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 Les enseignements de l'islam sont-ils teintés d'arabité ?

27/6/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

allah

Les musulmans ont comme croyance que Muhammad (sur lui la paix) est le dernier Messager de Dieu.

Or il était arabe, et a été suscité parmi les Arabes. Dans le même temps, son message se présente comme ayant vocation à l'universalité.

On entend alors la question suivante : les enseignements que Muhammad a laissés ne seraient-ils pas teintés d'arabité, ayant repris les traditions et les coutumes arabes ?

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1) Universel et particulier :

C'est Dieu qui légifère, et la Loi qu’il donne à des humains par le biais du Messager du moment comporte toujours le bien pour eux : elle leur interdit ce qui est mauvais, leur déclare licite ce qui est bon pour eux, et rend obligatoire pour eux ce qui est nécessaire pour eux. Ces normes-là sont universelles, et communes à tous les messages que Dieu a révélés (ces messages étant comparés dans leur authenticité).

Cependant, à côté des normes universelles, il est d'autres normes qui sont particulières au peuple à qui Il destine la Loi précise Dieu institue eu égard pour la situation du peuple à qui Il destine cette Loi : nous ne sommes pas en train de dire qu'Il leur prescrit alors ce qui est nocif, et ce au motif qu'ils le faisaient déjà ; nous sommes seulement en train de dire qu'Il tient compte de la situation de ce peuple quant à l'institution de certaines règles...
2) Le dernier Message :

Contrairement aux messages précédents, le dernier message a eu vocation à être destiné à toute l'humanité. Mais il fallait bien que le Dernier Messager soit suscité au sein d'un peuple donné, et que celui-ci n'en soit certes pas le seul destinataire ni même le destinataire premier, mais le porteur premier (Hujjat ullâh il-bâligha 1/ 355-356, 248-249) : qu'il soit porteur de la première impulsion.

Il était alors inévitable que, dans les textes de ce message, on ressente dans certains éléments le contexte prévalant lors de leur révélation. Il était inévitable aussi que certains éléments de l'enseignement de ces textes portent la trace de l'identité de ces premiers porteurs. Nous allons en parler ci-après, en 3.

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3) L'arabité a-t-elle laissé des traces sur les enseignements du Dernier des Prophètes ?

Il s'agit de distinguer deux catégories...

3.1) Il est, au premier abord, important de relever qu'il est des éléments de la culture arabe qui non seulement n'ont pas été mis en pratique par le Prophète – ni en tant qu'élément ta'abbudî ni en tant qu'élément 'âdî – mais que tout au contraire le Prophète n'a cessé de dénoncer :
– ainsi en est-il du fort sentiment clanique ('assabiyya) qui caractérisait les Arabes d'avant la venue de l'islam (et qui existe toujours dans certaines régions de certains pays arabes) ;
– il y a encore le fait de s'enorgueillir de son ascendance (al-fakhr bi-l-âbâ') ;
– etc.
Ce sont là des éléments qui étaient répandus dans la culture arabe d'avant l'islam (et qui parfois perdurent toujours dans certaines régions de certains pays arabes), mais que les principes de l'islam sont venus dénoncer. C'est bien pourquoi, à un Compagnon arabe qui avait dit à Bilal qu'il était "fils d'une négresse", le Prophète dit : "Tu es un homme en qui il est resté une (trace de la) période pré-islamique" (al-Bukhârî, avec Fat'h ul-bârî).

3.2) Par contre, il est des éléments de la culture arabe qui ont été gardés dans les sources de l'islam...

Il faut alors distinguer deux sous-catégories...

