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 La Foi et la Science

11/9/2010

 

 

La Foi et la Science 

La religion s’oppose fermement à toute discrimination fondée sur la couleur, la race ou la classe, car elle considère tous les êtres humains comme la création de Dieu et tout pays comme Sa patrie. Elle distingue toutefois les croyants dont la foi doit être attestée par de continuelles bonnes œuvres en vue de transformer la planète en Paradis, et les non-croyants, sans foi ni loi, semant, sans vergogne et sous toutes ses formes, la corruption sur terre. Car comme ils ne croient pas en l’au-delà, certains cherchent à tout prix à assouvir des besoins égoïstes immédiats, sans prendre en compte l’avenir des générations futures ni l’équilibre de la planète. L’être humain est doté de l’aptitude de manier la matière mais il ne devrait en aucun cas lui vouer un culte quelconque qui le dégraderait de sa dignité. L’être humain et la Création sont inféodés, volontairement ou involontairement, à l’Unique Créateur de l’univers. La croyance de ceux qui s’égarent dans les contradictions de leurs propres systèmes va vers le néant. Ils se consacrent à vénérer une doctrine qu’ils ont élaborée de par leur intelligence, à l’instar des idolâtres qui n’adorent que leur propre œuvre :

 

Le champ de la foi demeure néanmoins ouvert : des croyants peuvent perdre leur foi et passer de l’autre coté de la barrière ; inversement, des athées récalcitrants peuvent, à la suite de circonstances exceptionnelles, devenir de fervents croyants. L’osmose est dynamique entre les deux mondes. C’est la raison pour laquelle, Dieu Seul est en mesure de juger véritablement les êtres humains, alors que le jugement humain demeure partial, relatif et impropre. Ceux qui se posent en redresseurs de tort, il n’y a qu’à leur rappeler ces recommandations de Jésus, prière et salut de Dieu sur lui, qui méritent d’être médités :

« Ne vous posez pas en juge, avait dit Jésus, afin de ne pas être jugés, car c’est de la façon dont vous jugez qu’on vous jugera, et c’est la mesure dont vous vous servez qui servira contre vous. Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la vois pas ? Alors comment vas-tu dire à ton frère : « Attend ! que j’ôte la paille de ton œil ? ». Mais voilà, la poutre est dans l’œil ! Homme au jugement perverti, ôte d’abord la poutre de ton œil et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère ».(Matthieu 7.1 à 15)

Par ailleurs, il n’y a pas de dualité entre la religion et les sciences. La contradiction apparente, due à des erreurs historiques commises par l’Eglise, pourrait être surmontée dans l’avenir en revenant au respect des lois universelles et en retrouvant un espace supérieur où coexisterait la religion avec les autres champs de la connaissance. Jamais la démonstration par la science ne peut être source de sectarisme, mais une voie complémentaire par laquelle l’être humain peut découvrir une autre image de la réalité et renforcer sa foi.

Normalement, si la religion demeurait authentique aux messages originaux des prophètes, notamment le message de Sidna Ibrahim (Abraham, bénédiction et salut de Dieu sur lui), ancêtre de tous les prophètes, il n’y aurait nulle incompatibilité entre la foi et la raison, et donc avec les sciences et techniques. Cependant, quand la parole des prophètes, transmise par plusieurs chaînes, est déformée de son sens initial, sa consistance et son homogénéité se trouvent alors altérées. Les contradictions s’introduisent progressivement. Elles constituent alors des sources de subversion entre croyants. Diverses idéologies et sectes naissent et se multiplient. Elles érigent alors des dogmes figés qui finissent par entraver la libre recherche pour maintenir les façades d’un édifice originellement erroné.

Au Moyen Age, l’Eglise avait soumis l’être humain à un Dieu conçu sur la base de quelques mythes religieux de l’ancienne Grèce. Or les dieux grecs avaient une relation hostile avec l’être humain. Les grecs croyaient qu’ils s’opposaient fermement à l’accession de l’homme au Feu Sacré, à l’acquisition des connaissances et à la force. Ils voyaient en lui un rival qui devait être contrôlé par tous les moyens possibles. Ils avaient peur qu’il ne maîtrise ces forces et qu’il ne soumette la nature à son profit.

Selon cette approche, l’histoire du Paradis d’Adam fut présentée comme une tentative faite par Dieu pour maintenir l’homme dans l’ignorance. On représentait l’Arbre Interdit dont l’homme était censé ne pas en manger les fruits, comme un arbre du Savoir, dont il ne devait absolument pas s’approcher de crainte qu’il ne s’érige en Dieu.

