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 La diététique médicale arabo-islamique: performance physique et sexuelle

9/6/2013

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

La présentation que nous donnons ici de la doctrine diététique arabe telle que nous l’avons perçue à travers les prescriptionsde régimes et les consignes alimentaires issues de la tradition arabo-musulmanes s ’appuie en parties sur l’étude d’un texte qui connut autrefois une grande faveur dans les milieux de lettrés traditionnels. Ce texte, qui existe à l’état de manus crits ou de lithographies dans beaucoup de bibliothèques  privées ou publiques marocaines est la Urjuzah d’ABDELQADER
IBN CHAQRUN, médecin marocain x du 18 ème siècle, petit opuscule d‘une cinquantaine de pages dont une traduction a été donnée dernièrement (TAZI,1980).
Cette œuvre qui fut enseignée jusqu’au début du siècle, à l’université musulmane de Fès, La Qarawiyine, se présente elle même comme un traité général d’hygiène et de
diététique alimentaire. << Le but de ce livre - nous dit  l’auteur, en introduction -e st de citeler tempérament des aliments que nous utilisons couramment >> (p. 5, ligne 11).

A la lecture de ce document, il apparaît très vite que son auteur a pris connaissance des œuvres médicales arabes les plus célèbres, celles en particulier qui réservent une
place spéciale à l’étude des aliments et des correctifs. Ces œuvres n’étaient pas rares à l’époque. Pour n’en citer que quelques unes, parmi les plus connues dans l’Occident
musulman, rappelons le Kitab el aghdiya (<>>) d’AVENZOAR Fils, le 5” livre du Kolliyat (de colliget >>d ’AVERROES, le Kitab errahma (>d ’AL SOYOTI.
La Urjuzah est donc une sorte de récapitulation abrégée, faite à une époque tardive, des théories développées par la science arabo-musulmane entre les IX“ et me siècles. Comme nous avons pu le constater lors de nos enquêtes sur le terrain, beaucoup de ces notions théoriques se retrouvent aujourd’hui à la base des règles nutritionnelles en usage chez les populationsdu Maghreb, en précisant toutefois que cette pratique a aussi beaucoup innové en la matière. Comme nousle verrons plus
loin, l’art culinaire a même, d’une certaine manière, intégré ces règles, dans la mesure où il prend en considération, outre la recherche de saveur des préparations culinaires, ce qui est normal dans toute tradition gastronomique, le souci de respecter I’équilibre des mets par une association judicieuse d'aliments et d'ingrédients alimentaires.

En ne sélectionnant de cette théorie diététique que les éléments positifs qu’elle apporte, tout en étant convaincu que celle ci contient également certains aspects archaïques, ce que nous pouvons retenir d‘essentiel dans cet ensemble de règles, c’est que la question de la diététique y est traitée comme s’il s’agissait
d’un domaine nécessairement complémentaire de la thérapeutique et, plus exactement, comme un chapitre particulier
de la prévention médicale. De plus, par rapport au contenu des traités de gastronomie qui ont fleuri à l‘époque de l’Andalousie
musulmane, nous pouvons affirmer avec certitude  que la science des aliments est abordée différemment dans
les traités arabes de diététique et s’implique en grande partie dans le champ de la matière médicale.


