"> Contraception autorisée en Islam - Musulman et fier de l\'être - Bloguez.com
 

 Contraception autorisée en Islam ?

14/11/2010





-  La fonction que l'Islam assigne à la sexualité.

-  Les causes pour lesquelles on a recours à la contraception

-  Les moyens contraceptifs auxquels on a recours

-  Synthèse

- La fonction que l'islam assigne à la sexualité. :

Répondre à la question sur la contraception en Islam demande que l'on aborde tout d'abord la fonction que l'islam assigne à la sexualité.

A ce sujet, il faut tout d'abord souligner que le mariage est le cadre à l'intérieur duquel les relations sexuelles sont permises. Puis il nous faut aborder la question de savoir comment l'islam perçoit-il les relations intimes : celles-ci ont-elles comme seul objectif – donc comme seul cadre de permission – la procréation ? On pourrait le penser en lisant ce Hadîth :

"Mariez-vous avec une femme qui vous aime et qui enfante : car je serai fier de votre multitude le jour du jugement." (rapporté par Abû Dâoûd, n° 2050, et An-Nassaï, n° 3227).

Mais en fait, si la procréation demeure la finalité de l'existence du désir sexuel, ce n'est qu'un des objectifs que l'islam assigne à la sexualité. A côté de cela, il y a aussi le fait de vivre ce qui fait partie de la nature humaine – le plaisir sexuel – dans le cadre permis. C'est bien pourquoi il existe un autre Hadîth où le Prophète a dit que la sexualité vécue entre les époux était un acte de charité. Et à ses Compagnons qui s'étaient étonnés du fait que quelqu'un puisse être récompensé pour en fait n'assouvir qu'un désir sexuel et y trouver du plaisir, le Prophète répondit qu'étant donné que celui qui vivait sa sexualité hors du cadre permis agissait dans le péché, celui qui la vivait dans le cadre permis faisait un acte récompensé par Dieu (sens du Hadîth rapporté par Muslim, n° 1006, et autres).

C'est pourquoi le savant musulman Ibn Qayyim a relevé trois objectifs principaux à la sexualité vécue dans le cadre du mariage : la procréation, le plaisir sexuel, et la pratique de ce qui contribue à l'équilibre humain, sur le plan physiologique [et aussi psychologique, comme on le sait aujourd'hui] (Zâd ul-ma'âd, tome 4 p. 249) (voir aussi Tahrîr ul-mar'a, Abû Chuqqa, tome 6 pp. 145-147).

Il ne faut dès lors pas s'étonner si les sources de l'islam parlent d'une forme de contraception qui avait cours à l'époque du Prophète : le coït interrompu (en arabe : al-'azl). Des Compagnons du Prophète questionnèrent celui-ci au sujet de cette pratique : est-elle permise ou pas ? Le Prophète récusa la parole de certains non musulmans de son époque disant que cette pratique était une petite forme de suppression de l'enfant (al-maw'ûdat as-sughrâ) (Hadîth de Abû Sa'ïd rapporté par Abû Dâoûd, n° 2171, sahîh bi-sh-shâhid).

Des Compagnons racontent de même : "Nous pratiquions le coït interrompu à l'époque du Prophète. Le Prophète le sut et ne nous l'interdit pas" (rapporté par Muslim, n° 1440). Cependant, dans une autre parole, le Prophète affirma lui-même que le coït interrompu était une forme dissimulée de suppression de l'enfant (Hadîth de Judhâma rapporté par Muslim, n° 1442).

Cette différence des réponses que le Prophète a données à propos de 'azl a entraîné des opinions divergentes au sujet de cette pratique contraceptive parmi les savants musulmans :

-  Certains, comme Al-Hassan al-basrî et Ibn Hazm, sont d'avis que le 'azl est systématiquement interdit (harâm). Ces savants sont d'avis que le Hadîth de Judhâma a priorité par rapport au Hadîth de Abû Sa'ïd.

-  D'autres, comme certains savants hanafites, disent que le 'azl est systématiquement déconseillé (mak'rûh). Cet avis constitue une synthèse entre les deux Hadîths du Prophète cités ci-dessus, l'un et l'autre mettant en évidence le caractère déconseillé de la méthode contraceptive. D'ailleurs, disent ces savants, d'autres Hadîths du Prophète semblent également montrer qu'il a utilisé à l'égard du 'azl des termes qui laissent à penser qu'il voulait dire que cette pratique était à éviter même si elle n'est pas interdite ("lâ 'alaykum an-lâ taf'alû").

-  D'autres savants – At-Tahâwî, Al-Ghazâlî, etc. – pensent que le 'azl est totalement autorisé pour peu qu'il ne soit pas pratiqué pour une cause qui contredit un principe de l'Islam (nous allons évoquer quelques-unes de ces causes plus bas). Ces savants donnent priorité au Hadîth de Abû Sa'îd sur celui de Judhâma. Al-Bayhaqî écrit ainsi : "Ceux qui rapportent la permission du 'azl sont plus nombreux et ont mieux retenu".

-  Enfin, d'autres savants sont d'avis que la méthode du coït interrompu est en soi permise mais, en plus d'être pratiquée pour une cause qui n'est pas interdite, elle doit remplir une condition supplémentaire : il faut que l'épouse ait donné son consentement, car cette méthode nuit à la qualité des relations intimes en ce qui la concerne, de même que, comme toute méthode contraceptive, elle touche le droit de la femme à la maternité.

Mettant en exergue la différence existant entre l'avortement et la pratique du coït interrompu, le savant Al-Ghazâlî explique que le coït interrompu empêche la rencontre de la semence masculine avec l'ovule. Il n'y a donc, dit-il, pas suppression d'un être existant, puisque l'enfant ne naît pas de la semence masculine seulement mais de la rencontre des deux semences. Par contre, l'avortement, lui, intervient bien à propos d'un être déjà existant.

