Non, des jumeaux n'ont pas les mêmes empreintes digitales ! C'est même un superbe contre-exemple qui met à mal nos fantasmes du "tout génétique". Nos gènes ne contrôlent pas tout. Loin s'en faut ! Ainsi, bien que les empreintes de jumeaux monozygotes soient souvent assez proches d'apparence, elles diffèrent clairement dans les détails. Il est toujours possible de les différencier sans erreur comme le prouve cette étude basée sur les empreintes digitales de près d'un millier de jumeaux. Donc la génétique ne peut pas expliquer cette double caractéristique de nos empreintes digitales : à la fois une remarquable stabilité tout au long de notre vie mais aussi une nette variabilité entre individus (même les plus apparentés comme les jumeaux et sans doute les clones) ou même la variabilité entre vos deux mains : les empreintes de votre main gauche ne sont pas les symétriques de celles de votre main droite.

orang-outangL'origine des empreintes digitales est une question fascinante et qui n'est pas complètement résolue. Leur rôle n'est pas encore bien compris. Beaucoup de scientifiques pensent que ses sillons à la surface de nos doigts et sur la paume des mains servent à augmenter les frictions et donc assurer une meilleure adhésion aux surfaces que nous touchons. D'ailleurs, l'homme n'est pas le seul animal à avoir des empreintes. Les orangs-outangs ou les koalas en ont aussi par exemple (voir par exemple cette étude sur les koalas).

Pour comprendre l'origine de nos empreintes, il faut détailler un peu la structure de notre peau. La peau est un organe complexe divisé en deux couches : le derme qui est la structure profonde très épaisse, et l'épiderme qui est la couche superficielle et sur laquelle sont dessinés les sillons responsables des empreintes. Les recherches en embryologie ont montré que, très tôt dans la vie fœtale, nos empreintes trouvent leur origine au niveau du derme, la couche profonde. C'est pourquoi elles se régénèrent quand vous vous coupez, si la blessure n'est pas trop profonde. Les empreintes que l'on voit sur l'épiderme en surface de nos doigts sont en fait le reflet des volutes sur le derme. Mais alors comment se forment ces volutes ?

foetusIl y a plusieurs théories pour les expliquer. Une des plus sérieuses et des plus intéressantes découle de travaux théoriques par des mathématiciens. Au cours du développement de l'embryon, on décrit un gonflement bien visible à l'extrémité des doigts du fœtus : c'est un lieu de multiplication cellulaire important. Ces gonflements s'aplatissent ensuite. Mais il n'y a pas beaucoup de possibilité d'aplatir une surface bombée : il se forme alors des plis, un peu comme à la surface d'un raisin sec. Les mathématiciens nous apprennent qu'il existe même un nombre assez limité des "plissements" possibles et ceux-ci correspondent bien au différentes figures observées sur nos empreintes : arches, boucles, spirales, etc.

Or ces bombements à l'extrémité des doigts du fœtus sont en grande partie contrôlés par le hasard et son environnement : les différences de pression dans le liquide amniotique par exemple. La pression sanguine au niveau du placenta joue aussi un très grand rôle. Deux jumeaux grandissent certes dans le même utérus mais leur cordon ombilical est de diamètre et de longueur différents. Ils reçoivent donc un flux sanguin différent. Or un fœtus qui reçoit moins de sang depuis le cordon aura tendance à concentrer la circulation sanguine dans le haut de son corps afin d'irriguer en priorité un organe extrêmement important, le cerveau. C'est une curiosité anatomique mais, dans ce cas là, il y a aussi plus de sang qui arrivent dans les bras. Du coup, les renflements à l'extrémité des doigts du fœtus seront plus importants. Il aura donc des empreintes digitales différentes de celle de son jumeau.

serrure-biometriqueLe fait que tous les être humains ou de nombreuses espèces possèdent des empreintes digitales est bien la preuve qu'elles sont la conséquence d'un programme génétique global. Mais en revanche le dessin précis de ces empreintes est, lui, le fruit du hasard. Ce qui les rend unique et permet d'identifier sans erreur un individu. D'où l'usage qu'on en fait en criminologie (quand elles peuvent être relevées suffisamment précisément) ou en sécurité : il n'y a qu'à voir le développement des serrures à reconnaissances digitales pour les voitures ou les ordinateurs par exemple.

Mais une chose est sûre. Le dessin précis de nos empreintes n'est pas codé génétiquement. Contrairement aux rêves de certains, nos gènes ne nous définissent pas complètement. Il n’y a aucune justification scientifique valable à l’ambition de cloner des hommes et des femmes dans l'espoir d'en faire des copies : toutes les données de recherche accumulées sur les jumeaux nous ont permis de constater combien ils sont merveilleusement différents. Il n’existe pas deux individus identiques, même si leur patrimoine génétique est exactement semblable.