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 L'Islam et l'environnement

26/12/2010

Hussein A. Amery
 
 

 Généralement, les éléments culturels ou religieux sont absents des écrits de la plupart des universitaires qui traitent des questions de ressources naturelles et d'environnement. Toutefois un auteur conscient de la culture déclare que le mot « environnement » englobe les aspects « biologiques, physiologiques, économiques et culturels, lesquels sont tous reliés dans un même tissu écologique qui ne cesse d'évoluer » (Castro, cité par Vidart 1978,471). Les valeurs culturelles des êtres humains influencent la façon de percevoir, d'utiliser et d'administrer l'environnement naturel et ses ressources. Les principes de gestion de l'eau qui tiennent compte du contexte religieux local seront vraisemblablement plus efficaces que ceux qui sont importés, étrangers. En outre, dans les pays musulmans, l'élaboration de principes de gestion de l'eau éclairés par les enseignements de l'Islam peut servir de cadre de gestion pour d'autres ressources naturelles. Les musulmans et les nonmusulmans doivent donc explorer les points de vue de l'Islam liés à l'environnement naturel, où les ressources en eau sont reconnues pour jouer un rôle central. Les enseignements de l'Islam constituent un terrain favorable au développement de principes de gestion de l'eau. S'ils sont appliqués, peut-être conjointement avec d'autres politiques de gestion de l'eau, dans des régions hétérogènes sur les plans culturel et démographique, ces principes pourraient être mieux acceptés que ceux qui ne sont pas issus du même milieu. De tels principes seraient favorisés par le système de « punition et de récompense », dont les détails se trouvent dans le Coran et les hadith.

Les droits de l'environnement

L'objectif ultime de la vie musulmane est le salut (An sari 1994, 397). Un dictionnaire arabe définit « Islam » comme « se conformer aux obligations et éviter ce qui est interdit, sans se plaindre ». Salam, racine arabe du mot « Islam » signifie « paix et harmonie » (Al Munjid 1994, 347). Ansari (1994, 394) prétend, par conséquent, qu'un« mode de vie islamique comporte une vie pacifique et/harmonieuse » tant aux niveaux individuel et social qu'écologique.

Les interactions entre l'homme et l'environnement existent dans des contextes culturels, spatiaux et temporels dynamiques. C'est pourquoi il est crucial que les stratégies de gestion de l'eau comportent des éléments culturels et religieux locaux. Il est souvent question de l'eau et de phénomènes connexes dans le Coran. Par exemple, le mot « eau » (ma') est répétée soixante-trois fois et « rivière(s) », cinquante-deux fois (Abdul Baqi 1987). D'autres mots tels que « fontaines », « sources », « pluie », « grêle », « nuages » et « vent » s'ytrouvent moins souvent. Le paradis, qui, pour les musulmans, est la demeure éternelle des croyants et de ceux qui font le bien, est souvent décrit dans le Coran comme ayant, entre autres choses désirables, des ruisseaux qui coulent. En outre, le verset coranique le plus souvent cité est peut-être celui-ci : « Nous avons créé, à partir de l'eau, toute chose vivante ». Cela indique à quel point l'eau est un élément central de la vie de l'ensemble de l'écosystème et qu'elle est le facteur commun à toutes les espèces. Du fait que l'Islam reconnaît l'importance déterminante de l'eau, un instrument de gestion des ressources en eau qui, en plus des approches classiques (par exemple, économiques), repose également sur d'autres approches non classiques, culturelles et spirituelles, aura vraisemblablement plus de chances de réussir dans le monde islamique.

