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 Le juste milieu et la paix intellectuelle

8/5/2014

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

Coran


Dr Mariam Ait Ahmed Ouaali(*)

Le concept de la paix intellectuelle» est d'autant confus et complexe qu'il constitue désormais l'une des exigences de la vie. En effet, la sécurité que nous procure la paix intellectuelle est une condition fondamentale de toute communauté qui ouvre au développement, au progrès et à la prospérité dans la vie. Mais si nous nous accordons tous sur la notion de la paix sécuritaire, au sens de préservation des droits et de la liberté des individus et de leur protection sociale à travers ce que l'on appelle communément la sécurité sensorielle, qu'en est-il de la manière de contrôler la paix intellectuelle ou la pensée pacifique au sein de la société ? Comment peut-on déterminer la relation entre la sécurité sensorielle et la sécurité intellectuelle ? Est-il possible de réaliser la paix communautaire d'une communauté sans la paix intellectuelle qui garantie à l'individu la préservation de ses droits intellectuels et sa liberté humaine ? Et peut-on assurer la préservation de la sécurité globale des institutions sociales et civiles en l'absence d'intérêt pour la paix et la sécurité intellectuelle ?

Essayons aussi de comprendre pourquoi l'individu tire plaisir des guerres et de la mort qu'elles entrainent et rejette la paix et la concorde ; et si ces guerres ne sont pas motivées par des concepts doctrinaux, religieux ou moraux.

L'extrémisme intellectuel est, en soi, un problème sécuritaire. Les déviations intellectuelles et comportementales ne constituent pas des signes caractéristiques d'une crise quelconque frappant la pensée, la religion ou la société, à une époque et lieu déterminés, abstraction faite de l'intensité de cette crise. La déviation intellectuelle est cependant l'un des principaux facteurs qui menacent la sécurité générale et la paix sociale, en particulier dans l'étape actuelle de l'histoire qui se caractérise par un conflit civilisationnel, qu'il soit apparent ou implicite. Les phénomènes de violence et d'hostilités auxquels nous assistons nous interpellent à un retour sur soi aux fins d'autoanalyse et d'autocritique. Car il s'agit, dans une première étape, d'identifier et d'évaluer les défauts avant de les corriger, avant de se concentrer sur de nouvelles valeurs où les sentiments de haine et d'animosité sont exclus, en s'ouvrant sur les valeurs humanistes et religieuses. D'où la nécessité de plonger dans l'esprit humain à la recherche des racines du problème. En d'autres termes, il faut explorer les motifs réels qui sous-tendent la culture de la violence communautaire et comprendre les facteurs responsables de la construction de la structure intellectuelle et cognitive des deux courants principaux suivants :

Le premier courant porte sur les causes qui amènent les individus à acquérir l'animosité religieuse à l'égard d'une religion, indépendamment du fait que l'autre soit de l'intérieur ou de l'extérieur, ou qu'il s'agisse d'un sentiment politico-religieux. Ce courant est représenté par une tendance religieuse radicale qui s'oppose à l'aspect contemporain de la vie et à tout ce qui se rattache au progrès civilisationnel. De son point de vue, cet aspect n'est que corruption morale, assortie de l'éclatement de la famille et de la stagnation des relations sociales. Les partisans de ce courant estiment que dans cette civilisation l'individu ne vit que pour lui-même préoccupé uniquement par la satisfaction de ses désirs, peu soucieux de l'éthique et de la vertu. Ce faisant, chacun rejette et combat la pensée de l'autre, la considérant avec suspicion et sans lui accorder le bénéfice de l'examen et de l'évaluation.

Le second courant s'intéresse, quant à lui, aux causes qui sous-tendent l'acquisition par les individus d'une hostilité culturellement dirigée contre les valeurs et principes moraux à travers la diffusion des valeurs de dissolution, de perdition et de conflit sociétaux d'une autre nature. Celui-ci est représenté par un courant laïc qui prône l'édification d'une vie terrestre non soumise aux fondements religieux ou mours, us, coutumes et autres héritages sociaux ancestraux. Pour les chantres de cette tendance, ces facteurs entravent le progrès et l'avancement civilisationnel.