LES PRINCIPES DE LA DIÉTÉTIQUE ARABO-MUSULMANE

CLASSIFICATION DES ALIMENTS
SELON LA THÉORIE DES TEMPÉRAMENTS

Sans entrer dans le détail, disons simplement et brièvement que, selon cette théorie, le tempérament d’un individuse trouve entièrement défini par le rapport existant
dans son organisme entre les quatre humeurs. Une bonne santé tient de ce que les humeurs sont entre elles dans un état d’équilibre parfait, celui qui correspond exactement à
l’âge, la région, la saison, l’individu considéré. Un trouble quelconque signifie la déviation de cet équilibre (inhiruf
el mizuj) dans un sens ou dans un autre. Le traitement consistera donc, en application de cette théorie a, porter
des remèdes possédant, en raison de leur nature de leur état, I’activité appropriée.
Ainsi, les médicaments sont classés dans la matière médicale arabe selon neuf types d’état : l’état équilibre (rnu’tudiil) ; les quatre états simples : chaud, froid, sec, humide ; et les quatre états composés : chaud-sec, chaud-humide, froid-sec, froidhumide. ntervient en plus, à l’intérieur de chaque état, une hiérarchie rendant compte de la force avec laquelle ces produits agissent, un coefficient d’activité en quelque sorte. Cette hiérarchie distingue quatre degrés. On dira par exemple d’produit qu’il est chaud au premier degré, d’un autre qu’il est chaud au second degré ou chaud au troisième deg ré, ou encore
chaud au quatrième degr6. 
Ce qu’il est intéressant pour nous de noter ici, c’est que les médecins arabes appliquent cette classification aussi bien aux médicaments qu’aux aliments et aux poisons. Pour eux, il y a intercommunalité entre ces trois qualités selon l’usage qui est fait, les modalités d’emploi, les doses qu’on utilise, le tempérament
du receveur. Par exemple les fèves séchées (Fabu vulgaris) peuvent être un bon aliment pour quelqu’un qui a un tempérament chaud ; un mauvais aliment pour les personnes
à tempérament froid parce qu’elles provoquent chez eux des flatulences ; un médicament contre l’acidit6 gastrique
quand elles sont ingérées sans cuisson et à doses modérées ; est un poison enfin pour certains tempéraments particuliers chez
lesquels elles développent une intoxication connue aujourd’hui sous le nom de favisme. Autre exemple : la cantharide qui, à doses faibles, est un médicament et, à doses élevées, un poison  on peut dire la même chose de la mandragore, de la jusquiame, de la seille et de bien d’autres produits.
Généralement, les fruits et légumes trés juteux sont classés froids et humides, sauf cas particuliers ; le blé, l’oignon, l’ail,
les légumes amers (olives, cardons, artichauts) considérés comme chauds et secs. Chaque aliment regoit dom un attribut
propre (el mizuj, le tempérament).
De plus, dans le cadre de cette théorie, les Arabes pensent que le tempérament des individus est en partie forgé par la
nature de leur alimentation. Ainsi, une personne dont l’alimentation est principalement végétarienne développera un
caractère pacifique, alors que ceux qui se nourrissent surtout de viande développeront des tempéraments extrêmes et seront
portés sur la violence. D’ailleurs, un dicton arabe dit littéralement << tu deviens ce que tu manges >>, ce qu’on pourrait
rendre par la proposition : << dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es >>.Les médecins arabes donnent d’autres exemples de cette adaptation
du tempérament à 1’ alimentation, en particulier celui ci: quiconque mangera tous les jours de petites quantités de usquiame développera au bout de quelque temps un tempérament spécial qui le rendra résistant à des doses plus fortes de ce poison : c’est ce que nous connaissons aujourd’hui sous
le nom de mithridatisation ou accoutumance.

LA NOTION DE CORRECTIF
Dans tous les traités arabes, les monographies des médicaments et des aliments présentent généralement la même configuration : descriptif du produit et des es variétés, classification selon la théorie des tempéraments, propriétés, contre indications,correctifs. Si nous examinons par exemple la Urjllzuh d‘IBN CHAQRUN, ce plan se retrouve intégralement appliqué à l’étude des aliments.
Cette notion de correction des effets indésirables provoqués par l’administration de produits est intéressant ,
notamment son application aux aliments. En réalité, cette notion de correction s’appuie sur une stratégie de prévention
visant à annuler ou atténuer des actions secondaires néfastes ou gênantes. Pour IBN CHAQRUN, il est &vident qu’une bonne alimentation n’est pas seulement une question
de quantité (manger et boire h satiété) ou de qualité sensorielle (saveur, arôme, aspect soigné de la nourriture), mais également une question de maintenance de l’équilibre physique et mental du sujet qui s’alimente chez unsujet malade, l’alimentation devra aussi aider au traitement
de sa maladie.

Le correctif doit être pris en même temps que le médicament ou l’aliment qu’il est censé corriger. Nous verrons plus loin quelques exemples significatifs de correctifs.
En diététique médicale, le correctif vise généralement une des actions suivantes :
- faciliter la digestion des aliments de différentes manières :
acidification, émulsification, augmentation des sécrétions
gastriques, biliaires, etc. ;
- prévenir les gênes et effets indésirables provoqués par certains
aliments en développant des actions antagonistes :
carminatives, antispasmodiques, antiputréfiantes, etc. ;
- faciliter le transit gastro-intestinal par action lubrifiante,
émolliente, laxative, etc. ;
- rééquilibrer le tempérament des aliments simples ou
composés ;
- apporter un complément nutritionnel déficient dans
l'alimentation de base : substances antiscorbutiques, substances
énergétiques, etc.
C’est donc principalement au niveau de l’appareil digestif que
s’exerce l’action du correctif. On rencontre toutefois des correctifs
développant d’autres types d’activités, plus générales,
en application de la théorie humorale : réchauffants,
rafraîchissants, fluidifiants sanguins, etc.

