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 Sourate 111 Al-Massad (Les Fibres)

17/1/2011

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

بِسۡمِ ٱللهِ ٱلرَّحۡمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ
تَبَّتۡ يَدَآ أَبِى لَهَبٍ۬ وَتَبَّ (١) مَآ أَغۡنَىٰ عَنۡهُ مَالُهُ ۥ وَمَا ڪَسَبَ (٢) سَيَصۡلَىٰ نَارً۬ا ذَاتَ لَهَبٍ۬ (٣) وَٱمۡرَأَتُهُ ۥ حَمَّالَةَ ٱلۡحَطَبِ (٤) فِى جِيدِهَا حَبۡلٌ۬ مِّن مَّسَدِۭ (٥


Au nom d’Allâh, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
1. Que périssent les deux mains d’Aboû Lahab et que lui-même périsse
2. Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu’il a acquis
3. Il sera brûlé dans un feu plein de flammes
4. De même sa femme, la porteuse de bois
5. [portant] à son cou une corde de fibres. »


Descente et composition

Sourate Al-Massad est une sourate courte de cinq versets révélée à la Mecque à l’aube de l’Islam ; elle figure à la cent onzième place dans le Coran. Elle s’appelle également « Al-lahab », en référence au personnage cité dans le premier verset : l’oncle du Prophète Aboû Lahab. Elle fut révélée en réponse à ce dernier ainsi qu’à sa femme suite à leur comportement des plus exécrables à l’encontre du Messager de Dieu.
Allâh avait ordonné au Prophète de commencer à transmettre Son message à ses proches. Un matin, il escalada le mont Aç-Çafâ et commença à appeler sa famille. Cet événement est rapporté par Ibnou ‘Abbâs : « Un jour, le Messager de Dieu monta à Aç-Çafâ et appela : “... Prenez garde !...” Aussitôt les Qoraychites se rassemblèrent autour de lui et dirent :
“ Qu’as-tu ?
Me croiriez-vous si je vous disais que l’ennemi va vous attaquer de nuit ou de jour ?
― Bien sûr !
Alors je suis pour vous un avertisseur qui vous met en garde contre un châtiment proche et terrible.
― Puisses-tu périr [tabba-l-lak] ! cria Aboû Lahab, est-ce pour cela que tu nous as réunis ?”
Sur ce, Dieu Le Puissant et Le Majestueux, révéla : “Périssent les mains d’Aboû Lahab et qu’il périsse lui-même […]” » [Rapporté par Al-Boukhârî.]
Le Prophète était connu auprès de tous comme étant « Al-Amîne », le véridique, le digne de confiance. Malheureusement, certains refusèrent de se soumettre à l’appel du Messager et outrepassèrent même gravement les limites du respect.

Thème

Cette sourate se rapporte au sort qu’attend Aboû Lahab et son épouse le jour du Jugement. Tous deux ennemis farouches du Messager de Dieu, ils ne cessaient de discréditer l’appel du Prophète pour détourner les gens de la foi. Non seulement ils combattaient le Prophète verbalement, mais ils ont même cherché à lui nuire physiquement. En effet, Aboû-z-Zinâd rapporte que Rabî‘a Ibnou ‘Abbâd lui a raconté : « Pendant la jahiliyya, je vis un jour le Prophète au marché de Dhou-l-Majâz qui appelait : “Ô gens ! Dites qu’il n’y a point de divinité en dehors d’Allâh et vous réussirez.” Les gens se rassemblaient autour de lui. Il y avait également un homme au visage éclatant derrière lui qui disait : “Certes, il est un apostat (de notre religion) et un menteur !”. Cet homme suivait le Prophète à chaque fois qu’il se déplaçait. Je m’enquis sur son identité et des gens me répondirent : “C’est son oncle Aboû Lahab”. » [Rapporté par Ahmad.]
Certaines sources rapportent qu’Aboû Lahab a blessé le Prophète en prononçant ses fameuses paroles.
Quant à sa femme, elle disposait des branches épineuses en pleine nuit sur le chemin qu’empruntait le Prophète pour aller prier. De telles conduites ne peuvent rester impunies et Allâh leur annonça un châtiment terrible.

