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La vraie connaissance est-elle à chercher dans des livres ou dans son cœur ?

Added 30/10/2014

Il est clair que nul savant ("'âlim") n'a les connaissances que le Prophète avait (sur lui la paix). C'est bien pourquoi tous les savants sunnites sont d'accord sur le principe suivant :"Toute personne est telle qu'il y a certains de ses avis qui sont à prendre, d'autres à délaisser, sauf le Prophète [dont tout ce qu'il est prouvé qu'il a dit est à prendre]" (parole de Abdullâh ibn Abbâs, de Abdullâh ibn al-Mubârak, de Mâlik et de Ahmad ibn Hanbal). Les avis qui sont à délaisser – sans dénigrer les ulémas qui en sont les auteurs – sont les avis qui contredisent un verset du Coran clair ou un hadîth authentique, clair et dont le contenu n'est contredit ni par un autre hadîth ni par un principe général extrait de l'ensemble des hadîths (lire à ce sujet Raf' ul-malâm 'an il-aïmmat il-a'lâm). Cependant, vous êtes apparemment l'objet d'un malentendu à propos du mot "connaissance" et du type de connaissances qu'a laissé le Prophète.

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1. Se référer à des livres, c'est ce que Dieu et Son Prophète nous ont demandé de faire :

Les ulémas n'ont assurément pas la connaissance des cœurs, mais lorsqu'ils se référent aux livres qui rapportent les propos, les actes et les approbations du Prophète, ils ne font que suivre ce queDieu leur a dit : "Obéissez à Dieu et obéissez à Son Messager" (Coran). Le Prophète a dit de même : "J'ai laissé parmi vous deux choses avec lesquelles vous ne vous égarerez jamais après moi : le Coran et ma Sunna" (rapporté par al-Hâkim). Or, c'est le Prophète lui-même qui demandait aux Compagnons de rédiger par écrit les versets du Coran qu'il recevait de Dieu. Et c'est lui-même qui a exhorté son Compagnon Abdullâh ibn Amr ibn al-'As à écrire ce qu'il disait (rapporté par Abû Dâoûd), et ce Compagnon a préparé de la sorte tout un ensemble d'écrits (rapporté par Ahmad). C'est le Prophète lui-même qui a ordonné d'écrire ses propos au sujet de ce qu'il a interdit de couper dans le territoire sacré du haram (rapporté par al-Bukhârî). C'est encore le Prophète qui a demandé de veiller à l'authenticité des propos qu'on lui prête.
Se référer aux Coran (dont la copie – mus'haf – est disponible sous forme de livre) et aux Hadîths (qui ne sont aujourd'hui plus accessibles que dans les recueils de hadîths, donc dans des livres), c'est donc faire ce que Dieu et Son Messager nous ont demandé de faire.

Et puis il faut savoir que la dimension juridique de l'islam, qui montre ce qui est interdit, déconseillé, permis, recommandé ou obligatoire dans tous les domaines de la vie humaine a été enseignée par le Prophète lui-même. Lisez à ce sujet : Pourquoi le besoin d'un droit ? La droiture du cœur ne suffit-elle pas ? Et c'est encore le Prophète lui-même qui a évoqué parfois certains principes ('illah) à la base des règlements, et qui enseigné d'avoir recours à des raisonnements sur la base des textes au cas où un problème nouveau se poserait qui n'a pas de solution explicite dans les textes qu'il a laissés. Lisez à ce sujet : Le raisonnement à partir des sources. C'est toujours le Prophète qui nous a recommandé de rester attachés à la Communauté, ce qui revient, selon un des commentaires attachés à ce mot, à se référer à ce qu'ont dit les savants précédents, lesquels se sont basés sur les principes des Compagnons du Prophète. Lisez à ce sujet : La nécessité de rester lié à la Communauté (al-jamâ'ah).

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2. Le Prophète savait-il lire dans les cœurs ?

