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 Qu'est-ce que la foi ?

4/9/2010


Cette question, cruciale pour la plupart des hommes, est au centre de beaucoup de débats et génère beaucoup d'erreurs de raisonnements dans la plupart des discours de ceux qui n'ont pas la foi. Le but de cet article est de donner une définition intellectuelle de la foi afin que ceux qui ont la foi et que ceux qui ne l'ont pas puissent trouver une représentation commune leur permettant de communiquer entre eux dans le respect des différences de chacun.

Tentative de définition

Dans cet article, nous nous intéresserons à la foi dite « monothéiste ».

Nous proposerons la définition suivante :

La foi est un sentiment personnel, intransmissible et inaliénable qui donne la certitude de la présence de Dieu en tant que « puissance suprême » ordonnant les choses et les êtres[1].

Chaque terme de cette définition est pesé et est commenté dans la suite de cet article.

 « La foi est un sentiment »

La foi est un « sentiment ». Cela signifie que la foi n'est pas le fruit d'une activité intellectuelle ou encore de la raison.

La foi n'est donc pas un « choix raisonné » basé sur un argumentaire, du genre :

  • j'ai peur de la mort,
  • or la religion monothéiste « X » donne un espoir après la mort,
  • donc je décide de croire pour me rassurer.

Le raisonnement ci-dessus est intellectuel ; ce n'est qu'un choix de croire, un choix intellectuel. Cela n'a rien à voir avec la foi.

Considérons la proposition suivante :

  • j'ai un problème ;
  • tel groupement humain me propose une solution à mon problème ;
  • j'adhère au groupement et je résous ainsi mon problème.

On voit que ce que les gens appellent « la croyance » ou « la superstition » est un type de raisonnement intellectuel qui n'a rien à voir avec la foi, avec « Dieu », mais qui est, au contraire, très prosaïquement humain, très grégaire et très centré sur un intérêt personnel.

La croyance est un choix de croire pour des raisons identifiées, profitables à la personne. La croyance n'est pas la foi.

La foi est un sentiment, comme l'amour. On ne peut démontrer par des équations mathématiques que l'on aime une autre personne, comme on ne peut démontrer le contraire. On pourra argumenter sans fin, sans avoir de moyen de conclure. La foi obéit au même mode de fonctionnement : elle est indémontrable et on ne peut démontrer son contraire. Cette volonté de démonstration n'a d'ailleurs aucun sens : une personne a la foi ou elle ne l'a pas.

« La foi est un sentiment personnel, intransmissible »

La foi est une « expérience subjective », reconnue comme telle. Elle n'a pas valeur d'objectivité, au contraire de tout ce qu'on pourra entendre.

Ainsi, on n'enseigne pas la foi, du moins pas au sens des enseignements classiques, enseignements que l'on pourrait qualifier de « livresques ». On enseigne l'histoire des religions, ou la vie des grands hommes liés d'une façon ou d'une autre à une tradition religieuse.

Certaines thèses soutiennent que l'on peut enseigner la foi, dans le sens où certaines personnes pourraient « accélérer la révélation » de la foi chez certains êtres au moyen de certaines techniques ésotériques ; nous laisserons ce point ouvert pour ne pas donner une opinion sur la question.

La foi est « personnelle » et « intransmissible ». On ne peut convaincre intellectuellement quelqu'un d'avoir la foi, comme on ne peut convaincre un homme ou une femme de foi de la perdre.

Cela explique que le prosélytisme naturel ne puisse être que « sensibilisation à une religion » (prise en tant que dogme), mais ne devrait jamais prétendre à « convaincre de l'existence de Dieu », ce qui est absurde logiquement (voir plus bas). Si l'on veut convaincre de l'existence de Dieu une personne qui n'a pas la foi, deux cas se présentent :

  • elle accepte l'argumentaire et donc croît intellectuellement en Dieu,
  • elle refuse l'argumentaire et refuse la question de Dieu intellectuellement.

Dans les deux cas, cette personne n'aura pas la foi, même si elle est convaincue intellectuellement de « l'existence de Dieu ».

 « La foi est inaliénable »

La foi est un sentiment qui ne peut théoriquement s'aliéner à aucune personne ni à aucun système de représentations[2].

Cela ne signifie pas que les religions sont obligatoirement aliénantes parce qu'elles possèdent un système de représentation de la spiritualité. Cela signifie qu'il doit y avoir compatibilité symbolique du système de représentation religieux et de la foi individuelle.

Le langage religieux, s'il est donc inadapté pour convaincre de la foi, parle à ceux qui ont la foi sur un plan symbolique, affectif, spirituel mais non littéral.

Toute velléité coercitive sur la lecture littérale de la représentation spirituelle est aliénation de la foi. De plus, toute adoration des représentations religieuses n'est pas foi, comme l'indiquent les trois monothéismes en parlant de l'« adoration des idoles ».

 « La foi donne la certitude de la présence de Dieu en tant que « puissance suprême » ordonnant les choses et les êtres »

Nous ne jugerons pas ce sentiment mais l'exposerons comme ceux qui ont la foi le décrivent.

La foi donne la certitude d'un certain « ordre cohérent des choses », d'une « absence de hasard », d'une « complétude ».

La foi ne se présente pas comme un choix intellectuel entre un monde avec Dieu ou un monde sans Dieu, mais comme l'assurance de la vérité de la présence de Dieu.

Ainsi, pour un homme ou une femme de foi, il est absurde de parler de « croire en Dieu », mais plus licite de parler de la « présence de Dieu ». La foi donne une « certitude subjective d'un ordre du monde et des hommes » et ne se pose pas en tant que question intellectuelle.