Dans l'Islam, les interactions entre l'homme et l'environnement sont guidées par la notion du rôle de vice-régence ou d'administrateur (khalifa) de la terre dévolu à l'homme par Dieu. Le philosophe religieux, Ali Shariati (décédé en 1977), prétendit que les dimensions matérielle et spirituelle de l'homme sont toutes deux « axées sur la même mission humaine : la vice-régence (khalifa) » (Sonn 1995). Khalid (1996, 20) affirme que, bien que « nous, humains, sommes des partenaires égaux avec tout autre chose dans le monde naturel, nous avons des responsabilités supplémentaires. Nous n'en sommes décidément pas les seigneurs et les maîtres », mais des amis et des gardiens. Une interprétation de khalifa vient d'Ibn Katheer (1993,1 : 75-76). Il prétend que le khalifa devrait être un mâle adulte musulman juste, religieusement instruit (mujtahid) et averti dans les affaires de guerre. Il doit mettre en place les jalons (hudud) du comportement humain exigés de Dieu, instaurer la justice et la paix entre les hommes, se porter à la défense des opprimés, interdire l'indécence et le saccage (fawhish). Certaines compétences essentielles pour jouer ce rôle il y a 1400 ans, lorsque les musulmans étaient sans cesse attaqués, sont moins pertinentes aujourd'hui, notamment les connaissances nécessaires à la conduite de la guerre.

Il est interdit dans l'Islam d'abuser des droits du khalifa parce que la notion « la bonne foi » est sous-jacente à la loi islamique. La planète est l'héritage de toute l'humanité ; il en est de même de « toute la prospérité de celle-ci, accumulée de génération en génération ... Chaque génération n'est que fiduciaire. Aucune génération n'a le droit de polluer la planète ou de consommer ses richesses naturelles de telle façon qu'elle laisse à la postérité un monde pollué ou gravement dénudé de ses ressources » (Weeramantry 1988, 61). Dans d'autres contextes, la notion de khalifa se réfère au fait que les vagues de l'humanité se succèderont continuellement, héritant de la Terre.

Le Coran prescrit aux croyants « Ne semez pas la corruption sur la terre » et déclare que « la corruption est apparue sur la terre et sur la mer par suite des actes accomplis par les mains des hommes afin que Dieu leur fasse goûter une partie de ce qu'ils ont fait. Peut-être reviendrontils ? » Lorsque la corruption attribuable à l'humanité – traduction approximative (Yusuf Ali 1977) du terme arabe fassad – s'attaque à l'ordre naturel, Dieu pénalise la population avec le même type de calamité. Parmi les autres notions de fassad, il y a le fait de prendre quelque chose injustement ou de façon injustifiée (Al Munjid 1994) ou de gaspiller ou dégrader des ressources (naturelles). Selon Tabatabai (1973, 196), fassad est « tout ce qui nuit au fonctionnement adéquat de la réglementation terrestre (naturelle) existante, peu importe que cela soit dû ou non aux choix opérés par certaines personnes ... Fassad est la source d'un déséquilibre dans la vie harmonieuse des humains. »

Les versets suivant le passage sur fassad mentionnent la terre et le vent, et ceci : « Dieu, par sa grâce, récompensera ceux qui auront cru et qui auront accompli des œuvres bonnes ». La notion de fassad n'est pas liée à un moment ou à un endroit particulier ; sa portée est donc universelle et d'une durée illimitée. Fassad se trouve en rapport avec « la terre et la mer ». II est toutefois raisonnable de supposer que cette notion englobe également tous les autres éléments de l'écosystème parce que le Coran dit que, à Dieu, « celui qui a créé toute chose », appartient « ce qui est dans les cieux, ce qui est sur la terre, ce qui est entre eux deux, ce qui est sous la terre ». Les enseignements islamiques, y compris le Coran, commandent donc aux musulmans d'éviter et de prévenir ce que désigne fassad, ce qui englobe l'exploitation ou la dégradation indue des ressources environnementales, y compris l'eau. Ce point de vue est particulièrement révélateur à la lumière de la croyance islamique, à savoir que le monde naturel est assujetti au genre humain. Les humains sont donc autorisés à utiliser et à transformer l'environnement naturel qui leur a été confié, aux fins des besoins de leur survie. Par exemple, Dieu déclare que les humains peuvent se servir de Ses (bonnes) ressources pour leur subsistance, mais pose sa condition : « Mangez des excellentes nourritures que nous vous avons accordées ; ne vous révoltez pas, sinon ma colère s'abattrait sur vous ».