 

Champ lexical et définitions

تَبَّتْ يَدَا أَبِي لَهَبٍ وَتَبَّ

1. Que périssent les deux mains d’Aboû Lahab et que lui-même périsse

Aboû Lahab a pour véritable nom ‘Abdou-l-‘Ouzzâ Ibnou ‘Abdi-l-Mouttalib. Al-‘Ouzzâ était le nom d’une statue adorée à la Mecque, il s’appelait donc « le serviteur d’Al-‘Ouzzâ ». Mais Allâh n’a pas employé ce nom, car cela serait revenu à reconnaître sa soumission à la fausse divinité ; tout être humain reste le serviteur de Dieu.
Il était également surnommé Aboû ‘Outba, « le père de ‘Outba », en référence à son fils aîné. Celui-ci était, ainsi que son frère, marié à une des filles du Prophète , mais dès le début de la révélation, Aboû Lahab et sa femme ont demandé à leurs fils de divorcer d’avec elles. Ces ruptures constituaient une intolérable injure à l’égard du Prophète et ses filles étaient donc les premières à subir les épreuves liées à la révélation du message.

Allâh cite dans le Coran l’oncle du Prophète par son surnom « Aboû Lahab », que ce dernier portait déjà avant l’avènement de l’Islam. « Lahab » est le nom que l’on donne au feu sans fumée, ce terme fait directement référence aux flammes étincelantes. L’oncle du Prophète avait un visage rouge éclatant qui rappelait ces flammes brillantes. Dieu emploie ironiquement ce surnom, car si les gens appelaient Aboû Lahab pour l’éclat de son visage, Allâh emploie ce terme parce que l’oncle du Prophète sera le combustible de ces flammes le jour du Jugement. Allâh réutilisera cette appellation plus tard dans la sourate pour mentionner ces flammes (alors qu’en arabe, elles peuvent également être appelées « alsinatou-n-nâr : اَلْسِنَةُ النَّار »).

Sourate 111 Al-Massad (Les Fibres)

En commençant avec « تَبَّتْ : tabbat », la sourate annonce une réprimande sévère et une grande menace. « At-tabbou » fait référence à la perdition et au dépérissement (al-khousrân wa-l-halâk : الخُسْرَان و الهَلاَك).
Allâh a maudit Aboû Lahab en utilisant le même terme que ce dernier a employé l’encontre du Prophète . En disant « tabba-l-lak : que tu périsses ! », Aboû Lahab n’avait aucun réel pouvoir de concrétiser cette parole. En revanche, Allâh peut véritablement réaliser ce qu’Il énonce, la formule qu’Il a repris à l’identique est d’une certaine manière un défit qu’Il lance à l’ennemi juré du Prophète .
Si Dieu commence par maudire les mains d’Aboû Lahab, c’est parce que, d’après certaines sources, celui-ci aurait lancé des pierres en prononçant ses mots fatals ; d’autres narrations affirment qu’il l’aurait même blessé.

« Abî lahab » veut dire « le père de » dans le sens où la personne est liée à une chose. Un exemple concret illustre parfaitement ces propos : un jour, ‘Alî Ibnou Abî Tâlib s’est disputé avec sa femme Fâtima , il a quitté le domicile conjugal pour se réfugier à la mosquée, où il a dormi à même le sol. Le Prophète, mis au courant de cette affaire, se rendit sur le lieu de prière. Voyant son gendre couché par terre, il s’adressa à lui en ces termes : « Lève-toi, Aboû Tourâb ». Il le surnomma « Père de la terre » parce que son visage reposait directement sur le sol.
De la même manière, le Prophète surnomma ‘Abdourrahmâne Ibnou Sakhr Ad-Dawsî « Aboû Hourayra ». « Al-hirra » veut dire « le chat », « hourayra » signifie « chaton » : le Compagnon ne se séparait jamais de son chaton qu’il prenait dans ses bras.
Aussi, le mois de Ramadan s’appelle « Aboû-l-barakât », c’est le mois qui amène les bienfaits de Dieu.
Idem, les Arabes appelaient le loup « Aboû ja‘da », « ja‘da » étant le chevreau, la proie favorite du canidé.

