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 Pourquoi aime-t-on la musique ?

24/2/2014

 

Quel est l'intérêt de la musique classique dans les grands magasins, des bandes-son des films ? Quel est le lien entre guitare et séduction ? Pourquoi un bébé se calme et s’endort quand sa maman se met à chanter ? Pourquoi dépensons-nous autant d’argent et d’énergie pour quelque chose d’apparemment si inutile ?

Pour essayer de répondre à ces questions, il faut aller du côté des laboratoires de neurosciences, observer les singes et les autres animaux, observer les nouveau-nés qui écoutent de la musique, et étudier de prêt l’oreille et le cerveau. On peut peut-être y découvrir si la musique nous a donné un avantage évolutif

Pour Darwin, la musique a fait partie de la sélection sexuelle

Même Darwin reconnaissait que la musique est « l’un des dons les plus mystérieux qui caractérise l’homme ». Cependant, à son avis, on pouvait trouver une explication dans la sélection sexuelle : les premières vocalises des nos ancêtres, disait Darwin, ont été émises pour faire la cour. Ils seraient à l’origine de la musique et ensuite du langage. Aujourd’hui, presque personne ne reconnait à la musique un rôle particulier dans la reproduction (on peut avoir une activité sexuelle sans le disque romantique de la première rencontre), en revanche, l’idée de Darwin au sujet des liens entre musique et langage reste à la base d’un débat important. Et c’est peut-être là qu’il faut chercher la réponse à la question : Pourquoi aime-t-on la musique ?

La musique : un effet collatéral de la sélection de caractères ?

Mais il y a peut-être une autre explication. La musique ne serait pas le fruit de l’adaptation (elle n’est pas un caractère favorable, dans un certain contexte, à la survie de qui le porte ou la survie de son espèce, et donc sélectionné par la nature au cours de l’évolution) mais pourrait être un effet collatéral de la sélection d’autres caractères qui ont, eux, ont favorisé les premiers ancêtres qui les ont présentés.

Dans ce cas, la musique serait un peu comme les peintures des niches aux angles d’une coupole : même si le peintre y a dessiné des anges et des saints, la raison pour laquelle ils sont là c’est qu’en construisant une coupole, il est resté quatre niches à décorer. En particulier, le peintre, avec tout son art, a trouvé ensuite une utilisation agréable de ces morceaux de mur.

Le biologiste Stephen Jay Gould a étudié la musique en tant qu'effet collatéral de la sélection de caractères.

Le biologiste Stephen Jay Gould a étudié la musique en tant qu'effet collatéral de la sélection de caractères. © Kathy Chapman Creative Commons Paternité version 3.0 États-Unis

C’est l’explication que les biologistes Stephen J. Gould et Stephen C. Lewontin ont donné, dans l’article de 1976, aux caractères ne pouvant pas être qualifiés d’adaptation. La musique pourrait être un caractère de ce type, un effet collatéral.

Une capacité sélectionnée, aujourd'hui transformée en plaisir ?

Parmi les scientifiques qui soutiennent cette thèse, figure Steven Pinker, qui compare la musique à une bavaroise à la fraise : il ne faut pas se demander pourquoi l’évolution a sélectionnée notre goût pour la bavaroise à la fraise. L’évolution a rendu agréable à notre palais la crème (calorique et riche en gras) et les fruits frais (riches en eau, sucres et vitamines). Manger des aliments permettant de stocker des calories pour longtemps et de fournir des sucres rapidement a sûrement représenté un avantage pour la survie de nos ancêtres.

Aujourd’hui, nous utilisons ces saveurs pour préparer des tartes délicieuses mais l’évolution n’a plus rien à faire là dedans. Selon Pinker, dans le cas de la musique, nos capacités cognitives et perceptives ont été sélectionnées pour d’autres raisons, mais aujourd’hui, nous les utilisons pour profiter d’un beau concert, sans que l’évolution soit concernée.