Lier le juste milieu à la paix intellectuelle est un processus qui implique le recours aux sciences sociales pour déterminer la nature de l'interaction entre l'éducation en matière de juste milieu et le dialogue intellectuel, celui-ci étant considéré comme un processus pratique qui ouvre à l'instauration d'un climat de paix et de coexistence entre les différentes appartenances intellectuelles et doctrinales ainsi qu'à la suppression des tensions dans les relations au sein d'une communauté.

La présente étude s'articule autour des quatre axes suivants :

I. Le concept de paix intellectuelle ;

II. Le juste milieu et la paix intellectuelle ;

III. Les méthodes et moyens d'invasion intellectuelle et morale ; et

IV. Les mécanismes de lutte contre la violence intellectuelle et morale : Une lecture prospective.

La définition du processus de juste milieu est devenue difficile en raison de la confusion que sa délimitation comporte. Il n'y a pas de consensus en la matière de juste milieu, en effet, car le juste milieu est un domaine ouvert à toutes les contradictions et divergences, tout comme le conflit, car on ne peut affirmer que dans tout conflit il y a des antagonistes extrémistes.

Le juste milieu change en fonction des communautés et de leurs diversités. Il diffère, par exemple, entre la société orientale et la société occidentale. Le juste milieu du courant marxiste n'est pas semblable à celui du courant nationaliste, islamiste ou occidentaliste. Lorsqu'un chercheur se propose de corriger les concepts de juste milieu, il doit tout d'abord étudier les individus au sein de la société concernée, comment elle appréhende le juste milieu et quel en est le juste milieu souhaité.

Le juste milieu n'est donc pas un simple concept qu'il convient d'intégrer au paradigme des valeurs sociétales, mais un modèle culturel, intellectuel et religieux. Il englobe, en réalité, différents facteurs qui ont chacun sa fonction proactive dans l'action, la réflexion et le fonctionnement. D'autre part, les valeurs de juste milieu ne peuvent prédominer tant que tous les constituants ne sont pas en place. En d'autres termes, les valeurs de juste milieu doivent, pour opérer correctement et efficacement, être fondées sur un ensemble d'opérations intellectuelles et culturelles auxquelles sont soumis tant l'individu que la communauté.

Une extrapolation du concept d'absence de paix intellectuelle permet de conclure que cette absence constitue l'un des risques majeurs qui se posent à la sécurité générale et à la paix sociale, en particulier au cours de cette période de l'histoire qui se distingue par un conflit civilisationnel, qu'il soit apparent ou implicite. Rappelons que les déviations intellectuelles et comportementales ne constituent pas les signes caractéristiques d'une crise quelconque touchant la pensée, la religion ou la société, à une époque et lieu déterminés, abstraction faite de l'intensité de cette crise.

La déviation intellectuelle est un concept très répandu, qui s'inscrit en général aux études des sciences sociales, et en particulier dans les domaines des sciences sociales pénales et de la criminologie. Dans ce contexte, le concept ne s'applique plus au comportement anormal qui conduit à la transgression des lois et de l'ordre à travers l'exécution d'actes contraires aux valeurs, croyances et règles et dont le caractère répréhensible implique le jugement et le châtiment de leurs auteurs. La déviation intellectuelle est, d'autre part, souvent la cause de la déviation comportementale.

La déviation intellectuelle se sert de l'instrument du "cerveau" pour agir sur les autres cerveaux et, partant, modifier le courant de pensée de la Oumma et susciter la suspicion à l'endroit de ses constantes. Il s'agit là d'infractions au système des valeurs dont les causes peuvent être attribuées à des influences extérieures (invasion culturelle) ou des interactions psychiques issues de conséquences politiques, économiques et sociales. Elles peuvent être également le résultat d'un lavage de cerveau soigneusement planifié par certains courants intellectuels, partisans ou doctrinaux, ou encore le contrecoup de l'ouverture absolue aux influences intellectuelles occidentales et leur application frénétique en raison de l'absence d'immunisation contre les aspects négatifs des autres cultures.

