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 Foi Ordinaire, Science ordinaire

11/2/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

William D. Phillips

Prix Nobel de Physique obtenu en 1997 pour sa co-découverte de méthodes permettant de refroidir et de capturer des atomes avec la lumière du laser. Il a rejoint l’Institut National des Standards et de la Technologie américaine en 1978 où il est en charge du Groupe de Refroidissement des Atomes par Laser dans la Division de Physique Atomique. Il est professeur de Physique à l’Université de Maryland.*

Abstract (Phillips doit envoyer un papier pour le dossier de presse) : De nombreux scientifiques sont également dotés de croyances scientifiques conventionnelles. Moi-même, en tant que physicien croyant, en suis un exemple. Ce texte explore la nature de mes croyances et la relation existant entre ma science et ma croyance. J’y compare ma compréhension des domaines religieux et scientifique. Alors qu’en ce qui me concerne, la science et la religion sont parfaitement distinctes à bien des égards (par exemple dans la viabilité d’une revendication), elles partagent également de nombreux traits (par exemple des conclusions basées sur une connaissance reçue, l’expérience et la raison). Ma croyance religieuse n’est pas dénuée de fondement ou irrationnelle, ni scientifique.

Introduction

Je suis né dans une famille qui ne plaisantait pas avec la religion. Nous priions et avant les repas et avant de nous coucher. Nous appartenions à une église Méthodiste et assistions à la messe de l’école aussi bien qu’aux offices du Dimanche. En bref, l’enfant que j’étais percevait sa famille à l’image de la plupart des autres qu’il connaissait. Il ne m’était donc jamais venu à l’esprit que la foi religieuse pût ne pas être naturelle ni ne faire partie de la vie.

Aussi longtemps que je me souvienne, je me suis toujours beaucoup intéressé à la science. Au début, je suppose qu’il s’agissait simplement d’une curiosité enfantine : découvrir la façon dont les choses fonctionnent. Mais lorsqu’on m’a appris que l’on pouvait faire de cette curiosité une profession, j’ai compris que c’était le métier que j’avais vraiment envie d’exercer. À 10 ans environ, je savais que je voulais devenir physicien. Peut-être était-ce parce que la physique était plus hygiénique et moins odorante que la chimie et la biologie (bien que je sois toujours fasciné par ces disciplines) ou peut-être était-ce parce que la physique aborde les questions les plus fondamentales quant à la façon dont l’Univers fonctionne (bien qu’à cette époque je n’eus presque aucune notion de ce que ces questions voulaient dire et impliquaient) ? Quoi qu’il en soit, j’étais voué à devenir physicien et physicien je suis aujourd’hui !

Reste qu’il ne me semblait pas, alors, qu’il y eut de conflits fondamentaux entre mon intérêt pour la science et mon terrain d’entente avec la religion. Bien sûr, je savais que les histoires racontées par la Bible, et plus précisément les explications sur la Création, étaient littéralement en conflit avec la perception et la compréhension scientifique des origines de l’Univers et de ses habitants. Mais lorsque je fus en âge de percevoir clairement ces conflits, j’avais également appris l’existence d’une variété d’expressions littéraires, et les façons dont le sens profond émerge de procédés tels que celui des métaphores, des allégories et de la poésie. Mes parents aussi bien que le Pasteur m’encourageaient à être attentif au message spirituel des Écritures. La science était une chose, la religion en était une autre, et il n’y avait aucun problème.

Aujourd’hui, je suis toujours un membre de l’Église, de même que je chante au sein d’une chorale Gospel. Notre famille prie avant les repas, se rend à l’Église presque tous les Dimanches et… je prie globalement moins souvent que je ne le devrais ! Ma perception de la religion est plus libérale que celle de certains et plus conservative que celle d’autres personnes. En bref, ma vie religieuse est assez conventionnelle. Il en est de même pour ma vie scientifique ! Je suis membre de la Société Américaine de Physique, l’organisation professionnelle des physiciens. J’écris des articles et donne des conférences qui sont accueillies de la façon dont toute conférence de physicien peut l’être, c’est-à-dire parfois avec respect, parfois avec scepticisme. J’ai l’honneur de diriger un groupe de 15 à 20 scientifiques à l’Institut National des Standards et Technologies (National Institute of Standards and Technology), personnes dont l’enthousiasme et l’intelligence me donnent envie de me lever le matin pour aller travailler. En tant que professeur à l’Université de Maryland, j’ai le plaisir d’enseigner la physique à des étudiants dont les questions suscitent en moi autant de defis personnels que de satisfaction à leur répondre. En bref, je suis un physicien ordinaire.

Être un scientifique ordinaire doublé d’un Chrétien ordinaire me semble naturel. Cela semble tout aussi naturel à de nombreux scientifiques que je connais qui sont également de vrais croyants. Cependant, aux yeux de certaines personnes, il semble étrange, voire très étonnant, que quelqu’un puisse avoir une démarche sérieuse tout à la fois vis-à-vis de la science et vis-à-vis de la foi. Je vais maintenant essayer de montrer la façon dont ces deux aspects de ma vie fonctionnent et comment ils s’influencent l’un l’autre et s’informent respectivement. Il ne va s’agir, essentiellement, que du témoignage d’une personne ordinaire qui peut être sérieuse autant en ce qui concerne la science que la foi.

