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 LES SAVANTS MUSULMANS: ABOU BAKR AL RAZI (850-923)

18/5/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

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Par Bennani Karim Tajeddine

ABOU BAKR AL RAZI (850-923)

ABOU BAKR AL RAZI (850-923) Abou Bakr Mohammad Ibn Zakariya Al Razi, perse d’origine, dont le nom connu en arabe est Razi, et en latin Rhazes ou Rasis, fut un scientifique pluridisciplinaire ayant activement contribué aux domaines de la médecine, de l'alchimie et de la philosophie. Après une expérience alchimique, il parvint à isoler l'acide sulfurique et l'éthanol dont il appliqua les propriétés à des fins médicales. Entre autres, dans la pratique médicale, il défendit vigoureusement la démarche scientifique dans le diagnostic et la thérapeutique. Il formula une clairvoyante réflexion, universelle et d’actualité, reflétant l’esprit critique en vigueur à l’époque :

« La vérité, en médecine, est une moyenne qu’on ne peut atteindre : tout ce que l’on peut lire dans les livres a beaucoup moins de valeur que l’expérience d’un médecin qui pense et raisonne […] La lecture ne fait pas le médecin, mais bien l’esprit critique et le talent d’appliquer à des cas particuliers les vérités dont il a connaissance » (cité dans M. Bergé, Les Arabes, p.363).

Il apporta plusieurs améliorations au système de formation des futurs médecins et de l'organisation hospitalière. Actuellement, son nom est annuellement commémoré, lors de la journée de la pharmacie, se référant symboliquement à son anniversaire, célébré tous les 27 août par l'institut Razi, en Iran près de Téhéran.

Razi naquit dans la ville de Ray (en langage perse, Razi signifie « de la ville de Ray »), une ville située au sud de Téhéran, dans la province du Khorassan. Il effectua une bonne partie de ses recherches dans celle-ci. Au cours d’une période de son existence, Ibn Sina vécut aussi dans cette cité. Au début, Razi fut d'abord musicien, avant de s’intéresser à l'alchimie, à la philosophie, aux mathématiques et à l’astronomie. Il fut parmi les savants soutenants la sphéricité de la Terre.

Selon certains biographes, Razi avait souffert d'une maladie des yeux suite aux émanations d’expériences alchimiques. Il abandonna alors ce domaine pour se consacrer à la médecine, mais il aurait dit, lui-même, que sa vue avait été affectée par les lectures prolongées. Vers l'âge de trente ans, il débuta une formation approfondie en médecine à Ray. Comme tous les savants lettrés de l’époque, il lisait et écrivait en arabe. Il étudia les textes majeurs du Patrimoine courant de l’humanité. Il poursuivit sa formation en voyageant en Syrie, en Egypte, en Espagne pour compléter ses connaissances livresques de pratique clinique et expérimentale. De retour, il fut nommé médecin à la cour du prince Samanide Abou Salih Al Mansour, régnant sur le royaume de Khorassan, au nord de la Perse. Compte tenu de sa notoriété, il fut chargé de diriger l'hôpital de Ray puis du maristan (hôpital central) Muqtadari de Bagdad sous le règne du Calife Abbasside Al Mouktafi. Selon une légende, pour choisir l'emplacement des bâtiments à construire dans la ville, Razi aurait fait suspendre des morceaux de viande en différents lieux. Il choisit les sites là où les viandes s’étaient le moins vite décomposées.

A la mort du souverain Al Mouktafi, en 907, Razi retourna à Ray. De nombreux étudiants l'y suivirent et y poursuivit son enseignement médical. Devenu aveugle à la fin de sa vie, il mourut à Ray le 27 octobre 925 (ou 932 selon d’autres sources), en l'an 313 du calendrier musulman.

Médecin, enseignant et homme de science

Savant de progrès et humaniste, Razi introduisit des pratiques novatrices dans le soin des patients et de la formation des médecins. Il distinguait entre trois aspects de la médecine : la santé publique, la médecine préventive et le traitement des maladies spécifiques. Il organisa des consultations externes, promut les soins à domicile et ouvrit l'hôpital et l'accès aux soins à tout le monde, pauvres et riches. Insistant sur le rôle de la médecine préventive, il fut l'auteur du premier traité médical à l'usage des non-médecins basé sur sept principes essentiels destinés à préserver la santé :

* modération et équilibre lorsque le corps est en mouvement et est au repos.

* modération dans la nourriture et les boissons.

* élimination des surabondances.

* amélioration et réglementation des habitats.

* éviter les excès néfastes avant qu'ils ne deviennent incontrôlables.

* entretien d’une harmonie entre les objectifs et les moyens disponibles.

* acquisition de bonnes habitudes notamment concernant la pratique de l'exercice physique.

