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 LA LAPIDATION : UN CRIME CONTRE L’ISLAM

24/1/2014

 

 

Par: Ikbal El GHARBI Université EZZEYTOUNA (Tunisie) 

La violence contre les femmes n'est pas, certes, l'apanage des sociétés musulmanes. C'est un phénomène qui touche la grande majorité des sociétés dans le monde. D'ailleurs les nations unis ont décrété la journée du 25 Novembre comme journée mondiale pour l'élimination de la violence contre la femme. Cet intérêt international résulte de l'ampleur  du phénomène. 

En effet les statistiques sont terrifiantes : au USA une femme est battue tout les 15 secondes. 

En Afrique du Sud une femme est violée toutes les 23 secondes. 47% des canadiennes ont été victimes d'au moins un acte de violence physique. Dans le monde 50% des femmes ont subi des abus physiques de la part de leurs proches. 

En terre d'islam à coté de cette violence quotidienne, économique et sexuelle, persiste une injustice barbare à l'égard des femmes: la lapidation. 

Après les procès des nigériennes: Safia Huseini et Amina Lawal qui ont  suscité de forts mouvement de protestation dans le monde, les intégristes musulmans ont passé sur Internet une vidéo filmant la lapidation d'une femme! 

Comment les intégristes justifient-ils cette fureur et cette brutalité? Par l'islam. 

Cet acte barbare est présenté par les intégristes comme une sanction divine de zinaa, CAD l'adultère, dans l'intention de  préserver l'ordre moral. 

Dans cette perspective, il faut rappeler que l'islam est une religion mais aussi une culture qui gère la complexité de la vie en commun. 

Le Coran utilise un langage spécifique mêlant paraboles, récits, exhortations, injonction et autres figures de style. 

Les exégètes l'ont traduit en un langage conceptuel où on trouve les règles auxquelles le musulman doit se conformer. Ces règles ont été classées par les jurisconsultes en deux catégories: -         les Ibadats, règles qui régissent les relations de l'homme avec le divin 

-         les Mouamalat, les règles qui se rapportent à la vie courante, à la relation humaine. 

Dans ce contexte, les Fukaha font la distinction entre les Finalités qui sont éternelles et universelles et entre les lois, les normes, les règles qui elles sont temporelles. Ces règles sont des solutions conjoncturelles qui se sont imposées au prophète à un moment ou à un autre et qui sont de ce fait relatif et historique. Et c'est ce qui explique le mécanisme de versets abrogeant et des versets abrogés, des versets généraux et des versets spécifiques  grâce auquel  le caractère absolu du  Coran s'accommode  avec  la relativité de la condition humaine.    

Afin de clarifier la problématique de la lapidation , il faut mentionner que dans les sociétés anciennes, l'adultère  comme manquement à l'appartenance charnelle exclusive qui définit juridiquement le consortium conjugal a toujours été réprimé. Les rapports d'un autre homme avec une femme mariée a toujours été répréhensible parce qu'il apparaissait comme une usurpation sur un droit de propriété du mari sur la femme. C'est aussi une atteinte au capital symbolique de l'homme, à son honneur. C'est enfin une faute contre la famille à laquelle la femme avait été intégrée souvent tenu pour un manquement à une obligation de pureté. 

Les  textes littéraires des anciens égyptiens décrivent les supplices qui frappent les amants coupables. Le code de Hammourabi, qui date du XVIIIeme siècle avant notre ère punit de mort par noyade la femme accusée d'adultère. Toutefois, ce code précise que la répression de l'adultère par l'autorité publique dépend de la libre décision du mari qui pouvait pardonner et épargner la coupable. 

La législation hébraïque ne réprime également que l'adultère de la femme, mais la condamnation de l'adultère est formulée d'une façon générale  et elle implique   la mise à mort des deux complices par lapidation. 

Il existe une conscience chez les musulmans, dés les origines, que leur religion n'échappait à aucune des l'influences de toutes les civilisations qui les côtoyaient. Et c'est pour ces raisons culturelles qu'en  islam aussi, l'adultère est considéré comme un péché. Il nécessite un had . Le hadd  est le terme technique  qui sert à désigner la sanction de certains actes interdits ou sanctionnés par le coran donc considérés comme des crimes contre la religion. Le Coran énumère des sanctions pour  le zinaa (commerce charnel illicite), son contre parti, le kadhf, l'accusation fausse du rapport illicite, la consommation d'alccol, le vol et le brigandage. 