3.2.1) Il est des éléments de la culture arabe que l'islam a gardés et dont il a fait partie intégrante de ses enseignement ("mâ sabîluhû sabîlu tablîgh ir-rissâla") :
– le fait que la prière rituelle doive se faire la face tournée vers la Kaaba de la Mecque et non vers Jérusalem : tous deux ont bien été dédiés à Dieu par un ou des prophète(s) de la tradition abrahamique, mais c'est le premier qui était situé dans la péninsule arabique (Hujjat ullâh il-bâligha 1/550) ;
– le fait que la prière rituelle (salât) doive se faire en langue arabe ;
– etc.
Il faut cependant noter ici que, certes, ash-Shâfi'î et certains savants hanbalites postérieurs sont d'avis que c'est l'appréciation des Arabes (et surtout des Arabes du Hedjaz) qui sert de critère pour établir quel animal, parmi ceux dont les textes des sources ne disent rien, fait partie des "khabâ'ïth", en sorte que la consommation de sa chair soit interdite aux musulmans ; le fait est que, selon leur raisonnement, c'est ce terme "khaba'ïth", présent dans le Coran, qui fait référence à ce sujet ; or ce terme est, bien entendu, arabe ; c'est donc à ce que ce terme désigne dans la culture arabe qu'il faut se référer pour savoir ce qu'il désigne (cf. Al-Mughnî 13/85-86). Cependant, cet avis ne fait pas l'unanimité : Ibn Taymiyya, par exemple, le trouve erroné, car ne correspondant pas à certains textes (cf. le livret, pp. 140-141). Si on considère l'avis de Ibn Taymiyya, il n'y a donc pas sur ce point lien entre l'arabité et l'enseignement de l'islam.

3.2.2) Et il est d'autres éléments de la culture arabe qui sont présents dans les textes des sources sans que ce soit un objectif du message apporté par Muhammad ("mâ layssa min bâbi tab'lîgh ir-rissâla" pour reprendre les mots de Shâh Waliyyullâh, in Hujjat ullâh il-bâligha 1/372) ; pratiquer les enseignements de l'islam ne rend pas nécessaire de pratiquer ces éléments-là. Il s'agit des sunna 'âdiyya (cliquez ici, ici et ici) : certains de ceux-ci sont dus seulement à la coutume arabe de l'époque.
Certains ulémas ont classé dans cette catégorie les éléments suivants :
– l'utilisation de la branchette du siwâk pour se brosser les dents (Abû Hanîfa, cf. Al-madkhal li-dirâssat is-sunna an-nabawiyya, p. 167) ;
– l'utilisation de la langue arabe pour le sermon du vendredi (khutba) (Abû Hanîfa) (cliquez ici) ;
– les médicaments utilisés par le Prophète à son époque (Shâh Waliyyullâh, Hujjat ullâh il-bâligha, 2/525) ;
– le fait de se référer à l'observation du croissant pour faire débuter chaque mois lunaire (selon Ahmad Muhammad Shâkir : cliquez ici) ;
– etc.
Tout cela est relatif au contexte particulier de la péninsule arabique de l'époque du Prophète, et les musulmans peuvent sans aucun problème avoir recours à d'autres formes (du moins d'après les ulémas dont les noms figurent ci-dessus), à condition toutefois de continuer à respecter les règles et principes édictés par le Prophète et qui sont, eux, ta'abbudî.

D'autre part il y a également certaines règles qui, dans leur détail, sont liées à un contexte particulier, présent à l'époque du Prophète ; cliquez ici pour en découvrir certains exemples à l'intérieur d'un autre article.

Il faut cependant souligner qu'il n'est pas toujours évident de distinguer les éléments qui relèvent de la catégorie 3.2.1 – ceux qui ont été intégrés à l'islam – de ceux qui appartiennent à la 3.2.2 – qui relèvent de la seule tradition arabe et/ou d'un contexte particulier de l'époque. Et c'est ici qu'il est important de se référer aux travaux faits par les ulémas durant ces siècles d'Islam, en vue de distinguer les points qui font l'objet d'un consensus et ceux qui ne le font pas, et en vue, également, de déterminer quels sont les points qui sont ta'abbudî mahdh, quels sont ceux qui sont ta'abbudî ma'qûl ul-ma'nâ, et quels sont ceux qui sont 'âdî (cliquez ici). C'est bien pour éviter de tout relativiser ainsi qu'il faut se référer également aux avis des ulémas, surtout ceux des trois premières générations. Dès lors, quand la forme d'une règle fait l'objet d'un consensus (ijmâ'), on ne peut pas la relativiser en la déclarant liée à l'arabité du Prophète ou au contexte de l'époque de sa vie. Et c'est cette démarche qui nous permettra d'éviter les excès de certains modernistes, qui veulent relativiser jusqu'à l'obligation des ablutions rituelles avant la prière, arguant qu'il s'agirait de "quelque chose qui était motivé par le contexte désertique", ou encore l'interdiction de consommer le porc, affirmant qu'elle était motivée par "les mauvaises conditions d'élevage des porcs d'alors" (sic).

