"> Esprit de la civilisation - Musulman et fier de l\'être - Bloguez.com
 

 Esprit de la civilisation islamique

23/11/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

musulman et fier


Dr Mohamed Imara(*)

La véritable industrie lourde que l'Islam a initiée, dès l'époque mecquoise, et qu'il a consolidée, par la suite, fut celle de l'éducation islamique de l'homme qui a embrassé la religion musulmane.

Dar Al Arqam Ibn Al arqam,  constituait, à l'époque  où la prédication était encore tenue secrète, autrement dit, tout au début de cette prédication, la première institution pédagogique établie par le Prophète (PSL).

En effet, avant de conquérir les cités lointaines et les contrées reculées, avant d'ériger l'Etat, de modifier la réalité, d'appliquer la loi  et d'établir les relations internationales, l'Islam a d'abord conquis les cœurs et les esprits par la lumière du Noble Coran, imprégnant  le comportement des musulmans d'une nouvelle façon d'être et de se conduire. Bien plus, la première cité que les musulmans avaient ouverte, avant même l'exode du prophète et l'édification de l'Etat musulman, fut Médine (Al Madina Al Munawara). Elle fut conquise par le Noble Coran.

La conception de l'homme musulman ayant été établie par l'éducation, des nombreuses réussites et conquêtes se sont alors succédées dans les différents domaines de la civilisation : les sciences, la culture, les lettres et les arts. Elles traduisaient toutes, le succès réalisé au niveau de la conception de l'homme, et étaient empreintes du sceau  de l'Islam et conformes aux normes qu'il a ancrées dans les cœur  et les esprits de ceux qui s'y sont convertis. La Prédication religieuse en Islam, ne s'est pas limitée à la simple conversion de l'homme à l'Islam, ni à sa ferme croyance en l'unicté de Dieu, telle qu'exprimée  par des rites qui témoignent de sa foi sincère et de sa relation avec son Dieu, elle s'est également appliquée à réaliser l'harmonie entre l'homme et la nation, la société et l'univers auxquels il appartient. La croyance en un seul Dieu et en un au-delà, ainsi que la recherche de l'équilibre dans les relations entre l'individu et la communauté, entre ce qui est privé et ce qui est public, sont au cœur de la formation de cet homme musulman. Ainsi le monde, ici bas, tout en demeurant ce qu'il était, est devenu religieux. Lorsque l'Islam a forgé le cœur et l'âme de l'homme musulman dans cette conception où se réunissent et s'équilibrent les signes divins de la Révélation ainsi que les attributs dont il a gratifié l'âme humaine.

L'Islam ne se  fond,  ni se réalise, uniquement, dans la recherche du salut individuel. Son accomplissement et le parachèvement de ses préceptes exigent une nation, une communauté, une société et des prescriptions collectives qui s'adressent à la Oumah. Ces préceptes collectifs sont plus impératifs et plus importants que les préceptes individuels.  Le châtiment du non respect d'une prescription individuelle concerne l'individu, seul, alors que le non accomplissement d'une obligation collective concerne la Oumma entière.

Dans la religion musulmane la notion de l'exode au service de Dieu s'est associée à l'édification de l'Etat, à l'établissement de la société, à  l'application de la loi, et à l'organisation d'un tissu sociétal entre les sujets. Et ce, pour la réalisation de la fraternité non seulement dans les droits religieux purs mais aussi dans les choses qui concernent la vie ici-bas. Ce tissu fondé sur les principes de la citoyenneté, le droit à la différence, y compris, en matière de religion, s'est déployé pour couvrir non seulement les musulmans mais également les non musulmans.

L'émigration vers la maison de Dieu n'est pas  un monachisme  dont on puise la purification de soi,  ou que l'on cherche pour accomplir cette purification à l'écart de la vie et des gens. Le  monachisme pour la Oumma islamique est le jihad  en tant que précepte collectif, qui nécessite la présence de la Oumma,  du pays et la communauté.