Le « feu vert » de Dieu pour l'utilisation de l'eau et des autres ressources est conditionné par l'usage sage et modéré qu'en font les humains. Ceux-ci doivent se servir de ces ressources pour répondre à leurs besoins biologiques. Les utilisateurs actuels de l'eau et des autres ressources environnementales doivent éviter de causer des dommages irréversibles afin que l'humanité puisse s'en servir pour ses besoins actuels et futurs. Les musulmans sont, par conséquent, autorisés à maîtriser et administrer la nature mais non à conquérir cruellement la création de Dieu.

Tenir compte des besoins des générations actuelles et futures est un aspect important de la piété islamique. Comme le dit le hadith, « Durant votre vie, agissez comme si vous alliez vivre éternellement, et agissez pour l'au-delà comme si vous alliez mourir demain » (cité par Izzi Deen, 1990, 194). Le hadith demande aux hommes de travailler pour les générations futures et de penser à elles comme s'ils devaient rester vivants et utiliser ces mêmes ressources. Comme on ne saboterait pas son propre avenir, on ne doit pas non plus spolier les générations futures de ce qui est essentiel pour leurs besoins.

Ceci est prescrit aux musulmans : « Ne déclarez profanes ni les rites de Dieu, [...] », puis « Respectez vos engagements ». De nombreux versets du Coran décrivent l'eau et le reste de la création comme des « signes ». Di vers versets du Coran disent que ces signes sont pour les personnes sensées ayant des capacités pour réfléchir, entendre et voir ; les hommes peuvent donc ensuite en remercier le Donateur. Il s'ensuit que personne ne doit violer ou saboter ces signes divins.

Bien que les hommes soient chargés de prendre soin du milieu naturel, Dieu déclare dans le Coran que nombre d'entre eux trahissent cette confiance évidemment lourde à porter. A la lumière de ces faits, les enseignements islamiques disent que si une génération est « dupée » par des générations précédentes, elle doit s'abstenir de faire la même chose pour les générations futures. Le Prophète dit : « Restituez le dépôt à celui qui vous l'a confié, ne trahissez pas celui qui vous a trahi  Il est demandé au musulman de corriger les erreurs environnementales et de s'abstenir de gaspiller ou de polluer l'eau.

Les musulmans auteurs de corruption (fassad) sont effectivement des pécheurs. Leur conduite nuisible pour l'environnement est celle de « ceux qui violent le pacte de Dieu après avoir accepté son alliance ». Il y eut « pacte avec le "père Abraham",à savoir que, en retour des faveurs de Dieu, la descendance d'Abraham servirait Dieu fidèlement ». A un autre niveau, il y eut un « pacte métaphoriquement semblable entre toutes les créatures et Dieu ; en échange du tendre amour de Dieu, nous Lui devons au moins la plus grande gratitude et une obéissance volontaire » (Yusuf Ali 1977, n. 45). Par conséquent, en violant sciemment les enseignements de Dieu, on résiste, en fait, à Sa grâce et à Son soutien, ce pour quoi l'on est pénalisé ; entre autres choses, Dieu retire Ses bontés à ce genre de personne.

Le point de vue de l'Islam sur l'environnement naturel est global.

Tout est vu comme important, interdépendant. Voici ce qui est dit de Dieu : « Il fait descendre du ciel une eau grâce à laquelle il fait surgir des fruits pour assurer votre subsistance ». Tous les milieux environ-nementaux ont des droits, y compris un droit à l'eau. Le Coran dit, par exemple : « Il n'ya pas de bêtes sur la terre ; il n'ypas d'oiseaux volant de leurs ailes qui ne forment, comme vous, des communautés ». Il mentionne aussi que « la végétation de toute plante » et les « couleurs diverses » sont alimentées par la pluie de Dieu. L'eau est offerte par Dieu « afin que tout ce qui vit reçoive ce qui est nécessaire à ses besoins » (Yusuf Ali 1977, n. 3107 ; emphase ajoutée), notamment les humains, les animaux et les plantes. Cela vise, entre autres choses, les droits des espèces non humaines à suffisamment d'eau de « bonne » qualité parce que l'eau doit convenir pour l'irrigation et pour la boisson.