Bien plus, on croyait que la désobéissance d’Adam était un péché éternel et le signe de la perversité complète de la nature humaine. Finalement, pour sauver l’homme et le délivrer de son péché originel, Dieu avait dû apparaître Lui-Même dans le corps de Jésus-Christ à travers le Saint Esprit. La spiritualité devint donc la spécialité des successeurs de Jésus et des hommes de l’Eglise.

De ce point de vue, l’homme est un pécheur méprisable. Et seuls les ecclésiastiques méritent la bénédiction divine. La clé des trésors cachés étant entre leurs mains, on doit s’approcher d’eux pour son salut.

La connaissance fut confinée aux doctrines chrétiennes et toutes les facultés intellectuelles furent vouées à la discussion et à l’interprétation des textes religieux. La vertu résidait donc dans l’attachement à l’organisation de l’Eglise établie.

Telle fut la position de l’homme dans l’Occident avant la Renaissance. Par ailleurs, durant la période allant du XIIIau XVe siècle, l’Eglise a entrepris une campagne contre la science. Elle s’est efforcée d’écraser les mouvements scientifiques à travers l’Inquisition. A la suite du décret papal condamnant la science, des savants comme Galilée furent persécutés et forcés à renier la théorie du mouvement de la terre. Cette campagne a continué jusqu’à la dernière partie du XVIIe siècle. Cela a provoqué la réaction des scientifiques contre l’Eglise, lesquels œuvraient avec détermination en vue de l’avancement des sciences. Une vague antireligieuse violente s’en est suivi et a imprégné les pays occidentaux notamment depuis le XVIe siècle. Pour évoluer sans entraves, la culture scientifique s’est finalement débarrassée de l’intrusion de l’Eglise dans ses affaires. Cependant, elle a fini par généraliser la même perception négative à toutes les autres religions. Ainsi une erreur d’analogie et une comparaison entre la position spécifique de l’Eglise au Moyen-Age et l’attitude des autres religions a conduit de nombreux scientifiques à entreprendre une campagne en règle contre toutes les religions et à les rejeter en bloc. Ils sont allés jusqu’à inventer une doctrine dénommée « discorde entre la religion et la science ».

D’un autre coté, la Parole Divine, transmise par le Coran, exhorte au contraire à l’exploration de la Création, considérée comme un autre « Coran ouvert », dont d’autres types de théologiens (scientifiques), sont invités à en lire les multiples pages et à en déchiffrer les innombrables messages. La pensée, la réflexion et l’apprentissage sont encouragés. Sur la base de toutes les sources de connaissance mises à sa disposition, l’être humain a pour mission d’exercer pleinement ses facultés mentales et d’apprendre toujours plus afin de se réformer continuellement et d’améliorer son environnement. De nombreux versets invitent clairement à la recherche scientifique et à l’extension des connaissances :

Il a créé l’Homme à partir d’une adhérence.

Lis et ton Seigneur Le Très-généreux…

…qui a enseigné avec la plume (le Calame).

A enseigné à l’Homme ce qu’il ne savait pas. » Coran(96, 1 à 5)

C’est le premier verset révélé du Coran. Il est notoire de constater que la première exhortation recommande de lire, car la lecture est le symbole de l’étude et de la recherche scientifique. On lit aussi bien dans le Coran que dans le grand livre de la Création par l’instrument des sciences.

 

Les êtres intelligents sont donc appelés à étudier et à percer les secrets du merveilleux système de l’univers :

L’effort en vue d’acquérir le savoir et la connaissance est un devoir pour tout musulman. Selon la parole du Prophète, paix et bénédiction sur lui : 

« Celui qui abandonne son foyer pour se mettre en quête du savoir suit la voie de Dieu…L’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr. ».

Le mouvement scientifique en Islam a commencé dès le VIIe siècle et a porté ses fruits au VIIIet IXe siècles. M. Jacques Attali, conseiller de l’ancien Président de la France, M. François Mitterrand, a décrit, dans son ouvrage « Histoires du temps (Fayard) », un procédé d’automatisme, fruit de nombreuses disciplines scientifiques et techniques : « En 807, Charlemagne reçoit de Haroun Rachid en cadeau une clepsydre de laiton avec des figures mobiles. Un texte du XVIIe siècle la décrit ainsi : « Une machine qui, actionnée par la force motrice de l’eau, marque les heures par un nombre approprié de petites boules en bronze qui retombent sur un timbre d’airain. A midi, douze cavaliers sortent par douze fenêtres qui se referment sur eux. ». Le « livre de la connaissance des dispositifs mécaniques ingénieux », de Badi al Zamanibal Rezza al Tazan, établit que de telles clepsydres étaient connues dans tout le monde musulman dés le IXe siècle ».

