qarâfî a fait allusion à ces deux sens – l'un large et l'autre restreint – de la formule "droit de Dieu" : Al-Furûq, 1/161-163.)

C'est dans ce second sens que se comprend la distinction opérée entre d'un côté des "droits de Dieu" ("haqqullâh") et de l'autre des "droits de la personne" ("haqq ul-'abd").

D'après ce second sens, plus restreint, de la formule "droit de Dieu", nous avons donc :
A) d'un côté ce qui relève purement du droit de Dieu ;
B) de l'autre ce qui relèvement purement du droit de la personne.

Voici quelques-unes des implications de cette distinction…

A) Ce qui relève purement du droit de Dieu :
- ne devient pas mubâh ul-isti'mâl (autorisé d'utilisation) pour une personne par le seul fait que son propriétaire / détenteur (sâhib ul-yad) humain lui donne l'autorisation de l'utiliser ; il faut, en sus de cette autorisation du propriétaire / détenteur, que cette personne précise ne se trouve pas dans l'un des cas où Dieu a interdit l'utilisation de cela ;
- en cas de violation de ce droit de Dieu, la sanction terrestre prévue devient caduque d'après certaines écoles (il s'agit de l'avis retenu au sein de l'école hanbalite et d'un avis présent au sein de l'école shafi'ite) lorsque l'auteur du forfait se repent vis-à-vis de Dieu avant d'avoir été interpelé.

– B) Ce qui relève purement du droit de la personne :
- devient autorisé d'utilisation (mubâh ul-isti'mâl) (à condition bien sûr que cette chose ne soit pas interdite en soi, harâm ul-'ayn, comme l'est par exemple le porc) par le simple fait que son propriétaire / détenteur humain en donne l'autorisation (il faut bien entendu que son utilisation se fasse dans le respect des autres règles de l'éthique islamique) ;
- en cas d'utilisation sans accord, la sanction terrestre prévue ne devient caduque que par le pardon accordé par le détenteur du droit, et non par le seul repentir fait vis-à-vis de Dieu.

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Un exemple très aisé à comprendre de la catégorie A (ce qui est pur droit de Dieu) est le statut de l'utilisation (au sens de tirer profit) de ses parties intimes.
Que ce statut d'interdiction relève du droit de Dieu ne signifie pas que Dieu ait quelque chose à y gagner – puisque Dieu ne tire aucun profit de ce que les hommes font ou ne font pas –, mais que, hormis dans le cadre où Dieu l'a autorisé (c'est le cas du mariage), il est interdit à une tierce personne d'en tirer profit (dans le sens d'une relation sexuelle), même si le détenteur lui en donne l'autorisation. (Si le détenteur ne lui en a même pas donné l'autorisation et qu'une personne en tire profit, alors il y a viol, ce qui est plus grave encore, car il y a alors eu violation à la fois du droit de Dieu et du droit du détenteur ; mais ici nous ne parlons que des relations intimes consenties.) Quant au fait de toucher les parties intimes de quelqu'un, cela est également interdit à une autre personne, sauf cadre autorisé par Dieu (mariage), ou encore situation de nécessité (dharûra) (comme une consultation médicale relevant de la nécessité – dharûra –).

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La catégorie B, "droit de la personne", est différente, et on peut ici en donner comme exemple le statut des biens matériels qui sont la propriété d'une personne.
Que cela relève des droits de la personne signifie que si le détenteur du droit – autrement dit le propriétaire humain – autorise un tiers à utiliser un de ses biens, il devient autorisé pour ce tiers de le faire (il doit bien sûr le faire en respectant les autres règles islamiques) ; de même, si ce propriétaire humain le lui offre, alors il en devient propriétaire. Mais si ce tiers prend de force ce bien (ghasb) et l'utilise sans l'autorisation du propriétaire, alors il lèse le droit de ce dernier, et, de plus, manque à ses devoirs de 'ibâda vis-à-vis de Dieu, qui a interdit pareille chose (mais ce n'est pas dans ce sens que l'on utilise ici la formule "droit de Dieu", nous l'avions dit au début de cet article, et ce n'est donc pas dans ce sens que l'on dit que les droits relevant de cette catégorie B ne contiennent pas de "droit de Dieu"). Il a donc l'obligation de rendre ce bien à son propriétaire – et si besoin en est de lui remettre une compensation pour son utilisation, voire un remboursement s'il avait détruit le bien –, de lui demander pardon, puis de demander pardon à Dieu.

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Ici il nous faut ajouter qu'il y a encore 2 autres catégories, où "droit de Dieu" – au sens second de la formule – et "droit de la personne" sont mêlés, et où c'est soit le premier, soit le second qui domine :
– C) Ce où droit de Dieu et droit de la personne sont présents mais où c'est le droit de Dieu qui domine ;
– D) Ce où droit de Dieu et droit de la personne sont présents mais où c'est le droit de la personne qui domine.

– C) Ce où droit de Dieu et droit de la personne sont présents mais où c'est le droit de Dieu qui domine :
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ne devient pas autorisé d'utilisation (mubâh ul-isti'mâl) par le seul fait que son détenteur humain le permet (puisqu'il s'y trouve du "droit de Dieu") ;
- en cas de violation de ce droit, la sanction terrestre prévue ne devient applicable que s'il y a plainte de la part du détenteur du droit (yushtaratu mutâlabat ul-majnî 'alayh) (et ce à cause du fait que c'est un droit de la personne qui a été violé) ; ensuite, cette sanction ne devient pas caduque par le pardon accordé par le détenteur du droit (et ce à cause du fait que c'est le droit de Dieu qui domine) ; elle ne le devient pas non plus par le repentir (et ce à cause de la présence du droit de la personne).