III. LES SYSTÈMES DIÉTÉTIQUES
Au total, on peut distinguer, à travers l’ensemble des prescriptions et recommandations d’ordre nutritionnel qu’on trouve dans les traités arabes de médecine et dans la pratique populaire, 5 systèmes diététiques différents :

III.1. UNE DIÉTÉTIQUE DE LA PERFORMANCE
PHYSIQUE ET DE L'EFFORT
Celle-ci s’adresse principalement aux combattants et à leurs montures (chevaux et méharis), car la guerre chez les Arabes était avant tout l’affaire de la cavalerie. Les combattants de la foi avaient, en effet, un régime nutritionnel particulier, favorisé, fait d’aliments à haute énergie que lesntendances militaires ou les combattants eux-mêmes emportaient dans leurs provisions : zemmita (préparation à base d’orge torréfiée), dattes, figues et raisins séchés, amandes,noix, miel, jujubes, auxquels venaient s’ajouter les

viandes et laitages récupérés sur place. Ainsi, les ghuzz, ces fameux soldats d’élite de Saladin, emportaient dans leur soulek (sac à provisions en cuir) du pain, des céréales,
du fromage séché, de la viande déshydratée, des oignons, des fèves, des datte(Cs HAUVEL, 1991). On dit même que
les combattants de la secte des Ismaïliens étaient fanatisés à l’aide d’une alimentation dans laquelle on introduisait diverses drogues d’origine végétale dont le cannabis, mais
cela reste à démontrer.
Quant aux chevaux, plus du fourrage vert qu’ils recevaient, on les dopait littéralement à l'aide d‘une nourriture d‘orge et d’avoine auxquels on ajoutait des noyaux de dattes ou des dattes avariées, du fenugrec, du natron, parfois aussi de la canne à sucre et divers tubercules riches en amidon (Typhacées, Cypéracées), là où ils étaient disponibles.
Évidemment, ce régime diététique s’appliquait aussi à toute activité demandant un effort soutenu ou de l’endurance, mais a sélection d’aliments adaptés n’apparaît nulle part aussi rigoureuse que dans le cas du jihad (guerre sainte).
Ces règles nutritionnelles étaient encore décrites au début de ce siècle au Sahara chez les Touaregs et les tribus d’originearabe qui pratiquaient la razzia et se trouvaient donc en état perpétuel de guerre.

Un cas particulier de cette diététique de l’effort est celui des régimes pour performance sexuelle. L‘appétit d’aphrodisiaques
est en effet un des traits typiques de la société arabe dans laquelle les caractères de force, de virilité et de fécondité sont littéralement sublimés, d’où naît psychologiquement le besoin de se surpasser chez l’homme mûr et celui de ne pas faillir chez les personnes plus âgées. Dans les ouvrages de médecine arabe, des pages entières traitent de

cette question. Des livres lui ont même été entièrement consacrés. L‘un des plus connus est sans doute le Rawd el
‘atir du CHEIKH NAFZAWI, dont la traduction a été publiée aux éditions Phébus. Ce livre, qui se présente lui-même comme un traité de la fornication, consacre une très large
place aux régimes destinés à accroître la puissance sexuelle : on y trouve nombre de recettes culinaires spécialement étudiées,
alliant des aliments spéciaux (oignons, jaunes d‘œufs, ait de chamelle, miel, asperges, graisses, noix, pois chiches, figues sèches, graisses animales, etc.) 3 des drogues réputées aphrodisiaques.
Ces pratiques sont encore très courantes dans nos pays où l’un des buts déclarés de l’usage des épices fortes, en art culinaire, est de maintenir la force sexuelle : le poivre long, Le poivre d’Éthiopie, le piment de la Jamaïque, la maniguette, le cubèbe, etc., espèces qui font partie du ras el hanout marocain (sorte de toutes-épices, voir Tableau II),
visent davantage ce résultat que celui de donner une saveur particulière, qu’au demeurant elles n’ont pas toujours.

Le jus de viande fraîchement préparé, la viande de coq et ses abats, le jaune d’oeuf à demi-cuisson, les graines d’ortie (Urtica pilnlefera)e t de roquette, la gomme de cerisier, les fruits du frêne, les graines de pin, parmi d’autres produits très nombreux, sont encore couramment utilisés dans l’alimentation comme aphrodisiaques ou spermatogènes.