Ma Science

Je me compare un peu à la mécanique quantique. C’est-à-dire que, telle la façon pratique dont la mécanique d’une voiture fonctionne, je travaille de manière pratique sur la nature quantique d’atomes et de lumière. La mécanique quantique est la théorie de la physique qui décrit comment, au niveau submicroscopique, les atomes et les photons (particules de lumière) se comportent. Il s’agit d’une théorie qui a fait ses preuves et qui, autant que l’on puisse l’affirmer, décrit avec exactitude tout ce qui a trait au phénomène ordinaire que l’on vit chaque jour, auquel s’ajoute des phénomènes extrêmement riches qui ne sont perçus que via les instruments specialisés des physiciens quantiques.

Le comportement des choses au niveau quantique (microscopique) est incroyablement différent de celui, plus familier, des objets plus grands (macroscopiques). Par exemple, dans la vie ordinaire, nous sommes habitués à affirmer que nous ne pouvons nous trouver en deux lieux différents en même temps (nous n’avons pas le don d’ubiquité). Par contre, dans l’univers quantique, il est commun qu’un atome, un photon ou un électron se trouvent en deux lieux différents au même moment. Dans le monde macroscopique, où ont lieu des événements ordinaires, les objets ont des propriétés qui ne s’altèrent pas du fait qu’on les observe ou non. Le panneau « sens unique » d’une rue indique, selon son emplacement, soit la direction Est, soit l’Ouest. Si nous devons le regarder pour savoir quel sens nous est interdit, puisqu’il s’agit d’un panneau usuel, nous n’avons pas besoin de le regarder pour savoir qu’il indique en soi et quoi qu’il en soit une direction (qui nous est interdite). En physique quantique, par contre, un atome peut tout à la fois pointer simultanément l’est et l’ouest. Et, lorsqu’on en fait l’expérience, on peut démontrer qu’il est erroné de supposer qu’il indique déjà une direction ou une autre avant même d’être observé par un oeil humain.

Si ces caractéristiques de mécanique quantique paraissent étranges, voire confuses, à des non physiciens, soyez certains qu’elles le sont également pour des physiciens ! Nous ne prétendons pas comprendre la raison pour laquelle les choses fonctionnent aussi singulièrement ; nous savons simplement qu’elles le font et à partir de cette connaissance, nous réalisons des choses utiles. Nombre de choses que nous pensons aller de soi dans cette vie moderne (l’électroménager, par exemple) n’existent que parce que des scientifiques et des ingénieurs ont compris les aspects singuliers de la physique quantique et ont su créer des procédés à partir de ceux-ci.

Je cohabite chaque jour avec les comportements pour le moins étranges de ces objets. Ils me sont aussi familiers que ne peut l’être le fonctionnement interne d’un engin à combustion pour un mécanicien automobile. Si je pense à l’étrangeté de la mécanique quantique, je suis aussi dérouté que quiconque. Mais je peux utiliser ma connaissance de ce comportement étrange pour obtenir des resultats qui sont aussi fiables que l’est celui du fonctionnement d’une automobile (bien entendu, les voitures, tout comme mes expériences en laboratoire, ne sont pas parfaitement fiables, mais ces défauts ne sont pas le résultat de problèmes fondamentaux inhérents à la compréhension de la mécanique des voitures ou de la mécanique quantique des atomes).

Mon travail de recherche s’est axé sur le refroidissement par laser et la capture des atomes [1]. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en braquant de la lumière sur un gaz d’atome… on peut le refroidir. Les températures atteintes figurent parmi les plus faibles observées pour n’importe laquelle des substances existantes – moins d’un millionième de degré au-dessus du zéro absolu. Cette température incroyablement faible implique que les atomes se déplacent extrêmement doucement, moins d’un centimètre par seconde (cela doit être comparé aux centaines de mètres par seconde parcourus par des gaz atomiques à une température se rapprochant de celle de la pièce). Lorsque des atomes se déplacent aussi doucement, leur caractère ondulatoire devient de plus en plus évident. En effet, autre aspect étrange et merveilleux de la nature : la physique quantique nous apprend que toutes les particules se comportent également comme des ondes. En revanche, lorsque les particules sont lourdes ou se déplacent rapidement, la longueur d’onde est tellement faible qu’habituellement, le caractère ondulatoire n’en est pas manifeste. Mais lorsque la vitesse de la lumière ou d’un atome est réduite à moins d’un centimètre par seconde, la longueur d’onde peut devenir plus importante que celle de la lumière visible. Ainsi, le caractère ondulatoire de l’atome peut devenir manifeste même au niveau macroscopique, à une échelle bien plus importante que les dimensions atomiques.

Au cours de certaines de nos expériences, nous mettons des atomes de gaz dans un état particulier, appelé le « condensé Bose-Einstein ». Cet mise en « état » n’a été rendue possible que ces dernières années [2]. Dans un condensé, les atomes peuvent atteindre une longueur d’onde plus grande qu’un dixième de millimètre : assez importante pour que quelqu’un doté d’une bonne vue puisse la voir à l’oeil nu. D’une certaine façon, mon groupe de recherche, ainsi que d’autres qui effectuent le même travail, amenons certains des aspects étranges et étonnants de la mécanique quantique depuis le niveau subatomique jusqu’au monde macroscopique. Bien que notre intuition relative à ce qui arrive en ces circonstances ne soit souvent pas très bonne, il nous est toujours apparu que la mécanique quantique continue à donner une description exacte de ce que nous observons.