Al-Ghazâlî écrit à ce sujet en substance :

"Le premier niveau de l'existence humaine est le moment où les semences masculine et féminine se sont rencontrées et que cela s'est préparé à la naissance de la vie : se débarrasser de cette existence est mauvais [peut-être voulait-il évoquer là la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde]. Le deuxième niveau de cette existence est le développement de l'embryon : le tuer est plus grave encore. Le troisième niveau est le moment où l'âme [ar-rûh al-insânî] y est insufflée : tuer l'embryon à ce moment-là est plus grave encore. Enfin, le quatrième niveau de l'existence humaine commence avec la naissance [et dure donc toute la vie] : attenter alors à la vie est très grave."(Al-Ih'yâ, tome 2 p. 82)

- Les causes pour lesquelles on a recours à la contraception  :

Pour Chaykh Khâlid Saïfullâh, la règle générale à propos de la contraception est qu'elle est en soi déconseillée (mak'rûh). Et puis il est des causes (intentions) qui la rendent interdite, comme la crainte de la pauvreté, etc. Et il est d'autres causes qui rendent la contraception permise en soi (elle n'est alors même plus déconseillée) : par exemple la présence d'un risque établi d'une détérioration grave de la santé de la femme en cas de grossesse, la présence d'un risque établi de grave malformation de l'enfant à naître, la présence d'une maladie mentale entraînant l'incapacité de la femme à assumer ses devoirs de mère, la volonté d'espacer les naissances pour pouvoir donner aux enfants une meilleure éducation…

Pour Al-Ghazâlî, par contre, la règle générale à propos de la contraception est la permission, tant qu'elle n'est pas entreprise pour une cause interdite, laquelle, par voie d'incidence, rendrait le recours à la contraception interdit aussi. Aussi, selon lui, il n'est pas besoin d'une cause valable pour que la contraception soit permise : il suffit qu'il n'y ait pas de cause interdite.

Ici je soulignerai que s'il faut, d'une part, que le recours à la contraception soit en soi autorisé comme nous venons de le voir, il faut également et d'autre part que, dans le cadre de cette autorisation, le moyen auquel on a recours soit aussi autorisé…

- Les moyens contraceptifs auxquels on a recours  :

Chaykh Khâlid Saïfullâh écrit qu'il serait faux de penser que, dans le cadre des causes valables autorisant la contraception, seul le coït interrompu soit la méthode contraceptive possible. On peut, par raisonnement par analogie, établir le caractère d'autres méthodes contraceptives que celle du coït interrompu. Cependant, rappelle-t-il, le raisonnement par analogie n'est valable que s'il tient compte de l'ensemble des principes de l'islam.

A analyser les différents moyens contraceptifs existant aujourd'hui, on s'aperçoit qu'ils consistent à avoir recours à un ou plusieurs des faits suivants :

-  soit on empêche les spermatozoïdes de parvenir jusqu'à l'ovule, 
-  soit on empêche l'ovulation, 
-  soit on n'empêche pas la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde mais on empêche seulement la nidification de l'œuf, 
-  soit on supprime le fœtus après la nidification de l'œuf (dans le cas de l'avortement par exemple), 
-  soit on stérilise définitivement l'homme et/ou la femme.

Sont interdits :

-  l'avortement pour se débarrasser d'une grossesse non désirée 
-  la stérilisation définitive de l'homme ou de la femme (ligature des canaux ou des trompes, etc.), car le Prophète l'a interdit.

Est déconseillée d'après Khâlid Saïfullâh :

-  toute méthode qui n'empêche pas la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde mais qui empêche seulement la nidification de l'œuf, car comme Al-Ghazâlî l'a écrit, c'est déjà un premier niveau d'existence.

Reste en soi permise (dans le cadre des causes permises du recours à la contraception) : 
-  toute méthode qui, à l'instar du coït interrompu, empêche la rencontre de l'ovule et des spermatozoïdes (méthodes naturelles d'abstinence avant, pendant et juste après la période de l'ovulation, préservatif masculin ou féminin, crème spermicide, blocage de l'ovulation, etc.).

Khâlid Saïfullâh écrit également qu'il y a une différence entre le fait d'avoir recours à un moyen de contraception de façon individuelle et le fait d'établir ce recours au niveau de toute une société. Le premier, écrit-il, est possible dans le cadre sus-cité. Le second n'est selon lui pas permis.

Mes sources pour cet article :

– Zâd ul-ma'âd, Ibn Qayyim, tome 4 pp. 140-146 – Al-Ih'yâ, Al-Ghazâlî, tome 2 pp. 79-84 – Halâl wa harâm, Khâlid Saïfullâh, pp. 306-314 – Al-halâl wal-harâm, Al-Qardhâwî, pp. 176-179 – Islâm aur jadîd medical massâ'ïl, Khâlid Saïfullâh, pp. 91-147 – Fiqh us-sunna, Sayyid Sâbiq, tome 2 pp. 458-460.

- Synthèse :

Le musulman et la musulmane gardent comme objectif de mettre au monde des enfants avec l'intention de leur donner une éducation qui sera – avec la permission de Dieu – à même d'en faire des êtres humains agissant pour Dieu et pour le bien de tous les hommes. Il ne leur est cependant pas d'interdit de le faire en tant que principe général, tout en maîtrisant leur fécondité, à condition toutefois que cela soit fait pour une cause et par un moyen qui sont permis au niveau de l'éthique musulmane.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Anas Ahmed Lala

Texte provenant du site Maison-islam repris avec l’aimable autorisation de Anas Ahmed Lala (qu’Allah le récompense) 

Category : A propos de l'islam: | Write a comment | Print

From the same author

Comments