La prédication islamique a eu un impact pédagogique constitutif de l'individu musulman, impact qui est devenu un facteur psychologique conciliant les éléments individuels dans  la société musulmane, qu'ils soient naturels, juridiques, civiques, religieux, rationnels, traditionnels, matériels ou spirituels. Cette harmonisation fut la civilisation islamique, telle que l'homme, forgé par l'Islam l'a créée. Il s'agit là d'une spécificité de l'Islam et de la civilisation islamique. Les premiers Messages de Dieu, ayant précédé l'Islam, sceau de toutes les religions, ont, soit, coïncidé avec des civilisations qui n'étaient pas avancées et ont coexisté avec celles-ci sans chercher à les modifier ni à les imprégner, car ces Messages s'en tenaient au religieux pur, soit que ces civilisations vivaient dans des ères où il n'y avait pas de Messages religieux.

L'Islam s'est quant à lui, distingué en étant la religion qui a fait jaillir une civilisation, élaboré une société de progrès et d'humanisme. C'est une religion qui grâce à l'approche pédagogique a créé chez l'homme cet équilibre qui lui a permis de développer une civilisation empreinte de religion. L'Islam a réussi à créer chez l'homme musulman  la sérénité, la pondération et l'équilibre qui furent à l'origine de cet humanisme ; autrement dit la civilisation islamique, fruit de ce que cette religion a pu réussir chez l'individu. Maintenant que la civilisation s'est éloignée de ce qui fut son essence même, le résultat fut ce dysfonctionnement que nous déplorons et qui s'était produit il y a bien des siècles. Ce dysfonctionnement qui a inerpellé,  pour y remédier, tous les mouvements de réforme qui se sont succédés dans la Oumma islamique.

Parmi ceux qui prêchent la réforme, certains ont préféré s'engager dans la voie de l'individualisme le plus total, cherchant le salut individuel et se sont alors, détournés de la société et de la civilisation, à l'instar des soufistes qui se dépouillent de toutes les règles et normes sociales de la Loi islamique. D'autres parmi ces réformateurs ont eu recours à la Raison, tel Al Imam Al Ghazali (450-505 H, 1058-1111 G), d'autres encore ont insisté sur la nécessité d'épurer la croyance de tout ce qui s'y est mêlé, à l'instar de Cheikh Al Islam Ibn Taymiya (661-728 H/1263-1328 G). Il y a également ceux qui se sont attelés à réformer la charia en explicitant ses grandes finalités comme As-Shâtibi (790 H/1388 G), ceux qui ont  insisté sur le côté politique, comme Jamal Addine Al Afghani (1254-1314H/1838-1897 G). Il y a enfin ceux qui ont  attiré l'attention sur la nécessité de réformer les méthodes de la pensée et du modernisme comme Mohamed Abdou (1265-1323 H/1849-1905 G).

S'agissant maintenant des temps modernes, l'ère de l'imitation de l'Occident, ère qui a su tirer profit des mouvements de réforme précédents, le dysfonctionnement demeure cependant patent et la Oumma n'a toujours pas trouvé la clef  du salut qu'elle cherche, pour sortir de cette situation et réussir la réforme à laquelle elle aspire. 

Si l'Islam était à l'origine du développement des musulmans, de l'essor de leur civilisation et de leur progrès culturel, quelle est donc la raison de ce déclin  qui a frappé  les musulmans, alors même que l'Islam est encore aujourd'hui ce qu'il a été hier, une religion qui a réussi à faire jaillir une civilisation tellement avancée ?

La raison réside dans l'absence de «l'esprit», l'esprit de la religion, de la civilisation, la civilisation islamique. La raison est cette rupture entre l'Islam et la civilisation islamique ; cet «esprit» qui non seulement a fait que la civilisation fut islamique mais qui en a été le ressort et en a fait une civilisation  islamique dans sa nature.

On raconte que Al Hassan Al Basri (21-110 H/642-728 G) s'est entretenu avec un prêcheur et n'a pas pu s'imprégner de ses conseils. Il lui a alors demandé: «Dites-moi mon frère, est-ce ton cœur qui est malade ou est ce le mien ?».  C'est donc la rupture, due à l'absence de «l'esprit», qui  est à l'origine du mal de la civilisation et la situation d'impasse de laquelle toutes les écoles de réforme cherchent à sortir.

Quel est donc  cet esprit qui a fait de l'Islam, à l'exclusion de toutes les autres religions, une religion qui façonne une civilisation et une culture et ne se contente pas d'être une simple religion ?

Où se situe donc, ce dysfonctionnement qui a paralysé l'action de l'Islam dans la civilisation et dans la culture, entraînant le déclin de la civilisation et la destruction de la culture islamique, au moment même où l'Islam, en tant que religion, est demeuré inchangé, que la foi et le respect des préceptes sont encore présents ?