Dans le Coran, première source de législation, on ne trouve aucun verset qui mentionne la lapidation. Les peines encourues par les coupables varient selon les circonstances de l'acte, ainsi que de l'  état matrimonial des amants. Par exemple si l'acte sexuel a eu lieu par la coercition physique ou morale, il n'y a pas de délit .En effet le Coran précise ce cas comme suit : «  Celui qui est en détresse mais ni rebelle ni transgresseur, pas de péché sur lui. Oui, Dieu est pardonneur et Miséricordieux. » (Sourate La Vache, verset 173). Si les coupables sont mariés, les sanctions coraniques sont les suivantes: 

1) la flagellation précisée à 100 coups de fouets: «La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les de chacun cent coups de lanière .Et que nulle douceur ne vous prenne à leur égard, en la religion de Dieu, si vous demeurez croyants en Dieu et au Jour dernier .Et qu'un groupe de croyants assiste à la punition des deux. »(Sourate La Lumière, verset 2) et 

2) l'emprisonnement à vie  ou  jusqu'à une date indéterminée: « Quant à celles de vos femmes qui commettent une turpitude, faite témoigner contre elles quatre d'entre vous. S'ils sont témoins, alors confinez  ces femmes aux maisons jusqu'à ce que la mort les achève, ou que Dieu leur ouvre une voie. »  (Sourate Les Femmes, verset 15). 

3) la réprimande  physique ou morale et la désapprobation sociale : «  Et si c'est deux hommes des vôtres qui l'ont commise, alors la torture, s'ils se repentent ensuite, et se réforment, alors passez. Oui, Dieu demeure accueillant au repentir, miséricordieux. » (Sourate La Vache, verset 16) 

4) la procédure de la malédiction liaan: si un mari constate l'infidélité de son épouse mais ne peut pas fournir quatre témoins oculaires. Le mari se présente devant le cadi et répète quatre fois "Puisse la malédiction d'Allah s'abatte sur moi si je mens en accusant ma femme d'adultère". Le cadi entend par la suite le témoignage de la femme qui doit répéter quatre fois " je jure devant Allah que mon mari ment en m'accusant d'adultère", elle conclue "Puisse la malédiction d'Allah tombe sur moi si mon mari dit la vérité" . On retrouve cette procédure dans le Coran: "Et quant à ceux qui lancent une accusation contre leur propre épouses cependant ils n'ont de témoignage que d'eux mêmes. alors le témoignage de l'un de ceux là consistera en quatre attestations qu'il est  certes, oui, du nombre des véridiques, et la cinquième:  que la malédiction de Dieu soit sur lui s'il est du nombre des menteurs. Et qu'on écarte de la femme la punition, si elle atteste Dieu, par quatre attestations, que l'autre est certes, oui du nombre des menteurs , et la cinquième:  que la colère de Dieu soit sur elle, s'il est du nombre des véridiques." (Sourate La Lumière, versets 6,7,8,9).  Le Cadi peut alors prononcer le divorce. La femme n'est l'objet  d'aucune poursuite judiciaires .Cette procédure invalide les crimes d'honneurs qui stigmatisent actuellement la culture arabo-musulmane. 

Ces sanctions peuvent être abrogées par la shubha c’est-à-dire  la ressemblance de l'acte commis avec un autre licite et par conséquent, du point de vue subjectif, la présomption de bonne foi chez les accusés. 

Il existe une forte tendance, d'ailleurs exprimée dans une tradition attribuée au prophète, à restreindre autant que possible le champs d'application des peines et des sanctions sauf pour le kadhf, l'accusation mensongère d'adultère, afin, précisément, de restreindre et de limiter le hadd du zinaa

En outre,  les exigences les plus sévères concernent l'accusation d'adultère. on soumet les témoins  à des conditions  particulièrement difficiles quant à leur nombre (le mari doit rassembler quatre témoins oculaires  digne de foi), à leur qualification (ces témoins doivent voir l'acte charnel avec grande précision), et à la teneur de leurs déclarations (ls doivent faire leur déclaration verbalement, réunis ensemble, d'une manière claire et sans aucun équivoque  et si l'un d'entre eux  se rétracte les trois autres seront punis à recevoir 80 coups de fouet).  Par ailleurs, pour la majorité des musulmans, il est considéré comme plus méritoire de dissimuler les fautes et l'écart que d'en fournir les preuves et d'en témoigner.      

Ces directives de libertés et de tolérance  que nous retrouvons dans le Coran sont les vecteurs d'interprétation qui permettent d'adapter  les droits de l'homme et du citoyen. 

Car comme l'a écrit le penseur Mohamed IQBAL: «Le Coran est certes la première source du droit musulman, cependant le Coran n'est pas un code légal. Le principal but qu'il propose est d'éveiller chez l'homme une conscience plus haute de ses relations avec Dieu et avec l'univers ». 

Cf Le Saint Coran, Traduction et Commentaire de Muhammad HAMIDULLAH, Ed. Amaba Corporation, Maryland 1989

 

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