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 L'amour pour autrui et l'amour pour le Prophète

30/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك 

© Ralph Stehly, Professeur d’histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg

Dans le Sahîh de Bukhârî, on trouve ces trois hadîth-s:

Aucun d'entre vous ne croira vraiment, à moins qu'il n'aime pour son frère ce qu'il aime pour lui-même (2.6.1)

Aucun de vous n 'a vraiment la foi, à moins qu 'il ne m'aime plus qu 'il n 'aime son père et ses enfants (2.7.1)

Aucun d'entre vous n 'a véritablement la foi, à moins qu 'il ne m'aime plus qu 'il n 'aime son père, ses enfants et tous les hommes (2.7.2)

Ces paroles de Mohammed rappellent évidemment celles de Jésus:

Ainsi tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le vous-mêmes pour eux . (Matthieu 7.12, avec parallèle en Luc 6.31, cf. ci dessus 2.6.1).

Qui aime son père ou sa mère plus que moi n 'est pas digne de moi  (Matthieu 10.37, avec parallèle en Luc 14.26-27, cf. ci-dessus 2.7.1 et 2.7.2)

1) Le hadith 2.6.1 :

" Aucun d'entre vous ne croira vraiment, à moins qu 'il n'aime pour son frère ce qu 'il aime pour lui-même "

Ce hadith existe en plusieurs versions. Les divergences portent sur l'environnement du terme akh (frère). Notre version  laisse toutes les options ouvertes, en particulier ne limite pas l'acception du terme " frère " à une confession particulière, ce que ne fait pas Ah 3.251 qui porte " frère de confession musulmane " ( akhihi l-muslim). Muslim  (1.71) et Ibn Mâdja  (Muqaddima 9.10) , par contre mentionnent l'acception large " pour son frère" ou selon d'autre versions " pour son voisin". ( akhihi aw qâla li djârihi).

Mais que signifie au juste le terme " frère" ?

Pour Qastallânî (15ème s.), il s'agit de tout musulman ou de toute musulmane, mais il concerne aussi les chrétiens et les juifs. Pour preuve il cite un hadith de Tirmidhî ( 34.2) : Fais acte de bienfaisance à l'égard de ton voisin, tu sera un vrai croyant; souhaite pour autrui ce que tu te souhaites à toi-même, tu seras un véritable musulman .

Certaines versions ( Ah 3.207, 251, 289, Na 47.19.5, Mu 1.72) ajoutent " ce qu 'il aime de bien pour lui même " (min al-khayr), donc: Aucun d'entre vous ne croira vraiment, à moins qu 'il n 'aime pour son frère ce qu 'il aime de bien pour lui-même.

Il convient, en effet, dit 'Asqalânî (15ème s.), de souhaiter pour son frère ce que l'on souhaite de mieux pour soi-même. Cela exclut donc notamment les choses illicites que bien entendu on ne saurait souhaiter pour autrui.

Mais qu'est-ce que l'amour de l'autre dont il est question dans ce hadith ?

 Selon 'Asqalânî, c'est le désir de réaliser ce que l'on pense être bon pour l'autre.

 Nawawî  (13ème s.) précise, l'amour pour l'autre, c'est tendre à réaliser ce qui est en harmonie avec l'être aimé. Cet amour n'est pas nécessairement à entendre au sens spirituel. On peut souhaiter, par exemple, à quelqu'un la beauté physique, oeuvrer pour lui procurer un gain matériel, lui éviter un dommage quelconque.

'Asqalâni et Qastallânî soulignent, en outre, que la signification de cette parole du Prophète est que l'on souhaite qu'il advienne à l'autre quelque chose de comparable (mithla mâ) à ce qui nous advient de bien, mais non pas évidemment la même chose, que ce soit dans le domaine des sens ou dans le domaine spirituel.

2) Les hadiths 2.7.1 et 2.7.2

Aucun de vous n 'a vraiment la foi, à moins qu 'il ne m'aime plus qu 'il n 'aime son père et ses enfants (2.7.1)

Aucun d'entre vous n 'a véritablement la foi, à moins qu 'il ne m'aime plus qu 'il n 'aime son père, ses enfants et tous les hommes (2.7.2)

Ecoutons les grands commentateurs.

Qastallânî s'interroge d'abord pourquoi le terme " père " (wâlid) est placé avant le terme" enfant " (walad). Il l'est parce que tout le monde a un père, mais tout un chacun n'a pas nécessairement d'enfants.

Quant à l'amour, le commentateur distingue plusieurs niveaux.

  1. l'amour qui vient du fond des entrailles comme l'amour-affection que l'on porte à ses enfants.
  2. l'amour-respect teinté de déférence, comme celui que l'on porte à ses parents.
  3. L'amour pour le Prophète, lequel est un amour qui s'exprime par la bonté et la bienfaisance envers autrui au-delà de son cercle familial. 

Qastallânî, ajoute-même : Celui qui a l'expérience de cet amour aimera aussi ses ennemis, parce qu 'il se rendra compte qu 'ils ressemblent en fait aux personnes de son entourage qu 'il aime naturellement.

Faut-il inclure sa propre personne dans l'expression " et tous les hommes " (" à moins qu 'il ne m'aime plus que son père, ses enfants et tous les hommes ".) Faut-il donc comprendre alors la parole prophétique: " à moins qu 'il ne m'aime plus que son père, ses enfants et soi-même " ? Qastallânî et ' Asqalânî répondent tous deux par l'affirmative. Le raisonnement de Qastallânî est le suivant:

L'amour dont il est question ici, c'est l'amour provenant de la foi, non l'amour purement instinctif. Ce que veut dire le Prophète ici, c'est que la réalité de la foi ne se parachève que si on atteint un amour d'une qualité différente de celui que l'on porte à ses père et mère, ses enfants ou soi-même.

L'amour  donne une autre dimension à la vie sociale

L'islam, c'est certes la pudeur envers soi-même et les autres, c'est ne pas nuire à autrui ni en parole ni en acte, donner à manger à autrui, le saluer, aimer pour autrui ce que l'on aimerait pour soi-même, mais c'est en même temps laisser se développer en soi un amour d'un autre niveau que celui qui nous lie à nos proches, celui pour le Prophète et pour Dieu, ou plutôt mettre ces deux amours en relation avec les autres, aimer autrui uniquement pour Dieu, c'est-à-dire non dans une perspective égoïste, mais dans une perspective qui toujours nous dépasse. 

  

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