La pensée humaine a toujours été le pilier essentiel de la vie des peuples à travers les âges. Elle constitue l'étalon au moyen duquel se mesure le progrès des nations et des civilisations. Aussi, la question de la paix intellectuelle occupe-t-elle une place prépondérante dans les priorités de l'Etat et de la société civile, où les différents appareils et organismes s'efforcent de concrétiser le concept de sécurité intellectuelle, et ce, pour empêcher la dispersion du sens national et l'infiltration des courants intellectuels déviationnistes. Ainsi, la réalisation de la sécurité intellectuelle procède-t-elle du besoin impérieux d'aboutir à la sécurité et la stabilité sociale.

L'on peut donc affirmer que la société vise, à travers la sécurité intellectuelle, la préservation de son identité. Chaque société possède, en effet, des constantes qui forment l'assise sur laquelle elle est construite, celles-ci étant le chainon qui unit les individus et détermine leur comportement et leurs réactions aux événements. Ce sont aussi ces constantes qui garantissent l'indépendance et le particularisme de la société, ainsi que sa survie parmi les autres nations.

Les pays, toutes idéologies confondues, souffrent des phénomènes de déviation et d'invasion intellectuelle et morale apportées par des courants intellectuels hostiles qui tentent d'atteindre des objectifs stratégiques visant à dominer les orientations sociales et politiques de ces pays. Le degré d'influence que ces idées et courants exercent diffère d'un pays à un autre. Il est des pays dont l'héritage culturel, civilisationnel et religieux les habilite à affronter ces courants, et d'autres qu'il est relativement facile d'influencer sous la pression de certaines conditions socioéconomiques.

Il est vraisemblable que la première victime de cette déviation intellectuelle n'est autre que la pensée même à laquelle ces «déviés» sont intellectuellement attachés. Dans ces circonstances, les constantes, hypothèses, bases et valeurs de cette pensée deviennent l'objet de suspicion qui, dès lors qu'elle se réfléchit sur les croyants, bouleverse leurs convictions et sape leur cohésion en tant que groupe intellectuel ou croyant face à l'autre idée.

La déviation intellectuelle influe en tout temps et tout lieu, directement ou indirectement, sur les cinq besoins fondamentaux de l'individu musulman, du confiant et des différentes catégories sociales. La déviation commence d'abord par toucher le cerveau et la religion du dévié avant de s'étendre vers le cerveau, les croyances et les valeurs des autres, ébranlant la sécurité et la stabilité des communautés à travers les facteurs suivants :

- La menace matérielle et morale directe des cinq besoins fondamentaux des individus et des groupes, avec abolition des acquis généraux et particuliers;

- La propagation d'un climat de peur au sein de la communauté ;

- L'instauration d'une sorte de polarisation intellectuelle, religieuse, politique et sociale ;

- L'ébranlement des convictions intellectuelles et des constantes religieuses et embrouillement du public.

L'information et son rôle dans l'invasion intellectuelle:

L'invasion culturelle et médiatique s'inscrit parmi les problèmes primordiaux auxquels la Oumma islamique, et plus particulièrement le monde arabe, sont confrontés.

Il ne fait aucun doute que l'information, tous types et techniques confondus, a enregistré un progrès fulgurant tous azimuts. Il est l'un des outils les plus puissants d'endoctrinement placide et pondéré, sans recours à la violence, mais qui traverse comme une flèche les cours pour atteindre les tréfonds de l'esprit. Car il se distingue par la placidité, l'élégance et la subtilité de son apparence et sa structure, abstraction faite des différentes autres formes de séduction, d'abondance des matières et d'informations illimitées, des effets spéciaux et d'éclairages qui remplissent le spectateur d'ébahissement. Or tous ces mirifiques atours n'ont d'autre objet que de pénétrer directement, rapidement et efficacement l'esprit de l'individu, et l'Occident, grâce à ses moyens et aux améliorations qu'il continue à apporter à l'information, est passé maître dans cet art d'endoctrinement.