Cette troisième explication laisse un peu perplexe les scientifiques qui étudient les liens entre musique et évolution. La musique est un caractère universel de l’humanité : tous les hommes, toutes les cultures, toutes les périodes historiques ont reconnu et apprécié la musique. Cependant, elle reste une explication plausible et c’est pour cela que la question « pourquoi aime-t-on la musique ? » devient : « si la musique est le fruit de l’adaptation, quel est l’avantage qu’elle a donné à nos ancêtres pour que l’évolution la sélectionne et la fasse arriver jusqu’à nous ? »

Chaque fois que quelqu’un ose dire que la musique ne sert à rien, une réfutation suit toujours activement : « ce n’est pas vrai, la musique communique des émotions. Elle sert à communiquer, tout comme le langage, mais elle a plus de couleur émotionnelle et moins de précision sémantique. » Et l’objection est juste.

La musique a beaucoup de points en commun avec le langage. Cependant, la comparaison devient intéressante quand on étudie les structures cérébrales utilisées pour l’une et pour l’autre. Si elles coïncident ou se superposent largement, l’hypothèse selon laquelle la musique n’est pas le fruit de l’adaptation mais un produit collatéral (une « bavaroise à la fraise ») devient plus plausible. Car la musique aurait pu parasiter les structures ducerveau sélectionnées pour le langage.

La musique aurait pu parasiter les structures du cerveau sélectionnées pour le langage.

La musique aurait pu parasiter les structures du cerveau sélectionnées pour le langage. © V. Yakobchuk Fotolia

En revanche, si l’on trouvait une portion du cerveau, un circuit (ou un module, comme le dirait le psychologue américain Jerry Fodor) pour la musique seule, alors il faudrait comprendre pourquoi la musique a été sélectionnée par l’évolution.

Par exemple, nous pourrions nous demander si la musique a précédé ou occasionné l’apparition du langage (comme le pensait Darwin), ou si les deux compétences sont nées à peu près en même temps, à partir d’un proto-quelque-chose. Jusqu’à un passé récent, pour étudier et localiser les fonctions du cerveau, il fallait attendre que quelqu’un tombe malade, ait unAVC (accident vasculaire cérébral), ou perde une fonction spécifique. Ensuite il fallait attendre l’autopsie du patient pour chercher le siège du dommage. Pour la musique, c’était encore plus difficile, car en plus d’une description clinique et anatomique claire, il fallait que le malade soit un musicien, quelqu’un qui ait une musicalité définie et évaluable.

Vissarion Shebalin, compositeur russe.

Vissarion Shebalin, compositeur russe. © Wikimedia

Les cas cliniques célèbres

Ce fut le cas du compositeur russe Vissarion Shebalin, victime d’un AVC à l’hémisphère gauche du cerveau – l’autopsie fut exécutée par le psychologue soviétique Alexander Romanivic Luria – et du compositeur français Maurice Ravel, l’auteur du Bolero, victime lui aussi d’un AVC du côté gauche. Tous deux devinrent aphasiques, mais continuèrent de comprendre et apprécier la musique, même à des niveaux différents.

Maurice Ravel, célèbre compositeur français.

Maurice Ravel, célèbre compositeur français. © Wikimedia

Les cas cliniques de Ravel et Shebalin concernent des personnes ayant subi une lésion à l’hémisphère gauche et qui, tout en ayant perdu la parole, ont conservé à des degrés divers leurs aptitudes musicales. Un cas similaire fut décrit pour la première fois en Suède en 1745, un homme qui ne pouvait dire que le mot « oui », mais qui chantait encore.

L'étonnante capacité musicale face aux lésions du langage

Pendant tout le XIXe siècle, on tenta d’identifier une aire de la musique comparable à celle de Broca pour le langage. En 1865, fut décrit le cas d’un musicien aphasique, mais sans amusie, et en 1871 paraissait dans la revue médicale Lancet le cas de deux enfants aphasiques, dont l’un était capable de chanter avec les paroles et l’autre seulement sans. Depuis, d’autres cas ont été décrits, concernant des personnes affligées d’un défaut de la parole, mais encore capables de jouer, de diriger un orchestre ou plus simplement de chanter. On en compte au moins une demi-douzaine au XIXe siècle.