– D) Ce où droit de Dieu et droit de la personne sont présents mais où c'est le droit de la personne qui domine :
-
ne devient pas autorisé d'utilisation (mubâh ul-isti'mâl) par le seul fait que son détenteur humain le permet (puisqu'il s'y trouve du "droit de Dieu") ;
- en cas de violation de ce droit, la sanction terrestre prévue ne devient applicable que s'il y a plainte de la part du détenteur du droit (yushtaratu mutâlabat ul-majnî 'alayh) (et ce à cause du fait que c'est un droit de la personne qui a été violé) ; ensuite, cette sanction ne devient pas caduque par le repentir, mais elle le devient par le pardon accordé par le détenteur du droit (et ce à cause du fait que c'est le droit de la personne qui domine).

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Le droit à ne pas avoir sa dignité ("al-'irdh") salie relève – si on l'appréhende d'après les règles de l'école hanafite – de la catégorie C. Dès lors :
- d'un côté, même si une personne autorise une autre personne à la calomnier, cette seconde personne n'en a pas le droit, car elle a le devoir, vis-à-vis de Dieu, d'utiliser sa langue dans la vérité ;
- d'un autre côté, si calomnie (qadhf) il y a eu, alors, pour que la sanction puisse être appliquée par l'autorité, la personne lésée doit en faire la demande (Al-Mughnî 12/276-277) : c'est l'indice que c'est un droit de la personne qui a été lésé. Si ensuite, après instruction du dossier par les autorités judiciaires, la victime pardonne et retire sa plainte, alors d'après l'école hanafite, la sanction reste applicable (Al-Mughnî 12/277) : voilà l'indice que l'on est dans un cas où c'est le droit de Dieu qui domine (d'après les écoles shafi'ite et hanbalite, par contre, après instruction du dossier, en cas de pardon de la personne lésée, la sanction est inapplicable, car selon ces écoles cela relève de la catégorie D, citée ci-après).

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Le droit à l'intégrité physique ("an-nafs") relève de la catégorie D. Ceci fait que :
- d'un côté, même si une personne autorise – ou même demande à – une autre personne de la blesser [hors cas de nécessité chirurgicale], cette seconde personne n'en a pas le droit (Al-Mughnî 11/478), puisque cela relève des "droits de Dieu" (la personne n'a d'ailleurs pas le droit de mutiler son corps ni de se suicider : Ibid. 11/478) ;
- de l'autre côté, si blessure injuste et volontaire il y a eu, il est nécessaire, pour application du talion, que la victime adresse aux autorités une demande de réparation, puisque c'est un "droit de la personne" qui a été bafoué. Si ensuite, après instruction du dossier par les autorités judiciaires, la victime pardonne et retire sa plainte, la sanction devient inapplicable (Al-Mughnî 11/508) : voilà l'indice que l'on est dans un cas où c'est le droit de la personne qui domine. (D'après l'école malikite, cependant, après instruction du dossier, en cas de pardon de la victime, la sanction du talion est certes inapplicable, mais les autorités ont le devoir d'appliquer une autre sanction.)

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Pardon et talion :

Si quelqu'un a tué volontairement et sans raison valable un humain, alors il y a la possibilité du talion ; il est recommandé (yustahabbu) que la famille de la victime pardonne ; cependant, elle a l'autorisation (yajûzu lahû) de demander le talion. Dieu dit dans le Coran : "Le talion vous a été prescrit à propos des personnes assassinées : l'homme libre pour l'homme libre, l'esclave pour l'esclave, la femme pour la femme. Celui à qui son frère aura pardonné quelque chose, alors (on lui fera) une requête convenable [le paiement du dédommagement], et (il s'en) acquittera de bonne grâce. Ceci est un allègement et une miséricorde de la part de votre Seigneur. Celui qui transgresse après cela aura un châtiment douloureux" (Coran 2/178).
Il faut cependant noter que c'est aux autorités judiciaires et exécutives, et non pas à la famille de la victime, que revient le droit d'appliquer concrètement le talion (quand cette application est possible, cliquez ici) (Al-Mughnî 11/421).

La même chose peut être dite à propos des coups volontaires ayant entraîné des blessures ou des dommages physiques. Ici encore, d'après un avis (qui  semble être l'avis pertinent sur le sujet), c'est aux autorités judiciaires et exécutives, et non à la victime ou à sa famille, que le droit d'appliquer le talion revient (Al-Mughnî 11/445) ; on ne peut pas se faire justice soi-même pour ce genre de cas. Dès lors, si quelqu'un a blessé une personne au doigt volontairement et sans raison valable, en pays musulman elle peut demander aux autorités que, par talion, il soit lui aussi blessé de la même façon au doigt, car cela relève de la catégorie D.

Cependant, si quelqu'un a violé une femme, celle-ci ne peut évidemment pas demander que, par talion, le coupable subisse quelque chose de comparable, car le caractère sacré des parties intimes relève du "droit de Dieu" (harâm li 'aynih), ce qui ne peut être rendu autorisé par talion ; le coupable sera, ici, sanctionné d'une autre façon.
De même, si quelqu'un a fait du tort à quelqu'un par le biais de la sorcellerie, la famille de la victime ne peut pas, par vengeance, faire jeter un sort au coupable, vu que l'interdit de la sorcellerie relève des "droits de Dieu".

 

 

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