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 L’homme universel:méditation et contemplation

21/8/2015

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

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Par Bennani Karim Tajeddine


Outre les vastes connaissances religieuses d’Ibn ‘Arabi, il souligna le rôle spirituel du cœur, source de lumière intérieure, illuminant l’œil droit de l’être humain, par contraste avec la double cécité, physique et spirituelle, de celui du « Dajjâl »/ « Anti-christ». En effet, ce personnage borgne, acteur principal d’événements ultimes de la fin des temps, ne voit que de l’œil gauche, symbole de l’intellect. L’œil droit, symbole de la spiritualité, est miroir d’illuminations des mille et une lumières du cœur. En peu de mots, l’œil gauche du Messie menteur et de ses partisans ne détecte que la composante « matérielle » de la Création, alors que les mondes invisibles lui échappent complètement. Dans un Hadith Kudsi, il est rapporté qu'Allah, Le Très Haut, dit : « Ni Mes Cieux et ni Ma terre ne me contiennent, mais le cœur de mon serviteur fidèle peut Me contenir.» Ce Hadith décrit puissamment les conséquences de l'entrée de la Vérité dans le cœur. La lumière intérieure se déclenche par delà le matériel et peut embrasser les dimensions supérieures à la mesure de l’ouverture du cœur. Par le biais de l'intuition créatrice, elle joue le rôle de régulateur aux dérives du rationalisme et des complexités qui en découlent. La vision complète de l’être humain, union entre l’œil droit et gauche, se sert simultanément du cœur et de l’intellect. Ibn ‘Arabi cite : 
« Par Dieu, j'éprouve de l'amour à un point tel que, me semble-t-il, les cieux se disloqueraient, les étoiles s'affaisseraient, les montagnes s'ébranleraient si je leur en confiais la charge : telle est mon expérience de l'amour... » [Al-Futûhât Al-Makkiyya, ed. Bûlâq, 1329 h.,II, p.346.]
   
Il rapporta plusieurs fois un hadith de référence, qu’il qualifie de « qudsi », selon lequel Dieu aurait dit : « J’étais un trésor caché et j’ai aimé à être connu. Alors j’ai créé les créatures afin d’être connu par elles » (Al-Futûhât al-Makkiya d'Ibn 'Arabî, II, p. 322, chap. 178).

Il en donne une interprétation : « Lorsque Dieu S’est connu Lui-même et a connu le monde par Lui-même, Il l’a créé selon Sa forme. Le monde fut donc un miroir dans lequel Il contemple Son image… «  (Fut., II, p. 326).

Partant de cette relation symbiotique, intime et extrêmement fascinante entre Le Créateur et Sa Création, tout se qui existe est alors un miroir resplendissant de beauté, reflétant la grandeur de Sa manifestation (tajalli). En Se manifestant dans ces formes, Il Se connaît et Se contemple et aime la créature en S’aimant Lui-même.

Néanmoins, selon Ibn Arabi, Dieu n'est pas connu dans sa Réalité essentielle (Allah), mais par Ses noms. Ce faisant, tous les dons que Dieu, Exalté-Soit-Il, accorde à Sa Création se déclinent selon des Noms divins, identifiés et secrets. Comme une Source intarissable de lumières, Dieu ne cesse alors de prodiguer Sa miséricorde infinie aux créatures par l’entremise de ses noms tels que «Ar-Rahmân» (Le Clément), «Al-‘adl» (Le Juste), «Al-Ghaffâr » (Le Pardonnant), etc. Toujours est-il que si les Noms divins se reflètent dans la Création, ils ne s'y incorporent guère. Ce qui implique qu’il est hors de question d’assimiler une quelconque substance de la Création avec l'essence divine. Les polythéistes commettent l’erreur fatale de projeter la divinité sur des objets qu’ils vénèrent, s’égarent et perdent l’âme. Selon Henry Corbin, l’approche d'Ibn ’Arabi demeure subtile tout en étant source d’extraordinaires méditations. Contrairement au panthéisme qui naturalise Dieu et l'absorbe dans l'immanence, Ibn ‘Arabi interprète La Création comme un vaste miroir aux facettes infinies reflétant les Noms divins tout en préservant la transcendance de Dieu et son unicité.

Selon Ibn ‘Arabi, l’être humain est la seule créature en mesure de miroiter la totalité des noms divins. L'Homme universel en est le symbole éloquent et l’image parfaite : « Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue » (Coran, Sourate 82, verset 7-8).

L’analogie entre l’univers (Macrocosme) et l’être humain (Microcosme), tant extérieure qu’intérieure, est constamment évoquée dans plusieurs livres d’Ibn ‘Arabi. Ce faisant, d’une part, l’image extérieure de l’homme est en harmonie avec les formes de la Création ; et d’autre part, ses facultés intérieures (intellect, imagination, etc.) s’apparentent avec les sphères supérieures de l’univers.

Du même point de vue, si Dieu s’est qualifié de « Trésor caché », on retrouve, en modèle réduit, la même Source derrière la forme de l’homme universel, miroir parfait de manifestation des Noms divins. En étant ce miroir, l’homme universel se connaît soi-même et connaît son Seigneur apparaissant en lui, en opposition avec l’homme, produit du monde matériel, ne pouvant comprendre les réalités supérieures que par le biais de preuves et de signes palpables. La méditation de ces signes ne procure chez lui que l’effort spéculatif et métaphysique des philosophes.

En revanche, l’homme universel contemple en lui-même ces signes et extrait les perles du trésor caché de son âme. Il combine ainsi méditation et contemplation. Cet effort de contemplation culmine dans l'expérience des différentes modalités de la Présence divine (Hadarât). L'homme universel est celui qui converge au seuil de la « Présence Totale » (al-hadarat al-jâm'iyah), englobant toutes les autres formes de présence, recélant les qualités sublimes des Noms divins.



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