L'hypothèse de l'importance de l'hémisphère cérébral

Nous pouvons toutefois dire que, le plus souvent, si la lésion est située à l’hémisphère gauche, il en découle un handicap de la musicalité et du langage, ou seulement du langage. Par exemple, on peut éprouver des difficultés à reconnaître les paroles parlées ou chantées. En revanche, dans les rares cas où l’on a observé une perte des facultés musicales non accompagnée d’une perte du langage, la lésion cérébrale était généralement située à droite.

Diana Deutsch a étudié les aires du langage.

Diana Deutsch, psychologue de l’université de Californie, a étudié les aires du langage. © DR

Par ailleurs, les patients affligés d’un dommage à l’hémisphère droit ne semblent pas en mesure de reconnaître des mélodies chantées sans leurs paroles. La conclusion pourrait être que les aires du langage sont à gauche, alors que celles de la musique se trouvent à droite, ou principalement à droite.

La séparation entre les deux fonctions a été étudiée par Diana Deutsch, psychologue de l’université de Californie. En 1969, elle réussit à démontrer que mémoire musicale et mémoire verbale sont deux fonctions indépendantes. Quelques années après, Doreen Kimura, psychologue canadienne, localisa ces deux fonctions en faisant écouter à un groupe de volontaires (exclusivement droitiers) de la musique dans une oreille, et simultanément dans l’autre, une voix qui énumérait des nombres. L’expérience mit en évidence pour la première fois un rôle prépondérant de l’hémisphère cérébral droit dans la mémoire musicale.

Cette idée commença à être ébranlée en 1974 lorsqu’un article publié dansScience par les psychologues américains Thomas Bever et Robert Chiarello démontra que la prépondérance de l’hémisphère droit ne vaut que dans le cas de non-musiciens. Les musiciens, au contraire, reconnaissent avec une plus grande facilité les morceaux entendus grâce à l’oreille droite, ceux analysés donc par l’hémisphère gauche. Les auteurs conclurent que les fonctions analytiques – qui prévalent lors de l’écoute chez un musicien professionnel – s’exécutent à gauche alors que les expériences synthétiques, globalisantes, sont traitées à droite.

Mémoire musicale et mémoire du langage

Aujourd’hui, on sait qu’une distinction nette assignant un hémisphère à la musique et un autre au langage a peu de sens. Des recherches fondées sur des neuro-images le confirment : alors que les musiciens, confrontés à des exercices de reconnaissance harmonique ou mélodique, utilisent davantage la partie gauche du cerveau, les non-musiciens utilisent la partie droite. Les stratégies cognitives mises en œuvre lors de l’écoute de la musique sont donc différentes : il est probable que pour mémoriser et utiliser efficacement les données musicales, les musiciens utilisent aussi en partie des compétences verbales.

Des expériences ont été effectuées à l’aide d’airs d’opéra, modifiés pour finir sur une fausse note ou une dernière parole erronée. Le temps de réaction du cerveau n’est pas le même dans les deux cas, et si la parole erronée coïncide avec la fausse note, les deux réactions se cumulent. On peut donc probablement affirmer qu’il existe des composantes de la musicalité dissociables du langage. Cependant, il existe aussi des composantes de la musique et du langage étroitement liées entre elles. Les cas des musiciens professionnels ayant subi un AVC confirme que ce lien est d’autant plus étroit que le niveau de spécialisation musicale est élevé.

Les avancées sur l'étude entre musique et langage

Grâce aux nouvelles techniques de diagnostic par imagerie, d’autres avancées ont été possibles. On a constaté, par exemple, que certaines fonctions cérébrales particulières comme la syntaxe, contribuent tant à la musicalité qu’au langage. Lorsque nous parlons, nous utilisons la syntaxe pour ordonner les mots au sein de la phrase : en français, nous mettons d’habitude le sujet avant le verbe, puis le complément d’objet. Lorsque nous avons affaire à la musique, la syntaxe semble faire la même chose, en disposant les sons à l’intérieur de phrases musicales. L’idée est que musique et langage partagent cette fonction, mais l’utilisent de manière différente.

La latéralité de la perception musicale

Une autre découverte récente a montré que le cortex auditif de l’hémisphère droit est plus habile à discriminer de façon fine les différences de hauteur entre les sons. De surcroît, des chercheurs français ayant étudié le cerveaude quarante-cinq personnes pendant une intervention neurochirurgicale, ont observé que dans le cortex droit la distribution tonotopique est évidente, alors qu’elle l’est beaucoup moins à gauche.