Les envahisseurs de la sécurité intellectuelle ont utilisé la propagande tendancieuse sous toutes ses formes pour réaliser des plans soigneusement ourdis, infiltrer le mental des récipiendaires, les abuser en jouant de leurs connaissances et idées dans l'intention de diriger leurs comportements et les fourvoyer. Toutes sortes de propagande sont employées à cette fin, notamment la propagande politique et religieuse, ainsi que la guerre psychologique, dans un processus de lavage de cerveau destiné à détourner les gens de leurs croyances et convictions. Ce faisant, l'individu se retrouve totalement coupé de son milieu social, sans nouvelles ou informations, vivant dans un vide complet et suivant un régime ascétique sur le plan de l'isolement, de l'alimentation, de l'éclairage et autres éléments qui, combinés, contribuent à amplifier son inquiétude et, partant, à lui insuffler le sentiment du néant et du défaitisme, sapant ainsi les fondements mêmes de sa personnalité. Le but n'est pas, en définitive, de le détruire, mais d'une opération de déconstruction visant à le reconstruire au moyen de slogans constamment répétés jusqu'à ce qu'ils le pénètrent jusqu'au fond de l'âme, de sorte qu'il ne les oublie jamais lors de discussions collectives, conformément à l'approche démocratique. Le leader d'un groupe est généralement un homme prédominant à même de répondre à n'importe quelle question ou objection.

Mais avec l'avènement de la mondialisation, les restrictions sécuritaires médiatiques et culturelles commencèrent cependant à s'estomper, celles-ci étant remplacées par l'ouverture médiatique et culturelle. Pour y remédier, le mieux était de faire appel aux institutions sociales qui s'efforcent de renforcer la sécurité intellectuelle des jeunes pour les immuniser contre l'invasion intellectuelle galopante, et ce, en leur fournissant l'information saine nécessaire à une prise de conscience culturelle et sécuritaire qui leur évitera de basculer dans les écueils de l'invasion intellectuelle qui prône le crime ou de renoncer aux enseignements de la religion, de l'ordre et de la loi.

Or parmi les principales institutions qui contribuent à l'édification d'une génération intellectuellement pacifique citons la famille, les établissements d'enseignement (écoles, instituts, universités et autres), la mosquée, la société et ses différentes institutions, et les organes d'informations. Toutes ces institutions exercent actuellement une influence considérable sur la jeunesse, notamment après l'émergence des chaînes satellitaires arabes et étrangères traitant, dans une pluralité de langues, de thèmes variés, les uns licites et autorisés, les autres illicites et interdits. Cependant, la sécurité intellectuelle de la Oumma n'implique pas nécessairement la fermeture à la culture mondiale en l'accusant de tous les maux de la terre, car nous avons besoin de la culture des autres peuples, d'où l'on peut puiser éclectiquement tout ce qui s'accorde avec nos valeurs, nos croyances et nos principes, tout en propageant notre culture afin qu'elle profite aux autres.

Il nous faut, en outre, identifier la meilleure façon de réaliser la paix intellectuelle permettant d'immuniser la jeunesse contre l'invasion intellectuelle induite par les moyens de communication non-traditionnels, tant de l'intérieur que de l'extérieur, sachant que la violence intellectuelle n'a pas plus de visage que de direction. Elle peut venir de droite comme de gauche, par un ou plusieurs individus, à travers des institutions, mais aussi par le biais de l'exercice de l'autorité, ou le comportement des masses. Elle peut également revêtir la forme d'un livre, d'un article, d'un discours ou d'un programme, ou encore s'insérer sous forme de politiques et de lois.

Mais si les moyens médiatiques d'invasion intellectuelle ou l'Internet peuvent conduire à la déviation intellectuelle dirigée en matière de religion, de doctrine et d'éthique (fanatisme -extrémisme- enchérissement), ils ne nous mettent pas moins dans une nouvelle situation mondialisée qui nous impose d'adopter l'éthique étrangère dans tous les domaines de la vie quotidienne. Les résultats d'enquêtes sur le terrain ont démontré qu'il existe une relation causale entre les films licencieux et les scènes de violence que l'information contemporaine nous offre et le développement de la déviation chez les enfants et la jeunesse. Les moyens arabes d'information ont contribué à l'extension de l'invasion médiatique étrangère à cause des programmes occidentaux qu'ils proposent, en particulier les programmes de Téléréalité. Les chaînes satellitaires arabes et non arabes ne tiennent pas, en effet, compte des valeurs, traditions et coutumes sociales de la société arabo-musulmane, se contentant de présenter des thèmes de divertissement assorti de films portant sur le crime, la violence, la terreur et le nudisme. En d'autres termes, la culture de l'image est dominée par une multitude de phénomènes négatifs suscitant l'occidentalisation, l'inquiétude et l'excitation de l'instinct d'hostilité individuelle, termes qui s'incrustent dans la conscience, le comportement et les facultés cognitives des jeunes. L'image mentale qui se projette dans le cerveau se transforme par la suite de l'état d'imitation et de calquage du modèle social occidental en un processus d'adaptation active à la vie quotidienne.

