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 La mort et l'au-delà dans les religions

29/4/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

 

© Ralph Stehly, Professeurd'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg

 

(sur la mort dans le bouddhisme,cliquer ici, surla mort dans l'islam,cliquer ici )

La mort est co-extensive à la vie et la vieco-extensive à la mort.

 Vie et mort sont soeurs. Les deux sont une réalité d'une seule etmême face. C'est ce que montre la mythologie de l'humanité: la déesse de lavie est la soeur de la reine des enfers dans la mythologie babylonienne, etl'une n'a pu supplanter l'autre, comme le rappelle lemythe de Tammouz

Dans toutes les civilisations archaïques et traditionnelles; il y a uneprésence et une familiarité de la mort que nous avons quelque mal à imaginer.On se prépare à la mort par une série de rites. 

Dans l'islam,le pèlerinage estune anticipation de l'aventure de la mort: on prend congé de ses amis et de safamille, comme un mourant sur son lit de mort. 

La préparation à la mort par le rite

Ce qu'il y a de terrible dans la mort, ce n'est pas la mort en elle-même,c'est de ne pas l'avoir expérimentée et vécue d'avance. Il y a donc danstoutes les religions une série de rites destinés à familiariser l'homme avecla mort.

Ainsi dans toutes les civilisations archaïques, c'est l'initiation à lamort, comme d'ailleurs à la souffrance qui marque le passage de l'étatd'enfant à l'état d'adulte. On n'est adulte que si on a expérimenté la mortde manière préfigurative. Cette expérience de la mort, toutes lescivilisations archaïques la font subir à leurs adolescents. Au cours del'initiation, l'adolescent vit symboliquement et rituellement sa future mort.

Au Congo, les garçons entre 10 et 12 ans avalent une boisson qui leurfait perdre connaissance. Ils sont alors emportés dans la jungle pour êtrecirconcis. Ils sont enfermés dans la "maison des fétiches". Cetenfermement a valeur d'inhumation. Pendant leur réclusion dans la jungle, ilssont peints en blanc comme les morts.

Dans l'Antiquité, les cultes à mystères comportait tous une initiationrituelle, au cous de laquelle l'initié était mis en face du destin que le dieului accordera après la mort. Il foulait le seuil de Proserpine, selonl'expression d'Apulée dans l'Âne d'Or (livre x).

Dans le christianisme, chaque célébration eucharistique commémore lamort et la résurrection du christ et met le fidèle en face de sa propre mortet de la promesse de sa résurrection en Christ.

Autre exemple de préparation à la mort: le rituel du renoncement(samnyâsa) dans l'hindouisme.

Selon Baudhâyanadharmaçâstra2.10.17, le futur renonçant offre la dernière oblation (ishti)(de beurre ou de fruits) à Agni,puis il jette les récipients sacrificiels dans le feu Âhavanîya, puisil jette dans le feu Gârhapatya les deux baguettes qui servent danscertains cas à l'allumage du feu par friction. Puis il inhale les trois feux enlui, signifiant par là que désormais.  le sacrifice s'accomplira en lui-même.Puis il répète trois fois à voix basse et trois fois à voix haute: "Om,bhûr (terre)bhuvah (espace intermédiaire), svah(ciel) . Je suis entré dansle samnyâsa " . Le renonçant faiten même temps voeu de silence. Il est désormais sans feu ni lieu. Il mendierasa nourriture, mais passivement, sans rien solliciter de personne: " Qu'ilmange de la nourriture donnée sans l'avoir demandée, sans déterminer àl'avance ce qu'il va manger et ce qu'il obtient par hasard "(2.10.18.12)". Il espacera sa nourriture: manger un repas sur quatreseulement, puis un sur six, puis un sur huit...(sur le renoncement dans lesoufisme, cliquer ici )

On peut aussi prendre les devants: 
Selon les Loisde Manou 6.31,cette préparation à la mort peut aller jusqu'à la mort volontaire parinanition, qui est également pratiquée dans le jaînisme. C'est en fait un jeûneà mort: "Qu'il marche pleinement déterminé etdroit devant lui, en direction du nord-est (nb: là où les hommes etles dieux se rencontrent), subsistant uniquement d'eauet d'air, jusqu'à ce que son corps se résorbe dans le repos final". C'est le mahâprasthâna "le Grand départ".

