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 La voie mystique

18/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

© Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg

 

Ce que l'on recherche par la voie mystique, c'est la connaissance expérimentale de Dieu 

Sur ce chemin on passe par des stations ou étapes (maqâm) et des états mystiques (hâl).

Le maqâm est un état durable que le soufi peut atteindre dans une certaine mesure par ses propres efforts. Il appartient à la catégorie des actions volontaires, tandis que les états sont des grâces divines, des dons. Ils sont incontrôlables.

Les stations mystiques

On en distingue classiquement cinq

1) La repentance ou retour à Dieu (tawba): c'est le regret et la souffrance d'avoir refusé par péché l'amour de Dieu, c'est un premier effort pour oublier définitivement tout ce qui n'est pas Dieu.

2) Le renoncement (zuhd): il s'agit de mettre l'adorateur dans un état de dépouillement, tel qu'il soit libre de tout sauf de Dieu (sur la liberté intérieure dans le bouddhisme, voir ici; dans l'hindouisme voir ici  ).

Hallâdj, Kitâb at-tawâsin V/35 apud Passion: "sans maître ni disciple, sans préférence ni différenciation, sans distinction ni rappel; n'ayant plus rien à lui, ni de lui, rien .... comme un désert sans eau dans un désert sans eau".

Il s'agit d'un véritable expatriement, non seulement du monde, mais de soi.

3) L'abandon à Dieu (tawakkul): celui qui a le mieux analysé cette étape est Ghazâlî dans son Ihyâ 'ulûm ad-dîn. Il y distingue trois degrés.

Le premier degré est un abandon réfléchi, comme un homme injustement accusé s'en remet à son avocat pour se défendre.

Le deuxième degré est une remise de soi plus entière. Ghazâlî la compare à la confiance spontanée du petit enfant envers sa mère.

Le troisième degré est un abandon si total qu'il est comparé par les soufis à l'état du cadavre entre les mains du laveur de morts. Il n'y a plus de demande plus de supplication. L'adorateur est entièrement entre les mains de Dieu.

4) L'amour pour Dieu (mahabba) [sur l'amour pour le Prophète, voir ici ]; il s'agit d'aimer Dieu pour lui-même, non pour les faveurs qu'il a promis de nous accorder dans le Paradis par exemple. Ce sont des voiles qi'il faut rejeter:

" Je m'en vais pour incendier le Paradis et noyer l'Enfer, en sorte que ces deux voiles disparaissent complètement devant les yeux des pélérins et que le but leur soit connu, et que les serviteurs de Dieu Le puissent voir " (Rabî'a al-Adawiyya)

5) L'extase ou la rencontre avec Dieu (wadjd)

Makkî  distingue neuf  étapes de la voie mystique (voir ici)

 

Les états mystiques

  1. les états clos

    sont décrits par les racines JRD (taJRîD) et FRD (taFRîD), qui connotent l'idée de détachement des attaches de ce monde, l'esseulement.

    Le tajrîd, ou esseulement, c'est quand l'homme est seul avec lui-même face à une Essence divine qui lui semble inaccessible. l'homme se désquame de son moi comme le serpent de sa peau (Bistâmî). Le tajrîd, c'est de ne rien posséder, le tafrîd c'est de n'être possédé par rien.

    Mais il s'agit de se détacher du monde pour ou vers Dieu, d'où l'état mystique suivant.

  2. L'élan ouvert: tafrîd, ifrâd et infirâd

Tafrîd suggère la difficultueuse obtention de cet état.

Ifrâd suggère une obtention souveraine, une arrivée.

Infirâd,  c'est l'esseulement dans le but d'être accueilli par Dieu.

Au bout du chemin, c'est le fanâ': le soufi tend à disparaître (c'est ce que suggère le mot arabe) de lui-même pour subsister en Dieu seul.

La connaissance de Dieu (ma'rifa[voir aussi Dhû n-Nûn al-Mis]

Les théologiens musulmans sont unanimes à reconnaître que l'intelligence de l'homme, examinant l'univers, y trouvera des signes (Coran 2.118, 164; 3.190; 13.12-3) l'incitant à s'élever par réflexion et raisonnement jusqu'à la connaissance de Dieu.

Pour les théologiens musulmans, l'homme a l'obligation de connaître l'existence de Dieu. De quelle nature est cette obligation ? Sur ce point, les écoles sont divisées.

La réponse "officielle" est celle de l'école acharite. L'obligation de connaître par la raison l'existence de Dieu est uniquement à base scripturaire. C'est uniquement parce que la loi religieuse l'enseigne ainsi, et pour cela seulement, c'est parce que les versets coraniques nous incitent à réfléchir sur les signes de l'univers que la raison de l'homme est tenue de s'élever jusqu'à la connaissance du Créateur. Sans la Révélation, jamais l'homme n'aurait pu prendre conscience de cette obligation, ni s'appliquer à la remplir .

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