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 L'examen de conscience : al-mouhâsabah ou l'auto-critique

22/11/2016

سبحانك اللهم و بحمدك أشهد أن لا إله إلا أنت أستغفرك و أتوب إليك

Examen de conscience

      Chaque musulman chemine à son rythme vers Allâh . Il accomplit ses differents devoirs, s’écarte de tout ce qui est proscrit par l’Islam, multiplie les adorations… mais il arrive parfois qu’il pense avoir réalisé le nécéssaire et se complait alors dans une certaine pratique qu’il estime idéale : une évidente confiance s’empare de lui. La vision qu’il a de lui-même s’opère à travers l’œil de satisfaction qui le tranquillise. Le risque est qu’il peut facilement basculer vers « al-‘oujb » (la prétention) ou « at-takabbour » (l’orgueil). Car l’instigateur d’un tel chavirement est aux aguets, prêt à distraire le croyant à tout moment : Satan n’accepte jamais qu’un fils d’Adam  se livre complètement à l’Islam, c’est pourquoi il met tout en œuvre pour le faire tomber dans les crocs de la prétention.  

         Allâh  n’a cessé de mettre en garde les musulmans contre ce basculement. Même le Prophète  n’échappe pas à cet avertissement : « Ô toi (Mouhammad) ! Le revêtu d’un manteau ! Lève-toi et avertis. Et de ton Seigneur célèbre la grandeur. Et tes vêtements, purifie-les. Et de tout péché, écarte-toi. Et ne surestime pas tes actes. Et pour ton Seigneur endure. », s.74 Al-Mouddaththir (Le Revêtu d’un manteau), v.1-6.
Dès le début de la révélation coranique, Allâh  fixe au Prophète  un cadre à ne pas dépasser : il faut s’abstenir de vanter les mérites de sa mission de prêcheur. Le verset 6 « wa lâ tamnoun tastakthir » (et ne surestime pas tes actes) met en garde la plus humble des créatures contre l’autosatisfaction qui pourrait l’envahir alors même qu’elle est protégée par Dieu.« Ath-thawb » désigne « les vêtements», mais en poésie arabe, il signifie l’âme d’une personne qui se purifie comme on nettoie un habit incrusté de taches. Cette âme, siège des sentiments, représente également la personne dans son entité. Le verset, que les imâms répètent à chaque prêche du vendredi, en témoigne : « Ô vous qui croyez ! Craignez Dieu ! Que chaque âme voit ce qu’elle a préparé pour le lendemain (…) », s.59 Al-Hachr (L’Exode), v.18. Cette parole divine invite le musulman à prendre ses dispositions pour se prémunir de la calamité du Jour du Jugement. Mais à quoi le musulman doit-il s’attendre ?            

         Allâh , dans le Coran, donne un avant-goût de ce qu’est le Jour de la résurrection : « Ô hommes ! Craignez votre Seigneur, car le tremblement de l’Heure dernière sera quelque chose de terrifiant ! », s.22 Al-Hajj (Le Pèlerinage), v.1.
Il utilise un terme indéfini à la sémantique imprécise, ce qui reste assez abstrait. Par opposition, quand Allâh  parle du paradis, Il dit : « (…) Sa largeur ressemble aux Cieux et à la Terre (…) », s.3 Âl-‘Imrân (La Famille d’Imrân), v.133 : la comparaison donne une idée de grandeur appréciable par l’entendement humain même si elle reste approximative. En revanche, concernant la fin des temps, Il n’a employé aucune comparaison, mais a évoqué les conséquences d’un tel moment : « Le jour où vous la verrez, toute nourrice oubliera ce qu’elle allaitait, toute femme enceinte avortera de ce qu’elle portait et tu verras les gens ivres alors qu’ils ne le sont pas réellement, mais c’est que le châtiment d’Allâh est dur », s.22 Al-Hajj (Le Pèlerinage), v.2.
Le simple fait d’assister à la fin des temps engendrera chez l’être humain une frayeur telle qu’il n’en a jamais connue. Ce qui explique pourquoi Dieu n’emploie aucune comparaison : aucun événement terrestre n’égale, ni même se rapproche de celui de l’Heure. Les conséquences de la vision de cette catastrophe semblent tellement ahurissants qu’elles présagent un cataclysme extraordinaire.
À l’examen de cette description, il est clair que le croyant ne peut pas se fier uniquement à ses actes d’adoration, même observés toute une vie durant, pour se préserver de l’effroi occasionné par la fin des temps : en vérité, seule la miséricorde de Dieu sauvera les serviteurs fidèles.     