Les expériences réalisées sur les atomes refroidis par les lasers et sur les condensés Bose-Einstein ont des applications à la fois fondamentales et pratiques. Une de ses applications pratiques peut être observée dans au moins 3 pays, qui, suite à de forts éboulements en 2001, utilisent désormais des horloges atomiques fonctionnant avec des atomes lasers refroidis afin que ces dernières leur fournissent leur temps national standard. Et le futur promet d’être encore plus excitant ! Nous espérons pouvoir utiliser les atomes refroidis par les lasers comme des « qubits » (morceaux d’atomes) dans les processeurs d’information quantique – ordinateurs quantiques qui seront différents des ordinateurs contemporains d’une façon plus fondamentale que les machines d’aujourd’hui ne diffèrent des bouliers. Ces nouveaux ordinateurs quantiques auront en leur coeur l’étrangeté quantique qui est si intriguante pour les physiciens et pourraient être à même de résoudre des problèmes ingérables par des ordinateurs ordinaires.

Ma Foi

Être décrit comme religieux m’embarrasse. Je suppose que cela est dû au fait que pour moi, le terme implique nécessairement que la personne est plus concernée par l’apparence extérieure conférée aux pratiques religieuses que par le noyau spirituel de la religion. Ainsi, je préfère me décrire comme une personne de foi.

L’auteur de l’Épître aux Hébreux décrit la foi comme « la substance des choses espérées, l’évidence des choses non vues » (« the substance of things hoped for, the evidence of things not seen » [Hébreux 11:1 (KJV)]). Je trouve cette déclaration à la fois magnifique et profonde. La juxtaposition des mots solides « substance » et « evidence » et des descriptions éthérées « espoir pour » et « non vues » insiste sur le fait que la foi est croyance et qu’elle a un fondement différent de celui associé à la connaissance scientifique.

Quelqu’un m’a récemment posé la question suivante :
« Pouvez-vous imaginer qu’une preuve quelconque puisse un jour vous faire arrêter de croire en Dieu ? » La question est de grande importance car n’importe laquelle des hypothèses scientifiques doit être falsifiable. C’est-à-dire que l’on doit être capable de spécifier ce qui prouverait que l’hypothèse est fausse. Les énoncés qui ne sont pas falsifiables ne sont pas des énoncés scientifiques. Ma réponse à la question relative à Dieu est : « Non, rien ne pourrait me faire arrêter de croire en Dieu [3]. » Ma définition prouve que la croyance n’est pas d’ordre scientifique.

Cela dit, je tiens à souligner le fait que ma connaissance scientifique soutient ma foi. Si cette dernière est non-scientifique (je ne dit pas anti-scientifique), elle n’en est pas irrationnelle pour autant ! Lorsque j’observe l’ordre, la compréhension et la beauté de l’Univers, j’en viens à la conclusion que ce que je vois a été créé à dessein par une intelligence supérieure. Mon appréciation scientifique de la cohérence et de la merveilleuse simplicité de la physique [4] renforcent ma croyance en Dieu. La structure de l’Univers semble être mystérieusement adaptée au développement de la vie. Le moindre petit changement de l’une des constantes fondamentales de la nature (par exemple, de ces chiffres qui décrivent la valeur de la force existant entre deux électrons) ou des conditions initiales de l’Univers (comme la quantité totale de matière) aurait été un obstacle au développement de la vie – telle que nous la connaissons. Pourquoi l’Univers est-il si incroyablement adapté à l’émergence de la vie ? Et plus encore, pourquoi l’Univers est-il si scrupuleusement adapté à notre existence à nous ? Certains répondent simplement que si cela n’avait pas été le cas, nous ne serions pas là pour nous en poser la question (c’est le Principe Anthropique Faible). Cependant, cela ne répond pas à la question de pourquoi, parmi l’infinité d’univers qui eûssent été possibles, le nôtre soutient-il et maintient-il la vie intelligente ? Cela semble tellement improbable que nombre de personnes en concluent que l’Univers tel qu’il est ne peut avoir été que conçu par un Créateur avisé.

Cela constitue-t-il une preuve scientifique légitime pour prouver l’existence d’un créateur intelligent ? Cela se pourrait. Reste que cette preuve n’est pas partagée universellement. D’ailleurs, certains scientifiques, plus qualifiés et souvent plus intelligents que moi, des personnes qui connaissent davantage l’ordre et la beauté du cosmos, sont arrivés à une conclusion inverse (de même que de meilleurs scientifiques sont arrivés à la même conclusion que la mienne). L’hypothèse de l’existence d’univers multiples pose la question de la probabilité infime d’obtenir un univers adapté à la vie (bien que cette hypothèse, du moins pour le moment, ne soit pas plus démontrée que la croyance en l’existence d’un Dieu).

J’ai le sentiment (un sentiment pour beaucoup dénué de fondement scientifique ou théologique) que nous ne trouverons jamais de preuves scientifiques à même de justifier l’existence de Dieu de façon convainquante. Je soupçonne Dieu de ne pas laisser Ses [5] « Empreintes » sur Son oeuvre. Un sage affirma que « s’il existait des preuves parfaitement convainquantes de l’existence de Dieu, alors, quelle serait l’utilité de la foi ? »

Quoi qu’il en soit, de nombreux scientifiques trouvent la preuve d’ordre scientifique suffisamment imposante et irrésistible pour croire en un créateur doué d’intelligence, créateur qui aurait fait surgir êtres et mouvements dans tout ce que l’on voit autour de nous. Certains souscrivent à une croyance appelée « le Dieu d’Einstein » [6] : une incarnation de l’intelligence et de l’ordre derrière la création, cependant dénuée de la personnalité qui serait soucieuse de sa création et interfèrerait avec elle. En bref, il ne s’agit pas du Dieu de la religion traditionnelle. Il y a autant de variétés de ce genre de croyances qu’il existe de croyants. Ce genre de croyances a suscité une très belle expression poétique [7], dans laquelle une scientifique identifie son hymne favori : « Immortel, Invisible, Dieu le Plus Sage », par Walter Chalmers Smith, 1867 :

Immortel, invisible, Dieu le plus sage,
Dans la lumière inaccessible, se cache de nos yeux,

Tout haut nous t’implorons : Oh aide-nous à voir
La splendeur de la lumière cachée en toi.