Contrairement à une idée parfois répandue ici et là, le Prophète n'avait pas systématiquement la connaissance de ce qui se trouve dans le cœur de son interlocuteur. Seul Dieu sait ce qui se trouve dans le cœur de chacun. Dans le Coran que ce Prophète (sur lui la paix) lui-même nous a transmis, il y a des passages clairs qui le montrent : "Dis [ô Muhammad] : "Je ne vous dis pas que j'ai auprès de moi les trésors de Dieu, ni que je connais ce qui est caché. Je ne fais que suivre ce qui m'a été révélé" (6/50). "Dis : "Si j'avais auprès de moi ce que vous voulez hâter, l'affaire serait réglée entre moi et vous. C'est Dieu qui connaît, Lui, les injustes. Et c'est auprès de Lui que se trouvent les clés de ce qui est caché. Ne les connaît que Lui" (6/58-59). "Dis : "Je ne suis pas maître, pour moi-même, d'un profit ou d'un dommage, sauf ce que Dieu veut. Si je savais ce qui est caché, je chercherais le bien en abondance et aucun dommage ne me toucherait. Je ne suis qu'un avertisseur et un annonciateur pour des gens qui croient" (7/188). "Dis : "Je ne suis qu'un être humain comme vous, il m'est révélé que votre Dieu est un Dieu Unique" (18/110).

S'il est vrai que le Prophète a laissé des prédictions de certains événements devant se passer, s'il est vrai qu'il est arrivé qu'il informe un homme de la teneur de la question que celui-ci allait lui poser, il ne connaissait en la matière que ce que Dieu lui révélait. Et quand Dieu ne l'informait pas, il n'en savait rien. Ainsi, quelques personnes avaient volé quelque chose à Médine. L'homme lésé fit son enquête et trouva quelques indices. Il alla en parler au Prophète (sur lui la paix). Mais les voleurs allèrent le trouver eux aussi et firent serment que par Dieu, ils étaient innocents, avant d'avancer par mensonge le nom de quelqu'un d'autre. Le Prophète (sur lui la paix) ne put que croire en le serment. C'est alors que Dieu lui révéla que ces personnes mentaient. L'allusion à cet événement figure de façon elliptique dans le Coran (4/105-113). Le détail de cet événement est rapporté par at-Tirmidhî et cité par Ibn Kathîr dans son Tafsîr.
Une autre fois, alors que Zayd ibn Arqam était venu informer le Prophète du fait que Abdullâh ibn Ubayy était en train d'essayer de monter des musulmans contre lui, cet hypocrite Abdullâh ibn Ubayy et ses amis vinrent rencontrer le Prophète et firent serment qu'il n'avait rien dit de tel. Devant le serment, le Prophète crut Abdullâh ibn Ubayy, et Zayd fut très affecté par le fait que sa parole ait été mise en doute. Mais ensuite Dieu révéla au Prophète que l'hypocrite avait réellement dit cela (voir Coran sourate 63). Il fit alors appeler Zayd et lui dit que Dieu avait confirmé la véracité de ses propos à lui. Cet événement est rapporté par al-Bukhârî.
Le Prophète (sur lui la paix) a dit lui-même : "Je ne suis qu'un être humain, et vous venez me porter vos litiges. Il arrive que l'un d'entre vous soit plus habile à présenter ses arguments, et je tranche donc alors en sa faveur, selon ce que j'ai entendu. Si j'accorde ainsi à une personne ce qui revient en fait, de droit, à son frère, cette personne ne doit pas le prendre : car en fait je ne tranche alors pour lui qu'à propos d'une partie de l'Enfer" (rapporté par al-Bukhârî, Muslim, etc.).

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3. Par contre c'est vrai : amasser des connaissances dans sa tête ne suffit pas :

Ce que l'on sait du Coran et des hadîths ne doit pas rester sur les lèvres et dans les neurones du cerveau mais doit être aussi intériorisé dans le cœur. Sinon ce n'est une connaissance qu'en apparence, ce n'est pas la connaissance dont parlait le Prophète. En effet, ce dernier considérait que la connaissance qui mérite ce nom est celle qui entraîne l'action qui est conforme à elle. Voyez plutôt : une fois il dit à propos de quelque chose : "Cela se passera au moment où disparaîtra la connaissance". Ziyâd ibn Labîd lui dit alors : "Comment la connaissance pourrait-elle disparaître alors que lisons le Coran et l'enseignons à nos enfants qui, à leur tour l'enseigneront à leurs enfants, et ainsi de suite jusqu'avant la fin du monde ?" Le Prophète lui dit : "Ziyâd, je te considérais comme un des hommes de Médine ayant le plus de compréhension. Ne vois-tu pas que les gens du Livre lisent la Torah et l'Evangile mais ne mettent pas en pratique ce qui s'y trouve ?" (rapporté par Ibn Mâja et Ahmad, authentifié par al-Albânî). Pour le Prophète, la "disparition de la connaissance" voulait donc désigner la connaissance qui n'est pas intériorisée et qui ne pousse pas à agir en conséquence. Dans une autre parole, il a nommé pareille connaissance : "une connaissance dont on ne tire pas profit". Ceci car l'islam ne concerne pas que les actes extérieurs, il concerne aussi le cœur (cf. La perfection dans l'adoration (al-ihsân) - Des qualités à développer).