Tout cela est accompagné par une méditation sur la condition humaine quipourrait presque être bouddhique. Lois de Manou 6.61-67:

" Le renonçant méditera sur latransmigration des êtres humains (...),surla séparation d'avec les êtres qui leur sont chers, sur leur union avec ceuxqu'ils détestent, sur le fait qu'ils sont submergés par la vieillesse etqu'ils sont torturés par les maladies, sur la séparation de l'âmeindividuelle du corps et sa renaissance dans une nouvelle matrice, et ses pérégrinationssur des dizaines de milliards d'existences (...). Qu'il reconnaisse par une méditationapprofondie la nature subtile de l'âtman suprême (= du Brahman) et sa présencedans tous les organismes vivants, inférieurs ou supérieurs. "

La mort, un autre état d'être

L'homme moderne occulte la mort. Il ne sait plus mourir. Pour lui la mortest toujours une catastrophe. Pour l'homme des civilisations anciennes et archaïques,la vie et la mort sont deux états de l'être, et non l'être et le néant. Lavie est un mouvement circulaire, un cycle que la mort n'interrompt pas, si lesrites sont correctement accomplis. Le défunt continue à vivre, pourvu que lesrites assurent la continuité de son existence. 

La mort ouvre en effet un état de crise que seul l'accomplissement despermet de surmonter. Le défunt est partout conçu comme un personnageredoutable. Que craint-on de lui ? Essentiellement qu'il revienne parmi lesvivants et perturbe leur vie. D'où toute une série de rites destinés à empêcherqu'il revienne. 

Le plus universel, ce sont les vêtements de deuil. On s'habille autrementque d'habitude, de façon que le défunt ne nous reconnaisse pas. Ou bien laprocession funéraire prend au retour un autre chemin qu'à l'aller, ou encoreon sort le corps par une porte dérobée et non par la porte d'entrée, pour quele mort ne puisse rentrer à la maison. La crémation a aussi pour but de faireséparer plus vite l'âme du corps. Le dernier rite de la crémationhindoue consiste à briser le crâne calciné pour en faire sortir l'âme.

La communauté des vivants doit continuer de vivre

La communauté des vivants a été affaiblie par la mort d'un de sesmembres. Il faut donc faire redémarrer au plus vite la vie. Ceci explique queles repas funèbres tournent souvent à l'orgie, et que dans nos campagnes lesenterrements sont souvent l'occasion de joyeuses ripailles où les plaisanteriesobscènes ne manquent pas.

Il faut aussi entretenir la vie des morts, d'où l'universalité du cultedes morts. On leur fournit de la nourriture, des libations, des fleurs. Dans saforme la plus spiritualisée, le culte des morts se borne à la prière pour lesmorts où s'exprime l'idée d'une communauté agrandie qui unit les vivants etles morts. Les vivants peuvent intercéder pour les morts, et les morts aussipeuvent continuer à influencer le cours des choses ici-bas, surtout si de leurvivant, ils ont joui d'une position de puissance. Cf. le credo chrétien :" Je crois au Saint-Esprit, la sainte Egliseuniverselle, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrectionde la chair et la vie éternelle ".

Que deviennent les morts après le trépas ?

Ils survivent d'une manière ou d'une autre (sauf dans les religions sémitiques).Mais très souvent dans les religions archaïques, on considère que la qualitéde leur survie dépend de la puissance que le défunt avait ici-bas. Ainsi, lecombattant, le roi et la femme morte en couches sont mieux lotis que le commundes mortels.