« Immortel, Invisible » est un hymne merveilleux, mais il place Dieu tellement loin des hommes qu’il ne peut figurer sur ma liste des 20 meilleurs hymnes ! Parmi mes favoris, se trouve « Dans le Jardin », par C. Austin Miles, 1913, avec son adorable refrain :

Et il marche avec moi, et il parle avec moi,
Et il me dit que je lui appartiens ;
Et la joie que nous partageons alors que nous restons là, Personne ne l’a jamais connue.

« Dans le Jardin » exprime ma croyance dans un Dieu personnel, un Dieu qui est à la fois le créateur de l’Univers et un être intimement concerné par le bien-être des créatures de cet univers. Le « Dieu d’Einstein » n’est pas tout à fait suffisant pour moi. Je crois en un Dieu qui veut de bonnes choses pour nous et qui désir, et attend de nous, de nous occuper de nos semblables. Je crois que Dieu souhaite de la sincérité, des relations aimantes autant envers soi-même qu’entre chacun de nous. Je ne sais comment je peux me reposer sur la beauté et la symétrie de la nature, ou sur l’improbable précision du réglage de l’Univers en astronomie pour soutenir ce genre de croyance. Alors pourquoi crois-je en un Dieu personnel et aimant ?

Un autre de mes hymnes favoris me revient en mémoire, peut-être le premier que j’ai appris étant enfant : « Jésus m’aime ! Cela, je le sais, car la Bible me le dit » (Anna B. Warner, 1860). Je crois en la nature aimante de Dieu grace à ce que l’on m’a appris des écritures, des traditions transmises de siècle en siècle, et de la sagesse reçue de mes parents et professeurs. Mais il y a plus encore. Je suis persuadé de la véracité de ce en quoi je crois concernant Dieu car je peux sentir la présence de Dieu dans ma vie et dans le monde. La prière me conforte et m’aide à faire de bons choix. Les gens sont gentils et bons, sacrifiant leur bien-être personnel au bénéfice de celui des autres. Tout cela fait partie de « l’évidence des choses invisibles » qui me convainquent de la réalité d’un Dieu aimant. Bien entendu, je suis au courant des débats instaurés par ceux qui y sont opposés et formulent ainsi leur argumentaire : le recueillement laïque peut générer des états equivalents à ceux issus de la prière ; la valeur psychologique et/ou de survie mène à des attitudes altruistes. Quoi qu’il en soit, je crois.

Ces croyances se maintiennent-elles sans le moindre doute ? Difficilement ! Je me suis souvent posé la question de savoir si cette croyance en Dieu était juste une béquille psychologique ou une acceptation de la tradition non remise en cause. De temps en temps, je me demande si je n’ai pas tout faux concernant Dieu : peut-être que Dieu n’est pas une personne mais seulement la somme mal définie d’une myriade de consciences de l’Univers. Reste que je n’ai pas ce genre de doutes concernant la physique, et cela représente une différence importante entre ma science et ma foi. Mais j’accepte que ce genre de doutes fasse partie de la vie de la foi. L’histoire de Thomas [Jean 20:24-29] fait partie, je pense, de ce qui, dans l’écriture, peut nous amener à considérer comme normal le fait de douter. Si Thomas, qui était un disciple et un compagnon quotidien de Jésus, a des doutes, alors il n’y a aucune raison pour qu’il soit mal que l’on en ait à notre tour.

Parmi les choses qui fomentent le doute chez une personne de foi se trouvent les questionnements difficiles que doit affronter toute personne, scientifique ou non, se prévalant de croire en un Dieu personnel, aimant et actif. Dans mon esprit, la question principale est « pourquoi y a-t-il de la souffrance dans le monde ? » Bien entendu, une partie de la souffrance est le résultat des péchés de ceux qui souffrent. Les gens qui abusent de la drogue et de l’alcool finissent par en souffrir. Ce qui est moins facile à accepter, c’est que des personnes innocentes souffrent à cause des méfaits des autres : les enfants et la famille des personnes qui se droguent, par exemple. Mais si Dieu veut entretenir des relations sincères avec nous, alors nous devons être également libres de le rejeter ainsi que tout ce qu’il souhaite pour nous. La souffrance des coupables comme celle des innocents, en tant que résultat du péché, devrait nous paraître l’une des dérives inévitables du cadeau que Dieu nous a fait : le libre-arbitre. Ce qui pourrait être plus difficile à comprendre, c’est la souffrance de personnes innocentes dûe à des événements imprévisibles, hors de tout contrôle humain. Pourquoi Dieu a-t-il créé un monde dans lequel les volcans détruisent des villes entières et au sein duquel les maladies provoquent un mal indicible chez de jeunes enfants ? Je n’en sais rien. Cette question est aussi vieille que la religion elle-même, et la réponse reste aussi mystérieuse qu’elle l’a toujours été. Le livre de Job, tel que je le vois, a été écrit afin de poser cette question précise, et ce que je comprends de la réponse qui y est donnée, c’est qu’il y a simplement des choses que nous sommes et serons amenés à ne pas comprendre. Cela peut être celle d’avoir un monde dans lequel les créatures de Dieu sont réellement libres de faire des choix, et au sein duquel Dieu devait permettre la possibilité d’une telle souffrance iméritée. Cela peut être ainsi, mais je n’en ai aucune idée.