3.2.2') A côté de ce que nous venons de dire, il faut rappeler que, pour les musulmans Arabes, il y a nécessité de conserver leur culture arabe. Cela ne signifie pas qu'ils doivent vivre avec les moyens techniques et le mode de vie arabe d'il y a quatorze siècles, ni qu'eux ne peuvent pas distinguer "sunna 'âdiyya" et "sunna ta'abbudiyya" ; ils peuvent eux aussi les distinguer, eux aussi avoir recours aux avis que nous venons de citer plus haut (d'ailleurs Cheikh Shâkir est arabe). Ce qui est dit ici est que les musulmans Arabes ont, eux, à conserver une certaine "arabité". Et c'est là chose que Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée) leur rappella durant son califat... Ahmad Amîn écrit que les Arabes connurent un épanouissement particulier durant le califat de Omar ibn ul-Khattâb, "parce qu'il lui avait été donné – que Dieu l'agrée – une compréhension profonde et excellente de la mentalité des Arabes" (Fajr ul-islâm, p. 38).

Ci-après deux mesures que Omar ibn ul-Khattâb prit concernant la culture des musulmans arabes…

Alors que, à la faveur de la conquête des pays limitrophes de l'Arabie, il y avait, en terre musulmane, une cohabitation entre arabes et non-arabes, Omar (que Dieu l'agrée) eut comme souci que les Arabes gardent leur langue : "Préservez-vous du parler des non-arabes" (al-Bayhaqî, cf. Al-Iqtidhâ, p. 183). Il ne voulait pas par là interdire ou déconseiller d'apprendre une langue étrangère, puisque le Prophète lui-même avait demandé à Zayd ibn Thâbit d'apprendre l'hébreu et/ou le syriaque (at-Tirmidhî 2715, Abû Dâoûd 3645 ; voir Fat'h ul-bârî, al-ahkâm, Mirqât ul-mafâtîh 9/62). Omar ne voulait pas non plus fermer la porte à l'emprunt et assimilation de mots étrangers à la langue arabe, puisque le Prophète lui-même avait parfois employé des mots d'origine étrangère (voir Sahîh ul-Bukhârî 5507, 6655). Ce contre quoi Omar mettait en garde, c'était l'affaiblissement de la langue arabe au point qu'un Arabe ou sa famille ne soit bientôt plus capable de parler du tout l'arabe, ou qu'il ne soit bientôt capable que de parler un mauvais arabe ("i'tiyâd ul-lughat il-a'jamiyya bi haythu taghlibu 'alayhim wa tassîr-ul-'arabiyyatu mahjûra, aw bi haythu lâ tutakallamu illâ makhlûtatan bi kathîrin min al-a'jamiyya"). C'était contre cela que Omar mettait en garde. C'est d'ailleurs dans un état d'esprit très proche que, dans un passé tout récent (1994), ont été prises en France les mesures de la Loi Toubon.

Un autre jour, Omar (que Dieu l'agrée) dit : "Choisissez les vêtements des arabes (…), et délaissez le luxe et les vêtements des non-arabes" ; il avait aussi laissé d'autres recommandations de ce genre à propos d'habits et d'exercices physiques (Ahmad, 284 ; cité également dans Al-Iqtidhâ, p. 121 ; "al-ma'addiyya ; wa hiya ziyyu banî Ma'add ibn 'Adnân, wa hum ul-'Arab" : Al-Iqtidhâ, pp. 121-122). Dans une version voisine (Muslim, 2069), on lit que Omar avait adressé cette recommandation par écrit à des musulmans se trouvant dans la région de l'Azerbaïdjan. An-Nawawî cite aussi une autre version, "rapportée avec une chaîne de transmission authentique par Abû 'Awâna al-Isfarâ'înî et d'autres", où la recommandation est formulée ainsi : "Gardez les vêtements de votre ancêtre Ismaël" (sur lui la paix) (Shar'h Muslim 14/46-47). Ces recommandations concernaient les musulmans Arabes : an-Nawawî écrit que "l'objectif de Omar était de les exhorter à rester simples et frugaux et de préserver les traditions des Arabes en la matière" (Shar'h Muslim 14/46-47). La recommandation de Omar (que Dieu l'agrée) concernait donc des musulmans qui se trouvaient en terre non arabe et qui étaient Arabes, et il les exhortait à préserver leurs traditions (ce qui correspond à ce nous avons évoqué dans l'article consacré à la question de savoir s'il s'agit systématiquement ou non de se différencier de la façon de faire des non-musulmans).