Pour les gens de foi, la question de l'« existence de Dieu » n'est donc pas une question licite du point de vue de la logique. « Dieu » ne se démontre pas ; il « est ». A l'instar de l'amour, il se ressent ou ne se ressent pas.

D'où le fait que poser la question de l'existence de Dieu soit vu par les personnes qui ont la foi comme un signe d'une absence de foi et d'une approche purement intellectuelle de Dieu.

Qu'est-ce que « Dieu » ?

Ceux qui ont la foi ne peuvent répondre à cette question que par des paraboles ou des citations. Répondre à cette question est déjà une erreur logique dans la mesure où il s'agit de représenter ce qui n'est pas représentable, de tenter de mettre des mots sur un être qui n'est accessible qu'au travers d'un « sentiment ».

Les mots de « Dieu », « Yahveh » ou « Allâh » font face à ce même dilemme : nommer ce qui ne peut être nommé[3].

 Y a-t-il des degrés dans la foi ?

Le premier degré de la foi est la foi dite « véritable ». En effet, on nomme souvent « foi » des choses qui ne sont pas la foi, mais de la croyance, ou de la superstition. A noter que la croyance n'a pas une structure religieuse, mais est un trait de l'homme. La « croyance » au sens athée est souvent vu comme de l'idolâtrie au sens monothéiste.

Les mystiques des trois religions monothéistes ont décrit plusieurs degrés dans la foi, mais ces notions restent nébuleuses pour le commun des mortel dont nous sommes.

 Pourquoi n'explique-t-on jamais la foi ?

Nous allons proposer deux types d'explication :

  • les athées ne prennent pas au sérieux les religions et préfèrent les confondre avec des croyances, des superstitions, des mécanismes aliénants ou des dérives de prétexte religieux (au sens dogmatique)[4] ;
  • les institutions religieuses ne veulent pas faire la part des choses entre foi et croyance pour ne pas limiter le nombre de fidèles.

D'autre part, le vocabulaire lui-même reste ambigu.

Seuls les mystiques des trois religions monothéistes disent la même chose, souvent dans un symbolisme différent, mais dont le sens converge.

 Les erreurs logiques à ne pas commettre en parlant de la foi

Aborder la foi en regardant les autres

Les « autres personnes », celles qui disent avoir la foi, peuvent avoir la foi ou penser qu'elles l'ont ; en tout état de cause, il est imprudent que définir la foi par rapport à l'autre. En effet, de nombreuses configurations se présentent :

  • on peut regarder la foi des autres sans avoir la foi et donc considérer que les autres sont dans l'erreur, dans la superstition (c'est la projection) ;
  • on peut regarder la foi des autres en ayant soi-même la foi mais en considérant que les autres se trompent dans leur foi (au travers de la lutte des dogmes, d'une représentation intellectuelle de la foi, etc.) ;
  • on peut regarder la foi des autres sans comprendre la teneur de leur foi et donc en étant soi-même dans l'erreur sans s'en rendre compte,
  • etc.

Il n'y a donc aucun sens logique, dans la mesure où la foi est une relation personnelle à Dieu, d'analyser « la foi chez l'autre ». La foi doit être entrevue dans la relation personnelle que l'individu possède avec Dieu. Le reste n'est que discours vides de sens. Il est difficile d'avoir un avis sur la foi d'une personne lorsqu'on a la foi, a fortiori cela n'a pas de sens d'avoir un avis sur la foi d'une personne lorsque l'on a pas la foi.

 Aborder la foi selon des schémas sociologiques

L'imprudence du raisonnement exposé ci-dessus devient, dans le cas d'une analyse sociologique de la foi, totalement incongrue. La foi étant associé à l'individu, envisager la foi par rapport à un groupe et à ses pratiques est un non sens logique. Tout au plus peut-on intellectuellement condamner des incohérences ou des erreurs, analyser le dogme, sans pour autant pouvoir logiquement conclure sur la manière dont chaque individu possède ou non une relation personnelle à Dieu, au travers ou non du dogme concerné.

On ne peut de manière sociologique qu'analyser la structure religieuse mais non le sens que cette structure apporte ou pas à ses membres. Dans l'analyse même de la structure religieuse, il faut de plus être vigilant à ne pas commettre de contres-sens sur les messages du dogme ; car si le sens du dogme peut n'être pas compris par des personnes ayant la foi, il est a fortiori le plus souvent incompris des personnes ne l'ayant pas.

 Le piège du destin

Accepter l'idée de la foi est étroitement lié, chez beaucoup de personnes, à la représentation intellectuelle d'un destin dans lequel l'homme serait dans une de ces trois catégories :

  • l'homme serait totalement libre sur Terre (sous-entendu sans Dieu),
  • l'homme possèderait une certaine liberté (vision de certaines religions ou de certaines branches de certaines religions),
  • l'homme serait totalement déterminé par Dieu (vision de certaines religions ou de certaines branches de certaines religions).

Le piège manifeste d'une telle question réside dans le fait que le mot « destin » existe mais que pour mettre un sens derrière ce mot, il faille probablement avoir la foi. Sans la foi, la dissertation autour du destin n'est faite que de conjectures intellectuelles.

Pour exemple, certains mystiques affirment que les trois propositions ci-dessus sont des facettes différentes de la même réalité.

Conclusion

Cette tentative est ouverte au débat et n'est en aucune façon insultante pour qui que ce soit.


Tags : spiritualite
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