Un autre problème difficile – et plus particulièrement pour les chrétiens –, c’est le statut de ceux qui ont une autre foi. En tant que Chrétien, je crois que Jésus révèle et dévoile l’existence de Dieu : je crois que Jésus est la preuve vivante du désir de Dieu de communiquer directement avec nous. Jésus, à travers sa vie et sa mort sacrificielles, nous réconcilie avec Dieu et nous garantie la vie éternelle. Alors qu’en est-il de ceux qui n’acceptent pas cette vision de Jésus ? Et qu’en est-il de tous ceux qui acceptent les principes de comportements préchés par Jésus, et qui vivent selon ces principes bien mieux que moi ? Après tout, Jésus a souvent dit qu’il ne faisait que précher ce que la Loi et les prophètes avaient enseignés il y a de cela fort longtemps. De nouveau, je n’en sais rien ! Pour moi, Jésus est « le chemin, et la vérité et la vie » [Jean 14:6]. Mais je ne peux prétendre (à) parler à la place de Dieu et dire que d’autres, qui empruntent un chemin spirituel différent, sont sur la mauvaise voie. D’ailleurs, l’une des bénédictions du projet de ce livre, c’est d’avoir pu apprendre de l’expérience d’autres scientifiques, dotés de fois différentes. J’ai été bien plus impressionné par les similitudes de notre expérience spirituelle que par leurs différences. Je ne prétendrais bien entendu pas que toutes les religions sont similaires, mais lorsque nombre d’entre elles ont autant de caractéristiques communes, il m’est difficile d’arguer que le Dieu aimant et personnel qui m’est familier n’est pas également en oeuvre dans le coeur de ces personnes de fois différentes.

Si je crois que nous comprenons des choses importantes à propos de Dieu et de ses objectifs, je crois également qu’il y a beaucoup de choses que nous ne comprenons pas et ne comprendrons jamais, du moins dans cette vie terrestre. Comme St. Paul le dit : « De même notre vision aujourd’hui est une image confuse dans un miroir dépoli ; mais alors, nous verrons face à face. Ma connaissance aujourd’hui est imparfaite ; mais alors, je connaîtrai comme Dieu me connaît. » [1Cor. 13:12]. D’une telle position d’ignorance, je sens que doit découler l’attention à ne pas être trop dogmatique dans mes croyances : je dois rester ouvert aux aperçus que les autres pourraient donner.

La façon dont tout s’ajuste

J’ai affirmé que la croyance basée sur la foi était différente de celle basée sur une evidence scientifique. Pourquoi crois-je qu’il existe ces deux façons d’appréhender les choses ? En tant que scientifique entrainé à accepter uniquement les évidences fiables et reproductibles, observées selon le support d’hypothèses, pourquoi crois-je dans « l’évidence des choses invisibles » ? Et pourquoi pas ?! Je pense que même les scientifiques qui croient dur comme fer que seules les évidences empiriques mènent à la vérité, peuvent trouver et faire une place, au sein de leur vie, à l’amour et au romantisme. Même s’ils croient que l’amour est uniquement de la biochimie, je doute beaucoup que, dans un moment tendre et romantique, ils ne fassent appel qu’à elle ! Si nous acceptons tous l’idée de céder une part importante de notre vie à quelque chose d’aussi éloigné de la rationalité scientifique qu’est l’amour, alors pourquoi ne le ferions-nous pas également avec la foi ? Je ne suis pas en train de prétendre que l’on doit croire en Dieu sous pretexte que la Science ne peut, non plus, expliquer l’Amour. J’affirme que si la science pouvait expliquer l’amour, il y aurait beaucoup de mérite à continuer de percevoir et vivre l’amour de façon non scientifique… et pourtant, je suis certain que la plupart d’entre nous continueraient à le faire. Si nous le souhaitons, et même sommes avides de le faire, pourquoi, dans ce cas, ne ferions-nous pas la même chose avec le foi ?

J’ai conscience du fait que cet argument est un brin désinvolte, reste que je lui trouve du mérite. Il n’y a aucune raison de croire qu’il n’existe qu’une et une seule façon d’appréhender la vie. J’abonde particulièrement dans le sens de l’affirmation du physicien Freeman Dyson [8] selon laquelle la Science et la Religion regardent la même réalité à travers des fenêtres différentes. Il me semble que la vie serait plutôt assommante si nous ne la regardions qu’à travers la fenêtre de la Science.

Un autre aperçu utile, parfaitement expliqué par Howard Van Till [9], est que science et religion posent toutes deux des questions différentes sur la réalité. La science peut poser des questions sur la façon dont les choses fonctionnent et sur la succession d’événements qui a mené aux circonstances actuelles ; la religion peut, elle, poser des questions sur la relation que l’on entretient avec Dieu et sur la façon dont on devrait se comporter les uns avec et envers les autres. En réalité, les problèmes n’apparaissent que lorsqu’on pose les mauvaises questions à la mauvaise discipline. Si le livre de la Genèse nous parle de Dieu en tant que le magnifique créateur (chaptre 1) et parent investi et personnifié (chapter 2), la cosmologie, elle, nous parle de l’évolution stellaire et la biologie, de l’origine des espèces. Mais essayer d’apprendre la cosmologie via la Genèse constitue non seulement un piêtre mélange des genres, mais encore fait-il prendre le risque de rater les importants messages spirituels contenus dans la Genèse.

