"> La modernisation du monde islamique ne - Musulman et fier de l\'être - Bloguez.com
 

 La modernisation du monde islamique ne doit pas être une reproduction du model occidental

23/4/2015

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

Allah

Il y a un siècle et demi, s’est mis en branle un mouvement de modernisation et de renouvellement qui a gagné l’ensemble du monde islamique. Ce mouvement doit beaucoup à l’émergence d’idées militant en faveur de la renaissance et à l’entrée des pays musulmans dans une phase de lutte contre l’occupation que les Européens d’alors appelaient “colonisation” avec beaucoup de perfidie et de machiavélisme. L’occupation s’est étendue à des pays très éloignés les uns des autres : l’Inde, sous autorité musulmane jusqu’au dix-huitième siècle, l’Algérie, l’Egypte, la Tunisie, colonisées vers le dernier tiers du dix- neuvième siècle, et le Maroc, au début de la deuxième décennie du vingtième siècle.

Durant toute la période où le monde islamique a souffert de la domination étrangère, des idées préconisant le renouvellement et des théories louant la modernisation et les vertus de l’effort furent promues  par des maîtres à penser, des savants et des leaders réformistes qui ne partageaient pas nécessairement les mêmes références et n’adhéraient pas aux mêmes écoles de pensée. Ni cette pluralité ni cette diversité n’étaient pour influer sur des objectifs communs qu’ils s’évertuaient à concrétiser dans la mesure de leurs moyens et suivant les tendances générales de leurs nations.

Le colonisateur européen ne se lassait jamais de répéter que sa présence dans les pays islamiques avait pour principal objectif la modernisation du monde islamique : le moderniser pour le rendre plus civilisé, le sortir du sous-développement et le sauver du déclin. Les chantres du colonialisme multipliaient à l’envi les mobiles de cette présence indésirable en les présentant sous différentes formes et en faisant croire à qui voulait les entendre que la raison d’être du colonialisme était la sauvegarde des intérêts de l’islam et des musulmans. Tant et si bien que la “modernisation du monde islamique” a été la devise du colonisateur. Cette politique fut à la base d’un plan visant à asseoir non seulement une domination militaire mais aussi et surtout une domination intellectuelle, culturelle, éducative, médiatique et économique.

En tant que notion, la “modernisation du monde islamique” revêtait chez le colonisateur un sens en complète contradiction avec la notion de "modernité" qui a, d’ailleurs, préexisté à celui de modernisation dans les pays musulmans. Or, "modernité" est aujourd’hui un terme des plus établis et l’un des concepts les plus largement répandus dans les sociétés islamiques car fréquemment utilisé par les leaders, les hommes politiques, les penseurs, les écrivains et les journalistes. Mais la vérité est tout autre. L’occupation du monde islamique n’est en aucun cas une modernisation, elle n’a jamais visé à civiliser les peuples. C’était une entrave à la volonté des peuples, un affaiblissement de leurs capacités, une privation de leurs droits naturels au progrès et au développement, une déformation de leur personnalité et de leur identité et une annihilation des valeurs et des principes nobles auxquels croit la oumma et que reçoivent en héritage les générations qui se suivent. La colonisation européenne n’était donc pas porteuse d’un message civilisationnel comme le laissent entendre les théoriciens du colonialisme, pas plus qu’elle n’était investie d’une mission civilisatrice dans son sens large. L’expansion coloniale ne visait nullement la modernisation en tant que processus de développement qui a conduit les sociétés européennes au développement et au progrès. Au contraire, la colonisation relevait, sauf de rares exceptions, de la déprédation et de la dépravation des esprits et des consciences. Le progrès naturel qui commençait à pointer à l’horizon juste avant l’attaque colonialiste a été étouffé dans l’oeuf

 