Aussi, la paix intellectuelle est-elle une responsabilité collective qui incombe à l'ensemble des institutions sociales, à commencer par la famille, puis l'école, l'université, la mosquée, les médias, et les autres institutions sociales, et toute carence de l'une quelconque de ces institutions aura-t-elle des répercussions négatives sur l'ensemble de la société.

Le phénomène de violence intellectuelle ne trouve pas sa solution dans les tranquillisants que l'on donne au malade dès les premiers symptômes, ou encore par les interventions chirurgicales dans les cas graves. Ce qu'il faut, surtout, c'est mettre au point une stratégie civilisationnelle qui prendra en charge les aspirations des jeunes et contribue à l'épanouissement naturel de leur personnalité afin qu'ils puissent participer positivement à l'édification civilisationnelle, les prémunissant ainsi contre la déviation intellectuelle. Cette stratégie doit s'appuyer sur les fondements suivants :

1. Accorder l'attention au développement social général, car c'est par ce processus que se transmet la culture d'une génération à l'autre. C'est aussi l'approche par laquelle les individus sont formés dès leur enfance afin qu'ils apprennent à vivre au sein d'une communauté à culture spécifique. Cette approche comprend tout ce que l'enfant apprend des parents, de l'école et de la société, à savoir, la langue, la religion, les traditions, les valeurs, les informations et les aptitudes. Il s'agit d'inculquer à l'enfant un certain type de comportements, de motifs, de valeurs et d'orientations qui façonneront sa réflexion et son comportement, ainsi que son jugement à l'égard des actes, des événements et des choses.

Le concept de développement moral s'applique à la prise de conscience morale, en ce sens que la formation de la conscience morale est l'un des objectifs clé de l'éducation de base. C'est la première étape du développement moral, mais c'est aussi une nécessité intrinsèque. Il ne s'agit pas uniquement de savoir distinguer le bien du mal et d'apprendre et acquérir les concepts moraux, mais d'aller au-delà pour façonner des dispositions pures envers la vérité et les valeurs.

2. Approfondir la prise de conscience religieuse. En effet, l'absence d'une conscience religieuse et d'une compréhension approfondie des textes jurisprudentiels, ainsi que la formulation de fatwas par les non spécialistes et gens engagés tant par l'acte que par la parole ne servent qu'à brouiller et altérer les sens, suscitant une cassure entre l'orateur et l'audience, de sorte que la société se retrouve sans milieu culturel religieux sain. Cette situation a conduit les jeunes à se forger un milieu alternatif qui leur permet de satisfaire leurs passions et leurs caprices, notamment les bandes religieuses et culturelles qui ne sont soumises à aucun contrôle et examen.

Il est donc nécessaire de remanier le discours prédicatif en l'accordant avec les exigences de l'époque, car la mosquée est le lieu de rencontre de tous les musulmans, toutes catégories et âges confondues. Si ce discours était d'un niveau éducatif, académique et linguistique approprié, il serait à même d'insuffler aux individus la volonté civilisationnelle de ressusciter le sens véridique de la dévotion, laquelle comprend l'action temporelle qui permet à la nation de s'affranchir de la sujétion absolue imposée par tout venant.

La correction du discours prédicatif nécessité, en outre, la révision de la formation de l'imam, en adaptant son programme aux besoins de l'heure. Mais l'on ne peut y parvenir qu'en rendant à la fonction d'imam et de prédicateur la considération qui lui est due. Il s'agit, en effet, de promouvoir les facultés intellectuelle, cognitive et innovatrice de l'imam, car son discours s'adresse à des milliers d'auditeurs de toutes catégories. Il est donc impératif qu'il soit à la hauteur de la tâche qui lui incombe, tant sur le plan de l'utilité que l'auditeur doit en tirer que de la correction des déviations. L'imam doit présenter la religion à la fois comme une énergie spirituelle et une incarnation de la perfection, un modèle relationnel sincère et un système intégré de la vie. Il doit la présenter également comme une doctrine qui renforce la détermination de devenir vertueux et d'agir effectivement en vue de marquer utilement l'histoire, non pas à mettre les gens devant le paradoxe de choisir entre la religion et la vie terrestre.