Les récompenses et les punitions de la gestion de l'eau selon l'Islam

Dieu récompense les musulmans qui aident les animaux et punit ceux qui leur font du mal (Li Ibn Kadamah 1992, Wescoat 1995). Les musulmans croient que « les bonnes actions dissipent les mauvaises » et que les mauvaises dissipent les bonnes. Le degré de récompense ou de punition pour les mauvaises actions dépend des intentions de la personne. Le Prophète dit ceci : « Celui d'entre vous qui voit une chose répréhensible doit la changer par sa main, s'il ne peut pas, que ce soit par sa langue, et s'il ne peut pas encore, que ce soit par son for intérieur ».

Dans le même ordre d'idée, une directive clé visant chaque musulman et qui fait partie de sa mission se trouve dans le verset coranique suivant, lequel revient dans de nombreuses prières musulmanes :

Dieu « interdit la turpitude, l'acte répréhensible et la rébellion » (jahesha, munkar et baghi) contre Sa « loi ou notre propre conscience » (Yusuf Ali 1977, n. 2127). L'«injustice » peut aussi englober la méchanceté. Par conséquent, la pollution et le gaspillage des ressources naturelles sont interdits parce qu'injustes en ce qu'ils, s'attaquent à la capacité des générations actuelles et futures à répondre à leurs propres besoins.

Les ressources en eau sont promises aux musulmans pieux et respectant les commandements reçus du Propriétaire du ciel et de la terre. Celui qui suit strictement la voie décrite dans le message de Dieu « ne s'égarera pas (shaqa) » et ne connaîtra « ni crainte, ni tristesse ». Par l'absence d'égarement (shaqa), le Coran désigne les personnes qui ont assez de provisions : « Tu n'y auras pas faim ; tu n'y seras pas nu ; tu n'yauras pas soif ; tu n'ysouffriras pas de la chaleur du soleil ». La notion de shaqa renvoie aux punitions de cette vie (non de l'autre), ce qui, ensuite, doit inciter davantage les musulmans à éviter les mauvais comportements envers l'environnement. Elle doit pousser les musulmans à respecter les enseignements de leur foi en matière d'utilisation et de gestion des ressources en eau.

Dieu confiera aux musulmans pieux et pratiquants de l'eau en abondance afin de « les éprouver » dans leur subsistance et leurs ressources(Tabatabai 1974, 20 : 46). Dieu déclare que, si seulement les humains avaient foi en Lui et Le craignaient, « nous leur aurions certainement accordé les bénédictions du ciel et de la terre ». Dieu rappelle aussi aux musulmans que c'est Lui qui maîtrise la pluie et qui la fait tombe. Dans un autre chapitre, Dieu pose aux personnes la question éloquente suivante : Qui vous offrira de l'eau de surface si vos réserves actuelles deviennent rares (nath ‘ubet) ? (Tabatabai 1974, 19 : 365). Divers versets et hadith rappellent aux musulmans que les ressources qu'ils consomment quotidiennement sont, en dernier lieu, sous le contrôle du Créateur. Cela se reflète dans la façon dont la plupart des musulmans se servent habituellement d'expressions telles que « si Dieu le veut ». La volonté divine est un préalable nécessaire à l'approvisionnement suffisant des humains et des autres espèces en eau et en autres ressources. A part cela, la question du renouvellement « naturel » de l'eau se pose. Il est possible de faire humblement appel à la volonté de Dieu en respectant ses enseignements et son message.

Le système de récompenses et de punitions est conçu pour produire beaucoup plus de bonnes actions que de mauvaises. Par exemple, une « mauvaise action » compte une fois « contre » une personne qui, par ailleurs, est récompensée de dix à sept cents fois pour chaque bonne action. Les non-croyants sont décrits comme « ceux qui troquent l'erreur contre la voie droite ; leur négoce est sans profit ; ils ne sont pas dirigés »(huda). Par conséquent, ce n'est qu'en « vivant » ou en mettant en pratique les enseignements de l'Islam, y compris son éthique environnementale, que les personnes peuvent s'attendre au renouvellement de leurs réserves d'eau qui baissent. Cela explique peutêtre pourquoi, lorsque frappés par une calamité naturelle (ou causée par des humains), un grand nombre de musulmans l'attribuent souvent à l'impiété individuelle ou sociétale.