Après leur indépendance, les pays du Monde islamique se sont engagés dans une entreprise de développement par la conception de politiques économiques et sociales adaptées au contexte national et régional. Peu importaient l’adéquation de ces politiques avec les réalités locales de tout genre et encore moins les garanties de succès qu’elles pouvaient offrir. Finalement, les efforts entrepris dans ce sens se sont avérés tout au long du siècle passé insuffisants dans l’ensemble. C’est pourquoi il devient nécessaire de repenser le processus de développement à partir de nouvelles bases où seront investis les outils d’une vision prospective. Cette vaste opération portera les marques de  “la vraie modernisation du Monde islamique” en ce sens qu’elle respectera cette fois-ci les spécificités du Monde islamique et reflètera la volonté nationale de chacun des pays du Monde islamique. Il sera également tenu en ligne de compte l’adaptation des actions de développement aux réalités de chaque pays et leur adéquation avec ses aspirations et ses visées tout en s’opposant fermement à toute influence étrangère.

Ce sont là les grandes lignes de la modernisation du Monde islamique telle que conçue actuellement. Un nouvel élan est pris pour raviver le corps endolori du Monde islamique en le réconciliant avec lui même et en  lui faisant prendre confiance en ses potentialités. Il se veut être aussi une tentative sérieuse visant à rétablir un équilibre salutaire pour mettre à profit les savoir-faire accumulés par les pays avancés sur les plans scientifique, technologique et industriel. Cet effort d’envergure a pour vocation essentielle d’édifier et non de démolir, de conforter les assises de la oumma et non de l’affaiblir, de resserrer les rangs et non de semer les germes de la zizanie, d’élever la oumma dans l’échelle de la grandeur et de la gloire et non de la déconsidérer et de ternir son prestige.

Du temps de l’arrivée des armées coloniales en terre d’islam, aucune entreprise de modernisation du monde islamique n’a été engagée avec l’intention avouée d’être portée à son terme. En effet, toutes les prétendues actions de développement dont se targuait le colonisateur étaient factices et sans valeur aucune si bien que nous pouvons affirmer sans l’ombre d’un doute que les appels à la modernité politique et culturelle à fort potentiel civilisateur et aux vertus curatives incontestées ont forcément un caractère insidieux qui tend à tromper les peuples au nom de la science, de la pensée et de la culture. Dans cette atmosphère viciée par des idées fallacieuses, la oumma est incapable d’atteindre ses objectifs et d’aspirer à un développement réel, tant que la modernité n’aura pas éclos du sein même de l’identité culturelle et civilisationnelle propre à cette oumma. Elle peinera à s’arrimer au train du développement aussi longtemps que les systèmes politiques, économiques et sociaux continueront à être pensés loin des enseignements religieux et des valeurs spirituelles censés régir la vie des individus et des communautés. L’autre obstacle à la modernisation du Monde islamique réside dans la reproduction mimétique des paradigmes de la modernité occidentale et la dissociation entre le passé de la oumma islamique et son présent, le patrimoine arabo-islamique avec ses trésors, ses symboles et ses idéaux nobles et la vie moderne avec son cortège de problèmes nés de l’insuccès des entreprises de développement. Pour enjamber ces écueils, il est important d’unir la force de la foi aux vertus de la science, l’observance des principes de la religion islamique à la mise à profit des progrès de la pensée humaine en matière de gestion des secteurs de la vie publique où la législation religieuse n’a pas apporté de règles bien définies. Il est tout aussi important de tirer parti des réalisations humaines en matière de gestion, de planification et de savoir-faire technique, sans déroger aux principes intangibles de la charia. En cela, il faudra agir avec beaucoup de flexibilité pour être en phase avec l’esprit même de notre religion faite de tolérance et de souplesse.

Par conséquent, la réédification du Monde islamique doit être menée en accord avec les conditions précitées. C’est ainsi que nous réussirons à atteindre les objectifs d’une vraie modernisation et que nous mettrons en œuvre l’idéal de la modernité qui tend à renforcer le corps de la oumma, à préserver ses valeurs intrinsèques et à lui assurer un avenir prometteur.


http://www.isesco.org.ma/francais/publications/Islamtoday/21/Menu.php

Category : A propos de l'islam: | Write a comment | Print

Comments