        En se projetant en ce jour-là, nu au milieu des ressuscités à attendre son jugement, il sera difficile au croyant de surestimer ses actes et de se voir parmi les sauvés. Dans cette vision, nulle âme ne pourrait être satisfaite de ses œuvres ou manquer de concentration au cours de sa prière : imaginer l’au-delà replace la valeur des actions dans un contexte congruent. Un pieux successeur (tâbi’iyy) disait : « Lorsque j’accomplis la prière, je vois le paradis devant moi et je vois l’enfer à ma gauche, et je vois mes œuvres et le jugement », ainsi debout en prière, le croyant se rappelle qu’ici-bas il est encore maître de ses actes d’adoration, alors que dans l’au-delà, c’est le Maître qui décide du déroulement des événements. Dans une semblable situation, l’âme est saisie de crainte, mais aussi d’espoir… un espoir qui pousse l’orant à se concentrer intensément dans sa prière et à l’allonger. Qui sait, peut-être que cette oraison lui servira le jour où il n’y aura d’ombre que celle d’Allâh  ? 

         Avant de vivre réellement cet évènement inéluctable, il est encore temps d’agir en recourant à son autocritique. Pour ce faire, il est indispensable de respecter certaines convenances.
La première règle est qu’il est nécessaire d’établir une comparaison entre l’ensemble des œuvres effectuées durant sa vie et la réalité du Jour de la résurrection. Il est inutile de comparer ses actes à ceux de son entourage : cette démarche n’est absolument pas révélatrice de leur valeur. Il s’agit plutôt de se demander si le temps consacré chaque jour aux œuvres adoratives est suffisant par rapport à l’existence que Dieu a accordée à chaque humain ; si le comportement adopté permet de se protéger de l’enfer… Autant de questions qui serviront à estimer le poids de ses actions au Jour du Jugement. Que sont-ce les adorations en comparaison avec les innombrables dons d’Allâh (la santé, l’argent, la notoriété, la famille, le travail,…) ? : « (…) Si vous essayez de compter les bienfaits de Dieu, vous ne sauriez les énumérer (…) », s. 14 Ibrâhîm (Abraham), v. 34.  
Toutefois, le croyant doit prendre conscience que chaque don dissimule une épreuve : le savoir, la santé, la richesse, etc. sont certes des grâces de Dieu mais aussi des tests. Allâh  dit dans le Coran : « Pensent-ils que les richesses et les enfants dont Nous les pourvoyons, soient une avance que Nous Nous empressons de leur faire sur les biens de la vie future ? Quelle inconscience ! », s. 23 Al-Mou’minoûn (Les Croyants), v. 55-56.
Se voir avec l’œil de satisfaction aveugle réellement le croyant sur ses imperfections. En revanche, l’œil du mépris amplifie les péchés, aussi minimes qu’ils soient. Le Prophète  a cité l’exemple de celui qui voit le péché comme une mouche qui s’est posée sur son nez et qui la chasse d’un revers de la main : tout l’oppose au croyant qui considère un petit péché comme une montagne qui l’accable ! 

         La deuxième règle à respecter est de toujours demander pardon à Allâh , de se repentir après chaque acte d’adoration. Telle était la sounna du Prophète  : dès qu’il finissait sa prière, il disait « astaghfiroullâh » à trois reprises. Malgré son statut, et l’ensemble de ses bonnes actions, il s’adressait à Dieu comme suit : « Je reconnais les dons que Tu m’as octroyés et je reconnais mon péché, pardonne-moi, parce qu’il n’y a que Toi qui peux pardonner les péchés. »

 

Demander pardon juste après une adoration, c’est la protéger ; ne pas le faire, c’est la perdre. Il se pourrait en effet qu’elle ait été mal accomplie (non respect des convenances, dissipation,…) et qu’Allâh ne l’accepte pas. Même lors du pèlerinage, alors que le pèlerin se débarrasse de tous ses péchés, Allâh dit : « (…) Puis quand vous déferlez depuis ‘Arafat, invoquez Allâh à Al-mach’ar al-harâm (le repaire sacré) comme Il vous a montré la bonne voie quoiqu’auparavant vous étiez du nombre des égarés, ensuite déferlez par là où les gens déferlent et demandez pardon à Allâh, car Allâh est Pardonneur et Miséricordieux. », s. 2 Al-Baqara (La Génisse), v. 198-199. 