Le verbe « tabba » revient dans le même verset à deux reprises : la première fois, il se réfère aux mains d’Aboû Lahab (تَبَّتْ يَدَا ), et la deuxième fois à sa personne entière (وَتَبَّ ) pour qu’il ne croie pas que seules ses mains dépériront. En mentionnant spécifiquement les mains du personnage, Dieu insiste sur le fait que quiconque ose s’en prendre au Prophète n’échappera pas au châtiment de l’enfer.
La répétition du verbe « tabba » renforce et confirme la malédiction, et sa forme au passé ― alors qu’il s’applique à un événement futur ― augmente la certitude du dépérissement. Cette manière de répéter un mot deux fois est propre aux grands poètes Arabes : le Compagnon ‘Abdoullâh Ibnou Rawâha déclama ce vers alors qu’il sortait pour le jihâd : « [Je vais combattre] jusqu’à ce qu’ils disent en passant devant ma dépouille : “Que Dieu te guide combattant et tu seras certes guidé.” ». La première partie « Que Dieu te guide combattant » est une invocation à Dieu pour le défunt combattant. La deuxième partie « et tu seras certes guidé » vient garantir que Dieu exaucera l'invocation et répondre ainsi au souhait du poète qui désire le martyr et le paradis.

مَا أَغْنَى عَنْهُ مَالُهُ وَمَا كَسَبَ

2. Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu’il a acquis

Le mot « mâ » peut avoir deux sens différents. Il existe le « mâ nâfiya » (mâ de négation) et le « mâ istifhâmiya » (mâ de questionnement). Ce verset peut donc être lu de deux manières.
Avec le « mâ » de négation, ce verset répond à la prétention d’Aboû Lahab qui a dit : « Si ce que dit mon neveu est vrai, je me rachèterai le jour du jugement avec mon argent et avec mes enfants. » Mais ni ses biens, ni ses enfants, ni ce qu’il a amassé ne lui serviront le jour du Jugement.
Avec le « mâ » de questionnement, le verset peut se comprendre comme suit : « Sa fortune et ce qu’il a acquis lui serviront-ils le jour où il sera en enfer ? » La réponse à cette question ironique est évidente.

« Al-mâl » est un terme général signifiant « richesses » dont le sens se précise selon la région où l’on vit. Dans ce verset, il fait référence aux chameaux, car Aboû Lahab est Mecquois. S’il avait été originaire de Yathrib, « مَالُهُ : mâlouhou » aurait été des palmiers-dattiers.
« Ce qu’il a acquis » se réfère aux autres biens qu’il possédait parmi lesquels l’or, l’argent, les armes, la nourriture, etc. Certains exégètes ont expliqué « mâlouhou » par ce qu’il a hérité de ses aïeux et « mâ kassab » par ce qu’il a acquis lui-même. D’autres rapportent plutôt ce mot à ses enfants.

سَيَصْلَى نَاراً ذَاتَ لَهَبٍ

3. Il sera brûlé dans un feu plein de flammes

Sourate Al-Massad fut entièrement révélée du vivant d’Aboû Lahab. L’affirmation du verset 3 annonce qu’il va mourir mécréant. C’est donc une sorte de défi qu’Allâh lance à ce polythéiste acharné : celui-ci aurait pu démentir le Coran en se soumettant ou en faisant semblant de se convertir à l’Islam. Or, ni lui ni sa femme n’ont agi de la sorte, ce qui met une fois de plus en lumière le caractère miraculeux du Coran. D’ailleurs, le Livre Saint ne mentionne nominativement aucun autre personnage contemporain du Prophète , et ce, bien que certains Mecquois aient causé énormément de tort à l’Islam à l’instar de Khâlid Ibnou-l-Walîd durant la bataille de Ouhoud, ou d’Aboû Sofiâne lors des batailles de Badr et d’Al-Khandaq, car Dieu savait qu’ils allaient devenir musulmans. Après sa conversion, Aboû Sofiâne , malgré son âge avancé et sa cécité, mobilisait les gens pour qu’ils aillent combattre sur le sentier de Dieu. En revanche, le Coran a fait allusion à ‘Outba Ibnou Rabî‘a et à d’autres comme Ibnou Abî Ma‘ît qui ne se sont jamais convertis. Le mot « lahab » renvoie à la fois aux flammes et au personnage visé. Lorsqu’un même vocable est utilisé dans deux sens différents, les savants appellent cela dans la science de rhétorique « al-jinâsou at-tâmm : الْجِنَاسُ التَّامّ».