Cheikh Mohamed Al Fadil Ibn Achour(1) s'est penché sur cette question cruciale lorsqu'il a dit :

1-   Une caractéristique qui distingue l'Islam, en tant que religion, est d'avoir engendré une civilisation et édifié une culture.  «Si l'Islam en tant que religion partage, en général, avec les autres religions les mêmes préoccupations qui sont au cœur du religieux, il se différencie cependant, par des aspects qui lui sont propres. Ses liens avec les cultures et les civilisations le distinguent de ces religions. Ce que nous appelons civilisation ou culture islamique, est en fait une série d'événements, de situations et de façons d'être sociales et spirituelles que l'Islam a engendrées et a édifiées. L'Islam ne s'est pas contenté de coexister avec la science.  Bien au contraire, toutes les questions d'ordre scientifique s'avéraient liées à la croyance religieuse. Le lien entre la religion et le savoir rationnel, ou entre la science naturelle et surnaturelle, est devenu un lien d'interaction et de fusion. Un lien qui engendrait ainsi un nouveau mode de comportement et une nouvelle attitude, où la cause du religieux se manifeste dans la production du scientifique, de l'homme de lettres et de l'artiste. La connaissance scientifique est devenue un argument entre les mains de l'orateur, du spécialiste du Fiqh, et du soufiste, en ceci qu'elle a interconnecté les éléments du savoir et produit les encyclopédies islamiques qui comportent tout le savoir en sciences naturelles, en mathématiques, et en sciences humaines ainsi que les vérités relatives aux croyances,  et ce en un mélange réussi du scientifique et du religieux, du rationnel et du traditionnel. La société musulmane fut édifiée à la suite d'une prédication religieuse. Il s'agit d'une société religieuse au sens stricte du terme, où le religieux fut l'élément direct et fondamental. De l'adhésion à la religion et la croyance en sa véracité, le peuple qui a répondu favorablement à cette prédication, a acquis de nouvelles qualités spirituelles. Le bénéfice n'était pas tant, en terme de science, d'industrie ou de force matérielle, qu'il ne l'était en terme de qualités qui lui ont permis d'exploiter la science ; l'industrie et la force matérielle. Seules les perceptions religieuses ont ouvert au musulman les voies de l'univers, de la contemplation, de la réflexion et de la foi.

La vérité de la croyance divine est le fondement de toutes les structures à la fois matérielles et spirituelles que la civilisation islamique a édifiées.  C'est encore et toujours, grâce à la religion que l'homme qui se trouve au coeur de cette civilisation a mené sa réflexion, a bâti et a édifié cette civilisation. C'est grâce à la religion qu'il a consolidé cet Etat qui préserve la société et son essor. C'est grâce à elle, que les manifestations de la civilisation sont ainsi demeurées liées, dans leur esprit, à la religion. C'est grâce à elle que les facteurs religieux ont continué à avoir un impact direct  sur ces manifestations».

2-   La civilisation islamique et sa culture se sont également distinguées par l'équilibre et l'harmonie : La civilisation est le fruit de cette capacité de  l'homme à créer cette complémentarité et cet équilibre dans les sources du savoir humain :  «Toutes les vérités relatives à  la matière et à ce qui est au-delà de cette matière sont à la portée de l'homme qui peut les appréhender grâce à différentes perceptions qui se complètent et s'additionnent. Au delà des perceptions innées, les perceptions sensorielles puis les perceptions rationnelles qui permettent d'accéder à des entendements relatifs au monde invisible par la révélation, de les accepter et s'y soumettre. Ces perceptions se complètent les unes les autres et tout ce que l'une d'elles appréhende ne peut être démenti par l'autre. Mais ce qui ne peut être appréhendé par une perception particulière, peut l'être par l'autre jusqu'à se soumettre aux voies métaphysiques, à savoir la voie de la révélation.

La raison de l'homme, sa croyance, ses sens ainsi que ses sentiments innés sont autant de facultés qui se complètent et ne s'opposent ni se contredisent. La civilisation islamique fut le résultat de l'homme qui a réussi à atteindre une harmonie interne et une grande sérénité. C'est lui qui a façonné une civilisation à son image lui insufflant toutes les grâces que Dieu lui a attribuées, une civilisation qui a dépassé toutes les autres…»

3- Mais que s'est il passé  depuis ? Qu'est-ce qui a causé le déclin et la régression de la civilisation et de la culture, alors même que l'Islam qui les a façonnées et leur a permis un essor prodigieux en en faisant le phare lumineux du monde entier, des siècles durant, est resté, lui inchangé ?