La notion de subsistance (rizq) revient souvent dans le Coran. Elle « renvoie à tout ce qui est nécessaire à la conservation et à l'épanouissement de la vie spirituelle, mentale et physique à tous ses stades » (Yusuf Ali 1997, n. 2105). Dieu est perçu comme Celui qui assure toute notre subsistance (ibid., n. 5579). Il est ordonné aux musulmans de rejeter tous les dieux rivaux, ce qui, selon Yusuf Ali, englobe les idoles, la poésie, l'art, la science et la fierté de la propriété (ibid., n. 41). Le musulman ne devrait pas surévaluer les dimensions matérielles ou technologiques (« dieux ») de notre vie moderne parce qu'elles peuvent distraire quelqu'un de la glorification et de l'adoration de Dieu.

Les musulmans croient que les fidèles qui craignent Dieu (itaqu) suivent Ses directives, évitent les tentations personnelles (al-hawa), font du bien et évitent de faire du mal seront récompensés par le Créateur. Les bonnes actions doivent correspondre aux capacités socioéconomiques et physiques du musulman et être faites régulièrement. Ainsi, les musulmans fidèles ne tomberont pas dans la misère ou dans la désolation et ne craindront pas pour leur avenir. Ils seront soutenus par des sources imprévues et admis aux jardins où coulent les ruisseaux. Les musulmans qui furent autrefois mal guidés ou qui n'ont pas respecté les signes et les enseignements de Dieu peuvent opter pour le véritable repentir en se conformant aux instructions divines. Ceux qui sont sincères dans leurs croyances religieuses (akhlasu) recevront une« récompense sans limite ».

Dans la section précédente, on a démontré que, selon l'Islam, Dieu, propriétaire du monde naturel, en est aussi le gestionnaire suprême qui en confia l'intendance aux humains. Dieu débloque l'eau et les autres ressources pour ceux qui agissent conformément à Ses révélations au prophète Mohammed. En règle générale, Dieu récompense spirituellement ou physiquement le fidèle, et les récompenses peuvent être accordées au cours de cette vie ou dans l'autre. Dans ce monde, les récompenses comprennent une existence sans soucis, davantage d'eau et d'autres ressources pour la subsistance.

Institutions de gestion de l'eau dans l'Islam

Le message environnemental global de l'Islam est un certain équilibre : les personnes devraient éviter l'accumulation excessive de biens matériels ainsi que la fierté pour des réalisations dans ce monde parce que cela détourne les croyants vers des tentations non religieuses, perturbant du même coup le flux de la subsistance. Mais l'Islam reconnaît que les humains peuvent faillir et qu'ils sont faibles face aux tentations. C'est ce qui explique la création du bureau de l'inspection publique (hisba). Pendant une bonne partie de l'histoire islamique, cette inspection s est occupée de questions morales ainsi que de celles plus généralement liées à la vie quotidienne. Aujourd'hui, l'aspect moral de l'inspection n'existe plus, sauf dans quelques pays tels que l'Arabie saoudite, l'Iran et le Soudan.

Le volet moral de l'inspection publique repose sur une instruction du Coran « leur ordonnant ce qui est convenable et leur interdisant ce qui est blâmable » de même que sur le principe « pas de mal » de la charia. L'agent responsable de cette inspection s'appelle muhtasib, et son devoir, entre autres, est de veiller à ce que tous se comportent correctement dans leurs activités publiques, y compris celles ayant trait aux ressources et aux autres espèces (non humaines). Par exemple, cet agent est chargé d'empêcher le mauvais traitement des animaux, de protéger et d'administrer les réserves publiques du sol et de régir l'utilisation de l'eau (Hamed 1993, 155). D'après le grand juriste Ibn Taymiah, les compétences les plus importantes de l'agent de l'inspection publique sont l'expertise en ce domaine, la bonté et la patience. Dans le monde musulman, l'inspection publique devrait être remise sur pied, et il faudrait lui confier la mise en œuvre des pratiques équitables et justes en matière de gestion de l'eau.