Cette description de la relation entre Science et Religion peut donner l’impression qu’elles sont deux disciplines totalement séparées, utilisant des méthodes entièrement différentes pour poser des problèmes absolument dissemblables. De mon côté, je ne vois pas les choses de cette façon. En tant que méthodiste, on m’a appris que la croyance se fonde à partir des quatre piliers que sont les Écritures, la Tradition, La Raison et l’Expérience (les quatre piliers du méthodisme). Je vois d’importants parallèles entre ces derniers et le fondement de la connaissance scientifique. Les Écritures (la Bible) et la Tradition (la sagesse des penseurs religieux à travers l’histoire) représentent la connaissance reçue. La science recèle également de nombreuses connaissances reçues : si on lit les textes classiques de physique, on accepte généralement pour acquises les descriptions de preuves expérimentales sans pour autant avoir besoin de répéter nous-mêmes lesdites experiences. En ce sens, on accepte beaucoup de la science sur simple foi. Cependant, il existe une différence essentielle : en science, on pourrait, en principe, vérifier à tout moment les expériences décrites – d’ailleurs, une multitude de témoins contemporains ont réalisé leurs propres vérifications. Or, cette sorte de vérification n’est généralement pas réalisable pour la connaissance reçue en religion.

Pour moi, raison et expérience sont même encore plus comparables en science et en religion. Il existe une conception erronée selon laquelle la religion doit ignorer la raison et l’expérience en faveur de la connaissance reçue. Pourtant, cela n’est pas du tout cohérent avec la tradition religieuse. Les penseurs religieux – du moins depuis St Augustin – ont enseigné que lorsqu’une preuve empirique claire contredit les Écritures, c’est que nous les mésinterprétons.

Ainsi, si les méthodes utilisées en science et en religion ne sont pas si différentes les unes des autres et qu’elles regardent la même réalité à travers des fenêtres différentes, la science et la religion peuvent-elles travailler de concert ? Certainement, lorsque des questions d’ordre moral et éthique ont besoin de et font appel à la connaissance scientifique. Cela semble naturel et même impératif qu’il en soit ainsi. Si, par exemple, nous voulons déterminer le bien-fondé du fait de distribuer de la nourriture et des céréales génétiquement modifiées dans des pays pauvres, nous devons évaluer à la fois l’aspect scientifique et éthique de la décision à prendre. Cette sorte de cooperation, au sein de laquelle chacun apporte sa pierre à l’édifice commun, paraît valoir vraiment la peine.

D’autre part, les découvertes scientifiques peuvent également représenter un levier pour l’enseignement historique de la religion. Par exemple, l’enseignement de plusieurs traditions religieuses stipule que nous sommes tous frères et soeurs dans la paternité de Dieu. La biologie moderne, pour sa part, confirme l’identité génétique et l’ascendance commune de tous les êtres humains. Si des gestes récurrents d’inhumanité sont perpétrés envers les autres – malheureusement même parfois au sein de la même famille –, donnant un maigre espoir qu’une telle connaissance scientifique altère profondément les comportements, cela confirme néanmoins l’enseignement traditionnel.

Je pense également que si la science et la foi se rencontrent, c’est que Dieu souhaite que nous découvrions l’univers qu’IL a créé autant que peut se faire. Tout comme de bons parents veulent que leurs enfants apprennent autant de choses que possible par eux-mêmes, je crois que Dieu se réjouis avec nous de chaque nouvelle découverte. Qu’Il veut que nous profitions de la fertilité de la vie à travers toutes les opportunités possibles. Et la découverte scientifique en fait partie. Je crois que Dieu nous appelle à faire du monde un lieu meilleur en augmentant la connaissance que nous en avons. Je pense que la recherche scientifique est un appel profondément religieux. C’est l’une des façons dont Dieu fait de nous des partenaires au sein d’une creation continue.

Cependant, tout cela n’est qu’une expression de ma croyance religieuse sur la valeur de la science. Qu’en est-il de ce qui lierait plus directement la croyance religieuse à la connaissance scientifique ? Des études portant sur la précision du réglage de l’Univers et le principe anthropique – incluant l’examen d’hypothèses sur des multivers et les contraintes intrinsèques des lois et constantes physiques – pourraient, un jour, donner des preuves bien plus convainquantes de l’existence d’une intelligence prévalant derrière la création (tout comme elles pourraient ne pas donner de preuves…).

Un autre domaine dans lequel la recherche scientifique pourrait apporter des contributions significatives à la croyance religieuse est celui de la conscience humaine. Je trouve que la conscience humaine et le libre-arbitre sont des arguments forts pour l’existence d’une sorte de transcendance. Si nous sommes réellement dotés d’un libre-arbitre, si nos actions représentent un vrai choix et ne sont pas uniquement le résultat de réactions biochimiques suivant des processus déterministes ou aléatoires, alors d’où vient cet arbitre ? S’il n’y a que de la physique et de la chimie, d’où nous viennent les décisions que nous prenons ? Bien entendu, peut-être notre libre-arbitre est-il illusoire, ou peut-être émerge-t-il d’un système complexe dont toutes les composantes sont déterministes ou aléatoires ?