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4) A l'inverse, le message du Dernier Prophète a-t-il laissé des traces sur les Arabes en général, même s'ils ne sont pas musulmans ?

Il faut, ici encore, distinguer différentes catégories...

4.1) Il est des éléments que l'islam a apportés et que ceux qui ont choisi ne pas être musulmans n'ont pas adoptés, fussent-ils Arabes : ainsi en est-il de tout ce qui est purement cultuel ('ibâdât), comme les prières quotidiennes, l'aumône obligatoire, le jeûne du ramadan, le pèlerinage à la Kaaba à la Mecque, etc. Les Arabes juifs et chrétiens ne pratiquent bien évidemment pas ces actions. Ici le message de l'islam n'est donc pas partagé par les Arabes en général.

4.2) Il est par contre d'autres éléments que l'islam a apportés et qui sont devenus partie intégrante de la vie des Arabes, même de ceux d'entre eux qui ne sont pas musulmans. Ainsi :
– la langue arabe classique (fus'hâ) est le résultat d'une fusion entre les différents dialectes nordarabiques qui existaient à la veille de la venue de l'islam ; or cette fusion a été déclenchée d'une part par le texte coranique et d'autre part par les contacts entre les Arabes de différents dialectes après la conquête musulmane des premiers siècles de l'Islam ;
– c'est, de même, l'islam – par l'action du Prophète puis de ses premiers califes – qui a réuni les Arabes sous une autorité unique, alors qu'ils ne formaient auparavant qu'un conglomérat de tribus isolées et souvent en guerre les unes contre les autres ;
– il est, enfin, des éléments ta'abbudî (mais ne relevant pas du domaine dit des 'ibâdât) qui sont passés dans la culture des Arabes, fussent-ils non musulmans. François Burgat a relaté ces propos de l'égyptien Adel Hussein (anciennement communiste) : "L'islam, c'est notre héritage, notre identité, notre âme, que nous soyons musulmans ou coptes [= chrétiens]. (…) si vous sortez du Caire et que vous allez en Haute-Egypte, vous verrez que musulmanes ou coptes portent le même vêtement, et cela représente la culture commune, la tradition commune. (…) Dans la pratique, la plupart des coptes disent Incha Allah comme les musulmans. Il est très rare d'entendre autre chose. On pourrait multiplier les exemples" (L'islamisme en face, François Burgat, p. 136). L'explication réside dans cette phrase du chrétien Amîn Nakhla : "L'islam possède deux dimensions : l'une est purement religieuse, l'autre civilisationnelle" (cité dans Al-Aqalliyyât ad-dîniyya wa-l-hall ul-islâmî, al-Qardhâwî, p. 63). La dimension purement religieuse – c'est-à-dire bâb ul-i'tiqâdât wa-l-'ibâdât – est pratiquée uniquement par ceux qui sont musulmans, tandis que la dimension civilisationnelle est l'héritage de tous les Arabes, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens. C'est ce qu'expriment la formule du leader chrétien arabe Makram Ebeid : "Ma patrie est l'Islam, ma religion le christianisme" ainsi que la réflexion du père Khodr, un chrétien arabe, "qui aime à dire qu'il n'est "peut-être pas musulman mais néanmoins "islamique"" (cf. L'islamisme en face, François Burgat, respectivement p. 135 et pp. 135-136, note de bas de page). Certains éléments ta'abbudî de l'islam mais ne relevant pas du domaine purement cultuel (al-'ibâdât) sont donc bien passés dans la culture arabe, et constituent l'héritage de tous les Arabes, fussent-ils chrétiens.


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