Enseignant reconnu et fin pédagogue, il initia la pratique des visites au chevet des malades en compagnie de ses étudiants. Il leur posait souvent des questions et écoutait leurs réponses, de celles des plus novices jusqu’à celles des plus expérimentés, avant de donner sa propre réponse. Il insistait sur la nécessité d'une formation continue au cours de la vie du médecin et les encourageait à prendre des notes sur leurs observations et à en discuter entre eux en vue de développer les aptitudes intellectuelles nécessaires à l’innovation continuelle.

Razi est reconnu pour ses talents d'observations alliés à une grande rigueur scientifique. Il joua un rôle fondamental dans le développement de la méthode clinique devant constituer la base d'un raisonnement débouchant sur le diagnostic puis sur la thérapeutique. Il insistait sur la complémentarité entre savoir théorique et pratique. Il fut un sévère critique de l'œuvre de Galien, la jugeant manquant d'observations empiriques, tout en l’admirant en même temps pour la richesse de ses connaissances. Dans ses livres, Razi avait l’habitude de citer ses sources scientifiques, sans discrimination raciale ou confessionnelle, qu'elles fussent arabes ou grecques, alors que ce fut une pratique peu courante à son époque.

Contrairement aux usages médicaux antérieurs, il recommandait une démarche globale pour appréhender une maladie, estimant qu’entre autres, l'état psychologique du malade conditionnait la réussite du traitement et que l'entourage du malade pouvait jouer un rôle positif dans la voie de la guérison : « Il faut que les malades et ses proches soient avec le médecin et non contre lui, qu’ils ne lui cachent rien des états du malade et de son comportement. » Il insistait aussi sur le rôle de la diététique dans le soin et la prévention des maladies.

En orientant ses connaissances de chimie au profit des recherches médicales, il devint le fondateur de la thérapeutique basée sur l'usage des substances chimiques comme médicaments pour soigner des maladies. Il œuvra pour la constitution de la pharmacologie comme discipline médicale. Dans son traité « Kitab …Fi Tebb », un chapitre important fut consacré à cette discipline et demeura une référence en la matière jusqu'au XVIIe siècle en Europe. En revanche, il attira très tôt l’attention de ses contemporains sur l'usage excessif des médicaments et les résultats imprévisibles sur la santé suite à la combinaison de plusieurs médicaments à la fois. Ibn Al Nadim, biographe, répertoriant les savants musulmans, identifia cinq domaines dans lesquels Razi s'était brillamment distingué :

1. Il fut reconnu comme le meilleur médecin de son temps pour avoir compris pleinement et appliqué les connaissances médicales de ses prédécesseurs.

2. Il voyagea dans de nombreux pays et en retira des expériences variées. Ses visites répétées à Bagdad et ses services auprès de nombreux princes et souverains furent relatés par plusieurs sources concordantes. 3. Il fut un enseignant en médecine, pédagogue, ayant attiré d’innombrables étudiants, débutants ou non.

4. il fut reconnu comme sociable, compatissant, bon, droit et dévoué au service de ses malades, riches ou pauvres.

5. Il fut un lecteur et un écrivain prolifique.

Il convient d’ajouter à cette liste le rôle précurseur de Razi dans le développement d'une médecine scientifique basée sur les faits et d’une vision très évoluée sur la médecine hospitalière associant clinique scientifique, formation universitaire et souci de santé publique. Razi écrivit 184 livres et articles dans plusieurs domaines scientifiques, dont 61 relevant de la médecine, tous en langue arabe. Ses principaux ouvrages sont :

En médecine

* « Kitab… fi Tebb » : encyclopédie médicale de 22 volumes reprenant en partie les connaissances antérieures sous forme de longs extraits aux références précises et des commentaires, enseignements et observations de Razi. Il fut traduit en latin au XIIIe siècle, sous le titre Liber Continens. Il exerça une profonde influence sur la médecine occidentale. Aux côtés de neuf autres ouvrages, il constitua le fonds de la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Paris en 1395. Cet ouvrage rayonna durant dix siècles et connut encore plus de quarante éditions de 1498 à 1866. Pendant près d'un millénaire, jusqu'à Claude Bernard, l’œuvre de Razi constituait une référence incontournable dans le domaine médical.

* « Kitab al-Mansouri fi al-Tebb » (Livre de médecine pour Mansour), traité médical plus général dédicacé au souverain samanide de Ray, Abou Salih Al Mansour.

* « Kitab fi al jadari wa al hasbah » (La variole et rougeole)

* « Kitab ila man la yahduruhu al tabib » (Livre pour qui n'a pas accès à un médecin)

* « Shukuk 'ala alinusor » (Doutes sur Galien) : Essai critique sur la théorie de Galien et sur la façon dont ses successeurs s'en servirent aveuglément

* « Al-Tebb al Moulouki » (Médecine royale)

* « Al-Mourshid aw Al Fousoul » (Aphorismes) Guide du médecin nomade

En chimie

* At Tadbir

* Sirr Al Asraar

En psychiatrie et psychologie

Razi est l'auteur d'un des premiers traités en psychologie et en psychiatrie. L'hôpital qu'il dirigea à Bagdad fut le premier à posséder un service dédié aux malades mentaux. La qualité de ses diagnostics furent relatée par l'Encyclopædia Britannica en 1911 : « Les sources les plus dignes de confiance qui font état de l'existence précoce de cette maladie sont à mettre au compte de Rhazes du IXe, par qui les symptômes sont clairement décrits, sa pathologie expliquée par une théorie humorale ou de fermentation, et des prescriptions données pour son traitement. »

Pharmacie Razi contribua à la pratique précoce de la pharmacie grâce à des textes, mais aussi par l’innovation. Il convient de citer l'introduction d'onguents au mercure, le développement d'outils comme le mortier, les spatules et les fioles qui demeurèrent en usage dans les pharmacies jusqu'au début du XXe.