Mais je trouve ces hypothèses peu convainquantes et il me semble plus simple de croire en une transcendance qui fournit quelque chose se trouvant au-delà du déterminisme ou de la chance. J’appelle cela « transcendance de Dieu ». Cependant, en considérant le pauvre état d’avancement de notre compréhension scientifique de la conscience humaine et du libre-arbitre, ma conclusion sur la nécessité de transcendance n’est pas particulièrement bien fondée. Une meilleure connaissance de la conscience, qui pourrait avoir lieu via de futures recherches scientifiques, pourrait changer cette situation de manière significative.

La science pourrait-elle prouver Dieu ? Imaginons un instant que l’on trouve de solides preuves selon lesquelles l’Univers n’aurait pas été construit d’après des contraintes intrinsèques (c’est-à-dire que d’autres combinaisons de constantes fondamentales et de conditions initiales auraient été permises). Imaginons que nous trouvions des arguments puissants contre l’existence d’univers multiples. Enfin, imaginons qu’une recherche poussée confirme indéniablement qu’une déviation infinitésimale des conditions actuelles qui règnent dans notre Univers aurait donné lieu à un monde désert et inintéressant, dénué d’étoiles ou de planètes, rendant impossible la vie intelligente. Une telle situation pourrait facilement amener les personnes les plus raisonnables à croire que l’hypothèse d’un créateur intelligent est bien plus simple que celle d’une naissance de l’Univers indirecte, spontanée et naturelle. En d’autres termes, il pourrait arriver que la croyance en Dieu devienne, de loin, la conclusion scientifique la plus raisonnable.

Cela serait, pour moi et pour de nombreuses personnes, un dénouement très satisfaisant (bien que je doute fortement que cela arrivera – je doute du fait que Dieu ait laissé des « empreintes » aussi transparentes). Cependant, ce scenario ne représenterait un support scientifique qu’à une infime partie de ma croyance en Dieu. En effet, il ne toucherait pas au Dieu personnel et aimant que je connais.

Puis-je d’ailleurs imaginer que la science puisse soutenir ma croyance dans un Dieu personnel de la même façon que j’ai imaginé qu’elle pourrait fournir un soutien efficace au concept d’un Créateur intelligent ? J’en doute ! Supposons que nous voulions tester Dieu. Est-il actif, aimant et attentionné ? Nous mettons en place une expérience contrôlée pour tester l’efficacité de l’intercession de prières (de telles experiences ont, en réalité, été réalisées. Sans succès jusqu’à présent). Imaginons que nous trouvions qu’effectivement, ceux pour qui nous avons été assigné de prier guérissent bien plus rapidement que ceux pour qui nous ne prions pas (même les patients eux-mêmes ne savent pas si l’on prie ou non pour eux). Devons-nous en conclure que Dieu est aimant et gentil parce qu’il exerce son pouvoir de guérison, ou qu’il est superficiel car il répond à la souffrance selon un choix arbitraire et hasardeux ?

La difficulté de cette question reflète un dilemme théologique auquel je suis confronté de façon permanente : il me paraît difficle de comprendre la raison pour laquelle mes prières pour un ami souffrant devraient inciter Dieu à exercer un pouvoir de guérison alors que je crois que Dieu aime déjà mon ami bien plus profondément que je ne l’aime moi-même. Pourtant, malgré cela, je prie. Ainsi, je ne pense pas que des expériences puissent résoudre cette question, ou fournir des preuves évidentes sur l’existence d’un Dieu personnel.

Cette discussion amène inévitablement la question : « Comment un Dieu, attentionné et actif au sein de notre monde, accomplit-il des actions entrant dans le cadre des lois de la physique, lois qui ont toujours été perçues comme étant des descriptions irrécusables de la manière dont l’Univers de Dieu fonctionne ? » Van Till [9] cite la validité non faillible de la loi physique en tant que preuve de la loyauté et fidélité de Dieu envers la Création. Dans ce cas, qu’en est-il des miracles ou violations de la loi physique tels qu’ils sont retranscrits dans les Écritures ou dans le récit d’expériences religieuses récentes ? J’ai un grand nombre d’observations à formuler.

En premier lieu, nous devrions reconnaître que ceux qui ont écrit les Écritures n’avaient pas la même vision de l’immuabilité de certaines lois physiques que celle que nous en avons aujourd’hui. Ce que nous appèlerions « magie » était autrefois perçu comme un événement quotidien, et accepté comme faisant partie de la vie. Ainsi, le message spirituel delivré par l’intermède d’un miracle n’incluait pas forcément l’idée selon laquelle Dieu parfois suspend les lois physiques, inaltérables en d’autres circonstances. Je ne dis pas que Dieu ne pourrait pas ou ne voudrait pas faire cela, ou que nous serions aptes à verifier de telles suspensions si elles avaient lieu (la science, après tout, est principalement l’histoire d’un phénomène reproduisible ; les phénomènes irreproduisibles sont généralement abandonnés en tant que résultant d’observations non fiables). D’un autre côté, on pourrait imaginer que ce sont les interventions de Dieu qui sont plus subtiles, ayant lieu au niveau de la probabilité quantique – où la physique permet une multiplicité de résultantes plus ou moins probables, à partir desquelles Dieu pourrait choisir, sans entrer en contradiction avec les lois de la physique.