3. Mettre en évidence le caractère du juste milieu de l'Islam, sa modération, son équilibre, et ancrer chez les jeunes le sentiment d'appartenance à cette religion du juste milieu et de la fierté qu'ils doivent en tirer : «Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous»(1). Cela implique l'attachement à la voie véridique, mais aussi l'étude des facteurs et sources de violence intellectuelle, et les moyens d'immuniser et d'orienter les jeunes afin de leur éviter de tomber dans ses pièges. Pour ce faire, il faut cultiver les valeurs de tolérance et de pluralité, promouvoir les opportunités de dialogue constructif au sein d'une même communauté, et redresser par la persuasion et la justification les distorsions intellectuelles. Il s'agit de prévenir la circulation secrète, anarchique et irrationnelle de ces idées et éviter qu'elles perturbent, en fin de compte, la sécurité et la stabilité de la société.

4. Doter le milieu intellectuel et culturel des compétences nécessaires, et ce, en raison de l'importance que jouent les institutions éducatives dans la mise en place des piliers de la paix intellectuelle et de ses intervenants, en particulier dans l'étape universitaire. C'est, en effet, pendant cette étape que l'activité et l'affluence des idées atteignent l'apogée de leur vitalité chez les jeunes et où les forces dichotomiques du bien et du mal s'affrontent. Or si les compétences au sein de ces institutions assumaient efficacement leur mission de construction des cerveaux et de rationalisation des connaissances, elles leur permettraient de contribuer à l'activation du projet civilisationnel de notre Oumma plutôt que de rester attachés à la culture de consommation des projets d'invasion intellectuelle. L'on a tort de croire que la mission des institutions éducatives se limite à l'enseignement de la lecture et de l'écriture et à livrer aux étudiants les clés du savoir, sans toutefois leur apprendre comment mettre ce savoir au service de leurs besoins scientifiques et pratiques quotidiens.

5. Concentrer les efforts sur l'exploitation de l'information de masse pour remédier à l'absence de paix intellectuelle. Il est évident que l'idée n'a de pendant qu'une autre idée, puisque l'extrémisme procède de l'idée elle-même. Aussi, ce n'est que par l'initiative intellectuelle que l'on peut combattre l'extrémisme. C'est par l'argumentation que l'on vient à bout de la suspicion. La combattre par la force et la violence dès le départ est une erreur. Plus encore, il est impératif que le discours s'adresse d'abord aux cerveaux. Or comme l'information de masse, avec tous ses moyens, est l'instrument idoine pour mener ce combat, la faiblesse de son utilisation dans le traitement de ces questions a fait perdre à la société ses principaux moyens et mécanismes de confrontation.

6. Rééduquer nos habitudes de consommation. Ces habitudes ont été formées par les organes d'information et de publicité à travers les films et les revues. Non seulement ceux-ci ont suscité le déséquilibre entre les recettes et dépenses, mais ils ont engendré des besoins factices incompatibles avec le niveau économique et civilisationnel de nos pays. L'affluence de nos jeunes sur l'acquisition des produits occidentaux prouve, si besoin est, de la nécessité irréfragable de revoir ces habitudes de consommation fabriquée au sein de notre société qui nous amène à faire des achats correspondant à nos caprices plutôt qu'à nos besoins. «Et ne gaspillez point.»

Une extrapolation de l'avenir du principe de juste milieu et de paix intellectuelle :

La violence intellectuelle met en exergue la nature agressive et sanguinaire de ses partisans. Ce trait est caractéristique à la fois de leur bizarrerie et de leur isolement. Mais c'est aussi une maladie sociale qui exige la coopération et la conjugaison de tous les efforts afin de l'endiguer et d'enrayer son extension et sa destruction de la contexture rationaliste de la société et de son assise sociale.