«Ce qui est en cause ce n'est pas l'Islam en soi, c'est plutôt la culture et la civilisation islamiques. Ces dernières se tournent vers l'Islam pour trouver la solution. On savait tous en effet, que le mal qui a frappé la société musulmane dans sa civilisation et sa culture n'est que la conséquence logique de la déviance de l'origine et l'éloignement des fondements pédagogiques et éducationnels originels qui en constituaient le rempart. La civilisation et la culture furent atteintes d'un mal qui les a empêchées de puiser véritablement dans l'Islam et de s'y appuyer, ce qui les a déviées de leur axe et les a déséquilibrées».

Le dysfonctionnement n'est pas inhérent à l'Islam en tant que tel, mais il est inhérent au fait que la religion  musulmane n'est plus «l'esprit» placé au cœur de la civilisation islamique, et au rétrécissement de la volonté persuasive et constructive de cette civilisation. Il est donc inhérent à la rupture entre le civilisationnel et le religieux. «Il s'agit d'essayer de comprendre la cause du mal, car c'est la seule voie pour découvrir les raisons du déclin de la civilisation et sa dislocation».

Ce qui s'est produit dans la religion et qui a engendré ce déclin n'est en fait qu'une obsolescence de la foi qui l'empêche d'imprégner et d'insuffler son esprit à la civilisation qui est devenue, par conséquent, défaillante et inerte. Cette réduction est l'un des effets de cette faiblesse qui a touché  le cœur même de la croyance. C'est en effet la volonté persuasive et constructive qui s'est effondrée, entraînant avec elle ce qui fut à l'origine des situations sociales et des effets salutaires de la civilisation, consommant ainsi la rupture entre la religion et la civilisation. Le musulman est resté d'une part, fidèle  à la croyance religieuse et fière de sa religion, et d'autre part, résigné  à la vie de travail qu'il mène au quotidien. Cette dichotomie entre le principe théorique et la réalité de la vie active s'est ainsi installée créant une rupture entre le temporel et le religieux ; la religion considérée comme un irréel convenable et le monde un réel néfaste. L'homme musulman est partagé entre une religion qui n'a aucun effet sur son réel et un réel qui l'éloigne de plus en plus de la religion.

Il fut par la suite envahi, dans sa vie, par des civilisations étrangères qui connaissaient un essor scientifique, industriel et matériel, ainsi qu'un niveau intellectuel bien avancé. Et face à cette invasion, il n'a pu puiser dans sa volonté religieuse ce qui lui permettrait d'y faire face, à l'instar de ce qu'il a pu accomplir auparavant alors que sa volonté religieuse était forte et saine. Bien au contraire, il est resté immobile et inerte et a considéré qu'il s'agit là d'images de cette vie qu'il croyait coupée de la religion…»

C'est donc à ce niveau que se situe le mal qu'Ibn Khaldûn (732-808 H/1332-1406 G) a su, plus que quiconque, analyser et comprendre : «Ibn Khaldûn a analysé les problématiques avec beaucoup de discernement, en liant les questions politiques, urbanistiques, industrielles et scientifiques à la question religieuse . Pour ce penseur, ce qui prime et est à l'origine de tout le reste c'est la religion, en tant que croyance individuelle. Il s'est attelé à analyser la corruption de l'Etat, la récession urbanistique, le marasme industriel, le déficit des compétences scientifiques, ainsi que le bouleversement des approches et méthodes d'enseignement qui ont succédé à l'essor prodigieux qu'a connu la civilisation islamique. Il a expliqué que tous les maux qui la rongent trouvent leur origine dans le dérèglement de la religion, qui est le fondement de toute civilisation, car aucune civilisation ne peut se développer sans une croyance religieuse solide. Il s'agit donc, d'après lui, de la formation religieuse de l'homme et de sa foi, liée, d'une part à l'Islam en tant que croyance, et liée d'autre part, à toutes les manifestations urbanistiques, industrielles et idéologiques de cette croyance».