Il s’agit de questions intéressantes et amusantes. Quoi qu’il en soit, je crois qu’elles sont beaucoup moins importantes que celles portant sur la façon dont nous, créatures de Dieu, devrions agir envers nos prochains. Lorsque j’étais enfant, j’aimais beaucoup l’histoire de Samuel [1Samuel 3:2-10]. L’enfant Samuel entend Dieu l’appeler dans la nuit, et pense qu’il s’agit de son mentor, Eli. Eli renvoie l’enfant au lit, mais lorsque la situation se reproduit une seconde, puis une troisième fois, Eli, lui, entend que c’est Dieu qui appelle Samuel, et conseille ce dernier sur la façon de lui répondre. Quand, enfant, j’entendais de petits bruits durant la nuit, j’imaginais que j’entendais mon nom et je pensais que peut-être, était-ce Dieu qui m’appelait ? En grandissant, j’ai pris conscience du fait que les bruits nocturnes se jouaient de notre esprit et qu’aucune de mes pensées imaginaires n’était vraie. À présent, je sais que ma première hypothèse était la bonne : Dieu m’appelle, ainsi que chacun de nous, à chaque instant, pour réaliser le travail qui doit être accompli. Je me souviens d’un autre de mes hymnes favoris, « Here I Am, Lord », par Dan Schutte, 1981 (troisième verset et chorus) :

Moi, le Seigneur du vent et du feu, Je vais m’occuper du pauvre et du boiteux, Je vais dresser un festin pour eux, Que Ma main sauvera. Le meilleur pain, je leur fournirai, Jusqu’à ce que leurs coeurs soient satsfaits, Je donnerai ma vie pour eux Qui dois-je envoyer ?

Ici je me tiens Seigneur. Est-ce vous Seigneur ? Je vous ai entendu appeler dans la nuit. Je vais y aller Seigneur, si vous me guidez. Je vais contenir vos disciples dans mon Coeur. L’un de mes passages favoris des Écritures est celui de « Matthieu 25:31-46 ». S’il est l’un de mes favoris, ce n’est pas tant que j’y trouve du réconfort mais parce qu’il semble me dire clairement ce que Dieu attend de moi. Ici, Jésus est clair sur l’idée selon laquelle la façon dont nous traitons ceux qui sont affamés, malades et oppressés est très importante pour lui. Il nous dit « comme vous l’avez fait au dernier de ceux-là… vous me l’avez fait à moi » [Mt. 25:40 (RSV)]. Cette responsabilité à aider ceux qui sont dans le besoin est impressionnante et prémonitoire. Il y a beaucoup à faire. Nous devrions probablement nous y mettre.

(Traduit par Alessia Weil)

Remerciements

Je suis infiniment reconnaissant aux nombreuses personnes qui ont forgé ma foi et ma science à travers les années : mes parents, pasteurs, professeurs et mentors, mes amis et collègues, les membres de l’école du dimanche et les classes de cathéchisme que j’ai beaucoup appréciées à travers les années et, bien entendu, ma famille qui a toujours été d’un grand soutien. Enfin, je remercie Dieu pour tout l’amour, la beauté et la merveille de et dans cette creation.

Notes

* L’affiliation institutionnelle n’est donnée que pour les causes d’identification. Ce travail n’a pas été soutenu ni mené par le NIST ou l’Université de Maryland.

[1]. W. D. Phillips, « Laser cooling and trapping of neutral atoms », Rev. Mod. Phys. 70, 721-741 (1998).

[2]. M. H. Anderson, J. R. Ensher, M. R. Matthews, C. E. WiemanE. A. Cornell, « Observation of Bose-Einstein Condensation in a Dilute Atomic Vapor Below 200 Nanokelvin », Science 269, 198 (1995).

[3]. Bien entendu, la réponse la plus honnête est que je ne sais pas s’il y a quelque chose qui me ferait arrêter de croire en Dieu. D’autres, dotés d’une foi plus grande que la mienne, l’ont vue se volatiliser face à des tragédies personnelles ou mondiales. J’espère que cela ne m’arrivera pas, mais je ne peux en être certain.

[4]. Je me demande parfois si la raison pour laquelle les physiciens sont plus enclins à devenir croyant que ne le sont les biologistes est parce qu’ils perçoivent un monde plus simple, propre, ordonné et compréhensible que les biologistes.

[5]. Utiliser des pronoms personnels tels que « Il » et « Ses » pour se referrer à Dieu ne veut pas dire que je crois qu’il soit homme. Cela veut plutôt dire que je crois que Dieu est personnel. Je crois que la Bible contient des images de Dieu incarné aussi bien en homme qu’en femme et que seules plusieurs images combinées peuvent nous donner un tableau complet de Dieu. Je crois que Dieu est notre mère, père, soeur, frère, ami et plus encore.

[6]. Un nombre considérable de discussions a eu lieu autour de ne serait-ce que la vision de Dieu d’Einstein, étant donné qu’il faisait parfois plutôt référence à un Dieu personnel et, à d’autres moments, insistait sur une vision de Dieu plutôt impersonnelle.

[7]. Ursula Goodenough, The Sacred Depths of Nature, (Oxford University Press, Oxford, 1998), p. 13.

[8]. Freeman Dyson, Acceptance Address upon receiving the Templeton Prize for Progress in Religion, Washington National Cathedral, Washington DC, May 16, 2000.

[9]. Howard J. Van Till, The Fourth Day : What the Bible and the Heavens are telling us about Creation (William B. Eerdmans Publishing Co., Grand Rapids MI, 1986).


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