4. De même sa femme la porteuse de bois

L’épouse d’Aboû Lahab s’appelle Oummou Jamîl, mais son véritable nom est ‘Arwa bintou Harb Ibnou Oumayya, c’était la sœur d’Aboû Sofiâne . Les gens la surnommaient « Al-‘awrâ’ » (« la borgne »), mais plusieurs savants disent que c’est plutôt « Al-‘awâ’ ». Ce dernier surnom s’applique au chien qui n’arrête pas d’aboyer. C’est un qualificatif qui correspond tout à fait à Oummou Jamîl puisqu’elle n’arrêtait jamais de médire et de propager des rumeurs calomnieuses. D’ailleurs la formule « حَمَّالَةَ الْحَطَبِ : hammâlata-l-hatab » est utilisée dans le Coran pour qualifier cette femme : c’est une expression consacrée aux colporteurs de médisances, lorsqu’elle est comprise au sens figuré. Au sens propre, le lecteur comprend qu’elle portait des branches de bois. En effet, cette femme vouait une haine ardente à l’égard du Prophète et transportait des branches épineuses destinées à blesser le Messager. Dans une autre lecture coranique, on trouve « hammâlatou-l-hatab » : cette formulation devient alors un « khabar », une annonce de ce qu’elle fera plus tard. Ironie du sort, celle qui soutenait son mari dans son obstination à nuire au Prophète , portera le bois qui servira à châtier son époux le jour du Jugement. Ce verset peut donc être traduit différemment : « et sa femme portera le bois », c’est la personne la plus proche d’Aboû Lahab qui attisera les flammes de son châtiment.

 

فِي جِيدِهَا حَبْلٌ مِّن مَّسَدٍ

5. [portant] à son cou une corde de fibres. »

Ce verset continue non seulement de dépeindre ce personnage et ses actions, mais il comporte également une deuxième information sur ce qui attend cette femme au jour du Jugement.
Oummou Jamîl transportait les branches d’épines grâce à une corde attachée à son cou. En arabe, c’est le mot « al-‘ounouq » qui signifie « le cou », mais les poètes Arabes préféraient employer le mot « al-jîdou » : celui-ci fait référence à la partie du cou où repose un éventuel collier. Pour vanter les charmes d’une femme, les poètes utilisaient « al-jîd » puisque ce mot fait directement référence à la beauté par le collier qui embellit. D’ailleurs, un poète disait : « Plus beau que le collier de la belle, son cou. »
Allâh utilise donc le mot « jîd » ironiquement dans ce verset, ce qui renforce le tragique de la situation.

Le terme « مَسَدٍ : massad » est le nom de la sourate. Certains exégètes disent qu’il est question du fer, plusieurs avancent qu’il s’agit des fibres d’un arbre de la Mecque, tandis que d’autres soutiennent qu’il est question de celles d’un arbre du Yémen ― ce qui semble plus probable ― avec lesquelles on confectionnait une corde solide. Celle-ci d’une résistance infaillible dans l’au-delà, ne se détériorera jamais et assurera son rôle éternellement.

Plusieurs exégètes pensent que ce collier mesurera 70 coudées soit 35 m de long en référence au verset 32 de sourate 69 Al-Hâqqa (L’Inéluctable), v.30-33 : « Saisissez-le ! Puis mettez-lui un carcan ; ensuite mettez-le dans la fournaise ; puis liez-le avec une chaîne de 70 coudées, car il ne croyait pas en Allâh Le Magnifique. » En effet, les gens en enfer seront très grands, tout comme ceux du paradis (un ventre pourra contenir la montagne de Ouhoud) : ce gigantisme a pour but d'amplifier le châtiment ou le plaisir.

Epilogue

Oummou Jamîl fut très en colère lorsqu’elle apprit la révélation de cette sourate. S’étant munie d’une grosse pierre, elle cherchait le Prophète en criant : « Il critique notre père, sa religion nous méprise et son commandement est de nous désobéir. » Le Messager se trouvait à ce moment-là à la Ka‘ba en compagnie d’Aboû Bakr . Lorsque le Compagnon la vit arriver, il s’inquiéta : « Ô Messager d’Allâh ! Elle est arrivée et je crains qu’elle ne te voie. » Ce à quoi le Prophète répondit: « Certes, elle ne me verra pas », puis il récita quelques versets coraniques. Ommou Jamîl s’approcha d’Aboû Bakr, mais n’aperçut pas le Messager. Elle s’adressa donc au Compagnon : « Ô Abâ Bakr ! Certes, j’ai été informée que ton ami fait de la poésie diffamatoire contre moi. Par Dieu, si je le trouvais, je frapperais son visage avec cette pierre. » Aboû Bakr lui rétorqua : « Non, par le Seigneur de cette Maison [la Ka‘ba], il ne te diffame point. » Elle s’en retourna en disant : « Oui, Qouraych sait que je suis la fille de leur chef. » [Rapporté par Ibnou Abî Hâtim.]
Dieu lui avait effectivement voilé le Prophète à sa vue.

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