         La troisième règle à suivre consiste à ne jamais injurier un musulman pour un péché qu’il a commis. Il est par exemple malséant de reprocher à quelqu’un le fait qu’il ne prie pas ; le Prophète  dit à ce propos : « Celui qui injurie son frère à cause d’un péché qu’il a commis ne mourra pas avant de commettre ce péché-là ». Le musulman n’est pas un juge pour son frère, il est là pour rappeler, guider, aider, non pas pour accabler ou insulter ses semblables.
D’après un autre hadîth marfou’ (qui remonte) au Prophète, rapporté par At-Tirmidhî, il ne faut pas se réjouir quand son coreligionnaire est dans une situation pénible, mais plutôt ressentir de la tristesse pour lui. Sans quoi, Dieu pardonnera au pécheur, le comblera de Sa miséricorde, et ensuite éprouvera la personne qui l’aura injurié. Certains savants déclarent au sujet de la vanité : « Il est préférable pour toi de dormir toute la nuit et de te réveiller avec du remords [pour ne pas avoir consacré un temps pour la prière] plutôt que de passer toute la nuit à prier et de te réveiller avec de la prétention ». La contrition de la première personne la rapprochera de Dieu, contrairement à l’adoration du second.     

    

D’autres avancent : « Le gémissement des plaintes du pécheur est aimé par Dieu contrairement au bourdonnement qu’occasionne la glorification du prétentieux ». C’est réellement l’état de l’âme d’une personne qui déterminera son salut ou sa perdition. Certaines gens en commettant un péché vont trouver la force de se repentir une fois pour toutes. Ils seront tellement assaillis par les regrets qu’ils adoreront Dieu de la meilleure des façons.
Le Prophète  a dit : « Si une personne accomplit l’adultère, appliquer la sentence sur elle mais ne l’injuriez pas ». Certains compagnons s’étaient permis de critiquer Mâ’iz Ibnou Mâlik  ― qui a lui-même avoué avoir commis l’adultère et sur qui la sentence a été appliquée ― mais le Prophète  leur rétorqua : « Il s’est repenti d’un repentir qui suffirait au monde entier s’il lui avait été distribué. » Ce pécheur, en réclamant son châtiment terrestre, manifestait sa foi en l’immense pardon de la part d’Allâh  : la reconnaissance de sa faute traduisait un regret sincère et une croyance ferme en Dieu. 

         Allâh  s’adresse ainsi au Prophète , qui avait la plus grande force spirituelle : « Et si Nous ne t’avions pas apporté Notre soutien, tu aurais failli pencher de leur côté [des polythéistes] », s. 17 Al-Isrâ’ (Le Voyage nocturne), v. 74 ; car c’est bien grâce à Dieu, que le noble Messager a été préservé de tout péché.
Le prophète Yoûssouf en est un autre bel exemple lorsqu’il s’est tourné vers Dieu en ces termes : « (…) et si Tu ne me préserves pas de leurs stratagèmes [des femmes], je m’inclinerai vers elles et je serai du nombre des ignorants. », s. 12 Yoûssouf (Joseph), v.33. Si les grands prophètes n’étaient pas à l’abri du péché, comment le commun des musulmans pourrait-il l’être ? Voilà pourquoi le musulman doit être conscient qu’à chaque fois qu’il accomplit une bonne action le mérite ne lui revient jamais : c’est Allâh  La Source de toute bienfaisance.  

         En fournissant l’effort d’un examen de conscience, le croyant se considère à sa juste valeur : il réajuste ses œuvres pour ce qui l’attend dans l’au-delà, demande pardon à son Seigneur après ses péchés, mais aussi après ses adorations, et il n’injurie pas celui qui faute. Ce n’est qu’en passant par l’autocritique que le croyant peut atteindre « an-nafs al-lawwâma [l’âme qui se blâme continuellement] » mentionnée dans le Coran. L’humilité s’installe alors dans son cœur et le pousse à craindre Allâh  comme il se doit. L’humilité et la modestie constituent les meilleurs traits de caractère d’un musulman : ils le rapprochent d’Allâh , sont à l’origine de l’agrément de Dieu pour sa personne et pour ses œuvres.

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