Dans le droit fil de la conquête du champ de la connaissance, le calife Haroun Rachid (786-809) s’emparant d’Ankara, et le calife al-mamoun (814-833) remportant la victoire sur l’empereur byzantin Michel III ne demandent comme dommage de guerre que la livraison de manuscrits anciens. En 832, le calife Al Mamoun fonda la Maison de la Sagesse (Baït al Hikma). Les savants musulmans de l’âge d’or inscrivirent dans leur principe le premier des Aphorismes d’Hippocrate qui fut traduit avec prédilection en vue de garder la persévérance et la rigueur dans le traitement de la vérité durant toutes ses phases de transformation : « La vie est courte, l’art est long, l’occasion est prompte à s’échapper, l’empirisme est dangereux, le raisonnement est difficile  ».

Le savant Al-Kindi formula le principe fondamental du développement scientifique : 

« Nous ne devons pas avoir honte d’admirer la vérité et de l’accueillir, d’où qu’elle vienne, même si elle nous vient de générations antérieures et de peuples étrangers. La vérité n’est jamais indigne ; elle ne diminue jamais qui la dit, ni qui la reçoit. Au contraire, la vérité ennoblit  ».

Les textes scientifiques (astronomie, mathématique, médecine, philosophie, …) collectés au cours des conquêtes furent traduits et étudiés... Les savants musulmans enrichirent le patrimoine universel hérité des Iraniens, des Chinois, des Indiens et des Grecs. Le mouvement scientifique en Islam avait vite donné naissance à des scientifiques de talent tels que Ibn Sina, Al Kawarizmi, al-Hassan Ibn Haytham, le célèbre physicien Jâbir Ibn Hayyân que les Européens appellent « le Père de la Chimie » et d’autres savants semblables. Leurs écrits ont laissé une grande influence sur des scientifiques tels que Roger Bacon, Kepler et Leonard Di Vinci. Il convient de noter que les progrès scientifiques réalisés dans le monde musulman ont eu lieu à l’époque du Moyen-Age qui coïncide avec l’opposition violente de l’Eglise à la Renaissance et aux pionniers du mouvement scientifique occidental naissant . L’Islam avait stimulé les mouvements scientifiques dans le monde et pour cette même raison, il était devenu la principale fontaine du vaste développement de la science et de la connaissance. Ainsi, les facteurs qui ont conduit les intellectuels de l’Occident à s’éloigner de la religion, n’existaient pas dans le monde musulman. Au contraire, l’Islam a créé une atmosphère meilleure et plus favorable à l’avancement de l’enseignement et à la promotion de la science.

Cependant, il est incontestable que des dissensions internes dans le monde musulman se sont développées intensivement depuis le XIIe siècle. Les conflits d’intérêt ont engendré la promotion des intérêts personnels au détriment de l’intérêt général. Ils ont conduit à négliger les vrais enseignements de l’Islam, à freiner le progrès et à devenir indifférent à l’esprit du temps. Ces états d’âme se sont reflétés au niveau de plusieurs générations postérieures et dans plusieurs pays musulmans. Pourtant, l’un des derniers phares de la pensée musulmane, Ibn Rochd, avait clairement posé les équations du développement scientifique consistant à maintenir en cohésion la religion et la science. Dans son « traité décisif sur l’accord de la religion et de la philosophie (elle englobait les disciplines scientifiques)), Ibn Rochd affirme qu’il y a obligation pour le croyant de s’adonner à la philosophie, parce qu’elle est la sœur de la religion : ce sont deux aspects différents de la même vérité ; aucune contradiction entre eux. C’est ce qu’Ibn Rochd affirme clairement, dés le début de son livre : « Si l’œuvre de la philosophie (falsafa) n’est rien de plus que la spéculation sur l’univers en tant qu’il fait connaître l’Artisan (je veux dire en tant qu’il est œuvre d’art, car l’univers ne fait connaître l’Artisan que par la connaissance de l’art qu’il[révèle], et plus la connaissance de l’art qu’il [révèle] est parfaite, plus est parfaite la connaissance de l’Artisan), et [si] la Loi religieuse invite et incite à s’instruire par la considération de l’univers, il est dés lors évident que l’[étude] désignée par ce nom [de philosophie] est, de par la Loi religieuse, ou bien obligatoire ou bien méritoire.