On peut donc supposer que l’hémisphère droit est spécialisé dans la reconnaissance des hauteurs et l’hémisphère gauche dans celui des rythmes. Selon les chercheurs, derrière cette latéralisation se cacherait un facteur important : la nécessité de choisir entre vitesse et précision du traitement des informations sonores provenant de notre entourage. Parfois, il est plus utile de sacrifier le détail d’un stimulus sonore pour une plus grande rapidité de perception, comme dans le cas d’une conversation. Pour la musique, au contraire, le cerveau peut opter pour une modalité de compréhension plus lente mais plus détaillée. Par conséquent, on pourrait supposer que la musique, comme le langage, est née et a évolué comme des éléments d’un système plus vaste de reconnaissance des sons ambiants.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui nous ne sommes pas encore en mesure de localiser une région spécifique du cerveau consacrée à la musique. Les techniques d’imagerie cérébrales montrent plusieurs superpositions entre les régions activées par la musique et celles concernées par le langage. La neuropsychologie, en revanche, continue de trouver des cas cliniques montrant que la perte d’une aptitude n’implique pas des dommages dans l’autre, ce qui semble aller dans la direction d’une séparation des deux.

Mais étudier les rapports entre musique et langage ne suffit peut-être pas à venir à bout de la question. Essayons alors de comprendre ce qui se passe chez les autres animaux. Eux, ne parlent pas du tout, au moins de notre point de vue.

 

Pour comprendre la musicalité humaine, il faut se tourner vers les animaux, qui eux, n’ont pas de musique (ne tombez pas dans le piège anthropocentrique qui voit de la musique dans le règne animal). Ont-ils quelques-unes des aptitudes que nous qualifions de musicales ? Apprécient-ils les sons que nous produisons ? Cela pourrait nous aider à comprendre pourquoi notre espèce a produit la musique, pourquoi elle la trouve aussi agréable et quand elle a commencé à la produire.

Ce que nous cherchons est un caractère homologue à notre musique : un caractère qui dérive du même ancêtre, et qui nous permettrait d’établir, par exemple, que la musique est née il y a environ 10 millions d’années, quand nous habitions encore sous les arbres. C’est pour cela que des chercheurs américains demandent aux singes de leurs laboratoires d’écouter de la musique contre un morceau de banane. Or, si les singes pouvaient reconnaître les sons et apprécier les mêmes combinaisons que nous, on pourrait conclure que ces aptitudes remontent à une période précédant la séparation de notre arbre généalogique du leur, survenue il y a environ 7 millions d’années.

Cependant, ce qui nous intéresse vraiment, c'est de comprendre les goûts musicaux des singes, s’ils apprécient davantage certaines combinaisons de sons par rapport à d’autres, ou si en revanche pour eux la musique est un stimulus acoustique sans aucun contenu émotionnel.

Les singes aiment-ils la musique ?

 


 

Des expériences sur des singes ont été réalisées pour évaluer leur goût pour la musique. © Uspn wikipedia

Si les autres primates n’étaient pas capables de profiter d’un beau CD, nous pourrions conclure que la capacité de reconnaître un son aigu par rapport à un son grave ou une octave par rapport à un autre intervalle n’a pas évolué expressément pour la musique. Ainsi, nous aurions donné un mauvais coup aux théories adaptatives expliquant notre passion pour les chansons et les concerts. Il y a peu d’expériences vraiment concluantes sur la question, les plus importantes sont celles menées par Marc Hauser et Josh McDermott.

Une expérience pour évaluer la sensibilité musicale des singes

Les deux scientifiques ont mené une expérience sur des pinchés tamarins, des singes du Nouveau Monde dont l’arbre évolutif s’est séparé du nôtre il y a quarante millions d’années.

Un par un, ils les ont fait rentrer dans une cage en forme de V. Au fond de chaque bras de la cage, un haut-parleur émettait un son différent : d’un côté un intervalle consonant, et de l’autre un intervalle dissonant. Les haut-parleurs n’entraient en fonction que lorsqu’un singe prenait position sur l’une des deux branches, de telle sorte que le choix de l’intervalle entendu lui appartienne.