Tant que des efforts ne seront pas entrepris, d'une part pour résorber les nouvelles mutations que le phénomène de violence intellectuelle connaît dans la région et dans le monde et, d'autre part, pour appréhender ce phénomène en vue de l'affronter avec sagesse et rationalisme, nous risquons de commettre d'autres erreurs qui ne feront qu'amplifier le problème. Nous ne pouvons désormais affronter l'extrémisme et le radicalisme avec les mêmes moyens que d'aucuns utilisent avec insistance quand bien même l'expérience en a démontré l'inefficacité.

Il est important à ce stade de souligner deux points d'importance :

1. Nécessité de distinguer, en s'attaquant au problème, entre la violence dans son cadre intellectuel qui se limite aux idées, convictions et orientations, et la violence dans son aspect physique et comportemental. En effet, les méthodes employées efficacement avec le premier type ne correspondent pas nécessairement au second, et inversement.

2. Le phénomène d'intolérance intellectuelle est habituellement abordé de deux manières, à savoir :

a) La manière sécuritaire : cette méthode a la prédilection de la plupart des appareils officiels et des institutions sécuritaires arabes et islamiques ;

b) La manière politico-intellectuelle qui s'appuie sur l'assimilation et l'ouverture des canaux de persuasion des extrémistes que les voies pacifiques d'influence et de réformes sont disponibles et qu'il n'a pas besoin de recourir à la violence et au terrorisme.

Il a été constaté que la plupart des pays qui se sont limités à la première manière n'ont pas été en mesure, après de longues années de combat, d'affaiblir les orientations intellectuelles déviationnistes. Les conséquences furent négatives pour les deux camps, les autorités et les groupuscules aux déviations intellectuelles, et c'est souvent la société qui paie le prix, tant sur le plan de la vie humaine que sur le plan de l'économie et de la stabilité.

Les propositions suivantes sont destinées à s'attaquer au problème :

- Susciter, par tous les moyens disponibles, une prise de conscience et favoriser la diffusion d'une culture sociale à même de sensibiliser sur la responsabilité sociale et le devoir national, tout en inculquant aux membres de la communauté les habitudes correctes de lecture ;

- Inculquer aux membres de la communauté des aptitudes leur permettant d'évaluer l'information et distinguer le bon grain de l'ivraie ;

- Permettre aux membres de la communauté d'acquérir des compétences en matière de recherche scientifique et d'utilisation des technologies de l'information, et développer les aptitudes créatives à travers la libération de la pensée visionnaire, investigatrice et extrapolative ;

- Proposer des activités variées destinées à développer la personnalité des membres de la communauté et à cultiver les concepts de dialogue, de juste milieu et d'acceptation de l'opinion de l'autre ;

- Propager les valeurs morales et sociales susceptibles d'influencer le comportement des individus et de les protéger contre la déviation intellectuelle en les immunisant à cette fin et en préservant la communauté des idées irrationnelles ;

- Traiter les déséquilibres économiques et sociaux et réduire les disparités grandissantes entre la majorité défavorisée et la minorité hégémonique qui contrôle les richesses et les revenus, d'autant qu'il est une conviction enracinée dans les milieux populaires que cette minorité use de la corruption et de l'abus de pouvoir pour arriver à des fins d'enrichissement illégitime ;

- Accorder une indépendance réelle aux institutions d'orientation religieuse et ne plus les employer comme instrument pour soutenir les orientations générales, mais leur permettre d'exercer efficacement leur rôle de sensibilisation et d'enseignement religieux et faire face à certaines manifestations de compréhension aberrante de l'Islam ;

- Eviter de soutenir les manifestations de "l'extrémisme laïc" face à "l'extrémisme religieux", car tous deux ont des conséquences néfastes sur les sociétés arabo-islamiques, d'autant que le développement de l'un constitue une provocation pour l'autre qui mettra tout en ouvre pour reprendre le dessus ;

- Répondre de manière scientifique aux déclarations hostiles à l'Islam et aux musulmans en Occident, tant par certains organes d'informations que par certains groupes politiques, intellectuels et religieux, car de telles déclarations hostiles ne font que provoquer la colère et l'exaspération des arabes et des musulmans.