41. 3 : 104

Conclusion

Les enseignements de l'Islam qui préconisent l'utilisation judicieuse des ressources en eau, pour les besoins de survie de l'humanité, peuvent se résumer dans la notion de gestion de la demande. Selon l'Islam, les personnes peuvent exercer un contrôle sur la nature et consommer ses ressources, mais non la conquérir cruellement au point de dégrader de façon irréversible la création de Dieu. Étant donné qu'une stratégie de gestion de l'eau qui englobe des éléments du « paysage culturel aura vraisemblablement un puissant effet sur le paysage intérieur » (Orr 1996, 228), les responsables des politiques peuvent compter sur l'esprit religieux des musulmans et sur leur désir de salut lorsqu'ils conçoivent et mettent en œuvre une stratégie de gestion de l'eau inspirée par l'Islam. Pour les musulmans, le salut ne se gagne qu'en se conformant aux enseignements islamiques et à la charia, qui sont manifestement favorables à une bonne gestion de l'eau.

Les principes islamiques de gestion de l'eau peuvent être utilisés seuls, ou comme cela a été fait en Jordanie au début des années 90, combinés à des concepts non religieux inscrits sur diverses affiches, afin d'amener les Jordaniens à conserver les rares ressources en eau du royaume. En outre, une politique hydrique efficace, basée sur l'Islam, peut être élaborée afin de faire ressortir des options, des points de vue et des systèmes de valeur différents de ceux traditionnellement connus. En outre, la gestion durable des ressources en eau dans les pays islamiques a plus de chance de se concrétiser si les instruments de gestion comprennent une série de mesures incitatives alternatives telles que des récompenses religieuses, spirituelles et reposant sur les ressources. Les stratégies de gestion de la demande qui tiennent compte des différences culturelles exigent un effort délibéré d'éducation en matière d'eau compte tenu du lien positif qui existe entre l'Islam et la conservation de l'eau.

Il serait réconfortant spirituellement, au niveau individuel, et avantageux sur le plan social et environnemental, et aux niveaux communautaire et national, d'éduquer les étudiants de façon conforme à leur système culturel et à leurs croyances. Par conséquent, les principes de gestion de l'eau en Islam, lorsqu'ils sont suffisamment élaborés, devraient passer du niveau académique ou religieux au niveau populaire. Tous les principes de gestion de l'eau en Islam, y compris leur dimension éducative, doivent changer la façon de vivre des musulmans. Dieu« évalue » les musulmans à leur façon d'utiliser l'eau et les autres ressources. Cela permet de savoir s'ils « vivent » leur religion en se conformant à ses principes relatifs à la conservation de l'eau et à la protection de sa qualité. Ceux qui réussissent cette évaluation seront récompensés par Dieu et recevront Ses bénédictions et l'augmentation des ressources. Les musulmans désobéissants ont des occasions de se repentir et de revenir sur la bonne voie ; s'ils n'en font rien, ils seront punis en ce monde et dans l'au-delà.

Le monde ne peut être compartimenté en sphères « intérieures » et « extérieures », où l'environnement naturel et les ressources en eau constituent 1'«extérieur ». Les humains sont intégrés à la nature et devraient agir comme des gardiens et non des conquérants. Plusieurs États du monde musulman ont des ressources en eau qui sont sérieusement menacées : certains souffrent de la sécheresse, d'autres des inondations, ou de mauvaise qualité d'eau, etc. Si personne ne fait face à ces menaces dans un cadre culturellement conséquent, il risque d'évoluer vers des tensions sociales dégénérant en conflits violents. Les règles dictées par l'Islam et concernant les relations entre l'homme et l'environnement, ainsi que les récompenses et les punitions qui s'y rattachent, sont compatibles avec la définition même du mot « environnement », lequel suggère l'intégration active des sphères naturelles, humaines et culturelles, de même qu'un certain niveau de réciprocité. Autrement dit, comme le Coran et les hadith l'enseignent aux musul-mans, l'environnement n'est pas un phénomène statique sur lequel on peut avoir un impact sans conséquences.

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http://www.idrc.ca/FR







 


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