Que la loi divine invite à une étude rationnelle et approfondie de l’univers, c’est ce qui apparaît clairement dans plus d’un verset du Livre de Dieu (le Béni, le Très-Haut !). Lorsqu’on dit par exemple : « Tirez enseignement[de cela], o vous qui êtes doués d’intelligence ! » c’est là une énonciation formelle montrant qu’il est obligatoire de faire usage du raisonnement rationnel et religieux à la fois. ».

Le mouvement scientifique de la Renaissance Européenne ne fut pas suivi par les universités musulmanes de l’époque. Par la suite, faute de schémas appropriés de développement et au fil des siècles, le mouvement scientifique déclina et accusa un retard de phase, récurrent et croissant, par rapport à celui de l’Occident, de sorte qu’il semble actuellement distant. L’influence culturelle de l’esprit scientifique à toutes les composantes sociales ne s’est pas faite graduellement et naturellement, alorsque le savant Al Kindi a préconisé la recherche de la vérité d’où qu’elle vienne. La culture scientifique ne se communique pas par miracle, mais par de longs efforts d’apprentissage, par l’éducation et de génération en génération. Un autre facteur a compliqué le problème, l’Islam n’ayant pas été présenté correctement aux générations suivantes, son rôle constructif a décliné progressivement dans les différents domaines.

Cependant, l’Islam a un avenir prometteur. En ravivant ses idéaux et en le présentant d’une manière adéquate, il reprendra rapidement son caractère originel et son appel universel.

En résumé, il n’y a pas de dualité entre la foi et les sciences. Elles doivent évoluer en harmonie afin d’éviter les dérives éventuelles. Chaque livre des sciences naturelles : la physique, la chimie, la biologie, l’anatomie, la médecine, la chirurgie, la zoologie, la botanique, etc. - peut être utilisé comme un livre de théologie naturelle, car tous ces livres traitent des secrets et des lois des merveilleux systèmes de la création dont l’interprétation correcte et logique n’est pas possible sans la reconnaissance de l’existence de Dieu. Comme l’a dit Kepler, le fondateur de l’astronomie moderne : « Plus nous savons de choses sur la création et la grandeur des corps célestes, plus notre foi (en Dieu) devient profonde. ». George Gemove dit qu’il existe une relation étroite entre le progrès de la science et la solidité de la Foi en Dieu. Plus la connaissance scientifique s’étend, plus la foi en Dieu s’affermira. Albert Winchester, un biologiste qui a été Président de l’Académie des Sciences de Floride dit que chaque nouvelle découverte dans le monde de la science renforce cent fois la fermeté de notre Foi, dissipe les doutes cachés qui habitent plus ou moins le fond de nos cœurs et les remplace par des idées plus nobles de la reconnaissance de Dieu et de Son Unicité. Une foi qui ne s’appuie donc pas sur des structures objectives risque de dévier et devenir semblable aux mythologies quel que soit les miracles qu’elle peut manifester. Une foi erronée est d’ailleurs l’assise de nombreuses sectes. De même, si les sciences ne respectent pas les limites divines ou si elles sont utilisées à des fins de destruction, par effet boomerang, elles se retourneront tôt ou tard contre l’humanité : « Science, sans conscience, n’est que ruine de l’âme  » (Rabelais).

Le scientifique contemporain, Abernethy dit que la science doit, pour sa propre perfection, regarder la foi en Dieu comme l’un de ses principes admis. Donc l’homme religieux, selon les enseignements religieux authentiques peut plus que tout autre, réaliser des recherches et découvrir les secrets de Dieu dans Sa Création !

 

Tajeddine Bennani

Bibliographie :

Coran : (Traduction du Dr Salah ed-Dine Kechrid)

Philosophie de l’Islam : Behechti & Bâhonar :

La Rationalité de l’Islam : Par un groupe de savants, Edité et traduit et annoté par Abbas

Ahmad al-Bostani

Roger Garaudy : L’Islam habite notre avenir

M. KASSAB : GLOIRE A DIEU OU LES MILLE VERITES SCIENTIFIQUES DU CORAN

Mohammed Aziz Lahbabi : Personnalisme musulman

 
 
 

 

 
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