Ou encore l'on considère que la  vie posthume se règle sur laconduite bonne ou mauvaise que le défunt avait de son vivant. Au stade le plusprimitif, il n'y avait là aucune intention morale: l'idée est tout simplementque le péché amoindrit la puissance du défunt, l'intégrité la renforce. Encorrélation avec cette conception, l'idée qu'il y a deux séjours pour lesmorts; les enfers, lieu de torture, ,et le paradis, lieu de délices. C'est uneconception qui vient d'Iran et qui passera de là dans le judaïsme, lechristianisme et l'islam.

La séparation de l'âme et du corps

Cette idée d'est développée sous une forme particulière dans le mondeindo-européen: le voyage de l'âme.  Encore aujourd'hui, dans noscampagnes, quand un décès se produit, on ouvre la fenêtre. le sens de cettecoutume s'est perdu, mais est clair pour un historien des religions: il s'agitde laisser partir l'âme au ciel. Cette croyance n'a évidemment rien de chrétien,puisque le christianisme officiel est fort peu loquace sur le sort des trépasséset professe l'attente de la personne toute entière, non de l'âme seulement, envue de la résurrection. C'est une vielle croyance indo-européenne qui s'estmaintenue en Europe. En voici le version indienne, puis iranienne.

Pour les Indiens, les âmes rejoignent la lune par le chemin des mânes, oùelles  se reposent en attendant une nouvelle incarnation Celles des initiésprennent la route su soleil, c-à-d le chemin des dieux. Les initiés, ce sontceux qui se sont libérés des illusions et de l'ignorance (Brhadâranyaka-upanishad6.2.16, Changogya-upanishad 5.10.1), qui connaissent le "mot depasse" (Kaushitaki-upanishad).

Dans tradition iranienne, les âmes des morts, après avoir traversé lepont Cinvat (mot iranien,prononcer "Tchinvat") (cf. le pont Sirâtdans l'islam),  se dirigent vers les étoiles, et, si elles étaientvertueuses, poursuivent leur chemin jusqu'à la lune, puis au soleil. Les plusvertueuses d'entre elles pénétraient dans le garodmân,  la lumièreinfinie d'Ahura Mazda.

Le thème essentiel du christianisme (comme du judaïsme et de l'islam)n'est pas l'immortalité de l'âme, mais la résurrection, conçue comme unenouvelle création de la personne. La vie éternelle est un don de Dieu.

Désormais, du moins pour l'occident, la réflexion sur le sort des trépassésse séparera en deux routes divergentes: l'immortalité de l'âme desphilosophes et des ésotéristes et la résurrection de la chair, pure grâce deDieu, de la pensée sémitique en général.

La résurrectionest une vielle conception iranienne qui a pénétré dans le judaïsme,puis dans le christianismeet l'islam.

Quant à l'idée de réincarnation,elle est répandue partout dans le monde, surtout dans les religions de l'Inde: hindouisme,bouddhisme et jaïnisme.Dans le bouddhisme tibétain, le BardoThödol  (livre des morts tibétains) décrit en détail les étapesentre la mort et la réincarnation. Il existe d'autres livres des morts:notamment le livre des morts égyptien et l'Ars moriendi ("art demourir") du Moyen-Âge européen. Dans le christianisme, seulsquelques rares pères de l'Eglise, notamment Origène, l'ont défendue.

Sagesse: "La mort est notre point de maturité " (Makkî, Qûtal-Qulûb)

" Lamort est belle, parce qu'elle amène l'ami à l'Ami" (Yahyaben Mu'âdh)

"J'ai passé seulementd'une chambre dans une autre",  Râmakrishna( in Evangile de M., p. 73).

Exorcismecontre la mort

 

Sources:

*   toute l'oeuvre de Mircea Eliade (voir ici § II.2) 

*  HEILER Friedrich, Ercheinunngsformen und Wesen der Religion,Kohlhammer, Stuttgart, 1979

*  VAN DER LEEUW G., La religion dans son essence et sa manifestation, Phénoménologie de la religion, Payot, Paris, 1970

*   WIDENGREN Geo., Religionsphänomenologie, Walter de Gruyter, Berlin, 1969

 Source: http://www.persocite.com/orient/mort.htm

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