Al-Hassan al-Basrî disait pour sa part : "La connaissance est de deux types. Il y a la connaissance qui est dans le cœur : c'est la connaissance qui est utile. Et puis il y a la connaissance qui reste sur la langue : c'est là un argument que Dieu utilisera contre l'homme" (ad-Dârimî). En fait il ne s'agit que d'une seule et même matière à connaître : ce que disent le Coran et la Sunna. La différence entre les deux types de connaissances ne relève que de la place que l'on donne à cette connaissance du Coran et des Hadîths dans son être :
- "la connaissance qui reste sur la langue" est le fait de seulement lire, comprendre et mémoriser ce que disent le Coran et les hadîths, sans l'intérioriser et donc sans agir en conséquence.
- "la connaissance qui entre dans le cœur" est, elle, le fait de lire, comprendre, mémoriser et intérioriser ce que disent ces mêmes Coran et hadîths au point que cela pousse à agir en conséquence.

Il n'y a pas en islam de connaissance religieuse disant des choses différentes de ce que disent le Coran et les hadîths, connaissance mystérieuse et cachée que l'on acquerrait directement de Dieu. Ni pour ce qui relève du droit, ni pour ce qui a trait aux croyances, ni pour ce qui concerne la spiritualité. Je vous suggère de lire à ce sujet : Y a-t-il une connaissance cachée en islam ?

Ahmad as-Sarhindî (mort en 1034 a.h.), le savant Inde ayant appelé au développement de la spiritualité ("al-ihsân") dans l'orthodoxie par rapport aux sources, a écrit : "Nous avons besoin des propos de Muhammad al-Arabî [le Prophète], sur lui la paix, et non des propos de Muhyu-d-dîn ibn Arabî ou de Sadr-ud-dîn al-Qawnawî ou encore de Abd ar-Razzâq al-Kâshî. Nous avons besoin des "Nussûss" [références textuelles du Coran et des Hadîths] et non des "Fussûss" ["Fussûss al-hikam", ouvrage de Ibn Arabî]. "Al-futûhât al-madaniyya" [les révélations médinites, c'est-à-dire le Coran et les Hadîths] font que nous pouvons nous passer de "Al-futûhât al-makkiyya" [ouvrage de Ibn Arabî]" (Recueil des épîtres de as-Sarhindî, 2/100, cité par Abu-l-Hassan an-Nadwî, Dawr al-hadîth fî takwîn il-manâkh il-islâmî, p. 30).

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4. Invocations enseignées par le Prophète (sur lui la paix) :

Le Prophète nous a enseigné de faire ces invocations (du'âs) :

"Seigneur, fais-moi tirer utilité de la connaissance que Tu m'as enseignée, enseigne-moi une connaissance qui me soit utile, et augmente-moi en connaissance" (rapporté par at-Tirmidhî).

"O Dieu, je Te demande une connaissance qui soit utile, une subsistance qui soit pure, et une action qui soit agréée (par Toi)" (rapporté par Ibn Mâja).

"O Dieu, accorde à mon âme sa piété et purifie-la. Tu es le meilleur qui puisse la purifier. Tu es son Seigneur et son Maître. O Dieu, je Te demande de me protéger contre une connaissance dont on ne tire pas profit, contre un cœur qui ne soit pas humble, contre une âme qui ne se rassasie pas et contre une invocation qui ne soit pas exaucée" (rapporté par Muslim).

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Synthèse de la réponse :

Il ne nous a pas été demandé de faire des efforts sur notre cœur pour aller découvrir, par le biais de la réception directe de messages venant de Dieu, ce qu'Il agrée et ce qu'Il n'agrée pas. Il nous a par contre été demandé de faire des efforts sur notre cœur pour intérioriser ce que Dieu agrée et qu'Il nous a communiqué par le moyen de la révélation. Les données de cette révélation sont consignées dans des livres : copie du Coran et recueils des hadîths. A la fin d'éviter de nous égarer dans la compréhension de ces deux sources, il nous faut aussi nous référer aux avis de nos pieux prédécesseurs.

 

http://www.maison-islam.com/articles/?p=136

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