Le but de l’expérience était de savoir si les tamarins ont une préférence pour l’un des deux intervalles, en comparant le temps passé dans chacune des deux zones de la cage en V. Le temps passé dans une zone par le singe avait été retenu comme indice de satisfaction après une petite expérience préliminaire, durant laquelle on avait constaté que les singes préféraient s’installer dans la zone émettant des sons agréables, comme des bruits de singes grignotant de la nourriture, plutôt que dans la partie où l’on transmettait des rumeurs antipathiques, comme des cris de singes épouvantés. Mais lorsqu’on substitua aux bruits de singes de la musique, les tamarins ne firent pas montre de préférences aussi marquées : les intervalles consonants ou dissonants présentaient pour eux exactement le même attrait.

Une expérience comparative sur des humains

Une expérience similaire, menée sur des êtres humains, a démontré la diversité radicale des goûts des deux espèces. L’on prend un groupe de personnes normales – « autant que peuvent l’être des étudiants du MIT » – et on les introduit un par un dans une pièce carrée, avec deux haut-parleurs cachés. Évidemment, on ne doit pas expliquer aux participants la nature de l’expérience, sous peine d’influencer les sujets dans leur choix.

Puis l’on fait en sorte d’actionner, de façon alternée, l’un des deux haut-parleurs selon la position qu’adopte le sujet dans la pièce : d’un côté d’une ligne imaginaire se déclenche l’intervalle consonant ; de l’autre, l’intervalle dissonant. Tout comme les singes dans la cage en forme de V, le cobaye humain peut choisir lequel des deux intervalles écouter. Et McDermott de conclure que dans plus de 90 % des cas, ses étudiants du MIT ont pris position du côté de l’intervalle consonant.

Les expériences sur la musique ont été réalisées avec des singes et avec des humains.

 


 

Les expériences sur la musique ont été réalisées avec des singes et avec des humains. © trouveztout.org

La familiarité avec la musique, un facteur important ?

On pourrait objecter qu’à la différence des étudiants du MIT, les pinchés tamarins n’avaient de familiarité avec aucune sorte de musique, et ne pouvaient donc pas avoir élaboré une quelconque préférence au cours de leur vie. Si la préférence pour la consonance chez l’homme est une donnée acquise et non innée, et si les tamarins partagent les goûts de l’homme, cette expérience pourrait bien manquer son but.

Pour faire place nette de cette possible équivoque, McDermott a exposé un groupe de singes à des sons consonants, plusieurs heures par jour pendant quatre mois. Puis il les a introduits dans la fameuse cage en V : le résultat n’a pas changé. Ce qui prouverait que le manque de familiarisation avec la musique ne conditionne pas l’absence de préférence pour les consonances chez les primates non humains. McDermott, qui se demandait si le test n’était pas un peu trop subtil, ou bien encore si un facteur systématique non repéré ne perturbait pas l’épreuve (l’instrument musical qui produisait les deux intervalles aurait pu par exemple s’avérer particulièrement insignifiant aux oreilles des tamarins), a répété l’expérience sur les singes en exaspérant la différence entre les sons présentés.

Il a pris ses tamarins, les a mis de nouveau dans la cage en forme de V et un haut-parleur a diffusé un des bruits pour nous les plus désagréables qu’il soit dans l’absolu : celui d’une fourchette qui racle un morceau de verre. Une fois encore, placés devant l’alternative de ce son et d’un intervalle musical quelconque, les singes se sont montrés insensibles à l’horrible grincement. Ils ont choisi de s’installer un peu à droite et un peu à gauche.

McDermott est alors passé à l’artillerie lourde. Il a décidé de mettre à l’épreuve deux types de musique selon lui les plus éloignés possible : une douce berceuse et un morceau de musique électronique allemande, assourdissant. Les singes ont enfin pris position en faveur de la berceuse.

Ils choisirent le silence...

Toutefois, cela n’impliquait pas le moins du monde une préférence pour un style musical. En effet, lorsque le chercheur américain répéta encore une fois l’expérience en proposant aux tamarins le choix entre la berceuse et le silence, il obtint un résultat tout aussi éloquent : les singes choisirent le silence.

 

 


 

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