«Si d'aucuns se contentent d'expliquer ce bouleversement au sein de la société musulmane, en mettant en avant les systèmes au pouvoir, le mode de gouvernement, la corruption ainsi que la désagrégation des relations sociales traditionnelles, Ibn Khaldûn, lui, cherche la vérité au-delà de ces facteurs».

«Ibn Khaldûn a ramené la civilisation islamique à ses racines et origines, ou plutôt à son essence, qui n’est autre que la confession religieuse». 

4-   Si tel est le problème ? quelle en est l'étendue et quelle en est la durée ?

Le problème est grave dans son étendue et dans sa durée : «Certes, tous s'accordent pour dire que la civilisation islamique a décliné, s'est repliée sur elle-même et est menacée de disparition, mais le problème ne date pas d'hier. Ces maux qui sont apparus ces derniers siècles ne cessent de s'aggraver et s'étendre pour devenir de véritables  maladies chroniques qui rongent notre Oumma ».

5-   Ayant défini «l'esprit» de la civilisation islamique et diagnostiqué l'origine du dysfonctionnement, qui tel un mal pernicieux ronge notre civilisation et notre culture, on peut se demander quelle est la véritable solution à ce problème et comment sortir de l'impasse ?

La solution réside dans le retour à l'esprit qui a su engendrer une civilisation florissante et une culture des plus avancées. Le retour à « l'esprit »  religieux pour concevoir la renaissance d'une civilisation distinguée. C'est d'ailleurs là le vrai sens de la citation : Seul ce qui a amendé cette Oumma à ses débuts peut la réformer à sa fin. «Sans la conception mecquoise de l'individu et la conception sociale et civile de cette civilisation  qui a jailli dans toutes les capitales musulmanes, celle-ci n'aurait jamais vu le jour. Ceux qui aspirent à cet âge d'or et rêvent de le faire revivre, feraient mieux de retourner à ce qui constitue le facteur originel qui a créé cet âge d'or et sans lequel, il est impossible de retrouver ces temps bénis ; autrement dit, il faut retrouver le facteur de l'éducation islamique qui a façonné l'individu avant la société, qui a frayé le chemin pour l'édification de la culture avant même de s'attacher aux différentes composantes du savoir qui en constitue l'entité».

Si l'on s'en tient à l'indépendance en terme de (drapeau et d'hymne national) sans vraiment s'attacher à la véritable indépendance (l'indépendance civilisationnelle), fruit du caractère distinct de l'Islam, on ne sortira pas de l'impasse dans laquelle on se trouve. «Le monde musulman s'est libéré du joug de l'Autre et a recouvert sa souveraineté, mais est-il capable de retrouver sa civilisation, d'en assumer, de nouveau, les charges et de présenter au monde entier une nouvelle conception de la civilisation, empreinte de sa personnalité islamique, émanant des principes de la religion musulmane, et rappelant celle prodigieuse civilisation qu'il a su montrer au monde  par le passé ?».

La renaissance du Japon n'est pas bouddhiste, celle de la Chine n'est pas confucianiste, celle de la Grèce n'est  ni byzantine, ni platonicienne ni   aristotélicienne, elle n'est  à vrai dire même pas grecque.

En sera-t-il ainsi pour l'Islam ? Ou est-ce qu'une civilisation et une culture d'esprit islamique verront le jour en émanant de tout ce qui est commun aux peuples musulmans fervents et indépendants ? «L'esprit de cette civilisation constitue, en effet, le cœur du problème»(2)

Il s'agit là de quelques questions et idées relatives à la problématique qui a préoccupé et préoccupe encore les réformateurs : l'esprit de la civilisation islamique qui a su produire une civilisation prodigieuse pendant la période de la constitution et  les âges d'or, ainsi que l'origine du dysfonctionnement qui a causé le déclin de cette civilisation  et la désagrégation de sa culture. 

 


(*) Membre de Conseil supérieur des affaires islamiques et membre de l’Académie de recherches islamiques de l’Université Al-Azhar au Caire.

(1) «L’esprit de la civilisation islamique», in Kitab Al-tanwîr Al-islami, sous la supervision de Dr Mohamed Imara, Dar Nahdat Misr, Le Caire.

(2) Op. cit.


http://www.isesco.org.ma/francais/publications/islamtoday/24/p3.php

 


Category : A propos de l'islam: | Write a comment | Print

From the same author

Comments