MÉDICAMENTS ET ALIMENTS : L’APPROCHE ETHNOPHARMACOLOGIQUE
2. UNE DIÉTÉTIQUE DU VOYAGEUR

Dans ces régimes, on retrouve le souci d’une alimentation faite d’aliments hypercaloriques disponibles sous faible volume pour réduire l’encombrement du
voyageur, mais avec plus le souci majeur de protéger celui ci contre toute épidémie éventuelle sévissant dans pays traversés,
et celui de préserver, en raison du changement des conditions extérieures, l’équilibre interne de l’organisme. Ces mesures n’étaient pas, effectivement, une précaution inutile car, à cette époque, les grandes maladies contagieuses étaient très répandues : choléra, typhus, peste, variole, etc. Il était donc explicitement recommandé au voyageur d’éviter au maximum les aliments douteux les eaux suspectes d’utiliser des produits qu’on peut considérer aujourd’hui comme antiseptiques
(gomme-mastic et pastilles de camphre à mastiquer, goudron végétal dans les outres, vinaigre, ail, oignon,clous de girofle,
thym à volonté dans les mets), ainsi que des remèdes préventifs et des correctifs alimentaires pour maintenir l’équilibre des humeurs, ces substances , bien entendu, adaptés à chaque tempérament et aux Conditions du voyage.
Ainsi, les voyageurs emportaient avec eux de la viande boucanée, pour ne pas avoir à consommer des viandes locales, du beurre salé et filtré sur du thym. de la klilu (sorte de fromage durci obtenu en caillant le lait et en desséchant complètement le coagulat obtenu), du vinaigre, de l’ail des oignons séchés, des fruits secs, des dattes, du sfozlf(mélange de céréales, de miel, de sésame, d’amandes, de noix, de graines diverses, d’aromates, le tout réduit en poudre et légérement braisé, du blé cassé,

des huiles végétales, et diverses plantes médicinales anti-infectieuses : thym. origan, séné,
asa-foetida, thapsia, sauge, menthe, etc.
Pour désinfecter l’eau de boisson, IBN CHAQRUN proposait d’y ajouter un peu de l’oxymel obtenue triturant de l’ail, et l’oignon et de la menthe dans du vinaigre, le tout sucre avec des pommes vertes et des raisins secs. Boire de l’eau vinaigrée et sucrée était une pratique hygiénique courante em période
d‘épidémie au Maroc, il y a quelques décennies encore.
Cette diététique des voyageurs concernait les pélerins, les négociants, les ambassadeurs, les caravaniers auxquels IBN CHAQRUN conseillait aussi une protection contre la déshydratation en prenant régulièrement au cours du voyage des conserves de roses et de violettes ainsi que de la tisane d‘orge.
Et, contre les grands froids, il préconisait d’avaler chaque jour une drachme d’asa-fcetida, qui réchauffe le corps tout en
prémunissant contre les fièvres infectieuses.
Enfin, les dé fatigants ne sont pas ignorés des Arabes : l’usage du qât (Cafha edzdis) est courant dans la péninsule arabique et la noix de kola faisait partie des provisions de route des caravaniers transsahariens qui l’achetaient au pays des Noirs. N’oublions pas le thé vert, autrefois denrée de luxe au Maroc.

Quelques recettes

sellou (encore appelé sfouf)
COMPOSITION
-farine d’orge ou semoule fine grillée
- graines de sésame pillées et torréfiées
- amandes douces grillées pilées
- noix mondées et pilées
-graines de lin grillées et pillées
- miel pur
- cannelle fine de Ceylan
- graines d’anis et de fenouil
- eau de fleur d‘oranger
+ facultativement : pignons. pistaches, sirop de dattes, noisettes.
muscade, clous de girofle, cardamome
le tout mélangé intimement et porphoryrisé

Préparation pour jeûne prolongé.
(Recette d’EL HALLADJ, x‘ siècle)
- 1 livre de raisins secs
- 1 livre d’amandes douces bien grasses
- 1 livre de pois-chiches grillés
- 1 livre de foie frit avec son huile de friture
- 1 livre de sucre
1 ration = 320 grammes
le font broyé et malaxé
jusqu’à consistance de pâte ferme
puis rodé en boulettes de la taille d’une noisette
ingérer quelques boulettes par jour

Amlo
(recette des berbères du Souss et du Haha)
-1 mesure d’huile d’argan (Argania spinosa)
- 1mesure d’amandes grillées et pilées
- I mesure de miel d‘euphorbe (Euphorbia echims)
malaxer intimement le tout
servir avec du beurre frais
manger avec du pain entier
en accompagnement du thé vert à la menthe

Enjbar
(préparation revigorante
- 1 kg de graines de mil chandelle grillées et moulues
- 350 g d’amandes douces grillées
- 350 g de graines de sésame grillées
- 1 grande cuillère de cannelle
- 250 g de beurre fondu et filtre
- 250 g de miel pur
- 10 larmes de gomme-mastic
- 1 pincée de sel
piler les graines et les amandes
ajouter les autres ingrédients
mélanger intimement jusqu ’à consistance de pâte molle
prendre 3 grandes cuillères 3 fois par jour

 

Extrait de:

La diététique médicale arabo-islamique
à travers les traités arabes anciens
et la. pratique actuelle au Maroc
BELLAKHDAR Jamal et YOUNOS Chafïque
Centre des Sciences de l’Environnement

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