 

En conclusion, le rejet du principe de juste milieu est une réaction au contre-principe de violence, car la violence engendre la violence. Peu s'en faut pour qu'il ne transforme en un cercle vicieux, et tant que les causes qui sous-tendent la propagation des idées extrémistes dans le monde arabo-islamique, toute initiative sécuritaire visant à contrecarrer ce phénomène ne ferait que l'amplifier. Il est donc indispensable que toutes les parties appréhendent, à la lumière des données existantes, cette nouvelle évolution du phénomène d'absence de paix intellectuelle.

Si la noble recherche de la paix intellectuelle n'a été l'apanage d'aucun individu ou époque tout au long de l'histoire de l'humanité, cette recherche n'en demeure pas moins éternelle, celle-ci étant indissociable du désir de l'individu à découvrir sa paix intérieure, sa vie et l'univers dont il fait partie. Nous devons donc, pour y aboutir, libérer notre pensée de la domination de nos sentiments, rejeter l'extrémisme intellectuel issu des sentiments et non de la raison, et éduquer notre intellect en l'affranchissant de toutes les entraves qui le barrent, telles la pauvreté, l'ignorance, la maladie et l'oppression sous toutes leurs formes. Nous devons, en contrepartie, adopter un équilibre entre nos pensées et nos libertés individuelles et générales.

Nous pouvons donc dire, à la faveur de ce qui précède, qu'il existe des vérités absolues et des vérités relatives, et que notre invitation aux gens d'adhérer à notre religion, nos orientations et nos idées conformément à l'injonction de Dieu Tout-puissant qui nous enjoint d'adopter à cet effet l'argumentation la meilleure et la bonne prédication, non pas en ouvrant à effacer son identité ou à imposer notre hégémonie, mais en suscitant chez l'autre l'aspiration et le désir de jouir du bonheur qui est le nôtre. D'où la nécessité que nous soyons tolérants avec ceux qui ne partagent pas nos idées et nos croyances, étant pour notre part convaincus de la véridicité de nos convictions religieuses.

 


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Bibliographie et sources

1. Samir Naim Ahmad : Les déterminants économiques et sociaux de l'extrémisme religieux, in Al-Din fil Mujtamaa al-Arabi, Centre d'études de l'Unité arabe, 1ère édition, Beyrouth, 1990, p. 215.

2. Mustafa Mahmud Manjud : Les dimensions politiques du concept de sécurité en Islam, Série de thèses universitaires (26), Institut mondial de la pensée islamique, le Caire, 1996, pp. 44-45.

3. Nadia Ramsis Farah, citant Les déterminants économiques et sociaux de l'extrémisme religieux, pp. 218-219.

4. Les conséquences psychologiques et sociales du phénomène d'extrémisme (fanatisme) (2001), Asaad al-Imara, Revue Al-Nabaâ, n° 56, Beyrouth.

5. Thamer Abbas : Le phénomène de violence et crise des cultures subsidiaires, Revue Islam et Démocratie, Organisation Islam et Démocratie, n° 6, 1ère année, Bagdad, 15 août 2004.

6. Dr Hassaneyn Tawfiq Ibrahim : Phénomène de violence politique dans les régimes arabes, Série de thèses de doctorat, Centre d'études de l'Unité arabe, 1ère édition, Beyrouth,1992, pp. 42-43.

7. Dr Siham Shajiri : L'information et la recherche d'identité culturelle, p. 8. Voir également Moataz Sayed Abdullah : Les tendances fanatiques, Série Aalam al-Maarifa, n°137, Koweït, 1989.

8. Shanguiti Mohamad Sadati (1998) : La méthode d'information islamique, Riyadh, Dar Aalam al-Kutub, Riyadh, 1998.

9. Malek bin Nabi : Le problème des idées dans le monde islamique, Dar al-Fikr, Damas, p. 111.

10. Khalid bin Mohamad al-Maghamisi : Les règles et applications du dialogue dans l'éducation islamique, Centre Roi Abdulaziz pour le dialogue national, Riyadh, p. 230.

 


 

(*) Chef de la Division Doctrines et Religions, chef de l'Unité du dialogue entre les religions et les cultures, Faculté des Lettres et des Sciences humaines, Université ibn Tofaïl, Kénitra, Royaume du Maroc.

(1) Al-Baqara, sourate 143.

 

http://www.isesco.org.ma/francais/publications/Islamtoday/27/p6.php

 

 

 

 
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