L’éthique scientifique

Razi introduisit un nombre important d'idées novatrices médicales et psychologiques ayant révolutionné le domaine médical. Il s'opposa farouchement aux charlatans et aux faux médecins parcourant les villes et les campagnes pour vendre des prétendus médicaments miracles. Quant aux médecins, il leur disait, que malgré leur savoir, ils n'avaient pas des réponses toutes faites à tous les problèmes médicaux et ne pouvaient guérir toutes les maladies. Il leur recommandait de mettre à jour leurs connaissances, en étudiant continuellement des livres médicaux et à diffuser toute information nouvelle pour demeurer à jour dans les soins.

Dans son ouvrage critique sur Galien, il estima qu’il y avait quatre raisons pour lesquelles les hommes importants laissaient perpétuer des erreurs au gré des générations :

1. La négligence, ces hommes étant devenus trop sûrs d'eux-mêmes

2. La légèreté d'esprit ou de l’indifférence

3. De la tentation de vouloir faire passer ses propres idées par rapport à celles d’autrui ou de l'impétuosité due au fait de croire avoir toujours raison

4. la sacralisation du savoir des anciens et le refus d'accepter de nouvelles données ou de nouvelles idées qui puissent remettre en cause l’ordre établi depuis les générations précédentes

Autrement, en vue qu’une civilisation se maintienne dans le dynamisme, les savants doivent surmonter les points faibles ci-dessus.



L'auteur

Bennani Karim Tajeddine est notamment l'auteur en 1993, du livre « Trait d'union » traitant de scénarios d’avenir de la civilisation musulmane. Des publications variées figurent sur les sites : Oumma.com, lacitevirtuelle.com, Islam.leschallenges.com, « Pouvoir Mondial » et Uml.edaama.org. Dans le cadre du Projet international « Aristoth Interreg III B Medocc. Mediterranea Héritage Scientifique Interculturel, ayant eu lieu à Murcia (Sud d'Espagne) de juin 2007 à janvier 2008, sa publication : « L’Imagination créatrice dans le personnalisme musulman », édité en 1997, a été sélectionnée pour représenter l’héritage scientifique des savants musulmans du bassin méditerranéen. Cet article et son résumé ont été traduits en plusieurs langues. Ils sont publiés dans le catalogue espagnol référencié par ISBN : « 978-84-96760-15-8. »

Récemment, le livre : « Une Civilisation Musulmane Universelle » a été publié par les maisons d’édition : « Wallada » au Maroc et « Tawhid » en France. Ce livre recommande un effort évolutif de transformation des pays musulmans dans le cadre d’une civilisation musulmane évolutive dont le but du changement est de tendre vers l’idéal d’« Une civilisation musulmane universelle. » Cette démarche s’inspire des méthodes de la relativité générale d’Einstein ayant permit de transformer rapidement le repère classique dit « Galiléo-Newtonien » en repère extensible évolutif permettant de résoudre les contradictions antérieures. Préalablement, le changement irréversible de mentalités vers des niveaux croissants est nécessaire pour édifier toute civilisation évolutive, car Dieu ne change positivement les conditions des êtres humains que s'ils décident fermement de changer ce qu’il y a en eux-mêmes conformément à Sa Parole :

« Dieu ne change l'état d'un peuple que s'ils changent ce qu'il y a en eux-mêmes » Coran (13,11)

Le livre « Une Civilisation Musulmane Universelle » est présenté ci-après :

http://www.orientica.com/index.php?publishers_id=6&page=1&sort=3d http://www.culturelang.com/Une_Civilisation_Musulmane_Universelle-Tajedinne_Bennani_Karim-livre_methode-Histoire_civilisations-9521-1_26.html http://books.google.fr/books?id=hXRiUuIR3-MC&pg=PA3&lpg=PA3&dq=civilisation+musulmane+universelle+bennani+karim+tajeddine&source=bl&ots=gGA8_MEd_1&sig=8bejO9cIBcfSi0_wUd43nrcGhUw&hl=fr&ei=MZdOTfHHLImPswb8uayRDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CB4Q6AEwAQ#v=onepage&q&f=false http://oumma.com/Une-civilisation-musulmane http://association84alire.free.fr/index.php?cat=48&cats=83 http://www.yawatani.com/civilisation-histoire/


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